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Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui une courte nouvelle d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog mais qui a pourtant quelques titres parus en France. Voici Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Juin 2010
Publié au Japon en : 1958
Nombre de pages : 52
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle offerte en 2010 pour deux livres de la collection Babel achetés, inédite à sa sortie mais depuis parue dans le recueil « L’arc-en-ciel blanc », il ne faut pas se fier à la mignonne couverture (spoiler alert : un poussin est maltraité au début de l’histoire). En effet, on découvre dans cette histoire Kiyoshi, un petit garçon qui vit chez sa grand-mère, alitée, depuis que la mère de Kiyoshi s’est suicidée. Ce garçon va jouer avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui habite aussi dans cette grande propriété. La famille de cette Tokiko, et surtout son père, ont hâte que la grand-mère décède pour pouvoir récupérer la propriété et le terrain. Dans ce contexte estival, on découvre en même temps que Kiyoshi la dureté des hommes ainsi qu’un événement marquant dont il va être témoin, une nuit…

« Kiyoshi s’amusait à toucher du bout des doigts le corps du poussin pour en goûter la sensation. Il en éprouvait de la satisfaction comme s’il avait un objet précieux entre les mains. »

En voilà une nouvelle bien mystérieuse ! Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’en dégage. Le titre en dit long, mais en même temps, il ne dévoile pas l’intensité, ni la signification de ce qu’il va se passer dans cette maison. L’élément final est à la fois surprenant, compréhensible, et fort. Il est, de plus, vu par des yeux d’enfant, un enfant qui ne comprend pas toute la complexité du monde et qui, donc, ne juge pas et constate simplement.

Une nouvelle qui m’a donné très envie de découvrir plus de textes d’Akira Yoshimura, parce que, mine de rien, elle m’a beaucoup marqué. N’hésitez pas à la lire (elle est trouvable d’occasion dans cette édition ou dans le recueil mentionné plus haut) pour découvrir un petit bout de l’univers de ce grand auteur.

Ma note :
8

 

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

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Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

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Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

Le vent se lève de Tatsuo Hori

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Ce samedi, je vais vous parler d’un roman de Tatsuo Hori dont le titre vous dira peut-être quelque chose : Le vent se lève. C’est en effet également le titre d’un film d’animation d’Hayao Miyazaki, même si l’histoire est différente, Miyazaki s’étant principalement inspiré du roman pour l’histoire d’amour entre les deux personnages. Découvrons donc ce beau roman !

le-vent-se-leve-tatsuo-horiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (L’Arpenteur)
Publié en : Mai 1993
Publié au Japon en : 1938
Nombre de pages : 128
Prix : 11,90€

Ce roman nous présente un jeune couple qui vient de se fiancer. Au départ, ils sont à la montagne et semblent heureux, Setsuko peint, son fiancé la regarde. Mais on va découvrir que Setsuko est malade : elle a la tuberculose. Ils vont décider d’aller passer quelques temps dans un établissement spécialisé, un sanatorium, pour qu’elle puisse se reposer au grand air et guérir. Son fiancé l’accompagnera et les saisons défileront, dans un incroyable bonheur, en attendant la guérison de la jeune fille.

« Je fixais intensément ces lointaines arêtes montagneuses jusqu’à en retenir les moindres détails, et cependant affleurait à ma conscience la certitude que je venais seulement de percer le secret, jusqu’à présent enfoui au fond de mon être, de ce que la nature m’avait par avance réservé. »

Le titre de ce roman est tiré d’une citation de Paul Valéry qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Et c’est aussi un beau résumé de ce roman. Je vais commencer par vous parler de l’écriture. Ce roman est comme une poésie. Les descriptions, les paysages, l’amour, on se laisse conduire par la magnifique plume de l’auteur, on est émerveillé devant la puissance de la nature, mais aussi devant la puissance de leur relation.

« Je ne sais pourquoi, soudain j’ai tellement envie de vivre… »

Le thème principal est donc l’amour. Un amour jeune, mais puissant, beau, et confronté à une épreuve difficile : la maladie. Mais, malgré cela, ils passent un séjour tout ce qu’il y a de plus heureux au milieu de la nature, ils sont en quelque sorte seuls au monde et profitent de ce bonheur. Mais voilà, la maladie ne guérit pas aussi vite que prévu, et, même s’ils ne veulent pas y penser, l’inquiétude va aussi prendre le dessus et dévoiler un autre aspect fort du roman.

« C’étaient des journées comme en avance sur la vie, pleines d’une exaltation, d’un bonheur poignant, plus intenses que ceux de la vie. »

Un magnifique roman sur une belle et poignante histoire d’amour qui ne peut pas vous laisser indifférent. Une ode à l’amour, à la nature, mais surtout, à la vie. Je ne peux que conclure sur ces mots. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Ma note :
8

 

 

La clef de Junichirô Tanizaki

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Il sera aujourd’hui question d’un roman très particulier. Il s’agit de La clef de Junichirô Tanizaki, dont le sous-titre en dit long sur ce qui vous attend : La confession impudique.

la-clef-junichiro-tanizakiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 20 mars 2003
Publié au Japon en : 1956
Nombre de pages : 195
Prix : 7,20€

Dans La clef, on suit un couple mature. Lui a 56 ans, elle 45. Il se fait vieux et se plaint de la libido de sa femme qu’il n’arrive plus à satisfaire. Sa femme est en effet très demandeuse sexuellement et n’hésite pas à épuiser son mari. Ce dernier va découvrir un stimulant comme il n’en avait jamais connu auparavant : la jalousie. Pour cela, il va tenir un journal intime pour que sa femme le lise. Elle va en faire de même. Ils vont donc chacun lire le journal de l’autre, sans pour autant en parler et se l’avouer. De là va commencer une aventure pour le moins perverse…

« Alors que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que notre fille est en âge de se marier à son tour, formons-nous vraiment un couple, nous qui, au lit, nous contentons d’accomplir la chose en silence, sans jamais échanger aucun tendre aveu ? »

Mais voilà, pour se rendre jaloux, il y a besoin d’une troisième personne. Et c’est là que le roman devient tordu à mon sens. En effet, ce couple a une fille qui a un prétendant : un certain Kimura. Mais le vieil homme va se rendre compte que ce Kimura ne convoite pas sa fille, mais plutôt sa femme. Celle-ci semble aussi être attirée par Kimura (plus par lui que par son mari d’ailleurs, qui le dégoûte, lui et ses pratiques fétichistes), et cette jalousie va exciter son mari au plus haut point. Leur fille va même devenir en quelque sorte complice de cette histoire plutôt malsaine.

« Dire que j’ai épousé quelqu’un d’aussi détestable, qui me convient si peu ! Ah ! Si seulement à la place j’avais pu avoir M. Kimura pour mari, ne puis-je m’empêcher de soupirer chaque jour. »

Ce roman pose donc la question des limites : jusqu’où peut-on aller pour faire renaître le désir dans son couple ? À mon avis, ce couple va bien trop loin et cette histoire m’a grandement mis mal à l’aise. Le problème, c’est qu’ils écrivent chacun dans le but d’être lu par l’autre, et non par nous. Je ne voulais pas en savoir autant, je ne voulais pas lire leurs journaux intimes ! Et pourtant, on est là, au milieu, en train de voir ce couple pris dans un tourbillon de jalousie et d’actions qui vont finir par aller trop loin. Même si le roman est intéressant sur un point de vue psychologique et de couple, j’étais bien content quand j’ai pu le refermer, d’autant plus que la dernière partie est ennuyeuse au possible.

« Tout en sachant pertinemment que l’autre nous lirait, nous nous arrangions ainsi, mon mari et moi, pour rendre le parcours tortueux, en érigeant des barrières, en dressant des obstacles, de façon à ne jamais être sûr que l’autre soit parvenu à ses fins. »

Si vous voulez être mal à l’aise, n’hésitez vraiment pas à lire ce roman ! En revanche, si vous ne voulez pas spécialement entrer dans l’intimité d’un couple prêt à tout pour faire évoluer leur désir, ce n’est pas une lecture que je vous conseillerais.

Ma note :
6

Bungô Stray Dogs de Kafka Asagiri & Harukawa 35

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Je vous propose aujourd’hui un article un peu spécial puisqu’il s’agit… d’un manga ! Et oui, je n’avais pas prévu de parler de mangas sur ce blog, mais celui-ci va faire exception puisqu’il met en scène des personnages dont le nom et l’histoire sont inspirés de grands écrivains japonais. Découvrons tout ça ensemble !

bungo-stray-dogs-tome-1-2-kafka-asagiriTomes 1 & 2 :
Éditeur : Ototo
Publiés le : 3 février 2017
Publié au Japon en : 2013
Nombre de pages : 192
Prix : 7,99€

Dès le départ, on suit Atsushi Nakajima, un orphelin causant le malheur partout où il passe, qui va croiser le chemin d’Osamu Dazai. Ce dernier fait partie de « L’Agence des Détectives Armés », agence dans laquelle tous les détectives possèdent des pouvoirs spéciaux. Atsushi va se retrouver mêlé à leurs activités et va travailler avec eux, pour résoudre des crimes et combattre notamment une grande organisation mafieuse menée par un certain Ryûnosuke Akutagawa, doté lui aussi de pouvoirs destructeurs…

bungo-stray-dogs-nakajima

L’histoire est intéressante, ça bouge beaucoup, il y a de l’humour et les dessins sont excellents : voilà pour faire court, ce que vous trouverez dans ce manga fraîchement paru en France. Mais ici, puisque c’est un blog sur la littérature japonaise, je vais me concentrer sur un aspect que j’ai trouvé génial : la plupart des personnages porte le nom d’écrivains célèbres et leurs pouvoirs spéciaux portent en général le nom d’une de leurs œuvres. Plus encore, certains personnages ont des aspects de leur caractère qui est en lien avec l’écrivain dont ils portent le nom.

Dans ces deux premiers tomes, on croise donc Atsushi Nakajima, qui peut se transformer en tigre (en référence à sa nouvelle Histoire du poète qui fut changé en tigre), Ranpo Edogawa qui est doté d’une puissante capacité de déduction pour résoudre les affaires (normal pour l’un des plus grands écrivains japonais du genre policier), Junichirô Tanizaki et son pouvoir Bruine de neige (titre de son plus long ouvrage), sa soeur Naomi qui est aussi le nom d’un de ses romans (dont le personnage principal est inspiré de se belle-soeur), Ryûnosuke Akutagawa et son pouvoir Rashômon (l’une des nouvelles les plus célèbres de l’auteur), Motojirô Kajii et son pouvoir Citrogrenade (en référence à sa nouvelle Le Citron) et quelques autres. Mais celui qui m’aura le plus plu, c’est évidemment Osamu Dazai qui annihile les pouvoirs des autres en les touchant (ce pouvoir s’appelle La déchéance d’un homme, en référence à son texte le plus célèbre), un personnage hilarant puisqu’il passe son temps à tenter de se suicider de diverses façons – là encore, une référence osée à l’écrivain qui avait une obsession certaine pour le suicide (il a tenté de se suicider plusieurs fois dans sa vie : avec des médicaments, en tentant de se pendre, par noyade…). Dès le tome 2, on a des fiches des personnages qui expliquent un peu ces références, et c’est plaisant à découvrir, en parallèle à l’histoire qui se dévoile et qui donne envie de dévorer la suite.

Un excellent manga qui, en plus d’être plaisant à lire, bien écrit et bien illustré, permet aussi de (re)découvrir des écrivains classiques et leurs œuvres de façon on ne peut plus originale. Vite, la suite !

Ma note :
8

La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue

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Je vais vous parler aujourd’hui d’un court recueil de trois nouvelles d’un grand auteur japonais XXème siècle : La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue. 

mort-amour-vagues-yasushi-inoueEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 3 février 1999
Publié au Japon en : 1950-1951
Nombre de pages : 114
Prix : 5,60€

Trois nouvelles sensiblement différentes mais qui se rejoignent sur certains points. Dans la première nouvelle éponyme, on rencontre Sugi qui a trouvé un hôtel qui surplombe la mer où il pourra mettre fin à ses jours. Il rencontrera une jeune femme qui est venue dans cet endroit avec le même but. Dans Le jardin de pierres, Uomi emmène sa nouvelle femme à Kyoto, ville où il a fait ses études et a beaucoup de souvenirs – notamment amoureux. Enfin, dans Anniversaire de mariage, Shunkichi se rappelle d’un voyage à Hakone qu’il avait fait avec sa femme aujourd’hui décédée.

« Le crépuscule tombait sur la mer calme ; un crépuscule d’été sur Kumano, comme si rien de particulier n’allait s’y passer. Pourtant une jeune femme allait sans doute cesser de vivre. Dans très peu de temps… »

Ces trois nouvelles semblent avoir un thème commun : l’amour. En réalité, il est parfois difficile de qualifier les relations qu’entretiennent ces personnages. Ma nouvelle préférée est clairement la première : elle est bien développée et j’ai vraiment eu envie de découvrir la suite et ce qu’allaient devenir ces deux personnages. Allaient-ils se suicider ? Ou leur vie allait-elle prendre une tournure différente ? Les deux autres nouvelles m’ont un peu laissé perplexe. La deuxième nouvelle est plutôt cruelle, sans raison particulière. Elle est, à mon sens, un peu abrupte et pas assez développée. Je pense un peu la même chose de la dernière nouvelle, qui nous présente un couple pingre à un point assez incroyable, et, même s’il s’agit d’un couple marié, il est presque impossible de déceler de l’amour entre eux.

« Au crépuscule, plus un seul bateau ne voguait sur le lac ; les eaux sombres, ridées de vaguelettes, semblaient glacées. Le soleil se coucha et le vent fraîchit. »

Un recueil de nouvelles pour le moins particulier, qui semble au départ nous montrer différentes histoires d’amour complexes, mais qui, finalement, nous décrit plutôt des couples qui ne semblent pas réellement s’aimer. À lire tout de même, ne serait-ce que pour la première nouvelle qui m’a beaucoup plu !

Ma note :
7

Wasurenagusa d’Aki Shimazaki

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Aki Shimazaki est une auteure que j’apprécie beaucoup et dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois sur le blog. Je poursuis aujourd’hui avec Wasurenagusa, un roman tout aussi bon que les autres !

wasurenagusa-aki-shimazakiEdition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Février 2009 (grand format : 2003)
Nombre de pages : 125
Prix : 6,60€

Wasurenagusa est le quatrième tome de la pentalogie Le poids des secrets d’Aki Shimazaki, mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents pour lire celui-ci. Ici, on se concentre sur le personnage de Kenji Takahashi, le mari de Mariko, personnage principal du tome précédent, Tsubame. Ce roman se découpe en deux parties. Dans la première, on suit Kenji de son enfance, avec notamment sa nounou Sono à qui il va penser tout au long de sa vie, jusqu’à son premier mariage avec Satoko qui va se traduire par un échec parce qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant, puis sa rencontre avec Mariko et son fils Yukio. La seconde partie se passe bien plus tard, puisqu’il est marié avec Mariko depuis 46 ans. Et même à cet âge avancé, il va lui aussi être concerné par le poids des secrets…

« J’entends Mariko chanter, d’une voix douce. Je m’immobilise et l’écoute. Cela me rappelle Sono, qui chantait tous les soirs pour m’endormir. J’ai le cœur serré. »

Encore une fois, Aki Shimazaki nous livre un roman qui se lit tout seul, d’une belle fluidité. Les actions se déroulent, les descriptions également, on n’a aucun mal à nous imaginer le décor qui se dévoile à nous par petites touches en parallèle à l’histoire… Même si on peut lire ce tome sans avoir lu les précédents, il est toujours plaisant de retrouver des références et des personnages de ceux-ci, et cela permet de ficeler tout un univers qui est assez impressionnant lorsqu’on met chacun de ces tomes bout à bout. Cette pentalogie porte décidément bien son nom puisque chacun des personnages cache ou découvre des secrets le concernant, qui ont souvent une répercussion non seulement sur leur vie, mais sur leur entourage.

« Mariko reste silencieuse. Son regard flotte en l’air, distrait. Je ne sais pas à quoi elle pense, mais je sais qu’elle a beaucoup de souvenirs de sa vie avant moi dont elle ne veut parler à personne. »

Tout comme les précédents, encore un roman d’Aki Shimazaki que je recommanderais les yeux fermés. Une belle plume qui dévoile pourtant des éléments forts, que ce soit d’un point de vue historique ou d’un point de vue personnel. Chaque personnage a une histoire et ses secrets, et c’est un réel plaisir de les découvrir et de les délester en quelque sorte de ces poids.

Ma note :
8

Les lectures des otages de Yôko Ogawa

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Ce samedi, je vous propose un recueil de nouvelles un peu particulier de Yôko Ogawa, cette formidable auteure dont j’ai déjà parlé à quelques reprises sur le blog. Voici les Lectures des otages !

les-lectures-des-otages-yoko-ogawaEdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Mars 2012
Publié au Japon en : Février 2011
Nombre de pages : 192
Prix : 20,30€

Les Lectures des otages est un recueil de différentes nouvelles qui sont toutes liées entre elles. En effet, on suit un groupe de touristes japonais qui sont retenus en otages  dans un endroit isolé. Une brigade anti-terroriste va lancer un assaut pour tenter de les libérer, mais ils vont malheureusement tous périr. On ne retrouvera d’eux que des enregistrements : chaque soir, un otage, après l’avoir écrit, lira quelque chose tiré de sa propre vie. Et chacune de ces lectures donne lieu à une nouvelle. Il y a neuf nouvelles et j’ai choisi de vous parler ici brièvement de mes deux nouvelles préférées.

« Dans cette illusion sa grand-mère, les pommettes rouges, bien campée sur ses jambes, jouait du violon de tout son cœur. »

– Nouvelle « La grand-mère morte »

La première nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée. Elle s’intitule « La salle de propos informels B ». Le narrateur va passer devant cette salle de propos informels B et va assister à une réunion qui s’y déroule. Le sujet : les langues en situation critique. Chaque personne présente va à son tour raconter une histoire dans une langue sur le point de disparaître, qu’ils sont parfois les derniers à connaître. Son tour venu, le narrateur va devoir inventer une langue et une histoire pour ne pas avoir l’air d’un imposteur… Il y arrivera et retournera dans cette salle plusieurs fois, et à chaque fois le sujet et les participants seront différents : une fois ce sera pour ceux qui veulent faire de la couture, une autre pour ceux qui ont perdu un enfant… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle et cette salle mystérieuse où chacun s’y rend pour une raison particulière, où il n’y a parfois pas besoin de parler, où les gens peuvent s’y rendre pour se retrouver avec eux-mêmes. Yôko Ogawa est décidément douée pour créer de tels endroits à la symbolique forte.

« Leur diction m’évoquait le murmure d’un ruisseau. Qui se frayait un passage entre les rochers, évitait plusieurs obstacles, et sous l’éclat de la lumière coulait patiemment en direction d’un point quelque part au loin. »

– Nouvelle « Les fourmis coupeuses de feuilles »

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler s’intitule « Le bouquet de fleurs ». C’est le dernier jour du narrateur dans le magasin de vêtements pour homme dans lequel il travaille. Son seul client attitré vient lui faire ses adieux en lui offrant un bouquet de fleurs. Ce client travaille aux pompes funèbres et est régulièrement venu pour acheter des costumes pour les personnes décédées. Là encore, une ambiance particulière, un travail atypique, et l’objet « bouquet de fleurs » permet au narrateur de s’envoler dans le passé, quand un bouquet s’était déjà immiscé dans sa vie. Une nouvelle très plaisante, et comme dans beaucoup d’autres de ce recueil, on découvre le passé du narrateur à partir d’une histoire qui se passe dans le présent, à l’aide d’un objet. La lecture coule toute seule, encore une fois.

Un recueil de nouvelles original et plaisant. La façon dont les nouvelles sont reliées, dont ces histoires ont été écrites avec soin, puis lue à une audience restreinte, tout en sachant que c’est la dernière trace que ces otages laissent dans ce monde, rend ce recueil vraiment fort. Yôko Ogawa parvient clairement à nous faire entrer dans le cercle, chaque soir, pour que l’on puisse écouter l’histoire de chacun. Et pour ça, elle est extrêmement douée, et je ne me lasserai jamais de lire ses nouvelles.

Ma note :
7

Le Bureau des Jardins et des Étangs de Didier Decoin

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Pour débuter cette année 2017, je vais vous présenter le nouveau roman de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977, qui se déroule dans un Japon ancien : voici le Bureau des Jardins et des Étangs.

le-bureau-des-jardins-et-des-etangs-didier-decoinEdition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 2 janvier 2017
Nombre de pages : 396
Prix : 20,50€

Ce roman, qui se déroule au Japon au milieu du XIIème siècle, peut se diviser en deux parties. Dans la première, Miyuki apprend la mort de son mari Katsuro, noyé. Il était un pêcheur de carpes réputé et en livrait régulièrement au Bureau des Jardins et des Étangs, pour peupler les étangs et les lacs des temples sacrés. Pour honorer la mémoire de son mari, elle va devoir aller livrer elle-même au Bureau les dernières carpes que son mari a pêchées, et va donc entreprendre seule ce voyage durant lequel elle rencontrera de nombreux obstacles. Une fois arrivée, la deuxième partie du roman débute, et Miyuki va se retrouver mêlée à un concours d’encens auquel participe également le jeune Empereur de l’époque.

« Elle sentit que la vie sans son mari allait être une suite de questions lancinantes auxquelles elle serait seule à tenter de répondre. »

Déjà, il faut noter que ce roman est particulièrement bien écrit et parfaitement documenté. L’auteur nous propose une immersion totale dans ce Japon du XIIème siècle, avec ses particularités, ses traditions, et ses personnages. On en apprend beaucoup sur ce Japon, notamment sur le rituel des 49 jours quand un proche décède, l’ohaguro, c’est-à-dire la coutume de se noircir les dents, le takimono awase, le concours d’encens auquel il est question dans la deuxième partie du roman ou encore le yobai, qui est le mariage par « intrusion nocturne ». Tant de choses que j’ignorais et qui apparaissent avec fluidité tout au long du texte.

« Les sommets émergeaient des torsades de valeur nées du contact de la rosée matinale avec le sol attiédi par le réseau souterrain des eaux chaudes qu’on entendait gargouiller sous la terre. »

Enfin, c’est également un puissant roman d’amour. Dit comme ça, c’est étrange, puisque Katsuro n’est plus de ce monde dès le début du roman, mais en réalité, il accompagne sa femme à chaque instant durant le périple de celle-ci. Elle se souvient en effet des descriptions de certains endroits que lui avait faites Katsuro, elle passe par des endroits où il était passé autrefois, elle semble encore connectée à son mari, même d’un point de vue charnel puisqu’elle fait des rêves érotiques dans lequel son mari est présent. La mort ne semble pas les avoir séparés, et dans ce roman des sens (l’odorat et le toucher principalement), leur relation est bel et bien au centre.

« Le regard de Katsuro fendait comme une lame la profondeur des eaux, il voyait à travers le limon, il pressentait ce qu’il y avait dessous les pierres, il les retournait par la pensée pour débusquer la carpe qu’il désirait, et c’était bien celle qu’il attrapait, oui, celle-là et pas une autre. »

Un très beau roman qui nous montre un aspect du Japon qu’on ne lit pas souvent. À travers le périple de l’héroïne, on en apprend beaucoup sur ce Japon de la fin de l’Époque de Heian, en même temps que Mizuki elle-même, qui semble découvrir le monde en dehors de son village. 

Ma note :
7

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