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Archives de Catégorie: OGAWA Yôko

Les lectures des otages de Yôko Ogawa

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Ce samedi, je vous propose un recueil de nouvelles un peu particulier de Yôko Ogawa, cette formidable auteure dont j’ai déjà parlé à quelques reprises sur le blog. Voici les Lectures des otages !

les-lectures-des-otages-yoko-ogawaEdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Mars 2012
Publié au Japon en : Février 2011
Nombre de pages : 192
Prix : 20,30€

Les Lectures des otages est un recueil de différentes nouvelles qui sont toutes liées entre elles. En effet, on suit un groupe de touristes japonais qui sont retenus en otages  dans un endroit isolé. Une brigade anti-terroriste va lancer un assaut pour tenter de les libérer, mais ils vont malheureusement tous périr. On ne retrouvera d’eux que des enregistrements : chaque soir, un otage, après l’avoir écrit, lira quelque chose tiré de sa propre vie. Et chacune de ces lectures donne lieu à une nouvelle. Il y a neuf nouvelles et j’ai choisi de vous parler ici brièvement de mes deux nouvelles préférées.

« Dans cette illusion sa grand-mère, les pommettes rouges, bien campée sur ses jambes, jouait du violon de tout son cœur. »

– Nouvelle « La grand-mère morte »

La première nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée. Elle s’intitule « La salle de propos informels B ». Le narrateur va passer devant cette salle de propos informels B et va assister à une réunion qui s’y déroule. Le sujet : les langues en situation critique. Chaque personne présente va à son tour raconter une histoire dans une langue sur le point de disparaître, qu’ils sont parfois les derniers à connaître. Son tour venu, le narrateur va devoir inventer une langue et une histoire pour ne pas avoir l’air d’un imposteur… Il y arrivera et retournera dans cette salle plusieurs fois, et à chaque fois le sujet et les participants seront différents : une fois ce sera pour ceux qui veulent faire de la couture, une autre pour ceux qui ont perdu un enfant… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle et cette salle mystérieuse où chacun s’y rend pour une raison particulière, où il n’y a parfois pas besoin de parler, où les gens peuvent s’y rendre pour se retrouver avec eux-mêmes. Yôko Ogawa est décidément douée pour créer de tels endroits à la symbolique forte.

« Leur diction m’évoquait le murmure d’un ruisseau. Qui se frayait un passage entre les rochers, évitait plusieurs obstacles, et sous l’éclat de la lumière coulait patiemment en direction d’un point quelque part au loin. »

– Nouvelle « Les fourmis coupeuses de feuilles »

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler s’intitule « Le bouquet de fleurs ». C’est le dernier jour du narrateur dans le magasin de vêtements pour homme dans lequel il travaille. Son seul client attitré vient lui faire ses adieux en lui offrant un bouquet de fleurs. Ce client travaille aux pompes funèbres et est régulièrement venu pour acheter des costumes pour les personnes décédées. Là encore, une ambiance particulière, un travail atypique, et l’objet « bouquet de fleurs » permet au narrateur de s’envoler dans le passé, quand un bouquet s’était déjà immiscé dans sa vie. Une nouvelle très plaisante, et comme dans beaucoup d’autres de ce recueil, on découvre le passé du narrateur à partir d’une histoire qui se passe dans le présent, à l’aide d’un objet. La lecture coule toute seule, encore une fois.

Un recueil de nouvelles original et plaisant. La façon dont les nouvelles sont reliées, dont ces histoires ont été écrites avec soin, puis lue à une audience restreinte, tout en sachant que c’est la dernière trace que ces otages laissent dans ce monde, rend ce recueil vraiment fort. Yôko Ogawa parvient clairement à nous faire entrer dans le cercle, chaque soir, pour que l’on puisse écouter l’histoire de chacun. Et pour ça, elle est extrêmement douée, et je ne me lasserai jamais de lire ses nouvelles.

Ma note :
7

Jeune Fille à l’ouvrage de Yôko Ogawa

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Ça y est, le nouveau livre de Yôko Ogawa est arrivé en librairie le 3 février ! Celui-ci s’intitule « Jeune fille à l’ouvrage » et contient pas moins de 10 nouvelles pour ravir tous les admirateurs de cette grande auteure, mais aussi pour permettre aux petits nouveaux de découvrir toute l’étendue de son talent.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 février 2016 (édition originale en japonais : 1996)
Nombre de pages : 224
Prix : 20,00€

Que ça fait plaisir de retrouver Yôko Ogawa dans des nouvelles, un genre dans lequel elle excelle ! Puisqu’il serait difficile de parler de toutes les nouvelles et que je vais pas tout vous dévoiler, je vais vous parler de mes trois nouvelles préférées. Et je peux vous dire que c’était très compliqué de les choisir, tant elles sont différentes et superbes.

Commençons par le commencement avec la première nouvelle, éponyme : Jeune fille à l’ouvrage. Dans cette nouvelle, on suit un jeune homme dont la mère est malade d’un cancer. Il va rester à ses côtés pour ses derniers mois, à l’hôpital. Cet homme va retrouver une amie d’enfance, avec qui il jouait vingt ans auparavant – même enfant, il se souvient d’elle en train de broder, et il la retrouve dans cet hôpital toujours en train de broder, un couvre-lit. Ils vont évoquer leurs souvenirs de jeunesse ensemble, il va admirer les doigts de cette jeune femme, son agilité, mais aussi sa boîte à ouvrage (qui contient son matériel de broderie), qui n’a pas changé après toutes ces années… Cette nouvelle est délicate et très forte. On plonge dans les souvenirs en commun de ces deux adultes, et on se rend compte que notre narrateur a retrouvé non pas une jeune femme, mais la petite fille qu’il avait connue. C’est comme si elle continuait de vivre dans sa mémoire pendant vingt ans, et qu’elle n’avait pas arrêté de broder à l’intérieur de lui. Une très belle nouvelle qui traite les thèmes de la mémoire, du souvenir, mais également de la mort et du côté éphémère de la vie. Du très bon Ogawa.

« Si cela avait été possible, j’aurais voulu regarder indéfiniment cette petite fille broder. J’aurais voulu m’enfermer dans la scène de notre mémoire où personne ne nous dérangeait. »

Continuons avec la seconde nouvelle du recueil, intitulée Ce qui brûle au fond de la forêt. Un homme arrive dans un centre d’hébergement. À l’accueil, on lui retire la « glande ressort » d’une de ses oreilles. Bien que ceci ne va en rien gêner son ouïe, il va pourtant être obnubilé par cette glande ressort qu’il n’a plus, ressentir un manque et il va se demander où sont conservées les boîtes de pétri dans lesquelles les glandes ressort des nouveaux arrivants sont déposées. On découvre que la glande ressort contient les informations temporelles des individus, et qu’elle est enlevée pour qu’ils se sentent plus légers dans ce mystérieux centre d’hébergement où il n’y a aucune notion du temps. J’ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle puisqu’on retrouve une ambiance particulière comme Yôko Ogawa sait si bien les mettre en place, elle m’a fait penser à L’Annulaire, où le centre d’hébergement remplace le laboratoire. On se retrouve dans un lieu qui semble naturel pour tous les personnages, excepté le narrateur, qui va se poser des questions, à juste titre, qui sont également les questions qu’on peut se poser nous, lecteurs.

« J’ai pensé qu’il y avait longtemps que je n’avais pas vu brûler quelque chose de cette couleur. Cela remontait à un passé lointain, un feu qui rougissait les joues, faisait fondre le silence et réchauffait le temps. »

Parlons maintenant de ce qui est, je pense, ma nouvelle préférée de ce recueil ! Il s’agit de L’Encyclopédie, la cinquième nouvelle. On suit une jeune femme qui a pour habitude, avant de retrouver son amant écrivain, de se rendre à la bibliothèque pour consulter une livre intitulé « L’Encyclopédie des vers parasites ». Elle a en effet une certaine fascination pour cette encyclopédie et pour les parasites qui vivent à l’intérieur des êtres vivants… Tout ceci occupe une place importante de ses pensées et, sans vous en dire plus, la fin est tout simplement majestueuse ! Ce que j’ai apprécié dans cette nouvelle, c’est l’ambiance très propre à Yôko Ogawa, l’objet de fascination également qui est pour le moins original, et la réflexion de la narratrice – qui en vient à se demander si en elle se trouve également un parasite ou si elle est elle-même un parasite se baladant dans le corps d’un être vivant… J’aurais aimé qu’elle soit plus longue, comme la plupart des nouvelles de ce recueil, mais c’était un excellent moment.

 C’est en résumé un excellent recueil. Chacune de ces nouvelles a fait naître une réflexion en moi. Une nouvelle étant terminée, j’avais besoin d’un petit temps pour y réfléchir et sortir doucement du monde dans lequel Yôko Ogawa m’avait plongé, avant de repartir dans un autre univers avec la nouvelle suivante. On retrouve les thèmes de prédilection de l’auteure, maniés avec talent (ce qui est étonnant vu que le recueil est sorti au Japon en 1996 : elle avait déjà un style bien à elle et bien maîtrisé), pour un voyage dans dix nouvelles qui vous feront vibrer à coup sûr, de dix façons différentes.

Ma note :
9

L’Annulaire de Yôko Ogawa

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Un article sur un court roman de Yôko Ogawa, auteure que j’apprécie beaucoup mais dont je n’ai pas encore eu l’occasion de parler sur ce blog. Le roman en question se nomme L’Annulaire et je vais vous le présenter ici ! C’est parti !

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : 2005 (édition originale en japonais : 1994)
Nombre de pages : 96
Prix : 5,60€

L’Annulaire nous narre l’histoire d’une jeune femme qui a perdu un bout de son annulaire lors d’un accident de travail dans une entreprise de fabrication de soda. Celle-ci travaille désormais dans une sorte de laboratoire dont le rôle est un petit peu flou au début du roman. Divers clients viennent dans ce laboratoire pour faire des « spécimens » de plusieurs choses que le laboratoire va naturaliser et conserver pour eux : des champignons ou des os par exemple, mais aussi des choses plus abstraites comme une mélodie ou une cicatrice. En les remettant au laboratoire, les clients parviennent à la fois de se séparer mais aussi de graver en eux ces choses d’une grande importance pour eux. Une définition est donnée plus tard dans le roman pour mieux comprendre la raison qui pousse ces clients à venir dans cet étrange endroit :

« En faire un spécimen ne revient-il pas à l’enfermer pour toujours à l’intérieur de soi ? »

Le roman va donc suivre pendant ces quelques pages cette jeune fille qui s’occupe des tâches administratives de ce laboratoire tenu par M. Deshimaru. Comme à son habitude, l’écriture de Yôko Ogawa parvient à nous embarquer totalement dans cet univers pour le moins original, dans une atmosphère toute particulière. La relation que vont entretenir les deux personnages de ce roman est elle aussi bien particulière,  naviguant entre désir et malaise.

Cette fois-ci, Yôko Ogawa fait des fixations sur des thèmes bien précis : les pieds (le Professeur éprouvant un certain fétichisme pour cette partie du corps), mais aussi la psychologie des clients, ce qui va les amener à vouloir des spécimens d’objets ou de choses non matérielles – même si on reste dans la suggestion, comme Yôko Ogawa sait si bien le faire. Une chose est sûre : Yôko Ogawa a un réel don pour nous faire plonger dans son univers – je me suis en effet trouvé moi-même fasciné par ce laboratoire et il fut impossible d’arrêter ma lecture avant la fin.

 Ma note :
8

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