Flux RSS

Archives de Catégorie: KAWAKAMI Mieko

Seins et Œufs de Mieko Kawakami

Publié le

Après vous avoir parlé d’Heaven, le dernier roman paru en France de Mieko Kawakami, je vous présente aujourd’hui son roman le plus célèbre par chez nous : Seins et Œufs ! Partons dès à présent pour Tokyo.

seins-et-oeufs-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mars 2014
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce court roman nous raconte l’histoire de Natsu, qui habite à Tokyo, et qui va recevoir pendant quelques jours la visite de sa sœur, Makiko, et de sa nièce, Midoriko. Makiko approche de la quarantaine et est hôtesse dans un bar. Elle vient à Tokyo avec sa fille pour visiter des cliniques puisqu’elle a pour obsession de se refaire les seins (sujet qui va prendre une bonne partie du récit), et elle a une relation pour le moins compliquée avec sa fille, puisque cette dernière ne parle plus depuis quelques mois déjà. Natsu va donc voir débarquer sa sœur exubérante et sa nièce muette dans son petit appartement tokyoïte…

« Depuis un moment, je ne peux me défendre de l’impression étrange bien que brumeuse, que si Makiko semble me parler, en réalité elle ne me voit même pas. »

Le roman est intéressant puisqu’il alterne deux types de récit : l’histoire à proprement parler, à travers les yeux de la narratrice qui entend parler sa sœur de poitrines et de chirurgie esthétique à longueur de temps,  et le journal intime de Midoriko. Ce dernier nous permet de comprendre ce personnage complexe, qui a en réalité peur de grandir, de devenir adulte, et d’avoir ses premières règles. C’est le sujet qui la préoccupe. Le roman contient des scènes drôles, notamment une que j’ai bien aimée lorsque Makiko et Natsu vont se laver aux bains publics et que Makiko va contempler les poitrines de toutes les femmes, rejointe par sa sœur qui, par mimétisme, va faire de même. La relation mère-fille conflictuelle en apparence est très bien abordée, et on se rend compte que les raisons qui poussent Midoriko à ne plus prononcer un seul mot sont en fait bien plus profondes que la simple crise d’adolescence envers sa mère. Et c’est pour moi ce qui en fait un très bon roman !

 

Mieko Kawakami parvient dans ce roman à nous plonger dans la tête de Japonaises de deux générations différentes, toutes deux insatisfaites de leurs corps. Elle aborde avec brio les relations conflictuelles que peuvent exister entre une mère et sa fille, et le tout, bien qu’il semble en apparence superficiel, est en réalité très profond.

Ma note :
7

Heaven de Mieko Kawakami

Publié le

Ce vendredi, je vous propose de découvrir le nouveau roman de Mieko Kawakami traduit en français qui se nomme Heaven, et qui vous fera suivre l’amitié de deux adolescents victimes d’harcèlement au collège… C’est parti !

heaven-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 6 avril 2016
Édition originale en japonais : 2009
Nombre de pages : 256
Prix : 21,00€

Le narrateur est un collégien victime d’harcèlement de la part d’une bande de camarades de classe. Il est violemment maltraité, que ce soit physiquement ou verbalement. À cause de son strabisme, ils l’appellent Paris-Londres (lorsqu’un œil regarde à Paris, l’autre est sur Londres), et lui en font voir de toutes les couleurs : ils lui font manger des craies, l’enferment dans un casier, le frappent… Un jour, il va recevoir un mot étrange, suivi d’autres, dont un qui lui donne rendez-vous après les cours. Bien qu’il pensait qu’il allait encore se faire frapper, il en est tout autre : c’est Kojima, une camarade de classe qui lui a donné rendez-vous. Elle est également victime d’harcèlement par des filles de la classe, puisqu’elle a une très mauvaise hygiène (volontairement cependant). À partir de cette rencontre, les deux adolescents vont nouer une amitié forte et particulière, vont s’écrire de nombreuses lettres et se voir quelques fois en dehors des cours.

« C’était la première fois que j’écrivais des lettres à quelqu’un, je ne savais pas quoi dire ni comment, mais après avoir minutieusement taillé mon crayon, j’écrivais ce qui me passait par la tête, puis je gommais, puis je recommençais, et au bout du compte ça arrivait à faire quelque chose. »

C’est un roman sur l’amitié, mais surtout sur l’ijime, l’harcèlement scolaire que subissent des milliers d’adolescents au Japon. Il y a tout d’abord de beaux passages apportés par le rapprochement de ces deux collégiens, qui, par leurs tristes similitudes vont se comprendre comme personne d’autre ne les avait compris auparavant. Ils s’écrivent beaucoup, parlent de leur quotidien, mais jamais de leur maltraitance. Ils apprennent à se connaître de cette façon et ce mode de communication prend une grande importance pour eux. Un passage est notamment très beau : lorsque Kojima dit au narrateur qu’elle aime ses yeux. Une chose simple en apparence, mais vraiment forte et poétique pour ce jeune homme qui n’a jamais entendu ces mots à son égard. Kojima va de plus emmener le narrateur dans un musée pour lui montrer un tableau qu’elle a renommé Heaven, que chacun peut interpréter comme il le souhaite.

« À la fin du semestre, en fait j’aimerais te montrer un endroit. Si on laisse passer ces vacances, après ce sera trop tard. Tu veux savoir où c’est ? C’est Heaven. »

Mais à côté de ce lien si beau et si fort qui se crée, la réalité n’est que plus dure. On a un certain décalage entre la douceur et la relation qu’entretiennent ces adolescents, et la violence qu’ils doivent supporter au quotidien. La scène la plus difficile est sans aucun doute lorsque le narrateur est forcé de mettre sa tête dans un ballon de volley pour que ses bourreaux puissent jouer au « football humain » avec sa tête comme balle. Et cela est encore plus difficile à supporter pour nous, lecteurs occidentaux, puisque ce livre présente l’essence même d’un aspect difficilement concevable pour nous de la philosophie de vie japonaise. En effet, alors qu’on a envie de crier au narrateur « fais quelque chose, parles-en, rebelle-toi, ne te laisse pas faire, n’y va pas », lui n’en fera rien et adoptera le mode de pensée japonais du « shouganai » (しょうがない), qui signifie « on ne peut rien y faire », « c’est inévitable ». Et cela rend la lecture encore plus difficile pour nous et elle ne peut que nous toucher encore plus.

« Au collège, nous étions impuissants, mais je me souvenais que souvent rien que la voir de dos m’avait sauvé du désespoir. »

Avec Heaven, Mieko Kawakami parvient une fois de plus à nous décrire un aspect difficile de la société japonaise, et le mode de pensée si particulier de son peuple dans certaines situations. C’est certes un roman dur et violent, mais il apporte aussi une certaine beauté grâce aux deux personnages principaux, qui, même s’ils n’y peuvent rien, ne sont plus seuls face à la violence qu’ils doivent subir.

Ma note :
7

%d blogueurs aiment cette page :