Flux RSS

Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp

Publié le

Un recueil de nouvelles du Japon d’une auteure française talentueuse : voici Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp.


Edition lue :
Publié le : 22 mars 2018
Prix numérique : 0,99€ (ici)
Auto-édité

Ce court recueil de cinq nouvelles nous emmène dans un Japon rempli de tendresse, d’espoir, même dans les situations les plus tragiques. On rencontre notamment Momotaro, ce garçon trouvé dans une pêche géante par un couple âgé que l’on voit souvent dans le folklore japonais (que j’avais notamment croisé ici), Sadako Sasaki, dont j’avais entendu parler lors d’un voyage à Hiroshima, puisque cette jeune fille est tombée malade des suites du bombardement, Chizuko, dont le grand-père a connu deux terribles tsunamis, ou encore Emi-chan, qui vit à côté de la préfecture de Fukushima en 2011 et qui aimerait seulement goûter la pluie, bien que radioactive.

« L’interprétation du passé, son souvenir, peut sauver l’avenir. »

Toutes ces nouvelles sont très agréables à lire, j’aime beaucoup retomber sur des noms que j’ai déjà entendus, qui me ramènent à un endroit (Hiroshima) ou à une atmosphère particulière (le folklore japonais). L’écriture est vraiment belle et fluide, et la beauté ainsi que la pureté de certains personnages se ressent vraiment, malgré qu’ils aient pu vivre les événements les plus terribles que le Japon ait pu connaître ces dernières années. Bombardement, tsunami, radioactivité…

« Emi-chan, tu ne peux pas goûter la pluie. Elle est dangereuse, tu comprends ? »

Un recueil de nouvelles qui nous transporte en quelques pages dans un Japon qu’on aime découvrir et redécouvrir. En attendant le premier roman d’Eva Kopp à paraître en juin 2018.

Ma note :

 

Publicités

L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka

Publié le

Dans cet article, je vais vous parler d’un roman d’un auteur que l’on connaît peu en France, et c’est bien dommage. Voici L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : 1995
Format poche : 1998
Traduction : Anne Bayard-Sakai
Édition originale en japonais : 1958-1959
Nombre de pages : 168
Prix : 7,10€

On va suivre Yôko, une entraîneuse qui travaille dans le Ginza d’après-guerre, un quartier chic de Tokyo. Elle approche la quarantaine et va se séparer au début du roman de Matsuzaki, un homme marié père d’une fille. Son entourage s’inquiète pour elle car ils savent qu’elle n’est pas faite pour la solitude. Junko, la gérante d’un bar haut de gamme va ouvrir un nouveau bar pour une clientèle un peu moins importante, et Yôko va être entraîneuse là-bas. Elle va ainsi rencontrer plusieurs hommes, mais cela ne va plus la satisfaire : elle se sent vieille et n’a pas vraiment d’ambition…

« Des mains de sa grand-mère, elle avait directement été propulsée au cœur de la tourmente de Ginza, pour y être enfouie parmi toutes ces présences masculines : elle n’avait donc pas eu le temps de devenir adulte. »

J’ai été surpris par ce roman. Tout d’abord, je tiens à souligner la qualité de la traduction, il y a des passages vraiment magnifiques. J’ai été touché par l’histoire de cette femme, qui veut être aimée, mais pas n’importe comment, ni par n’importe qui. Elle veut être heureuse, elle semble vouloir s’élever sans savoir comment s’y prendre. Elle ne va pas hésiter à repousser certains hommes et va se tourner vers l’alcool, pour tenter d’oublier qu’à son âge, quand même, elle devrait au moins être gérante de bar et avoir un protecteur qui n’a d’yeux que pour elle et qui lui permette de vivre sans se préoccuper de l’argent… Et elle en devient touchante.

« Sa vie, dévorée par l’alcool et les hommes, se confondait en vérité avec la mort ; et l’on pouvait dire qu’aujourd’hui elle avait déjà cessé de vivre. »

Un excellent roman qui gagne à être lu. C’était un auteur que je ne connaissais pas, et je suis bien content de l’avoir découvert avec cette histoire qui est racontée avec brio et génialement traduite.

Ma note :

Hell de Yasutaka Tsutsui

Publié le

Aujourd’hui, je vous emmène en enfer ! Ou plutôt, c’est Yasutaka Tsutsui qui nous y emmène tous dans son roman Hell. Il fait pas un peu chaud par ici ?

Edition lue :
Éditeur : Wombat
Publié le : 5 septembre 2013
Traduction par : Jean-Christian Bouvier
Édition originale en japonais : 2003
Nombre de pages : 155
Prix : 17,00€

Comme son titre l’indique, on va plonger ici dans l’Enfer. Un enfer dans lequel va débarquer Takeshi dont l’handicap -il boitait depuis son enfance à cause de deux camarades de classe- disparaît quand il y pose le pied. Il va retrouver ces deux camarades qu’il n’avait pas vu depuis des années, et on  va rencontrer une multitude de personnages dans cet enfer, en apprenant leurs liens et en découvrant la façon dont ils sont décédés… en naviguant dans le passé et le futur, dans le monde des vivants et dans celui des morts…

« Quand on pensait à quelqu’un en Enfer, cette personne avait la fâcheuse tendance à apparaître aussitôt. »

L’idée du roman me plaisait beaucoup, et après avoir accroché aux loufoques Hommes salmonelle du même auteur, je me suis procuré celui-ci sans hésiter. Mais je n’ai pas été conquis. Beaucoup de personnages, beaucoup de scènes différentes qui se déroulent à des endroits différents et à une époque différente, qui font que j’ai été perdu. Cela contribue bien sûr à l’effet chaotique de l’enfer, mais je ne suis pas entré dans l’histoire. Il y a en revanche une scène que j’ai adorée : lorsqu’un avion est détourné et qu’on lit les derniers moments des passagers où la folie et surtout le désespoir prennent le dessus. Pour le reste, c’est malheureusement déjà oublié.

« La frontière entre la vie et la mort n’était-elle donc pas infranchissable ? Les deux mondes communiquaient-ils d’une manière aussi fluide que naturelle ? »

Un roman à l’idée de base intéressante, mais dont le côté brouillon m’a laissé de côté. Je suis resté aux portes de l’Enfer, alors que j’avais envie d’y pénétrer. Dommage.

Ma note :

Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

Publié le

Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :

La Proie et l’ombre de Ranpo Edogawa

Publié le

Fascinant, fascinant, fascinant : voilà qui décrit parfaitement Ranpo Edogawa. Je vous présente cette fois-ci un remarquable roman de ce grand maître du genre policier : voici La Proie et l’ombre (paru plus tard sous le nom Inju : La bête dans l’ombre).

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 1994
Grand format publié en : 1988
Traduction par : Jean-Christian Bouvier
Édition originale en japonais : 1928
Nombre de pages : 144
Prix : 6,10€

Dans ce roman de génie, Ranpo Edogawa est le narrateur. Il va un jour rencontrer Shizuko, une femme belle et raffinée qui apprécie ses romans. De là va naître une relation épistolaire entre ces deux personnages. Un jour, elle va le contacter puisque son mari a été assassiné, par Shundei Oe, un écrivain de romans policiers, rival de Ranpo Edogawa… Ce dernier va donc tenter de retrouver ce mystérieux écrivain pour le confronter à son crime, mais, comme souvent avec cet auteur, de multiples rebondissements sont à prévoir…

« Elle avait ce genre de beauté dont on dit souvent dans les romans anciens qu’elle disparaît si on l’effleure. »

Ranpo Edogawa parvient ici encore à nous tenir en haleine tout le long de ce roman ! On a envie de tourner les pages, on a envie qu’il retrouve cet étrange écrivain-meurtrier, et on est surpris devant la perversité des crimes et des personnages… La scène de révélation est palpitante, et c’est tout simplement jouissif. De plus, on a droit à une nouvelle intitulée Le test psychologique, qui est elle aussi une petite perle : un jeune homme prévoit un meurtre et va préparer le test auquel le soumet la police pensant s’en sortir innocenté. C’était sans compter Kogoro Akechi, le célèbre détective que l’on retrouve dans plusieurs textes de Ranpo Edogawa…

« Ne dit-on pas d’ailleurs que c’est souvent chez l’homme de bien que le démon s’introduit le plus facilement ? »

Mon amour pour Ranpo Edogawa se confirme avec ce grand roman qui est un réel plaisir à dévorer. On parvient à être surpris, on a le coeur qui bat, on a envie d’en savoir plus… Tant d’éléments qui ne font que confirmer le talent de cet écrivain.

Ma note :

 

Double hélice de Koji Suzuki

Publié le

Vous souvenez-vous de Ring ? Ce roman dont j’avais parlé sur le blog qui a été adapté plusieurs fois au cinéma… Et bien cette histoire n’est pas finie, voici le tome 2 de Ring : Double hélice par Koji Suzuki !

Edition lue :
Éditeur : Fleuve noir
Publié en : 2002
Publié au Japon en : 1995
Nombre de pages : 379
Prix : Trilogie à 13,00€ chez Pocket

Double hélice est la suite directe de Ring. Il est donc préférable d’avoir lu Ring au préalable, même si on a un long rappel de ce qu’il s’est passé dans Ring au milieu de Double hélice. Dans Ring, on suivait Kazuyuki Asakawa, qui avait découvert une mystérieuse cassette : tous ceux qui la regardent meurent une semaine plus tard. Une cassette faite par Sadako, une fille décédée vingt-cinq ans plus tôt… Alors qu’on pensait le mystère résolu, ce roman s’ouvre sur la mort d’un certain Ryuji, qui avait aidé Asakawa à percer le mystère de la cassette. Les morts suspectes vont ainsi reprendre et une chose est sûre : Sadako n’a pas dit son dernier mot…

« Il y avait des chiffres sur le bout de papier qui dépassait par erreur du ventre du mort, et en s’amusant à les remplacer par des lettres, cela pouvait donner le mot « Ring ». Et alors ? »

J’avais beaucoup apprécié le premier tome, et c’est un plaisir de voir que cette terrible histoire se poursuit. On retrouve les personnages, et il y a toujours cette atmosphère remplie de suspense et de frissons. Un mélange de surnaturel et d’enquêtes scientifiques, qui rendent le roman vraiment intéressant. On repousse encore un peu les limites du surnaturel, et quand on comprend ce qu’il va se passer et l’ampleur que peuvent prendre les nouveaux éléments d’horreur qui sont introduits, et bien… on a peur.

« Entre un monde d’illusion et le monde de la réalité, dans lequel était-on le plus heureux ? »

Un réel plaisir d’ouvrir ce roman et de frissonner à nouveau avec cette histoire qui prend une nouvelle ampleur dans ce tome 2. En le refermant – il faut dire que la fin est assez géniale -, on n’a qu’une seule envie : lire le tome suivant !

Ma note :

La Beauté, tôt vouée à se défaire de Yasunari Kawabata

Publié le

Aujourd’hui, je vous présente deux nouvelles d’un grand auteur de la littérature japonaise : voici La Beauté, tôt vouée à se défaire de Yasunari Kawabata.

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié le : 22 septembre 2004
Grand format sorti le : 5 février 2003
Publié au Japon en : 1933 & 1964
Nombre de pages : 160
Prix : 6,10€

On a droit ici à deux nouvelles inédites de Yasunari Kawabata, qui ont apparemment été publiées avec Les Belles endormies au Japon, alors qu’en France cette dernière a été publiée seule. On a tout d’abord Le Bras, une nouvelle que j’ai beaucoup aimée et dont l’atmosphère, en effet, est la même que pour Les Belles endormies. L’histoire est simple : une jeune fille va proposer son bras à un homme, qui va ainsi rentrer chez lui avec ce bras. Elle va simplement le détacher, et l’homme (notre narrateur) va ainsi faire tout le chemin jusqu’à chez lui en s’inquiétant pour ce bras, comme si c’était une personne… et le bras va également lui parler, comme si de rien n’était. Une relation étrange va se nouer entre cet homme et le bras qu’il a emprunté. J’ai beaucoup apprécie le sérieux avec lequel le narrateur vit cette expérience, avec des dialogues on ne peut plus normaux qui font cependant le comique de cette nouvelle (« Tu dors ? – Non, me répondit le bras. »).

« ‘Je peux te prêter mon bras pour un soir’, dit la fille. Et, le détachant de son épaule droite, elle le prit dans sa main gauche et le déposa sur mes genoux. »

La seconde nouvelle est éponyme, et bien qu’elle m’ait un peu moins marqué, elle est néanmoins intéressante. Deux filles sont assassinées alors qu’elles dormaient ensemble. Le narrateur est ici un écrivain, et il discute avec Saburo, le tueur de ces demoiselles. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a une vraie réflexion sur la vérité dans cette nouvelle, parce que Saburo ne se souvient pas vraiment de ce qu’il s’est passé, et les événements vont ainsi se retrouver transformés, suite à ce que lui ont suggéré les policiers (« ça ne pouvait que se passer comme ça » qui font douter Saburo sur la véracité de ses propres propos), et sa version se retrouve ainsi altérée, selon qu’il raconte cette soirée aux policiers, au commissaire, ou au psychiâtre.

« Elle avait dû sentir que je trouvais cela joli, pour détacher ainsi son bras droit de la rondeur de l’épaule et me le prêter. »

Et bien entendu, il suffit de regarder la couverture pour comprendre pourquoi j’ai voulu lire ces nouvelles de Yasunari Kawabata, qui ne sont pourtant pas les plus célèbres par chez nous : ce livre est postfacé par Yukio Mishima. On a donc la chance de lire l’interprétation de ces deux nouvelles par mon auteur préféré ainsi que quelques anecdotes. Par exemple, Le Bras a été publié en feuilletons et Mishima pensait que la nouvelle se terminait à un moment précis et trouvait cette fin parfaite ; alors qu’en réalité, la nouvelle se poursuivait dans le numéro suivant.

« Laisser l’oubli se faire est peut-être finalement la plus belle manière de se souvenir. »

Deux nouvelles de qualité d’un des plus grands auteurs de la littérature japonaise, qui parvient notamment à nous faire replonger dans l’ambiance des Belles endormies avec la première nouvelle de ce recueil. C’est également un réel plaisir de voir Yukio Mishima commenter les textes de son ami dans la postface.

Ma note :

Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa, le prix le plus prestigieux au Japon, alors que son auteure n’avait que 20 ans lors de sa sortie. Voici Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara.

Edition lue :
Éditeur : Grasset
Publié en : Avril 2006
Traduction de l’anglais : Brice Matthieussent
Édition originale en japonais : Décembre 2003
Nombre de pages : 162
Prix : 15,90€

Dans ce roman, on plonge dans le monde des tatouages, des piercings, de la jeunesse désabusée, en bref du Ryû Murakami en mieux. On découvre Lui, qui est fascinée par Ama, un garçon d’à peu près son âge, tatoué, et surtout, la langue fourchue. C’est d’ailleurs cette langue qui va la fasciner, et elle va vouloir faire subir la même chose à la sienne, en commençant par la trouer, et en agrandissant le trou petit à petit pour parvenir à son objectif… les mois passent, et elle va vouloir précipiter les choses, en passant également du bon temps avec le tatoueur-pierceur et en étant en apparence détachée de sa relation avec Ama…

« Je désirais mener une vie imprudente, laisser derrière moi un beau cadavre dans ce monde terne et sombre. »

Au départ, j’ai été assez dégoûté par ce roman, notamment lorsque sont mentionnés tous les détails des piercings, les étapes de langue fourchue, ou d’autres modifications corporelles. Ce n’est pas un sujet qui me passionne ni ne m’excite, mais bon. Les pages se tournent, et j’ai adoré la tournure que prennent les événements et la façon dont les personnages interagissent. Elle comprend vite qu’elle s’est entourée d’hommes plutôt dangereux, mais cela ne semble pas pour autant la repousser, bien au contraire, même si l’alcool la séduira toujours plus. Elle va aussi rapidement courir après le temps, comme si une épée de Damoclès était là, prête à tomber près d’elle…

« Je désirais seulement faire partie d’un monde souterrain où le soleil ne brillerait jamais, où l’on n’entendrait jamais de sérénade et jamais au grand jamais le moindre rire d’enfant. »

Je ne peux pas plus vous en parler, mais la dernière partie du roman m’a beaucoup plu. Elle est à la fois intéressante d’un point de vue de l’histoire, mais surtout d’un point de vue psychologique. On prend vraiment conscience des liens qui unissent ces personnages entre eux, voire qui unissent une personne avec une autre, même si parfois on ne s’en rend pas vraiment compte – ou on ne veut pas l’admettre.

Une agréable surprise pour ce roman qui se déroule dans ces quartiers cachés où la jeunesse tente de survivre comme elle peut. Un roman réellement sombre, mais qui parvient tout de même à être un très bel exemple d’un sentiment qui s’impose parfois malgré notre volonté : l’amour.

Ma note :

Romanée-Conti 1935 de Takeshi Kaikô

Publié le

Parlons vin aujourd’hui, avec Takeshi Kaikô qui nous propose un Romanée-Conti 1935 !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : 1993
Format poche : 1998 (nouvelle couverture en 2017)
Traduction : Anne Bayard-Sakai et Didier Chiche
Édition originale en japonais : 1973 et 1979
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce petit livre contient deux nouvelles, mais pour être honnête, la seconde ne m’a pas du tout marqué, je vais donc vous parler uniquement de la première nouvelle éponyme ! On observe deux hommes, un romancier et un entrepreneur, qui vont déguster une bouteille de bourgogne Romanée-Conti 1935. L’entrepreneur va raconter à son ami les domaines qu’il a visités en France, les vins qu’il a goûtés… et on comprend vite que cette fameuse bouteille qu’ils vont boire suscite beaucoup d’attentes ! Et elle permet surtout au romancier, dès lors qu’il y trempe ses lèvres, de repenser à une femme qu’il a connue dans les moindres détails…

« Le serveur souleva délicatement la bouteille qui était debout pour l’approcher d’un verre. Le romancier suivit des yeux les mouvements de cette main d’une plaisance sécheresse, maigre, ossue et assurée. »

Qu’est-ce que j’ai aimé cette nouvelle ! Les descriptions du chemin du vin des lèvres jusqu’à la gorge sont vraiment magnifiques. La description de la robe également vaut son pesant d’or, et c’est un réel plaisir à lire tellement c’est beau et bien écrit, ainsi que bien retranscrit dans la traduction. Et puis, les souvenirs auxquels repense le romancier sont également forts puisqu’il n’y a que ce vin qui lui permet de repenser à cette femme aussi pleinement, c’est pour dire le pouvoir qu’a cette fameuse bouteille, qui, pourtant, va les décevoir au premier abord.

« Aussi violenté, dépossédé, ravagé, affaibli que fût ce vin, il parvenait encore à susciter l’image d’une femme. »

Une première nouvelle vraiment excellente, des descriptions incroyables et un grand plaisir de lecture, même si l’on n’est pas forcément amateur de vin. Dommage que la seconde nouvelle ne soit pas aussi mémorable !

Ma note :

Konbini de Sayaka Murata

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa en 2016 au Japon, et qui vient de paraître en France : voici Konbini de Sayaka Murata.

Edition lue :
Éditeur : Denoël
Publié le : 11 janvier 2018
Traduction par : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 27 juillet 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 16,50€

Keiko a 36 ans et travaille dans un combini (ou « konbini », mais j’ai moins l’habitude de l’écrire ainsi), une supérette ouverte 24 heures sur 24 que l’on trouve à tous les coins de rue au Japon. Depuis toute petite, elle est considérée comme étrange. Elle a donc grandi en parlant le moins possible pour ne pas paraître différente des autres. Et aujourd’hui, elle se complait dans ce travail à mi-temps où elle a juste à répéter des paroles, des gestes pour « être comme les autres ». C’est lorsqu’elle rencontre ses anciennes camarades de classe qu’elle se rend compte le plus de son « anormalité », puisqu’elle est l’une des seules à ne pas être mariée, à ne pas avoir d’enfant et à ne pas travailler à temps plein. Mais tout cela pourrait bien changer lorsqu’un homme qui semble aussi ne pas pouvoir se conformer aux règles imposées par la société est embauché au combini où elle travaille…

 « Après tout, sortie de mon manuel de l’employé dont j’appliquais à la perfection les directives, je n’avais pas la moindre idée de la façon dont fonctionnait une personne normale. »

Un roman qui parvient à parler des gens différents de la norme, qui ne rentrent pas dans les cases. La société japonaise est assez rigide et sa structure n’évolue que très lentement. Ainsi, quand on n’a pas un travail à temps plein après ses études, ou quand on n’est pas marié à trente ans, les gens vont te regarder bizarrement. C’est un roman très intéressant sur plusieurs points de vue. C’est rare d’avoir un personnage comme Keiko, qui a conscience de sa différence, qui a conscience que sa façon de penser ne colle pas avec ce que la société attend d’elle. Elle a choisi d’apprendre par coeur le manuel de la parfaite employée de combini pour pouvoir vivre sans que les autres découvrent qu’en réalité, elle ne rentre pas dans « la norme ».

  « Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu’ils sont en droit d’exiger des explications. »

Et voilà, moi je l’apprécie cette Keiko, j’ai envie d’apprendre à la connaître. Elle est touchante d’une certaine façon, et c’est en effet rare au Japon de rencontrer des gens comme elle, puisque tout le monde semble porter un masque en société qui, en quelque sorte, cache leur personnalité (celle-ci parvient heureusement à ressortir en privé ou lors de certaines occasions). De plus, j’ai trouvé ça intéressant de lire un peu le fonctionnement des combinis, un lieu que je fréquente personnellement quotidiennement.

« Dans ce monde régi par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté. Voilà pourquoi je dois guérir. Autrement, je serai éliminée par les personnes normales. »

Un roman qui traite du thème de la différence et des difficultés que peuvent renconter les personnes qui ne rentrent pas tout à fait dans ce qu’on peut appeler la « normalité ». Intéressant, marquant et nécessaire.

Ma note :