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Archives de Catégorie: TANIZAKI Junichirô

Deux amours cruelles de Junichirô Tanizaki

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Je vous parle aujourd’hui de deux nouvelles d’un grand auteur de la littérature japonaise. Voici Deux amours cruelles de Junichirô Tanizaki.

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Détails :
Éditeur : Stock
Première publication en : 1960
Réédition format poche le : 25 septembre 2002
Traduction : Kikou Yamata
Publié au Japon en : 1932-1933
Nombre de pages : 180
Prix : 7.65€

C’est donc deux nouvelles que nous découvrons dans ce livre. La première nous narre la relation entre Shunkin, une fille d’une famille aisée qui a perdu la vue à l’âge de 9 ans, et Sasuke, son guide attitré depuis que Shunkin est enfant. La seconde nouvelle nous présente Oyu, une jeune veuve ne pouvant se marier, dont la soeur va épouser l’homme qu’elle aime. Deux histoires d’amour très différentes, mais toutes deux, effectivement, très cruelles.

« De ses yeux aux paupières fermées émanaient plus de charme et de grâce que des yeux bien ouverts de ses soeurs. »

Voilà un recueil typiquement japonais ! La première nouvelle est intéressante, mais la relation entre les deux personnages principaux est parfois difficile à lire. Shunkin en va jusqu’à frapper son serviteur jusqu’à le faire pleurer, lorsqu’elle lui enseigne à jouer du shamisen. Cruauté et violence, donc ! Elle est un personnage plutôt détestable, et je me suis demandé si l’on pouvait vraiment parler d’histoire d’amour…

« Dès l’instant où mon regard se posa sur Oyu-sama, je sus qu’elle était la femme dont je rêvais. »

La deuxième nouvelle m’a beaucoup plu. Le début est un peu long, on prend beaucoup de temps à entrer dans le récit en question, mais on comprend pourquoi à la fin. J’ai notamment bien apprécié les descriptions d’Oyu et de sa beauté, ainsi que l’histoire. Ce triangle amoureux qui n’en est pas vraiment un ou encore ce couple marié qui ne s’est marié que pour tromper la vraie relation font de cette histoire une excellente nouvelle.

Deux visions de l’amour comme nous n’avons pas vraiment l’habitude d’en voir ou d’en lire en Occident. Cruauté, mais aussi pudeur, définissent ces relations qui ont marqué la vie de ceux qui les ont vécues.

Ma note :
7

La clef de Junichirô Tanizaki

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Il sera aujourd’hui question d’un roman très particulier. Il s’agit de La clef de Junichirô Tanizaki, dont le sous-titre en dit long sur ce qui vous attend : La confession impudique.

la-clef-junichiro-tanizakiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 20 mars 2003
Publié au Japon en : 1956
Nombre de pages : 195
Prix : 7,20€

Dans La clef, on suit un couple mature. Lui a 56 ans, elle 45. Il se fait vieux et se plaint de la libido de sa femme qu’il n’arrive plus à satisfaire. Sa femme est en effet très demandeuse sexuellement et n’hésite pas à épuiser son mari. Ce dernier va découvrir un stimulant comme il n’en avait jamais connu auparavant : la jalousie. Pour cela, il va tenir un journal intime pour que sa femme le lise. Elle va en faire de même. Ils vont donc chacun lire le journal de l’autre, sans pour autant en parler et se l’avouer. De là va commencer une aventure pour le moins perverse…

« Alors que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que notre fille est en âge de se marier à son tour, formons-nous vraiment un couple, nous qui, au lit, nous contentons d’accomplir la chose en silence, sans jamais échanger aucun tendre aveu ? »

Mais voilà, pour se rendre jaloux, il y a besoin d’une troisième personne. Et c’est là que le roman devient tordu à mon sens. En effet, ce couple a une fille qui a un prétendant : un certain Kimura. Mais le vieil homme va se rendre compte que ce Kimura ne convoite pas sa fille, mais plutôt sa femme. Celle-ci semble aussi être attirée par Kimura (plus par lui que par son mari d’ailleurs, qui le dégoûte, lui et ses pratiques fétichistes), et cette jalousie va exciter son mari au plus haut point. Leur fille va même devenir en quelque sorte complice de cette histoire plutôt malsaine.

« Dire que j’ai épousé quelqu’un d’aussi détestable, qui me convient si peu ! Ah ! Si seulement à la place j’avais pu avoir M. Kimura pour mari, ne puis-je m’empêcher de soupirer chaque jour. »

Ce roman pose donc la question des limites : jusqu’où peut-on aller pour faire renaître le désir dans son couple ? À mon avis, ce couple va bien trop loin et cette histoire m’a grandement mis mal à l’aise. Le problème, c’est qu’ils écrivent chacun dans le but d’être lu par l’autre, et non par nous. Je ne voulais pas en savoir autant, je ne voulais pas lire leurs journaux intimes ! Et pourtant, on est là, au milieu, en train de voir ce couple pris dans un tourbillon de jalousie et d’actions qui vont finir par aller trop loin. Même si le roman est intéressant sur un point de vue psychologique et de couple, j’étais bien content quand j’ai pu le refermer, d’autant plus que la dernière partie est ennuyeuse au possible.

« Tout en sachant pertinemment que l’autre nous lirait, nous nous arrangions ainsi, mon mari et moi, pour rendre le parcours tortueux, en érigeant des barrières, en dressant des obstacles, de façon à ne jamais être sûr que l’autre soit parvenu à ses fins. »

Si vous voulez être mal à l’aise, n’hésitez vraiment pas à lire ce roman ! En revanche, si vous ne voulez pas spécialement entrer dans l’intimité d’un couple prêt à tout pour faire évoluer leur désir, ce n’est pas une lecture que je vous conseillerais.

Ma note :
6

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