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Archives d’Auteur: Kevin

On se retrouve en septembre !

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Bonjour à tous !

Vous l’avez sûrement remarqué, je n’ai pas réussi à tenir le rythme d’un article par semaine depuis juillet.

J’ai eu en effet un été chargé (et cet été est particulièrement terrible au Japon), avec le travail, un déménagement, la préparation d’un retour en France pour quelques jours… et j’ai donc eu moins de temps pour lire.

Je vous propose donc de se retrouver en septembre, avec un nouvel article chaque dimanche.

Passez une belle fin d’été et à très vite !

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Futon de Katai Tayama

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Après une petite absence de deux semaines, Comaujapon est de retour ! Cette fois-ci, je vous présente Futon de Katai Tayama.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : Avril 2000
Publié au Japon en : 1907
Nombre de pages : 168

Futon est le roman le plus célèbre de Katai Tayama et il est ici présenté avec deux nouvelles. Dans Futon, on va suivre Tokio, qui éprouve de l’amour pour sa jeune élève Yoshiko. Il est marié et père de famille, et ses sentiments pour Yoshiko vont encore plus se développer lorsque celle-ci va vivre avec Tokio et sa femme pour pouvoir suivre la formation de son maître. Mais lorsque Yoshiko va rencontrer un garçon de son âge avec qui elle envisage une relation sérieuse, Tokio va sombrer dans une tristesse sourde.

« Les jeunes étaient toujours les mêmes, mais leur façon de définir l’amour, de parler de littérature ou de discuter de politique était radicalement différente, et il lui semblait qu’il ne pourrait les suivre éternellement. »

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié ce texte de Katai Tayama, un auteur que je connaissais pas. La préface est intéressante et permet d’en apprendre un peu plus sur lui et sur ses influences, celle de Maupassant notamment. Futon est un texte vraiment intéressant, puisqu’en plus des tourments de cet homme marié, on est au début du XXème siècle, dans la société japonaise qui progresse de jour en jour. Le trouble de Tokio, qui se transforme en désespoir au fur et à mesure qu’il voit la fille qu’il aime s’éloigner de lui est aussi un élément qui m’a fait beaucoup apprécier ce roman.

« Qui ne se sentirait ému de s’entendre appeler « Maître ! Maître ! », et de se voir admiré à l’égal d’un des grands de ce monde par cette ravissante élève aux façons si modernes ! »

Le roman est suivi de deux nouvelles. La première, Un soldat, nous présente, comme son nom l’indique, un soldat, blessé, qui est en route pour retrouver son régiment. J’ai beaucoup de mal avec les textes sur la guerre, donc ça n’a pas vraiment été une lecture plaisante pour moi. La seconde nouvelle, Une botte d’oignons, est aussi plutôt difficile à lire, puisqu’on suit O-saku, une jeune fille infortunée qui vit avec son oncle et qui a une vie misérable, qui ne va pas s’arranger au fil des pages…

« Il faut que les nouvelles femmes du Japon pensent et agissent par elles-mêmes. »

Un livre qui nous offre une intéressante approche de Katai Tayama, un auteur que j’ai encore plus envie de découvrir désormais.

Ma note :

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki

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Chaque année, on est nombreux à attendre la sortie de son nouveau roman en France avec impatience. Voici le petit dernier d’Aki Shimazaki, Fuki-no-tô.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 6 septembre 2017 (Canada) / 4 avril 2018 (France)
Nombre de pages : 152
Prix : 15,00€

Atsuko a quitté Nagoya avec son mari pour aller travailler dans une petite ferme à la campagne. Son mari, Mitsuo, dont on a fait la connaissance dans Azami, va décider de rejoindre sa femme et fonder sa propre revue, pour sauver leur famille après qu’il ait trompé sa femme. Atsuko va chercher une secrétaire pour l’aider dans sa ferme – et elle va tomber sur Fukiko, une fille qu’elle a rencontrée lorsqu’elle était au lycée. Entre ces deux femmes, l’histoire n’était pas terminée et Atsuko va se retrouver attirée par sa secrétaire.

« Je pense sans cesse à Fukiko. Mon cœur bat. Qu’est-ce qui se passe en moi ? »

J’ai trouvé ce roman plutôt différent des autres d’Aki Shimazaki, mais il m’a tout de même beaucoup plu. On explore ici les sentiments complexes d’une femme mariée, sans tabou. On ne parle pas souvent d’homosexualité dans la littérature japonaise, et je trouve que le sujet est sublimement traité ici. C’est l’amour qui est au cœur de ce roman, un amour qui fait renaître des sentiments que ces deux femmes ont pu connaître dans leur adolescence, et dont la flamme ne s’était clairement pas éteinte.

« En fait, ce qui me dérange, ce n’est pas ce que les gens pensent de nous. C’est le fait que je m’éprends de plus en plus de cette femme à côté de moi. »

Le dernier roman en date d’Aki Shimazaki qui nous transporte dans le cœur des femmes, et plus particulièrement de deux femmes qui vont se redécouvrir des sentiments l’une pour l’autre, après s’être perdues de vue pendant des années. Beau et touchant.

Ma note :

Le convoi de l’eau d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui un roman d’Akira Yoshimura, profond comme il sait si bien les faire : Le convoi de l’eau.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Mai 2011
Grand format publié en : Janvier 2009
Traduction :
 Yutaka Makino
Publié au Japon entre : 1967
Nombre de pages : 176
Prix : 6,60€

Notre narrateur est ouvrier travaillant sur la construction d’un barrage à côté d’un village perdu en montagne. Il a choisi ce travail pour une seule raison : fuir son passé, dans un endroit reclus. On comprend vite ce qu’il fuit. Il a en effet fait de la prison et garde sur lui les os des orteils de sa femme, qu’il a tuée à coups de bûche parce qu’elle l’avait trompé. Il se remémore le passé, son acte terrible, la prison, sa sortie de prison – et son histoire et son ressenti vont peu à peu entrer en résonance avec les habitants du village qui vont bientôt devoir être délogés.

« En somme, la mort est une réalité prise en compte dès le début. Ceux qui travaillent dans un tel contexte semblent s’efforcer de devenir insensibles à la mort d’autrui. »

Le début est très lent, et j’ai failli décrocher, jusqu’à être vraiment intéressé par l’histoire qui se déroulait. Les ouvriers ont du mal à comprendre les villageois si particuliers qui ont décidé de vivre en dehors de la société, mais c’est surtout l’histoire de cet homme qui a fait une chose ignoble qui m’a intéressé. La raison de son exil, la façon dont il perçoit et comprend les villageois lorsque ceux-ci sont obligés de quitter l’endroit où ils vivent depuis des générations et des générations.

« Je croyais qu’il y avait tapi au fond de moi quelque chose de mystérieux que je ne pouvais absolument pas contrôler. Une fois que la violence s’emparait de moi, elle s’exacerbait sans que je puisse l’arrêter, pour éclater soudain comme si une digue se rompait. »

Un roman vraiment intéressant sur un homme qui essaie de fuir la société et qui va voir enfin le jour grâce à des villageois au comportement incompréhensible au premier abord.

Ma note :

Manuscrit zéro de Yôko Ogawa

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Poursuivons l’exploration de l’oeuvre de Yôko Ogawa avec Manuscrit zéro, un livre bien particulier qui m’a totalement séduit.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Avril 2011
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : 2010
Nombre de pages : 240
Prix : 21,30€

Manuscrit zéro est un livre particulier. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas réellement un recueil de nouvelles – c’est un journal. Un journal que tient Yôko Ogawa, même s’il semble être en grande partie tout droit sorti de son imagination. Elle insère ainsi, comme elle sait si bien le faire, des éléments parfois surnaturels ou irréalistes dans ce journal de bord d’une écrivaine à la recherche de l’inspiration. On la suit ainsi durant ses journées bien particulière, où elle va manger de la mousse végétale dans une auberge, assister à des fêtes sportives d’écoles avec lesquelles elle n’a aucun lien, attendre qu’on la dénonce pour plagiat ou encore exercer son activité de « conférencière des grandes lignes ».

« Si je sais que quelque part dans le monde quelqu’un demande des grandes lignes, je ne peux pas le laisser. »

En commençant ce livre, je ne savais pas à quoi m’attendre – je pensais en fait qu’il s’agissait d’un roman. J’ai de suite adoré ce que je pensais être le premier chapitre. Et lorsque j’ai compris qu’il s’agissait en réalité d’un vrai-faux carnet de bord de Yôko Ogawa, j’en ai été plus que ravi (même si un peu déçu de ne pas pouvoir lire plus en détails cette première histoire). Et pour tout vous dire : c’est devenu mon livre préféré de cette auteure. J’ai notamment adoré lorsqu’elle nous dévoile sa passion (imaginée ou non – mais cela ne m’étonnerait pas que ce soit bien réel) pour se comporter comme la mère d’un enfant lors de plusieurs fêtes sportives auxquelles elle va… La manière dont c’est raconté, la motivation (ressentir l’ambiance de ces événéments) et la frayeur (quand des écoles contrôlent l’entrée pour ne laisser passer que les parents) qu’elle décrit sont juste génialissimes.

« Dans les fêtes sportives, au sumô des pleurs d’enfants et dans la salle des nouveau-nés, une petite cavité était réservée aux gens comme moi. »

Elle nous présente donc des éléments totalement improbables (manger de la mousse, publier un roman avant de se rendre compte que c’est la copie exacte d’un roman d’un autre auteur, avoir un employé de mairie chargé de l’amélioration de la vie qui vient la voir tous les mois, se retrouver dans un centre de soins avec des noms de bains farfelus…) dans un contexte si intime que je me suis franchement posé plusieurs fois la question de savoir si les éléments irréels étaient en fait réels. Jusqu’à me dire que pour Yôko Ogawa, ils étaient peut-être bien réels, tant son imagination semble avoir une place importante dans son quotidien. Et voilà, le résultat était vraiment passionnant pour moi et réalisé avec beaucoup de talent.

Un vrai-faux journal dont la frontière entre le réel et l’imaginaire est floue – et c’est ça qui en fait toute la force. Yôko Ogawa nous mène par le bout du nez dans l’endroit où, semble-t-il, elle trouve l’inspiration pour ses écrits. Et c’est grandiose.

Ma note :

Le séjour à Kinosaki de Naoya Shiga

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Je vous présente aujourd’hui un auteur que je n’ai pas encore évoqué sur ce blog, avec l’un de ses textes les plus populaires : voici Le séjour à Kinosaki de Naoya Shiga.

Edition lue :
Éditeur : Editions Arfuyen
Publié en : 1996
Traduction par : Pascal Hervieu et Alain Gouvret
Édition originale en japonais : 1913, 1918
Nombre de pages : 47
Prix : 7,62€

Deux nouvelles sont présentées dans ce court livre : Le séjour à Kinosaki, qui est décrit comme un texte important dans l’oeuvre de Naoya Shiga, et Le Crime de Han, écrit quelques années plus tôt. Le séjour à Kinosaki est, comme son nom l’indique, écrit à Kinosaki, après que l’auteur ait été renversé par un train. Il passe donc sa convalescence à Kinosaki, un endroit réputé pour ses bains thermaux, les onsen. Et c’est une sorte de journal sur ce qu’il fait (pas grand chose) et ce qu’il voit (pas grand chose à part des animaux : une guêpe, un rat, une salamandre…). J’ai eu du mal à y trouver un intérêt.

« Être en vie, être mort n’étaient pas deux choses contraires. J’avais le sentiment qu’il n’y avait pas là une bien grande différence. »

On enchaîne avec Le Crime de Han, qui est un peu plus intéressante comme nouvelle. Lors d’un numéro de lancer de couteaux devant 300 personnes, le lanceur rate sa cible et tue -accidentellement ou non, c’est là tout l’objet de cette nouvelle- sa femme. On en apprend un peu plus sur les relations chaotiques qu’il entretenait avec celle-ci et on cherche nous aussi à savoir si son geste a été volontaire ou non… J’ai été pris dans cette nouvelle, mais elle se finit malheureusement bien trop vite et en perd un peu son intérêt. Ces deux nouvelles sont suivis de trois hommages par trois écrivains : Junichiro Tanizaki, Hideo Kobayashi et Ito Sei, qui vantent les mérites de Naoya Shiga, mais ne partageant pas leur excitation, là encore, j’ai été un peu laissé de côté…

« Un événement singulier s’est produit sur la scène du théâtre. Au beau milieu du spectacle, un jeune jongleur chinois nommé Han a tranché la gorge de sa femme avec un de ses larges couteaux de jet. »

Deux nouvelles trop courtes, même si la seconde a un réel potentiel. Une lecture aussi vite lue qu’oubliée, et c’est bien dommage pour une première approche avec cet auteur.

Ma note :

Your name de Makoto Shinkai

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Vous avez sûrement entendu parler du phénomène Your Name, un film d’animation qui a battu tous les records au Japon et qui a connu un bon succès partout dans le monde. Aujourd’hui, je vais vous parler du roman du même nom, écrit par Makoto Shinkai, le réalisateur du film.

Edition lue :
Éditeur : Pika Roman
Publié le : 5 juillet 2017
Publié au Japon le : 18 juin 2016
Traduit par : Jean-Louis de la Couronne
Nombre de pages : 224
Prix : 14,95€

Mitsuha est une jeune fille de dix-sept ans qui vit à Hida, en pleine campagne. Elle rêve de partir vivre à Tokyo… jusqu’à ce qu’un matin, elle se réveille dans un corps qui lui semble étrange. C’est en effet le corps de Taki, un jeune homme de son âge, qui vit à Tokyo. Lui va se retrouver dans le corps de Mitsuha, et chacun de leur côté, ils vont tenter de faire de leur mieux pour ne pas faire trop de dégâts dans la vie de l’autre. Chaque matin, ils ne savent pas dans quel corps ils vont se réveiller, mais ils vont parvenir à communiquer, en laissant des messages sur leurs activités de la journée dans leurs téléphones. Cette histoire aurait pu continuer pendant longtemps, mais c’était sans compter l’arrivée d’une comète….

« Est-ce que je l’aime, ou est-ce que je le déteste, ce village ? Est-ce que je veux vraiment partir le plus loin possible d’ici, ou est-ce que je voudrais rester toute ma vie avec ma famille et mes amis ? »

J’avais envie de lire ce roman pour replonger dans l’ambiance, dans cette histoire que j’avais appréciée en film (sans que ce soit pour autant un énorme coup de coeur). Et j’ai bien fait. Le roman m’a vraiment beaucoup touché, plus que le film. Le pouvoir des mots est vraiment puissant. Il y a des passages vraiment beaux (quand Mitsuha découvre Tokyo par exemple) et forts. La postface de l’auteur/réalisateur est aussi intéressante puisqu’on apprend qu’il ne sait pas lui-même lequel du film ou du roman est l’oeuvre originale. Il a terminé le roman trois mois avant la sortie du film et le roman est sorti un peu moins de deux mois avant la sortie du film.

« Un jour, les échanges de nos corps avec Mitsuha ont commencé, et puis un autre jour, ils se sont soudain arrêtés. »

Une novellisation (mais pas vraiment) d’un très beau film qui m’a encore plus ému. Un plaisir de retrouver cette histoire et son atmosphère si particulière, ainsi que ses moments qui ont fait serrer mon petit coeur lors de quelques passages. Que vous ayez vu le film ou non, c’est un roman à lire absolument.

Ma note :

Le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki

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Après avoir découvert le Journal de Sarashina, je vous propose un autre célèbre texte de voyage : voici le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki.

Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 3 mai 2018
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

L’auteur va prétendre être une femme voulant imiter les journaux qu’écrivaient les hommes lors de leurs voyages. On va donc suivre ce gouverneur de la province de Tosa qui va quitter sa ville pour se rendre à Kyôto en l’an 935, un voyage durant cinquante-cinq jours. Il va ainsi nous parler, d’une écriture féminine, de ce voyage, mais aussi des moments d’ennui lors d’escales prolongées, toujours dans un environnement qui se prête à merveille à la poésie…

« Ce que font les hommes et qu’ils appellent « journal », une femme va tenter de le faire à sa façon. »

C’est toujours instructif et plaisant de découvrir ces journaux de voyage, qui nous font traverser le Japon en poésie. Ici, le récit de voyage n’est pas très excitant, la plupart du temps l’auteur et ses compagnons de voyage semblent s’ennuyer, mais l’intérêt se trouve dans la poésie. En effet, tout le monde autour de lui compose des poèmes sur les petits événements qui font ce voyage ou sur ce qui les entoure : des enfants, des femmes, des hommes, tout le monde s’y prête, et même lui (ou devrait-il on dire « elle »). Et si cela ne vous suffit pas, vous trouverez à la suite du journal des poèmes de Ki no Tsuruyaki classés par thèmes, que ce soit sur la beauté des saisons ou des thèmes plus durs comme la séparation.

« Plus que blanches bagues
qui se dressent devant vous
moi qui vais rester
je vais élever la voix
de mes pleurs couvrant leur bruit. »

Un journal ancien qui nous fait parcourir le Japon en nous dévoilant toute la poésie que peuvent créer des personnes d’horizons différents qui prennent le temps d’observer ce qui les entoure.

Ma note :

Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita

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Aujourd’hui, parcourons ensemble un roman qui nous fait découvrir ce que les pianos ont dans le ventre. Voici Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita.

Edition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 14 mars 2018
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Tomura, un jeune homme de 17 ans, va avoir une révélation lorsqu’il va rencontrer un accordeur de pianos qui va s’occuper de l’instrument de son lycée. Le son de ce piano fera naître en lui des paysages de forêts et il va prendre la décision de devenir lui aussi accordeur de pianos. On va ainsi suivre Tomura commencer sa carrière professionnelle en tant qu’accordeur et se rendre compte qu’il a choisi un métier bien particulier…

« Si le piano était capable, miraculeusement, de faire ressortir la beauté tapie dans l’ombre pour me la rendre audible, alors j’acceptais volontiers de m’en faire le serviteur. »

Tout comme le narrateur au début de ce roman, je ne connaissais que peu de choses sur les pianos. Je ne pensais pas m’y intéresser plus que cela, mais j’ai trouvé ce roman passionnant – et vraiment beau. On voit Tomura grandir, tout d’abord accompagner d’autres accordeurs, puis s’occuper de clients tout seul, en faisant des erreurs, en apprenant de tous ses collègues, et en comprenant que la technique ne fait pas tout.

« Je voulais reproduire cette forêt à l’aide du piano. »

Ce qui m’a surtout plu, c’est la façon dont les clients décrivent la musique, la façon dont ils décrivent le son qu’ils souhaitent trouver ou retrouver. Et comment cette description diffère selon les personnes. L’accordeur doit ainsi s’adapter aux images qu’évoquent ces clients et tenter de les retranscrire dans son travail. C’est ainsi que Tomura va essayer de retrouver lui aussi la forêt de laine et d’acier qu’il avait entendue lorsque, lycéen, il avait eu une révélation devant le travail de l’accordeur du piano de son lycée…

« À chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin. »

Un roman qui nous emmène à l’intérieur du piano, dans un monde où chacun peut voir un paysage différent qui peut le marquer au plus profond de lui-même.

Ma note :

Instantanés d’Ambre de Yôko Ogawa

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Enfin ! Un nouveau roman de Yôko Ogawa traduit en français ! Découvrons ensemble ce que nous réserve Instantanés d’Ambre de cette très grande auteure.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 avril 2018
Traduit par : Rose-Marie Makino Fayolle
Publié au Japon en : 2015
Nombre de pages : 304
Prix : 22,50€

Suite à la mort de la benjamine de la famille, une mère va emmener ses trois enfants vivre dans une villa et va leur dire que derrière le mur de leur terrain se trouve un chien maléfique qui leur veut du mal, tout comme il avait léché la petite fille avant qu’elle ne meure. Ambre, Opale et Agate, vont ainsi vivre coupés du monde avec leurs nouveaux prénoms qu’ils ont pioché au hasard dans les encyclopédies de leur père. Ils vont créer leur propre monde, seuls la plupart du temps puisque leur mère travaille beaucoup, et ils vont nous faire entrer dans leur univers où l’imaginaire occupe une place majeure.

« Lorsque leur mère, Opale et Agate se demandaient ce que devenait la quatrième de la fratrie et avaient envie de la voir, leurs pas les menaient à tout moment à l’intérieur du cabinet de lecture où ils feuilletaient les encyclopédies. »

Le point de départ de ce roman est tragique : une mère perd sa fille et va vouloir protéger ses enfants du monde en les isolant et en créant des règles pour qu’ils restent toujours auprès d’elle. Mais Yôko Ogawa parvient à créer encore une fois une atmosphère impressionnante où les enfants sortent tout droit d’un conte, avec leurs nouveaux prénoms et leurs vêtements, trop petits pour eux et agrémentés d’une crinière pour l’un, d’ailes et de queue en fourrure pour les autres. Pour eux, cette extravagance n’en est pas une, et nous, lecteurs, en venons à l’oublier et à ne plus nous étonner de leur apparence et de leurs activités.

« À l’intérieur d’une encyclopédie tout est calme. Alors qu’elle renferme en vrac toutes les choses du monde, dans les marges règne un silence surprenant. »

Ces enfants créent leur propre monde grâce aux encyclopédies laissées par leur père, qui vont également servir de renaissance pour la petite fille décédée. En effet, Ambre, l’un des enfants, voit son oeil gauche s’obscurcir et voit apparaître la benjamine qui va désormais vivre à l’intérieur de son oeil. Pour en faire profiter sa famille, il va la dessiner tous les jours dans les marges des encyclopédies, qu’il exposera des années plus tard sous le nom d’instantanés d’Ambre. Cela plus M. Signal, un petit personnage qui vit dans l’oreille d’un autre enfant pour lui apprendre des mots, et on en oublie les règles de notre monde et on ne se pose pas de questions sur la réalité ou non des événements du moment que toute cette famille y croit. J’ai personnellement eu l’impression d’être aussi dans cette maison tellement il était aisé pour moi de l’imaginer, chose que je ressens rarement à ce point pendant une lecture. On suit leur quotidien, et là où cela pourrait sembler ennuyeux, il n’en est en fait rien, tant la magie des mots et le pouvoir de créativité des enfants sont immenses.

« Ils ont beau paraître immobiles, les êtres vivants changent d’instant en instant. »

Yôko Ogawa nous livre ici un roman puissant où une famille recommence à zéro, coupée de tout, ou presque. On entre facilement dans ce monde si particulier que seule Madame Ogawa semble savoir construire. Du génie, tout simplement.

Ma note :

 

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