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Archives d’Auteur: Kevin

La Pêche au toc dans le Tôhoku de Shinsuke Numata

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Une petite partie de pêche, ça vous dit ? C’est ce que nous propose Shinsuke Numata dans La Pêche au toc dans le Tôhoku.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Mars 2020
Traduction : Patrick Honnoré
Publié au Japon en : 2017
Nombre de pages : 96
Prix : 12,00€

Notre narrateur a pour passion la pêche. On rencontre dès le début de ce roman Hiasa, un ami avec qui il est très proche. Ils sortent souvent ensemble et travaillent dans la même entreprise, jusqu’au jour où Hiasa décide de démissionner, laissant le narrateur sans aucun moyen de le contacter. Il va donc arrêter de pêcher pendant quelques temps, et va partir à la recherche d’un nouvel ami. Mais c’est sans compter sur Hiasa qui décide de réapparaître quelques mois plus tard, travaillant désormais en tant que commercial pour une mutuelle…

« Très bas sur le ciel nocturne bleu foncé, la lune comme une rognure d’ongle brillait de sa lueur blanche. »

Ne nous voilons pas la face : la seule raison pour laquelle ce roman a été traduit en France, c’est parce qu’il a obtenu le Prix Akutagawa au Japon, un prix prestigieux. Les livres recevant ce prix laissent souvent perplexes en dehors du Japon, et celui-ci confirme cette règle. On est en présence d’un roman typiquement japonais, qui, je pense, doit plaire au Japon pour les mêmes éléments qui font qu’il ne plaira pas forcément par chez nous.

« Nous comprenons que vous vous fassiez du souci, mais vous savez, vous n’êtes pas la seule, des milliers de personnes sont actuellement portées disparues sur la côte, et prier est la seule chose qu’on puisse faire. »

Le souci majeur, c’est qu’on n’arrive pas vraiment à deviner les intentions de l’auteur. Beaucoup de sujets sont traités, la pêche, l’amitié, l’homosexualité, la transsexualité, la nature, mais sans qu’on n’entre dans de réels détails (sauf peut-être pour la pêche ?). Il faut cependant noter qu’on est dans une littérature post-Fukushima, qui est un mouvement important au Japon, et qu’on ne voit peut-être pas assez traduit par chez nous, et qui a piqué ma curiosité pour ce roman (je ne vais pas plus en révéler), même si cela se fait ici aussi de façon très concise. L’écriture n’est pas désagréable, la nature et les saisons occupent une place importante, mais tout se passe si vite, qu’on n’a pas vraiment le temps d’apprécier ces éléments.

Un roman court qui se lit assez facilement, mais qui peine à agripper le lecteur et à marquer les esprits.

Ma note :

Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers

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Un roman français qui vient de paraître, voici la Lettre d’amour sans le dire d’Amanda Sthers.

Edition lue :
Éditeur : Grasset
Publié le : 3 juin 2020
Nombre de pages : 140
Prix : 14,50€

Alice a 48 ans et vit à Paris depuis peu. Elle va un jour se rendre dans un salon de thé où elle va être conduite à l’étage pour un massage avec un homme qui va la troubler et bouleverser son existence. Il est Japonais, et, pour lui, sans lui dire, elle va apprendre le japonais pendant une année et se familiariser avec cette culture qu’elle ne connaissait que de loin. Au bout d’un an, alors qu’elle désirait enfin lui adresser la parole en japonais, l’homme qui occupe ses pensées n’est plus là; il est retourné au Japon. Elle lui écrit donc cette lettre, pour lui ouvrir son coeur et lui raconter son parcours.

« Je vous écris cette lettre car nous n’avons jamais pu nous dire les choses avec des mots. Je ne parlais pas votre langue et maintenant que j’en ai appris les rudiments, vous avez quitté la ville. »

C’est un livre très spécial que nous avons ici ! Alice tombe amoureuse de ce masseur japonais, sans jamais lui dire, et elle décide de tout lui dire dans ces pages. Quand je dis tout, c’est vraiment tout. Sa jeunesse, ses relations tumultueuses (parfois abusives) avec les hommes, sa vie en solitaire à Paris, sa relation usée avec sa fille, tout ce qu’elle a fait en pensant à lui (le suivre jusqu’à chez lui, prendre des cours de japonais, se plonger dans la littérature japonaise), ses fantasmes… Elle se dévoile énormément (dans une très belle plume, notons-le), sans vraiment savoir s’il est prêt à lire tout ça, sans vraiment savoir si nous, lecteurs, sommes prêts à tant de dévoilement de sa part.

« J’ai besoin de vos mains sur ma peau, de guérir sous vos paumes chaudes et qu’enfin vous enleviez ce tissu qui nous sépare pour être complètement à vous et découvrir le goût de la vie douce. »

En tant que lecteur, j’ai ressenti deux choses distincte lors de la lecture de cette lettre. Tout d’abord, il y a des phrases marquantes (notamment sur le massage) et j’ai trouvé cela beau l’amour qu’elle éprouve pour cet homme qu’elle ne connait pas réellement, pour les choses qu’elle a faites par amour. Mais en même temps, au fur et à mesure des pages et de la découverte de sa vie, j’ai aussi eu un peu de la peine pour Alice, parce qu’elle se dévoile tellement sans savoir si cela aboutira sur quelque chose ou non. Mais c’est le risque lorsque l’on choisit de se consacrer entièrement à un fantasme pur et simple, ou du moins lorsque l’on en a le courage, comme c’est le cas de cette incroyable femme.

Un livre à l’ambivalence intrigante qui se résume parfaitement par la phrase suivante écrite par Alice : « J’ai toujours préféré le confort du fantasme aux risques de la vie. »

Ma note :

Concours de Nouvelles : « Le Japon »

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Bonjour à tous !

Un article un peu spécial aujourd’hui, puisque je vous propose un concours de nouvelles ! Le thème est simple : « Le Japon ». N’hésitez pas à soumettre votre nouvelle si écrire vous passionne, et surtout, faites-vous plaisir !

Règles :
1. La nouvelle sur le thème « Le Japon » devra être inédite et faire entre 2 000 et 5 000 mots.
2. Veuillez envoyer votre nouvelle à comaujapon@gmail.com dans un type de fichier éditable (fichier Word de préférence).
3. Le concours est ouvert à tous, et a lieu du 22 mai 2020 au 30 juin 2020. La nouvelle devra donc être envoyée avant le 1er juillet 2020 pour être prise en compte.
4. La nouvelle gagnante sera sélectionnée par moi-même (Kevin) et Mélissa. Nous ne sommes pas des professionnels, mais nous portons dans notre coeur le Japon et la littérature japonaise !

Récompenses :
1. La nouvelle sélectionnée sera publiée sur ce blog en tant qu’article et partagée sur les réseaux sociaux.
2. L’auteur(e) de la nouvelle sélectionnée pourra choisir l’un des trois livres suivants (tous déjà présentés sur ce blog, que du bon) : La fille de la supérette (Konbini) de Sayaka Murata, Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa ou Manuscrit Zéro de Yôko Ogawa.

Voilà, j’espère que cette initiative vous plaît et j’espère vous lire très bientôt !

N’oubliez pas de suivre Comaujapon sur Facebook et Twitter !

La Digue d’Hyakken Uchida

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Je vous propose aujourd’hui une petite balade bien plaisante le long de La Digue d’Hyakken Uchida.


Edition lue :
Éditeur : Editions In8
Publié en : Octobre 2011
Traduction : Patrick Honnoré
Publié au Japon en : 1922-1934
Nombre de pages : 110
Prix : 12,00€

Comme vous le savez peut-être, je suis féru de nouvelles, et plus particulièrement de nouvelles japonaises. Je prends un grand plaisir à découvrir des auteurs en commençant par leurs nouvelles, qui en disent souvent long sur leur façon de narrer les choses. Ne connaissant pas du tout Hyakken Uchida, j’ai tout de suite été attiré par cet ouvrage compilant huit nouvelles parues entre 1922 et 1934. Et je dois dire que j’ai été surpris ! On est ici en présence de nouvelles fantastiques, très courtes, et surtout très créatives. Au programme : un endroit qui prend feu, une femme qui sanglote, un festin avec des femmes qui ont toutes le même visage, ou encore des poils qui poussent à l’intérieur de la bouche de l’un des narrateurs – voilà ce qui vous attend !

« Soudain, je sentis un chatouillement dans le menton et à l’intérieur de mes joues. J’y passai la langue et je compris que des poils y avaient poussé. »

Les nouvelles sont très courtes et j’en ai lu une par jour pour pouvoir les savourer. Si le programme que j’ai décrit plus haut vous rend perplexe, c’est normal ! C’est une lecture que j’ai appréciée, mais je me rends compte qu’il est difficile d’en parler, tant elle était étrange. La façon la plus simple de décrire ce recueil de nouvelles serait celle-ci : des rêves nous sont en réalité décrits. Pas de règles, pas de longues et fastidieuses histoires, mais juste des morceaux de rêves éparpillés ici et là dans une très belle écriture. Ce que je me souviens, c’est surtout l’atmosphère de ces nouvelles, qui m’a donné l’impression, moi aussi, de rêver.

« Je voulus approcher mon oreille de sa bouche quand une mèche de cheveux effleura l’arrière de mon oreille. Je fus pris d’un frisson. Ses cheveux étaient froids comme des stalactites de glace et qui plus est, son cou sentait la truffe de chien. »

Une lecture dont, une fois celle-ci terminée, vous vous réveillerez en vous disant : « Mais quel drôle de rêve ai-je fait ! ». 

Ma note :

Petits contes de printemps de Natsume Sôseki

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Vous ne sentez pas trop le printemps avec le confinement ? Laissez donc Natsume Sôseki vous narrer ses Petits contes de printemps !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : Décembre 1999
Publié en format poche : Février 2003
Traduction : Elisabeth Suetsugu
Publié au Japon en : 1909
Nombre de pages : 144
Prix : 6,50€

Ce petit livre contient 25 courts contes écrits en 1909. Les thèmes sont divers, Natsumé Sôseki partageant avec nous des bouts de vie, sur son expérience, que ce soit au Japon ou sur son séjour en Angleterre, dans une écriture toujours agréable qui parvient à transcrire avec brio la beauté ou le temps qui passe.

« Combien de vains printemps s’étaient-ils écoulés, ne laissant plus que leur parfum évanescent dans le passé qui se cachait derrière les cheveux noirs, derrière les yeux noirs de cette femme ? »

C’est toujours un peu compliqué de présenter ce genre de livres, puisqu’il y a beaucoup de contes différents et ils sont tous très courts. Je vais donc me concentrer sur deux parties qui m’ont beaucoup marqué et plu. Il y a tout d’abord les contes La pension et L’odeur du passé qui se suivent et que Natsumé Sôseki a écrit lorsqu’il vivait dans une bien étrange pension en Angleterre. On ressent une certaine atmosphère propre à cette pension où les membres ont tous des secrets entre eux, et dans le second conte, Sôseki s’émancipe un peu de cette résidence grâce à la rencontre d’un compatriote japonais avec qui il va se nouer d’amitié.

« Au plus profond du ciel pur qui laisse tomber le givre, les flocons de feu voltigent puis s’envolent, s’évanouissent dans l’instant. »

Une autre conte qui m’a plu et fait sourire, c’est Monna Lisa. Un homme fait les brocantes et tombe sur un tableau sur lequel est peint une femme au sourire bien mystérieux. Sa femme est également mal à l’aise en présence de ce tableau, et il va donc décider de le revendre pour trois fois rien… Mais comme on s’en doute grâce au titre du conte, ce n’était sûrement pas la meilleure chose à faire…

Des contes qui se picorent et qui font du bien, par un grand écrivain japonais dont la plume n’est plus à présenter. Parfait pour s’évader dans plusieurs endroits différents en seulement quelques pages…

Ma note :

20 ans avec mon chat de Mayumi Inaba

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Mayumi Inaba est une auteure dont je n’ai pas encore parlé sur ce blog. Je répare cela aujourd’hui avec 20 ans avec mon chat. Miaou ?

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : Mars 2014
Publié en format poche : Janvier 2016
Traduction : Elisabeth Suetsugu
Publié au Japon en : 1999
Nombre de pages : 208
Prix : 7,50€

L’auteure commence ce livre avec la rencontre d’un chaton, coincé en haut d’un grillage. Elle le ramène chez elle, le baptise Mî, d’après les sons qu’il émet, et c’est là le début d’une belle relation qui naît entre Mayumi Inaba et Mî. On va les suivre pendant vingt ans, on va voir Mî s’épanouir et grandir, tout en constituant une constante dans la vie de l’auteure, entre divorce et déménagement.

« Au milieu de ma vie conjugale en train de se démanteler, un chat au visage serein était là, ignorant de ce qui se passait dans mon cœur. »

Ayant récemment accueilli un chaton chez moi, je me suis dit que c’était le bon moment pour lire ce livre dont j’avais entendu beaucoup d’éloges. C’est en effet un livre vraiment agréable à lire, surtout avec un chaton à côté de soi. L’écriture est belle – et des poèmes parsèment le texte, ce qui lui ajoute une certaine beauté. On suit la vie de Mayumi, avec toujours ce chat en arrière-plan, qui va notamment subir un déménagement qui l’emmène d’une maison avec jardin où il aime jouer, à un appartement tokyoïte au quatrième étage. Le duo « écrivain + chat » est quelque chose qui m’a beaucoup plu.

« Quoi, il n’y aurait dans cette ville magnifiquement vivante qu’est Tokyo aucun endroit où les hommes et les chats puissent vivre ensemble ? Quelle misère ! »

Ayant également cherché un logement à Tokyo qui acceptait les animaux de compagnie, j’ai aussi pu connaître les difficultés qu’elle raconte pour trouver un appartement. Mais, et c’est là une des choses que j’ai beaucoup aimé dans ce roman, la vie à Tokyo est quand même une aventure – et ses descriptions de cette ville et son amour pour Tokyo ont été un très bon moment de lecture pour moi. Bien entendu, on suit Mî pendant vingt ans, et on se doute qu’on arrivera jusqu’à la fin de sa vie. Je regrette là une trop grande importance apportée à sa vieillesse et aux maladies qui en découlent (des pages et des pages sur ses problèmes d’urine parsemée de sang – pas forcément une chose sur laquelle j’aurais voulu que l’auteure insiste), et j’aurais grandement préféré lire d’autres moments intimes ou heureux entre Mî et la narratrice. Cela reste un bon roman, mais si la thématique féline vous intéresse, je ne peux que vous conseiller Les Mémoires d’un chat qui est à lire absolument !

Un très joli texte sur la vie avec un chat, qui plaira certainement à tous ceux qui ont la chance de vivre un avec un animal de compagnie, mais qui, par son écriture, pourra toucher tous les amateurs de littérature japonaise.

Ma note :

I love you so mochi de Sarah Kuhn

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Envie d’un roman léger et agréable à lire ? J’ai ce qu’il vous faut ! Voici I love you so mochi de Sarah Kuhn.


Edition lue :
Éditeur : Fleurus
Publié le : 10 janvier 2020
Traduction : Camille Cosson
Nombre de pages : 316
Prix : 16,90€

Kimiko est une jeune Californienne d’origine japonaise. Sa mère est une artiste accomplie et Kimiko semble prendre le même chemin. Sauf qu’elle n’a plus d’inspiration pour ses peintures depuis quelques temps – et passe beaucoup de temps à s’amuser à créer des tenues de mode au style bien particulier à la place. Alors qu’elle se questionne sur son avenir, des billets d’avion pour le Japon arrivent par la poste de la part de ses grands-parents maternels qu’elle n’a jamais rencontrés. Une dispute avec sa mère et son incertitude sur le chemin qu’elle doit suivre vont la mener dans l’avion pour un séjour à Kyoto riche en découvertes sur le pays de ses origines, mais aussi sur elle-même.

« Il y a un vide dans ma propre histoire. Un vide dont je ne m’étais jamais vraiment aperçue avant. »

Je vous présente ici un roman d’une auteure américaine dont les grands-parents sont japonais. J’avoue ne pas être la cible principale de ce roman – qui s’adresse plutôt à un public jeune et féminin, mais que dire ? On s’en fout parce que j’ai passé un excellent moment de lecture ! Et après tout, n’est-ce pas cela qui compte dans la lecture ?

« Le vent fait bruisser le bambou – on dirait qu’il nous chuchote tous ses secrets. »

Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans, le début du roman se passant aux Etats-Unis n’étant pas le point fort du roman. Mais une fois Kimiko arrivée au Japon, c’est que du bonheur. C’est un voyage intérieur pour elle, elle va découvrir beaucoup de choses sur elle-même et sur son avenir, mais aussi à en apprendre plus sur sa mère, sur ses grands-parents et aussi sur l’amour et le mochi, cette délicieuse sucrerie japonaise. Ce qui au début a l’air d’être une histoire simpliste prend une tournure vraiment intéressante en traitant de sujets importants, le tout étant vraiment agréable à lire.

Une lecture plaisante pour tous ceux qui souhaitent un peu de douceur sucrée en ces temps difficiles.

Ma note :

Vie à vendre de Yukio Mishima

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Cela faisait des années que j’attendais un nouveau roman de Yukio Mishima. Voici un inédit paru récemment en France, Vie à vendre.


Edition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié le : 16 janvier 2020
Traduction : Dominique Palmé
Publié au Japon en : 1968
Nombre de pages : 272
Prix : 22,00€

Hanio souhaite se suicider, sans raison particulière. Malheureusement, il va rater son suicide et prendre une décision pour le moins surprenante : il va publier dans un journal une annonce pour vendre sa vie, pour quiconque souhaitant l’utiliser. Un premier acheteur va répondre à son annonce, et Hanio, prêt à mourir, va accepter ce qu’il lui demande : coucher avec son ex-femme de 23 ans (alors qu’il en a 73) pour que son amant actuel se venge et tue cette femme (et Hanio au passage). Mais cela ne va pas vraiment se passer comme prévu, et Hanio va être payé et récupérer sa vie. D’autres clients vont ensuite toquer à sa porte, avec, entre autres, une femme qui veut l’utiliser en tant que cobaye et une vampire, qui vont lui faire vivre des aventures improbables – le tout sous la menace planante (ou presque) de l’ACS, l’Asian Confidential Service.

« Après avoir raté son suicide, Hanio vit s’ouvrir devant lui un monde absolument vide, d’une liberté merveilleuse. »

Vous l’avez sûrement compris en lisant le petit résumé que j’ai tenté de faire, on est ici en présence d’un roman totalement loufoque. C’est une part de Mishima qu’on peut distinguer dans son oeuvre, et on peut dire ici qu’elle est vraiment bien maîtrisée. Ce roman est aussi décrit comme « parodie de roman policier », puisqu’on retrouve certains éléments de ce genre. En plus de toutes les aventures folles que va vivre Hanio, comme si tout était normal, il va être en contact avec des personnages parfois inquiétants, voire carrément dangereux. Mais Hanio ne désespère pas, et à chaque fois qu’il rentre chez lui, bredouille, toujours en possession de sa vie, il tourne la pancarte sur sa porte qui était tournée sur « Rupture de stock » et est prêt à recevoir la visite de quelqu’un à qui il pourrait vraiment vendre sa vie.

« Se faire tuer en pleine action, ce serait vraiment une bonne façon de mourir. Déshonorante pour un vieillard, mais comment rêver fin plus honorable pour un homme jeune ? »

Cette lecture m’a passionné. Je ne suis peut-être pas le plus objectif pour parler de Mishima, même si je sais reconnaître quand certains de ses textes sont moins bons que d’autres, mais ici, qu’est-ce que cette lecture est plaisante ! Le thème du suicide et de la mort est assez récurrent chez lui, mais est traité d’une façon complètement différente de ses autres oeuvres. On prend un réel plaisir à découvrir le sort que lui réservent ses clients potentiels, et on ne se demande pas vraiment où tout cela va nous mener, on se contente plutôt d’apprécier toutes ces situations farfelues – décrites d’une plume qui ne gâche rien au plaisir.

« Acheter une vie, ça devrait être l’acte le plus digne du monde. Comment se faisait-il alors que ses clients venaient le voir avec des mines aussi piteuses ? »

Mishima signe ici un roman pour le moins extravagant, pour lequel vous devrez vous munir d’un esprit ouvert pour un moment de lecture unique et qui ajoutera un petit brin de folie à votre vie. 

Ma note :

Cruel est le ciel de Tetsuya Honda

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C’est un roman policier que je vous propose aujourd’hui. Découvrons à quel point Cruel est le ciel avec Tetsuya Honda.

Edition lue :
Éditeur : Atelier Akatombo
Publié le : 20 février 2020
Traduction : Dominique Sylvain & Alice Hureau
Publié au Japon en : 2017
Nombre de pages : 350
Prix : 18,00€

Cruel est le ciel est le deuxième volet de la série mettant en scène la lieutenante Reiko Himekawa. Je n’ai pas lu le premier roman, intitulé Rouge est la nuit, mais cela n’empêche pas d’apprécier pleinement ce roman. Ici, une main est retrouvée dans un mini-van abandonné, et elle semble appartenir à Kenichi Takaoka, qui travaille dans la charpenterie. A partir de là, pour trouver l’assassin -mais aussi le reste du corps de Kenichi-, la police va devoir enquêter et va être confrontée à de mystérieux suicides d’ouvriers sur des chantiers ainsi qu’à de biens étranges personnages…

« Ce n’est pas que j’aie peur d’être devancé par Himekawa dans une enquête. C’est plutôt que je redoute que quelqu’un soit blessé le jour où son instinct l’entraînera dans la mauvaise direction. »

Tout d’abord, je tiens à préciser que je lis et j’apprécie pas mal de romans policiers. Ainsi, en commençant un roman de ce genre, j’ai quelques expectations. Je m’attends en effet à vouloir tourner les pages rapidement sans jamais vouloir décrocher du livre, et à être surpris. Tout d’abord, ce n’est pas forcément un défaut, mais vu que j’ai décidé d’en parler sur Comaujapon, je tiens à le préciser : il n’y a pas grand chose de japonais dans ce roman. Donc si vous souhaitez le lire pour voir ce que donne un « roman policier japonais », vous pouvez passez celui-ci et vous tourner plutôt vers des auteurs comme Keigo Higashino, pour ne citer que l’évidence.

« Recevoir un ordre d’une aussi jolie femme me plonge dans une humeur délicieuse ! »

Mais voilà, le problème de ce roman, c’est sûrement les personnages. On a une multitude de personnages, principalement du côté de la police. La lieutenante Himekawa, qui est censée être l’héroïne n’est pas vraiment sympathique, et tous ses collègues sont une plaie. Des collègues misogynes à souhait, qui font un peu le cliché des romans policiers. Cela ne rend pas vraiment le roman plaisant à lire. Si en contre partie on avait une enquête passionnante, je pourrais passer l’éponge, mais ce n’est pas vraiment le cas. J’ai pourtant lu le roman assez rapidement, l’histoire est tout de même bien menée, mais je n’ai pas réellement été excité par cette lecture.

Un roman policier qui n’apporte pas grand chose au genre. Il se laisse lire, mais il est vite oublié une fois refermé. Dommage.

Ma note :

Histoires tombées d’un éventail de Sandrine Garbuglia

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Que diriez-vous de contes humoristiques rakugo ? C’est ce que nous propose Sandrine Garbuglia dans son ouvrage Histoires tombées d’un éventail.

Edition lue :
Éditeur : L’Harmattan
Publié le : 10 octobre 2019
Nombre de pages : 208
Prix : 20,00€

Le rakugo est un spectacle littéraire japonais. Un conteur est assis sur scène, traditionnellement vêtu d’un kimono et ayant pour seuls accessoires un éventail et une petite serviette. Il va raconter une histoire dont les différentes voix des personnages, sa gestuelle, son expression vont faire rire le public, jusqu’à la chute, l’apogée de l’histoire qui peut faire exploser de rire le public si elle est bien amenée. Ici, Sandrine Garbuglia restranscrit en français et adapte 12 histoires de rakugo pour que l’on puisse se faire une idée de cet art si particulier.

« Le rakugo, ou l’art de la chute ; de la chute contrôlée aurait-on envie d’ajouter. Car tout l’art du conteur est là : savoir faire surgir la chute au moment opportun, dans un précipité de rires. »

Lors de mon premier long séjour au Japon en 2012, ma famille d’accueil m’avait emmené voir un spectacle de rakugo. A ce moment-là, je ne parlais presque pas la langue, et j’avoue n’avoir absolument rien compris. Mais j’étais intrigué, et surpris. Pendant plus d’une heure, les rakugoka, ces fameux conteurs, se sont succédés, racontant leurs histoires devant un public riant sans gêne. Voilà qui est surprenant, avais-je pensé, moi qui n’avais que rarement vu des Japonais rire.

Ici, nous sommes donc en présence de TEXTES de rakugo, et qui plus est en FRANCAIS ?! Je dois avouer que j’étais un peu perplexe. Mais j’ai été agréablement surpris ! Tout d’abord, avant chaque histoire, nous avons un petit texte explicatif pour bien comprendre le contexte et apprécier l’histoire à son maximum. Un réel travail a été fait sur le texte, avec notamment des mots en japonais laissés tel quel dans l’histoire (le plus souvent suivis directement par leur explication en français), qui permettent de retranscrire une atmosphère nippone et un certain rythme. Les histoires en elles-mêmes sont pour la plupart drôles et j’avoue avoir souri en lisant la chute de la plupart, voire carrément ri, notamment pour les deux premières histoires. Préparez-vous à rencontrer une femme qui doit se retenir d’aller aux toilettes, un chien transformé un humain, des vendeurs de nouilles ou encore un directeur de zoo pour le moins surprenants qui vont tous vous faire sourire ! L’annexe est également vraiment intéressante, avec notamment une biographie du premier rakugoka étranger au Japon, ainsi que deux interviews de rakugoka japonais.

Un livre audacieux qui remplit parfaitement sa tâche et qui est un réel plaisir à lire. Que vous ayez entendu parler de rakugo ou non, vous trouverez ici votre bonheur – et votre sourire.
Ma note :
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