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Archives d’Auteur: Mélissa

Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

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Aujourd’hui je vous présente une oeuvre en parfait accord avec la saison actuelle des pluies au Japon: Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa. Le roman connut un grand succès à sa sortie au Japon en 2003 et a par la suite été adapté en film (2004) et en drama (2005).

Edition lue :
Éditeur : J’ai Lu
Publié en : Janvier 2014
Traduction : Mathilde Bouhon
Publié au Japon en : 2003
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

« Je ne serai bientôt plus de ce monde, mais lorsque la saison des pluies sera de retour, je reviendrai sans faute voir comment vous vous débrouillez, tous les deux. »

On retrouve au début de ce roman Takumi, qui élève seul tant bien que mal son fils Yuta depuis le décès de sa femme, Mio. Pourtant comme elle l’avait promis sur son lit de mort, elle réapparaît un an plus tard pendant la saison des pluies. Mais la jeune femme a perdu la mémoire: elle n’a plus aucun souvenir de son mari et de son fils et ne sait pas qu’elle est morte. Elle va donc réapprendre à vivre auprès des siens grâce aux récits de Takumi. Mais que va-t-elle devenir lors de la fin de la saison des pluies ? Va-t-elle repartir sur la planète Archive comme le pense son fils ?

« Nous nous sommes approchés d’elle en tremblant. Non par peur. […] mais plutôt parce qu’il me semblait que le moindre souffle d’air pourrait effacer son existence. »

Roman extrêmement poétique sur la vie qui continue (difficilement) après le départ de l’être aimé. Le personnage principal qui est aussi le narrateur se présente comme quelqu’un de maladroit, de faible constitution et angoissé, ce qui le rend terriblement réel et attachant. Le lecteur est mis au même niveau que Mio: nous ne savons que peu de choses de leur amour et nous le découvrons au fur et à mesure du récit de Takumi.  Il y a donc un va-et-vient narratif entre le présent et le passé. La trame se concentre principalement sur les  trois protagonistes du foyer mais des personnages secondaires rendent l’histoire encore plus attachante, notamment le professeur avec son chien. Bien que le récit reste banal, le dénouement  est surprenant et ajoute beaucoup d’émotions.

« Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions tous les deux quinze ans, et le monde se résumait à hier, aujourd’hui et demain »

Le premier roman traduit en français d’Ichikawa est un délice ! Un roman qui traite encore de l’inexorable fatalité qui sépare un amour mais qui reste un roman à l’eau de rose lyrique et émouvant !

Ma note :

 Un article par Mélissa, la meilleure.

 

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L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô

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Place aujourd’hui à un roman intrigant d’un auteur pas encore présenté sur le blog : voici L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 20 mars 2014
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 608
Prix : 28,00€

Dans ce roman on suit le mystérieux pèlerinage du personnage principal, Shizuto. Ce pèlerinage est plutôt spécial puisqu’il marche à travers tout le Japon afin de « pleurer les morts ». Il est ainsi à l’affût de tous les faits divers qui lui permettront d’identifier des victimes et de se rendre sur les lieux du drame afin de leur rendre hommage. Il exécute alors sur place le même rituel semblable à une prière en se remémorant qui ils ont aimé, de qui ils étaient aimés et de quoi peut-on leur être reconnaissants. Il n’est pas là pour le repos de leurs âmes mais uniquement pour graver leurs souvenirs, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

« Moi je veux me souvenir de la personne décédée comme d’une existence unique, qui ne peut être échangée avec aucune autre. »

Le roman alterne les différents points de vue narratifs puisqu’on suit le pèlerinage de Shizuto à travers trois personnages. Il y a d’abord Junko, l’attachante mère malade attendant désespérément le retour de son fils; Makino, un journaliste désabusé en quête de sensationnalisme pour ses articles et enfin, Yukiyo, une femme cherchant la rédemption suite à un crime

« Tu devrais lui parler avant qu’il ne soit réduit en cendres (…) on dit que l’ouïe est le dernier sens qui subsiste… même quand on est mort, il reste ce que l’on appelle l’oreille de l’âme… »

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a été le lauréat du prix Naoki en 2008, un des prix le plus convoité au Japon avec le prix Akutagawa. La narration est fluide et on prend plaisir à suivre les différents personnages. Le thème de la mort est un sujet de prédilection pour les auteurs japonais et cette œuvre ne fait pas exception. La disparition des êtres est au cœur de l’histoire mais sans jamais devenir trop pesante. Le roman aborde aussi le sujet du regret, de l’impuissance face à la perte de l’autre mais aussi de l’amour et des liens qui unissent les personnes entres elles. Il en découle au final une belle philosophie et ce roman nous fait nous interroger sur les traces que nous laisserons derrière nous quand nous partirons.

« Comment je vais faire … ? avait répondu Shizuto en sanglotant. Comment je vais faire pour me souvenir toujours de lui ? »

Ma note :

Un article écrit par Mélissa, la meilleure.

Les évaporés de Thomas B. Reverdy

Publié le

Aujourd’hui, il sera question d’un roman on ne peut plus japonais par un romancier français : partons à la rencontre des Évaporés de Thomas B. Reverdy !

les-evapores-thomas-b-reverdy Édition lue :
Éditeur : J’ai lu
Publié en : Mai 2015 (grand format : août 2013)
Nombre de pages : 317
Prix : 7,20€

Japon, un an après la catastrophe tristement célèbre de Fukushima. Du jour au lendemain, Kazehiro, un salaryman comme il en existe des millions au Japon, décide de s’évaporer. « Je ne mettrai plus les chaussons » sera le début de lettre qu’il laissera à sa femme. À l’annonce de cette nouvelle, Yukiko, son unique fille exilée aux États-Unis depuis une dizaine d’années, décide de rentrer dans son pays natal pour retrouver la trace de son père. Elle sera accompagnée de son ex-compagnon Richard B., un détective privé et poète à ses heures perdues.

« Ici, lorsque quelqu’un disparaît, on dit simplement qu’il s’est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu’il n’y a pas de crime, ni la famille parce qu’elle est déshonorée. »

C’est à travers les différents personnages principaux que nous suivrons ce voyage fascinant au Japon. Les chapitres alternent donc entre le point de vue de Richard B., qui mène l’enquête pour retrouver l’amour perdu de Yukiko; cette dernière qui se retrouve confrontée à une crise identitaire en revenant dans le pays qui l’a vu grandir; son père Kazehiro, qui organise sa nouvelle vie d’évaporé; et enfin un mystérieux Akainu, un gamin détruit par le tsunami et qui croise la route du père de Yukiko au cœur du quartier populaire de San’ya à Tokyo.

« Richard était passionné par les probabilités. Grace aux probabilités, même un fait hautement improbable conserve une chance de se produire qu’on peut quantifier (…) Richard aimait les probabilités sans arrière-pensée. Ce qu’il aimait, c’était le miracle. »

Thomas B. Reverdy nous plonge au cœur du Japon sans fausse note, dépeint avec une véracité éclatante sans jamais tomber dans les clichés. À noter que le personnage principal, Richard, porte les traits de l’écrivain américain Richard Brautigan qui avait réellement vécu au Japon et certaines citations sont directement extraites de ses œuvres.

« Dans un roman français, ils n’auraient jamais pu retrouver son père, et, dans un roman américain, ils auraient pu le ramener chez lui. Mais c’était la fin d’une histoire japonaise. »

J’ai beaucoup aimé ce livre qui se lit facilement et qui malgré son aspect « roman policier » est aussi empreint d’une très belle philosophie ainsi que d’une bonne description de plusieurs aspects du Japon contemporain. En effet, tout en étant un roman fluide, il met en lumière deux problématiques actuelles du Japon que sont la reconstruction du Japon post-Fukushima (prise en charge minime des victimes, difficulté du deuil, sacrifice de travailleurs, investissements criminels…) et le phénomène des « évaporés », qui sont des personnes qui disparaissent du jour au lendemain de la société japonaise et se retrouvent notamment parmi la masse de travailleurs journaliers en situation précaire.

Les pages fluides de cet auteur français vous feront passer un agréable moment autour des vies croisées des différents personnages. Sans jamais tomber dans le dramatique, Thomas B. Reverdy nous montre leurs évolutions face aux catastrophes sentimentale, naturelle ou économique.

Ma note :
7

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