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Kitchen de Banana Yoshimoto

Publié le

Voici une auteure que j’apprécie énormément et que j’avais découvert un peu par hasard en librairie. Elle n’est pas très connue en France (et c’est bien dommage) : Banana Yoshimoto (よしもとばなな).

BananaYoshimoto

Qui est Banana Yoshimoto ?

Elle a commencé à écrire en 1987, avec Kitchen, dont je vais vous parler, qui s’est vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires au Japon ! Sept ans plus tard, ce recueil a été édité en France. Pour notre plus grand plaisir.

Ne vous fiez pas à son pseudonyme qui peut vous faire sourire, Banana Yoshimoto ne fait pas vraiment dans la comédie. Elle est surtout connue pour parler de la société actuelle et de choses dont on parle peu en général, surtout dans la littérature japonaise. Elle a un style d’écriture vraiment très agréable : certains passages sont de vraies perles qui arrivent à se mêler à merveille avec un quotidien qui peut paraître  banal… Mais elle parvient à le rendre beau. Tout simplement.

Je vais donc vous parler de Kitchen, qui contient deux nouvelles qui m’ont beaucoup touché.

Kitchen

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1996 (édition originale en japonais : 1988)
Nombre de pages : 180
Prix : 8,00€

Kitchen

Kitchen raconte l’histoire de Mikage, jeune fille de vingt ans, qui vient de perdre sa grand-mère, qui était sa seule famille. Mikage, qui éprouve un certain culte pour les cuisines (d’où le titre de la nouvelle), se retrouve donc toute seule, à dormir dans la cuisine, seul endroit qui semble la rassurer… Sa solitude va cependant être troublée par Yuichi Tanabe, jeune garçon que sa grand-mère appréciait, qui va lui proposer de venir habiter avec lui et sa mère. Mikage est rapidement séduite, tant par la cuisine des Tanabe, que par Eriko, cette mère à la beauté transcendante, qui était autrefois un homme. Mikage va être heureuse avec sa nouvelle famille et va s’habituer à cette vie.

Hélas, la mort, qui semble accompagner la vie de nos deux jeunes, va frapper, et Yuichi et Mikage vont se retrouver seuls.

Banana Yoshimoto a un réel don pour décrire le sentiment de solitude qu’éprouve Mikage tout au long de la nouvelle, sentiment que va rejoindre Yuichi. La relation que ces deux personnages principaux entretiennent est réellement touchante, je me suis laissé porter par l’écriture de Banana. Leur relation est difficilement définissable tout au long de l’histoire. Pourtant, l’auteure n’insiste pas sur le type de leur relation, sur les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre : il découle de cette écriture une certaine évidence.

« Les mots sont toujours trop abrupts, ils éteignent ce qu’il y a de plus précieux dans ces fragiles étincelles. »

De mon côté, je ne vois pas leur relation comme de l’amour, mais comme quelque chose d’encore plus fort, même si je n’ai pas de mots pour décrire cela. Ils tentent de survivre dans ce monde où la solitude est omniprésente, où la mort semble vouloir les rendre malheureux, tout en étant tiraillés dans leurs sentiments : accepter de rester ensemble, et donc de rester en quelque sorte dans le passé, à se ressasser les personnes décédées, ou avancer, séparément, pour pouvoir continuer à vivre.

En bref, cette nouvelle m’a touché. D’autres le liront de façon anodine, mais je suis rentré totalement dedans, je me suis laissé porter, j’étais réellement spectateur de la vie des trois personnages, que je n’avais aucun mal à imager. De plus, l’écriture de Banana Yoshimoto est réellement agréable, et, comme je l’ai déjà dit, sa beauté, parfois simple, rend le tout encore meilleur.

Moonlight Shadow

La seconde nouvelle de ce livre s’appelle Moonlight Shadow et elle fait à peu près la moitié de la première.
Le sujet est globalement le même : on suit Satsuki, dont le petit-ami vient de décéder dans un accident de voiture… Sa solitude et le manque de ce dernier vont être présents dans presque chaque page de la nouvelle. Mais elle non plus n’est pas seule : elle voit de temps en temps Hiiragi, qui, en plus d’avoir perdu sa petite-amie dans ce même accident, a également perdu son frère (le petit-ami de Satsuki).

Chacun vit la perte d’une façon différente… Mais, un matin, en faisant son jogging, Satsuki va rencontrer une fille étrange qui va installer une atmosphère mystique à la nouvelle et une touche de surnaturel.

« Depuis le soir de sa mort, mon coeur avait glissé dans un autre espace, et ne pouvait plus revenir. »

Je dois dire que j’ai un petit peu moins accroché à cette nouvelle. En effet, le thème de départ étant le même que Kitchen, la comparaison est inévitable, et j’ai tellement apprécié Kitchen que, forcément, celle-ci me touche moins. La nouvelle reste cependant vraiment intéressante, le style d’écriture de Banana Yoshimoto est toujours aussi appréciable. La façon de traiter le sujet est quant à elle plutôt originale, même si je dois avouer que le côté « surnaturel » était peut-être de trop.

En conclusion, un livre que je conseille à tout le monde, principalement pour la nouvelle éponyme, qui, je suis sûr, pourra vous étonner à plus d’un titre ! De plus, même si le thème semble être plutôt pessimiste, il faut savoir que l’espoir est bel et bien présent dans ces nouvelles… ce qui les rend encore plus belles.

Sur ce, je m’en vais acheter d’autres oeuvres de Banana Yoshimoto… A très vite !

Ma note :
10

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À propos de Kevin

25 ans, passionné par le Japon !

"

  1. Ton billet me rappelle combien cette lecture m’était plaisante 🙂 Comme tu dis, Banana décrit tellement bien les sentiments et les moments de solitude que j’avais l’impression d’être dans la même pièce que Mikage et Yuichi. Je suis touchée par leur rapport altruiste l’un envers l’autre. Et j’ai adoré penser que ce qu’il y a entre eux est une relation d’amour, mais sous une différente forme.

    Et ERiKO alors ! Impressionnant d’aimer quelqu’un comme ça. Tellement sa femme lui manquait, qu’il a décidé de se transformer en « femme » lui même . Passer du rapport « avoir » à celui d « être ». Pour moi, c’était la façon la plus bizarre de faire le deuil ! encore plus que le garçon qui portait la jupe de sa petite amie dans Moonlight Shadow .

    Cette 2ème nouvelle est aussi touchante. Quand je l’ai terminée, j’ai eu cette question en tête : oublie-t-on les morts vraiment ? Ou bien cet oubli est juste un voile qui s’envole à chaque fois que les vents de nostalgie soufflent ?
    Comme quoi, la psychologie humaine est complexe. un jour on est triste jusqu’au fond et un an après notre cœur ne retrouve plus cette tristesse, quand on évoque l’être cher perdu. Une vraie confrontation des sens!

    Désolée pour ce long commentaire, je me suis emportée car j’ai beaucoup apprécié ce livre. J’en ai parlé justement sur mon blog, mais d’un angle différent.
    Je te souhaite bonne continuation sur ton blog que j’adore sincèrement. c’est un vrai « candy house » pour les amoureux du Japon

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    • Merci pour ton commentaire, je suis ravi de lire ton avis et ta réflexion ! Ce livre fait vraiment réfléchir et c’est intéressant de découvrir comment chacun l’a ressenti. On est en tout cas d’accord pour dire que c’était une lecture marquante et puissante ! Je vais aller voir ton article de suite ! 😀

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