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Archives d’Auteur: Kevin

Une poignée de sable de Takuboku

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Parlons poésie aujourd’hui avec un poète japonais très particulier que j’ai été ravi de découvrir : voici Une poignée de sable de Takuboku Ishikawa, connu sous son simple prénom Takuboku.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 2 juin 2016
Traduction : Yves-Marie Allioux
Publié au Japon en : 1910
Nombre de pages : 192
Prix : 20,00€

Une poignée de sable est un recueil de 551 tankas, des poèmes courts traditionnels, japonais, d’un auteur décédé très jeune mais qui a pourtant marqué l’histoire de la poésie. Ce recueil est divisé en plusieurs parties, et dans la première, on comprend clairement pourquoi il était aussi surnommé le « poète de la tristesse ». Il s’apitoie en effet sur son sort après son exil à Hokkaido par exemple. Dans les autres  parties, il nous parle aussi de là où il a grandi, avec une forte nostalgie qui ressort, mais également de la mort prématurée de son fils de 24 jours dans des tankas déchirants.

« Avec l’audace qu’il faut pour sauter d’une hauteur
Cette vie
n’y aurait-il pas un moyen de l’achever en beauté ? »

J’ai été grandement surpris par le début du recueil. J’ai rarement lu des poèmes aussi noirs, ça change des beaux poèmes comme on a l’habitude d’en lire. Il n’hésite pas à parler de la mort, à exprimer des pensées que l’on pourrait qualifier de suicidaires, et ça laisse une forte impression. Et puis, dans la suite, il y a des poèmes très agréables à lire, qui m’ont vraiment fait apprécier cette lecture. Notamment la partie sur son quotidien à Tokyo qui regroupe vraiment tout ce que j’aime dans la poésie japonaise.

« Au loin on entend le son d’une flûte
Est-ce parce que j’ai la tête baissée ?
Des larmes se mettent à couler… »

Et bien sûr, il faut noter la qualité de la traduction et des notes. J’ai rarement vu des notes d’une telle qualité, avec des explications, du contexte, tout au long du recueil qui permettent d’apprécier encore plus ces poèmes. Il y a près de 90 notes ! En plus de la postface qui nous explique en quoi ce poète était doué et tous les styles qu’il a pu traverser avec succès durant sa courte carrière.

« Comme un cerf-volant au fil cassé
l’âme de mes jeunes années légère
s’en est allée emportée par le vent »

Un recueil de tankas surprenants, qui navigue entre plusieurs registres, celui de la tristesse, celui de la nostalgie, celui de l’amour, toujours avec un style et une beauté comme j’en ai rarement lus dans la poésie japonaise.

Ma note :
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L’arc-en-ciel blanc d’Akira Yoshimura

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J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une nouvelle d’Akira Yoshimura que j’avais beaucoup aimée sur le blog, voici désormais le recueil dans lequel elle a ensuite été publiée en France : L’arc-en-ciel blanc.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mars 2012
Traduction : Martin Vergne
Publié au Japon entre : 1953-1964
Nombre de pages : 192
Prix : 17,30€

Quatre nouvelles composent ce recueil, dans lequel Akira Yoshimura explore un milieu social le plus souvent défavorisé. On rencontre tout d’abord un jeune couple dont la femme ne semblait visiblement pas prête à se marier dans la nouvelle éponyme, puis on retrouve le fameux été en vêtements de deuil dont je vous ai déjà parlé sur le blog, ainsi qu’un jeune garçon qui assiste aux funérailles autour de lui, et d’un frère et d’une soeur qui décident de voler un cheval et de partir ensemble.

« Ayako était bien trop jeune pour devenir une épouse. Le fardeau bien trop lourd à porter. »

Et ce sont ces deux dernières nouvelles que j’ai envie de vous présenter, puisque j’ai pris un grand plaisir à les lire. Tout d’abord, Etoiles et funérailles, qui, dès le début m’a séduit. Dans la première scène, on découvre Jirô, un garçon de 16 ans déficient mentalement, qui suit un cortège funèbre. La scène, un cortège funèbre sous une forte pluie, et ce jeune garçon les suivant au loin, est très belle. Jirô assiste donc aux funérailles qui se déroulent autour de lui et s’assure que le rituel est respecté. On va même jusqu’à lui donner une petite enveloppe pour sa bienveillance, et il va vouloir aider une jeune fille déjà mère, qui vit avec son père qui la frappe. Une nouvelle forte, le lien qui tente de se créer entre eux, avec les funérailles omniprésentes, qui mènent à une fin puissante.

« Il faudrait vraiment avoir un papa ici. Toute seule, maman n’y arrive pas. »

Et la dernière nouvelle, Le mur de briques, m’a également beaucoup plu. Hisae et Kiyota, un frère et une soeur partent voler un cheval pour l’emmener quelque part. On comprend vite qu’ils vivent eux aussi dans des conditions de vie difficiles et que le cheval qu’ils emmènent est lié à leur nouveau beau-père, un scientifique qui fait des expériences sur des animaux… Le thème est fort, il y a des scènes dures à lire, mais le lien fraternel des deux personnages principaux est vraiment beau, ensemble pour défendre ce à quoi ils croient malgré leur faible niveau de vie.

« Hisae, qui sentait la paume de son frère lui serrer fortement la main, eut l’impression d’avoir mauvaise conscience. Emmener un cheval sans autorisation, n’était-ce pas la même chose que du vol ? »

Un très bon recueil de nouvelles qui explorent plusieurs thèmes, tous avec une symbolique forte, avec talent, et qui m’a donné envie de me plonger dans d’autres textes d’Akira Yoshimura.

Ma note :

La Lettre de Sagawa de Jûrô Kara

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un livre qui a vu le jour suite à un terrible fait divers : Issei Sagawa a tué et mangé en partie une étudiante néerlandaise à Paris en 1981. Et Jûrô Kara a entretenu une correspondance avec lui. Voici La Lettre de Sagawa.


Edition lue :
Éditeur :  Robert Laffont
Publié en : 1983
Publié au Japon en : 1982
Traduit par : Tomoko Moëne et Marie-Lise Hieaux
Nombre de pages : 148

 

Issei Sagawa est donc un Japonais de 32 ans en 1981, lorsqu’il tue Renée Hartevelt, une Néerlandaise de 24 ans, avant de manger des parties de son corps (vous pouvez trouver plus de détails sur cette affaire sur sa page Wikipedia, sur laquelle vous pourrez découvrir qu’il a bénéficié d’un non-lieu à cause de sa santé mentale, et qu’il aurait notamment tourné dans une publicités pour des chaînes de restaurants de viande). Il décide d’écrire à Jûrô Kara, l’auteur de ce « roman », parce qu’il a entendu que ce dernier voulait faire un film sur son histoire, et qu’il veut l’aider dans sa réalisation. A partir de là, une correspondance va s’établir entre eux et Jûrô Kara va se rendre à Paris pour tenter de rencontrer ce « Japonais cannibale » comme il était surnommé dans la presse de l’époque.

 

« Pardonnez mon audace de vous écrire ainsi. Je suis celui qui a tué une jeune femme hollandaise, qui a mangé sa chair et qui a été arrêté par la police parisienne. Je suis maintenant à la prison de la Santé. »

 

Ce livre m’attirait beaucoup. Je ne connaissais pas ce fait divers, et je trouvais cela intéressant de découvrir la correspondance entre Sagawa et l’auteur, ce dernier cherchant à faire avouer des choses à Sagawa pour comprendre les raisons qui l’ont poussé à commettre son acte. Mais voilà, bien que le début fut intéressant, j’ai rapidement décroché. L’auteur va en effet être pris dans une sorte d’obsession que je qualifierais de malsaine, il va se rendre à Paris (mais il ne parviendra même pas à obtenir un droit de visite à Sagawa qui est en prison), visiter la chambre de l’étudiante, traduire le poème (alors qu’il ne parle pas un mot d’allemand) qu’elle lisait au moment où Sagawa l’a assassinée, va rencontrer une femme que Sagawa a apparemment fréquenté les jours avant le meurtre… et c’est d’un ennui profond. Je ne parlerais pas de l’épilogue, qui est soporifique et inintéressant au possible. Et c’est bien dommage.

 

« C’est avant de la découper en morceaux, au moment précis où je séparais avec un couteau la chair des os, que j’ai mangé ses lèvres, sa langue et le bout de son nez. »

 

Un livre qui aurait pu être excellent, les premières pages sont prometteuses, mais qui m’a vite fait décrocher. Je me suis ennuyé durant ma lecture et je n’ai pas vraiment compris pourquoi ce livre a été publié (même si j’imagine que le sujet et sa sortie rapide après le drame ont dû lui assurer de très bonnes ventes au Japon).

 

Ma note :

Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda

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Je vous propose aujourd’hui de prendre rendez-vous avec un docteur très particulier. Voici Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda. Une petite piqûre ?

Edition lue :
Éditeur : Points
Publié le : 25 septembre 2014
Grand format publié le : 17 janvier 2013 (Wombat)
Traduction par : Silvain Chapuis
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 288
Prix : 7,30€

Ce livre nous présente plusieurs patients qui vont fréquenter le service psychiatrique de la clinique Irabu, et qui vont se retrouver face au docteur Irabu, fils du propriétaire de la clinique. Et ils vont être surpris ! Irabu est en effet un docteur grassouillet et totalemment loufoque. Il dit tout ce qui lui passe par la tête, propose des remèdes improbables et est excité par les piqûres que son infirmière (elle aussi très spéciale, en plus d’être exhibitionniste) prodigue à ses patients à chacune de leurs visites.

« Se faire piquer tous les jours n’était certes pas une partie de plaisir, mais, au fond de lui, ce désagrément était compensé par la vision des cuisses de l’infirmière. »

Il va donc tenter de soigner Kazuo, qui souffre de plusieurs maux apparemment causés par le stress, un autre patient qui a une érection permanente, une hôtesse qui se sent suivie tout le temps par des admirateurs dérangés, un adolescent accro à son téléphone ou encore un homme atteint de TOC. Et à chaque fois que ses patients le rencontrent pour la première fois, ils ressentent un certain mépris voire un dégoût pour cet homme extravagant. Mais en leur proposant une mystérieuse piqûre à chacune de leur visite, ils vont étonnement apprendre à accepter cet homme et revenir tous les jours à la clinique…

« Ma philosophie, vous savez, c’est de faire tout ce qui me passe par la tête. »

En voilà une lecture qui fait du bien ! Un livre très drôle, on prend plaisir à voir le schéma se répéter : aversion pour le docteur, remèdes loufoques, acceptation, et puis, une certaine intimité qui se crée entre Irabu et ses patients, même si ce n’est pas forcément du plein gré de ces derniers… Mais au final, ses patients semblent aller mieux, et d’une certaine façon, je crois qu’on peut dire que c’est, contre toute attente, un bon médecin.

Une lecture amusante sur un docteur qui se comporte comme un enfant et sur son infirmière exhibitionniste, pour un duo de choc (dans tous les sens du terme) qui va tenter d’aider les patients qui au départ regrettent d’avoir mis le pied dans cette clinique…

Ma note :

Une journée de début d’automne de Natsume Sôseki

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Aujourd’hui, parlons classique avec un livre de saison ! Voici Une journée de début d’automne, un très beau recueil de nouvelles de Natsume Sôseki.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : Février 2014
Grand format publié en : Février 2012
Traduit par : Elisabeth Suetsugu
Édition originale en japonais : 1907-1912
Nombre de pages : 144
Prix : 6,00€

Dans ce recueil, on trouve sept nouvelles, dans lesquelles Natsume Sôseki évoque avec poésie des scènes de son quotidien, parfois anodines. Que ce soit son arrivée à Kyoto, l’adoption d’un moineau au bec rose, sa rencontre avec un éminent professeur étranger ou ses séjours à l’hôpital, il parvient toujours à nous faire ressentir une certaine beauté dans des scènes à l’apparence banale.

« On aurait beau compter cent avenues, vivre mille ans, Kyôto restera immuablement une ville morne. »

Je dois dire que j’ai pris une claque avec la première nouvelle, « Le soir de mon arrivée à Kyoto », écrite en 1907, qui, bien que très courte, est vraiment magnifique. L’écriture et la traduction sont superbes, et j’ai pris un tel plaisir lors de ma lecture qu’une deuxième lecture s’est imposée. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé cette beauté dans les nouvelles suivantes. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, et, alors que cela ne me dérangeait pas avec la première nouvelle, je n’ai pas trop trouvé mon intérêt dans la suite, même si les nouvelles restent agréables à lire.

« Quittant la capitale aux simulations intenses, pour moi qui foulais soudain le sol de cette cité antique, c’était comme si je me retrouvais au fond d’un étang sombre où le ciel ne se reflète pas tant le vert est dense, telle une pierre brûlante sous la canicule. »

Un carnet de bord de Natsume Sôseki, que je conseillerais surtout pour sa première nouvelle, que j’ai tout simplement adorée et dont la beauté m’a frappé.

Ma note :

Les Hommes salmonelle sur la planète Porno de Yasutaka Tsutsui

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman TRÈS particulier, comme le suggère son titre. Voici Les Hommes salmonelle sur la planète Porno de Yasutaka Tsutsui.

Edition lue :
Éditeur : Wombat
Publié le : 16 février 2017
Traduction par : Miyako Slocombe
Édition originale en japonais : 2005
Nombre de pages : 96
Prix : 16,00€

On découvre ici la planète « Nakamura » que les personnages, des scientifiques étudiant cette planète, appellent la planète porno. Et pour cause ! Les plantes, les animaux, les habitants, tous sont hypersexualisés. L’histoire est simple : la seule femme de l’équipe de recherche est tombée enceinte à cause d’une mauvaise herbe, et ses collègues vont partir voir les habitants de cette planète pour leur demander comment faire pour avorter de cette plante… mais en chemin ils vont croiser un grand nombre de choses qui vont les titiller dans tous les sens du terme…

« Cette planète était également connue sous le nom de planète Porno. On l’appelait ainsi car ses habitants, qui vivaient en Nunidie, une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de notre base, ressemblaient comme deux gouttes d’eau aux Terriens et vivaient nus comme des vers tout au long de l’année. »

Dès le départ, on plonge dans le loufoque de cette planète, et on n’en sort pas avant le point final ! Bravo au traducteur, qui a dû avoir du mal à traduire les noms des animaux, des plantes et des endroits totalement farfelus et lubriques. Allons-y franchement : on rencontre dans ce roman des méduses qui provoquent l’orgasme quand elles piquent, des bêtes qui veulent s’accoupler avec des humains, des farfouilleuses qui procurent plusieurs orgasmes d’affilée aux humains qu’elles attrapent, mais aussi des vaches-accordéons qui ne peuvent bouger que les pattes arrières et qui se déplacent donc comme un accordéon… et je m’arrête là pour vous laisser en découvrir plus par vous-même !

« Qui avait donc engrossé le Dr Suiko Shimazaki, cette belle célibataire de trente-deux ans, gracieuse, le teint clair et un peu ronde ? »

Je dois dire que j’étais un peu perplexe au départ, mais finalement, malgré le côté très sexuel et quelque peu pervers (peut-être à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes lecteurs), ça passe bien. J’ai beaucoup souri, j’aime beaucoup tout ce qui est loufoque, surtout quand c’est bien fait, et c’est le cas ici. En plus des découvertes qu’ils font en chemin, les chercheurs tentent d’avoir une discussion scientifique sur l’évolution sur cette planète et sur comment fonctionnent ces animaux, ce qui est aussi plutôt original, et amusant, tout comme la résolution qui se veut plus ou moins sérieuse.

« Si le père est une mauvaise herbe du nom d’engrosse-veuve, ça serait un coup dur pour la lignée de brillants scientifiques dont elle est issue. »

Un livre comme je n’en ai jamais lu, qui ose aller très loin sans jamais avoir peur du « trop » ou du ridicule. Une planète à découvrir en ayant l’esprit ouvert !
Ma note :

Comment apprendre à s’aimer de Yukiko Motoya

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Un roman qui nous fait découvrir des scènes de la vie d’une femme : voici Comment apprendre à s’aimer de Yukiko Motoya.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 18 août 2016
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Publié au Japon en : 2013
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Linde a 16 ans lorsqu’on la rencontre. Lycéenne, elle traîne avec deux filles avec qui elle ne partage pas grand chose, des « amies par défaut ». Ensuite, on la découvre à plusieurs âges de sa vie : 28 ans, en couple avec un homme avec qui elle se montre particulièrement agaçante et avec qui elle se dispute souvent, 34 ans, avec ce même homme avec qui elle est désormais mariée mais ne semble pas satisfaite, puis à 47, 3 et 63 ans. Dans ce dernier chapitre, elle cherche des moyens de s’aimer, une chose qu’elle n’a visiblement pas fait durant toute sa vie, d’où le titre du roman.

« Ces pitoyables êtres devant elle étaient, sans le moindre doute, ses amis. Et ils pensaient certainement la même chose qu’elle. »

Un roman qui m’intriguait et que j’avais envie de lire depuis sa sortie. Et puis je lis le premier chapitre. Linde, 16 ans, adolescente étrange qui joue au bowling avec ses « amies » qui n’ont rien à se dire. Pourquoi pas. 28 ans. Linde commence à être un petit peu irritante, tout comme son petit-ami, d’ailleurs. D’accord. Et puis, s’enchaînent trèèès lentement les chapitres suivants. Cela devient de plus en plus triste à lire, Linde a une vie particulièrement inintéressante. C’est certainement l’effet recherché, mais je me suis bien ennuyé une fois les deux premiers chapitres passés.

« La paresse de Linde commençait à ressembler à ces traces de tartre dans la salle de bain, longtemps négligées et maintenant incrustées. Elle s’était convaincue que ces motifs existaient depuis toujours. »

Un roman qui me tentait beaucoup et qui m’a intéressé – mais que jusqu’à la moitié. On suit une femme qui a, au final, du mal à trouver son bonheur au fil des ans, et qui va essayer de trouver un moyen pour commencer à enfin s’aimer.

Ma note :

La légende des Akakuchiba de Kazuki Sakuraba

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Partons aujourd’hui à la rencontre de Kazuki Sakuraba, une auteure japonaise dont on peut découvrir pour la première fois la plume en France (même si elle a connu le succès en France également avec le manga Gosick dont elle a écrit le light novel) grâce à un roman qui vient de paraître : La légende des Akakuchiba.


Edition lue :
Éditeur : Piranha
Sorti le : 19 octobre 2017
Traduit par : Jean-Louis de la Couronne
Édition originale en japonais : 2006
Nombre de pages : 416
Prix : 23,00€

Dans ce roman, on fait la connaissance de trois femmes de la même lignée. Il y a tout d’abord Man’yô, une fille des montagnes qui peut voir certaines scènes de l’avenir dans ses visions, et qui va devenir Man’yô Akakuchiba en épousant l’un des héritiers de cette famille très puissante du village de Benimidori. Man’yô est la grand-mère de la narratrice, et on va découvrir sa vie très particulière, elle qui a changé complètement de classe sociale et qui voit mystérieusement comment certaines personnes de son entourage vont décéder. Et puis, il y a Kemari, la fille de Man’yô. Une loubarde, qui va être connue dans tout le pays, et qui  va finir par avoir une reconversion plutôt étonnante. Et enfin, Tôko, la fille de Kemari, qui, elle, commence petit à petit sa vie, ou du moins souhaite la commencer après avoir mis à jour un secret que sa grand-mère Man’yô a emporté avec elle dans son dernier souffle.

« Pourquoi cette dame des Akakuchiba qui ressemblait tant à un petit dieu Ebisu avait-elle posé son dévolu sur une fille des confins, l’avait choisie et destinée à devenir l’épouse de son fils ? »

C’est un roman passionnant qui se déroule sur trois générations. On suit avec curiosité ces trois femmes qui ont une vie si différente, mais tellement intéressante. Man’yô qui est une fille de rien du tout au départ, et qui devient une femme respectée dans une puissante famille, avec un petit côté mystérieux et inquiétant, puisqu’elle a des visions durant lesquelles elle voit le plus souvent des choses désagréables. Kemari, qui est à l’opposé de sa mère, puisqu’elle est la tête d’un gang de jeunes filles rebelles, et enfin Tôko, une fille que l’on découvre et qui se trouve également être très différente de sa mère et de sa grand-mère.

« Man’yô comprit que son fils était mort. Alors même qu’il n’était pas encore né. »

Un autre aspect très intéressant de ce roman, c’est qu’on est aux premières loges pour observer l’évolution de la société. On commence au début des années 1940 dans un petite village où l’aciérie des Akakuchiba est l’entreprise principale. Elle va grandir, grandir, grandir. Pendant ce temps-là, l’influence américaine se répand de plus en plus chez les jeunes, avec les Beatles notamment, et un fossé se creuse au fil des années entre les adolescents et ceux de la génération de leurs parents. Et puis, la place de cette usine est remise en question avec la pollution industrielle qui devient de plus en plus un problème… La société évolue et se modernise, et avec cette évolution se sont envolés les mythes et l’histoire de ce village. Un portrait très réaliste sur les années qui passent et la société qui se transforme sur plusieurs plans.

« La jeunesse est belle justement parce qu’elle passe. »

Un roman riche. Riche de par l’histoire familiale racontée sur trois générations, riche de par la description précise et fidèle de l’évolution de la société faite, mais aussi riche de par l’enchaînement des événements : on a envie de découvrir quels liens ces trois femmes aux caractères si différents ont pu entretenir entre elles et avec leurs proches.

Ma note :

Le Journal de Sarashina

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Les textes anciens de la littérature japonaise sont toujours un plaisir à lire. Aujourd’hui, découvrons ensemble le Journal de Sarashina, qui vient de resortir en France.


Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 12 octobre 2017
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

Ce livre est le journal intime de Sarashina, dans lequel elle raconte des événements de sa vie de l’âge de 13 à 52 ans, dans le Japon du XIème siècle. On la suit donc dans ses voyages, mais aussi dans ses rêves et dans ses lectures, elle qui raffole tant des Dits, dont le célèbre Dit du Genji de Murasaki Shikibu, datant d’un siècle plus tôt. Et le tout est parsemé de tanka, ces poèmes courts japonais, que Sarashina écrit pour diverses occasions.

« Pour sûr la tourmente
de son souffle ne balaie
le mont Miyaji
le feuillage rutilant
sur les branches est resté »

Tout d’abord, avant le Journal à proprement parler, on a une biographie de Sarashina, qui est parfaite pour cerner un peu le personnage et le contexte d’écriture et qui nous aide à comprendre, en plus d’être très intéressante (ce qui n’est pas toujours le cas pour les biographies). Quant au Journal, je dois dire que c’est vraiment une lecture agréable. On la voit grandir, on la voit voyager, on la voit écrire des poèmes, et on la voit aussi être passionnée de lecture. Elle traverse les provinces dans des conditions parfois difficiles et grâce aux descriptions précises et jolies, on voyage avec elle.

« Ce Genji dont je n’avais lu que des fragments insignifiants et dont je m’irritais de n’y rien comprendre, je le lis maintenant livre après livre, en partant du premier, sans personne pour m’en distraire, étendue à l’intérieur de mes rideaux, plus heureuse qu’une impératrice ! »

Une excursion dans le Japon du XIème siècle, à travers le regard d’une jeune fille, puis d’une femme, qui lit, voyage, écrit et rêve, et nous emmène dans son monde.

Ma note :
8

Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa

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Ce n’est pas quelque chose de nouveau, j’adore les nouvelles, et encore plus quand elles ont été écrites par des écrivains de renom. Je vous présente aujourd’hui trois nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa regroupées dans un recueil intitulé Une vague inquiétude.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : février 2005
Traduction : Silvain Chupin
Publié au Japon en : 1914, 1919 & 1922
Nombre de pages : 84

On retrouve donc trois nouvelles de cet écrivain écorché vif. La première nouvelle s’intitule Le Masque et nous présente un homme ivre qui danse sur le pont d’un bateau en portant un masque hyottoko (un personnage comique). On revient sur la vie de cet homme qui aura dansé jusqu’à la fin. Dans la deuxième nouvelle, Un doute, un homme va raconter sa triste histoire à une homme qu’il prit d’abord pour un spectre : sa femme prise sous une poutre suite à un séisme, le feu arrivant, il frappe sa femme avec une tuile pour lui épargner de mourir brûlée vive. Et dans la dernière nouvelle, Le wagonnet, on suit un garçon qui va aider à pousser des wagonnets (celle-ci ne m’a laissé absolument aucun souvenir, donc il faudra vous contenter de cela !).

 

« D’entendre si soudainement une histoire comme celle-là, je fus moi-même saisi d’un frisson à la poitrine, comme si le froid de cette vaste pièce pénétrait jusque dans mon col. »

 

Hormis la dernière nouvelle que je n’ai pas très bien comprise, j’ai beaucoup apprécié ce recueil. Et plus particulièrement la deuxième nouvelle, qui est la réflexion d’un homme qui a commis le pire en pensant bien faire, mais qui se met à douter de ses réelles intentions. On plonge dans la psychologie d’un homme tourmenté, et c’est justement ce que j’aime chez Akutagawa, et c’est ce qui fait de cette nouvelle un texte vraiment réussi à mon sens. A noter que le recueil s’intitule selon le mot laissé par Akutagawa juste avant de se suicider, Vague inquiétude (Bonyari Toshita Fuan, ぼんやりとした不安).

 

Un recueil de nouvelles d’un grand auteur qui nous montre son talent sous différentes formes, en essayant de comprendre l’homme et ses actions qui peuvent parfois sembler contradictoires.

 

Ma note :