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Les Mémoires d’un chat d’Hiro Arikawa

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Un article félin aujourd’hui ! Entrez dans Les mémoires d’un chat, un roman plein de tendresse d’Hiro Arikawa qui vient de paraître en France !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 juin 2017
Publié au Japon le : 15 novembre 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

Dans ce roman, on rencontre Satoru Miyawaki, mais surtout son chat, Nana. De la première fois où Satoru s’occupera de lui, jusqu’à aujourd’hui, cinq ans plus tard, où Satoru doit se séparer de son fidèle compagnon pour des raisons que l’on découvrira au fil du roman. Ils vont ainsi partir en voyage ensemble, pour s’arrêter chez des amis de Satoru qui ont compté dans sa vie, en espérant que l’un d’entre eux accepte de s’occuper de Nana, ce chat terriblement attachant.

 « Ce préjugé humain selon lequel les chats ne comprennent pas votre langage est tout simplement idiot. »

C’est donc un roman sur la relation entre un chat et son propriétaire. Mais je dirais que c’est avant tout un roman sur l’amitié. On va en effet découvrir les amis de Satoru qui ont tous compté à un moment de sa vie, Kôsuke, avec qui il avait adopté un chat lorsqu’ils étaient enfants, Yoshimine, un élève arrivé en cours d’année avec qui il s’était immédiatement lié d’amitié, ou encore Sugi et Chikako, avec qui il était au lycée. Toutes ces rencontres se font dans le cadre de ce beau voyage pour trouver un nouveau propriétaire à Nana, voyage qui leur permettra de créer de nouveaux souvenirs ensemble.

« Combien de paysages existent en ce monde qu’un chat ne verra jamais ? »

J’ai commencé ce roman sans avoir trop d’attentes. L’écriture est plutôt simple, le ton est parfois drôle, notamment quand le chat devient narrateur, c’est plaisant à lire. Je l’ai d’ailleurs pris un peu trop à la légère. Parce que ce roman m’a beaucoup touché, peut-être justement car je ne m’y attendais pas. À partir d’un certain moment, le ton devient tendre et extrêmement touchant, et un passage m’a beaucoup ému, jusqu’à me procurer des frissons dans tout le corps alors que j’étais en train de lire dans un train bondé à Tokyo. Et j’ai été marqué par la relation entre Satoru et ses amis, mais aussi par celle entre lui et son chat qui ne peut clairement pas nous laisser indifférents.

Un roman qui m’a beaucoup surpris puisque je ne m’attendais pas à ce qu’il me touche autant. On part en voyage avec Satoru et Nana, dans ce Monospace dans lequel nous aussi, nous pouvons nous sentir comme chez nous. Un grand et fort moment de lecture qui m’a marqué.
Ma note :

La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto

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Dans ce nouvel article, je vais vous présenter un roman bien plaisant que j’ai découvert par hasard et que je ne regrette pas d’avoir lu. Voici La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 6 mai 2005
Publié au Japon en : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 16,20€

Dans ce roman, un homme d’une quarantaine d’années va évoquer des souvenirs de son enfance, et surtout de son grand-père, qui est réapparu devant la porte de la maison où il vivait avec sa mère. Ce grand-père, surnommé Tête-de-mule par toute la famille, parle peu, mais le garçon, alors âgé d’une dizaine d’années va apprendre des choses sur lui petit à petit, notamment grâce à son oncle, et va vouloir en découvrir plus sur ce mystérieux personnage qui semble le fasciner.

« Les nuages s’écartèrent en laissant apparaître lentement le disque gigantesque de la pleine lune. À cette vue, ma bouche s’ouvrit tout grande et le goût sucré et glacé du clair de lune s’épanouit sur ma langue. »

C’est un court roman, mais qui parvient avec brio à décrire ce moment particulier dans la vie du narrateur, moment où un mystérieux homme, son grand-père, vient vivre chez eux et bouleverse le quotidien que ce petit garçon entretenait avec sa mère. Ce qui est fort à mon sens dans ce roman, c’est qu’à l’époque du récit, il y a des scènes et des bribes de conversation que le jeune garçon perçoit, mais sans pour autant les comprendre. Et en écho à celles-ci, le narrateur, une trentaine d’années plus tard, nous explique ce qui réellement se passait mais qui était dans le monde des adultes à l’époque inaccessible pour lui.

Un roman japonais comme je les aime, centré sur les liens familiaux et les souvenirs d’un homme qui lui permettent de faire revivre les personnages qui ont compté pour lui et qui l’ont marqué à tout jamais.

Ma note :

Comme une feuille de thé à Shikoku de Marie-Édith Laval

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un témoignage fort écrit par Marie-Édith Laval qui a fait le Pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples entièrement à pied. Voici Comme une feuille de thé à Shikoku.

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié le : 15 juin 2016
Sorti en grand format le : 13 mai 2015
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

On suit donc notre pèlerine sur l’île de Shikoku, qui va parcourir ce fameux chemin sacré qui va lui faire découvrir 88 temples situés dans quatre préfectures différentes. Marie-Édith va y aller sans à priori, sans avoir fait de recherche sur le Japon – mais elle a une expérience des pèlerinages, puisqu’elle a notamment fait celui de Compostelle. On va donc la suivre, elle qui, malgré la difficulté du chemin et la chaleur écrasante de l’été va toujours rester positive et voir la beauté partout sur ce chemin, qui est avant tout un voyage intérieur.

« J’évite de peu plusieurs chutes, tellement le sol est détrempé et glissant. Mon visage ruisselle de larmes et de pluie. Mon corps se ploie et souffre dans sa chair. Chaque  pas me coûte. J’accuse le coup. Nulle esquive n’est envisageable, nulle feinte n’est possible, nulle porte de sortie. »

On prend plaisir à la suivre dans cette épreuve, à la voir découvrir le Japon, sa culture et surtout ses habitants qui n’hésiteront pas à lui donner des osettai, ces cadeaux très utiles qu’ils donnent pour encourager les pèlerins, que ce soit une bouteille de thé frais, à manger ou encore un parapluie. Malgré la barrière de la langue, on voit bien à quel point les Japonais sont un peuple généreux et notre pèlerine va le découvrir à travers ces rencontres marquantes.

« Comme une feuille de thé, j’ai progressivement infusé sur ce chemin du bout du monde. Je me suis immergée dans la réalité de cette terre bordée d’eau et m’en suis laissé imprégner. »

De plus, on apprend beaucoup de choses sur ce pèlerinage consacré au moine Kûkai, sur les accessoires du pèlerins, le rite à suivre à chaque temple, et c’est un réel plaisir de lire l’émerveillement, mais aussi la philosophie, l’admiration et le respect incroyables qu’éprouve l’auteure de ce livre tout au long de ce chemin spirituel. Et pour ceux que cela aura motivé, il y a en fin de livre un annexe avec toutes les informations utiles si vous souhaitez vous aussi faire ce pèlerinage. Un ouvrage à la fois spirituel et pratique !

« Je suis partie découvrir une île, je ne savais pas que j’allais rencontrer un continent intérieur bien plus vaste que la Terre… »

Un témoignage marquant d’une courageuse pèlerine qui, au fil des semaines, a pu découvrir un Japon merveilleux à travers son paysage, sa culture et ses habitants, mais qui a, surtout, réalisé un chemin intérieur qui l’a profondément et durablement changée.

Ma note :

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima

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Aujourd’hui, je vous présente un excellent recueil de nouvelles d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog : voici l’Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima.

Éditeur : Allia
Publié le : 18 février 2010
Publié au Japon en : 1942
Nombre de pages : 96
Prix : 9,20€

Ce recueil de nouvelles est vraiment superbe. Je l’ai adoré du début à la fin. Les nouvelles sont très courtes (huit nouvelles en une centaine de pages), mais malgré ça, l’auteur parvient très rapidement à nous faire entrer dans son univers qui est pourtant très particulier. On a du fantastique, du surnaturel, mais le tout est si bien écrit et si pertinent que j’ai cru à toutes ces histoires et je n’ai eu aucun de mal à me les représenter. Je ne vais pas vous parler de toutes les nouvelles, mais j’en ai sélectionné deux qui font partie de mes préférées.

« Riez du pauvre homme devenu tigre pour n’avoir point réussi à devenir poète. »

La première nouvelle dont je vais vous parler est celle de l’Histoire du poète changé en tigre, qui donne son nom au recueil. Le titre dévoile l’intrigue : un homme qui veut devenir poète va se changer en tigre, un peu comme dans La Métamorphose de Kafka, ce dernier ayant inspiré Atsushi Nakajima. Mais ici, chaque jour, ce poète va avoir des moments où il redeviendra intellectuellement humain, où il pourra réfléchir et s’exprimer comme n’importe qui. Dans ces moments-là, il va avoir peur de perdre son cœur d’homme à tout jamais et d’oublier qu’avant, il a été un homme. Et c’est une réflexion vraiment intéressante et qui rend cette nouvelle forte. Il va aussi regretter de n’avoir pas pu publier de poèmes et va essayer de trouver un moyen de le faire avant qu’il ne soit trop tard. Pour lui, être un homme c’est en quelque sorte être poète, et il ne va pas lâcher son rêve dans cette nouvelle très plaisante à lire.

« Une chose qui n’a pas été écrite est une chose qui n’a pas été. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler, qui est également la deuxième du recueil, s’intitule Le fléau des lettres. Ici, un homme va tenter de partir à la recherche d’un mystérieux « démon de l’écrit ». Il a en effet remarqué que les personnes qui ont appris à lire ont commencé à éprouver des effets secondaires : baisse de la vue, maladies, les guerriers deviennent peureux, les chasseurs ne touchent plus leurs cibles… L’écriture et la lecture affaibliraient donc l’esprit, comme la peau des hommes affaiblie depuis l’invention des vêtements, et c’est une assomption que j’ai trouvée très originale et qui est très bien développée. On a une réflexion sur l’écriture et sur l’existence de ce fameux démon de l’écriture… On plonge aisément dans cet univers et on est tenu en haleine jusqu’à la fin, qui est d’ailleurs très amusante. Un petit régal.

« Accepter sans broncher ce qui nous est imposé, vivre sans connaître les raisons, tel est notre destin, le destin des vivants. »

Je crois que jamais je n’ai autant apprécié des nouvelles aussi courtes, l’auteur a un réel talent pour nous faire découvrir son univers très spécial, et c’est un réel plaisir à lire. J’ai maintenant hâte de découvrir d’autres textes de cet auteur.

Ma note :

Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger

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Aujourd’hui, je vous présente un thriller d’un auteur breton qui se déroule entièrement au Japon : voici Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger.

Edition lue :
Éditeur : Éditions du 38
Publié le : 2 février 2016
Nombre de pages : 334
Prix : 20€ / 2,49€ en numérique

On suit ici Gutxi, un ancien terroriste basque qui revient au Japon 20 ans après son exil forcé. Il est aujourd’hui malade et n’a plus que quelques mois à vivre. Il décide donc de finir ses jours dans ce pays où il a côtoyé les yakuzas, la mafia japonaise, mais aussi où il est tombé amoureux de Tamae. Il va ainsi découvrir qu’il a un fils et va devoir partir à sa recherche, quitte à se trouver à nouveau en contact avec des gens peu recommandables.

« Être yakuza est une profession de foi. Bien plus que l’argent, compte la transmission des traditions et de l’éthique. Je me suis toujours battu pour ça : le respect, l’obéissance, le soutien aux faibles, l’esprit de groupe. La population nous voit comme de simples malfrats, mais nous sommes autre chose que ce cliché éculé. »

Le prologue donne le ton : on y découvre Shugo, qui, on l’apprendra plus tard, est le fils de Gutxi qu’il va rechercher durant tout le roman, en plein yubitsume, cérémonie du pardon qui lui coûtera un auriculaire. On est en immersion dans le milieu des yakuzas tout au long du roman, et on suit un Gutxi submergé par ses souvenirs avec Tamae, qui ne va pas longtemps hésiter avant de se remettre en contact avec le milieu pour retrouver son fils.

« La société japonaise ne tient que grâce à ces soupapes de sécurité : le jeu, le sexe et l’alcool. Sans ces exutoires, le Japon exploserait sous le poids de sa soumission héréditaire. »

C’est un thriller qui prend son temps, parfois un peu long, mais on en apprend beaucoup sur ce milieu que je connaissais peu au final, ainsi que sur d’autres sujets, comme les Aïnous, ce peuple aborigène du Nord du Japon. On va découvrir avec Gutxi l’horreur de certaines activités de ces yakuzas, en le suivant également ouvrir peu à peu son cœur à son médecin, une femme qui va tout faire pour essayer de le sauver, dans tous les sens du terme.

« La carpe géante vivant sous Tokyo s’était réveillée et manifestait sa colère contre les hommes qui ne l’honoraient pas comme elle le souhaitait. »

Un roman qui nous plonge dans l’atmosphère particulière du Tokyo des yakuzas, sans nous épargner certaines de leurs activités difficiles à lire. Un bon moment de lecture qui nous donne vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire.

Ma note :

Une affaire personnelle de Kenzaburô Ôé

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Je n’ai pas encore parlé sur ce blog de Kenzaburô Ôé, Prix Nobel de Littérature en 1994, qui est pourtant un très grand écrivain dont j’ai pu lire plusieurs œuvres. Je vais donc tenter de réparer cela aujourd’hui avec Une affaire personnelle.

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 3 octobre 2016
Publié en grand format en : 1994
Publié au Japon en : 1965
Nombre de pages : 224
Prix : 7,20€

Dans ce roman (traduit de l’anglais suite à une demande de l’auteur), on découvre Bird. Il est professeur dans une école de bachotage, et rêve de partir explorer l’Afrique. Mais au début de ce roman, Bird est sur le point de devenir père. Le bébé arrive, mais il est atteint d’une hernie cérébrale et a une grosse excroissance sur la tête. Le directeur de la clinique l’appelle « la chose », Bird le voit comme « un monstre ». Et le roman va se dérouler durant les trois jours qui ont suivi la naissance de cet enfant. Bird va vivre dans un monde à part, va chercher refuge chez une ancienne amie, va attendre la mort de l’enfant qui ne semble être qu’une question d’heures. Mais c’est sans compter sur la volonté de vivre de ce bébé handicapé rejeté par tous.

« Si le bébé s’affaiblissait avant qu’on pût l’opérer, cela signifierait : plus de soucis et pas besoin de se salir les mains avec un meurtre. »

Ce roman est dur. Il nous révèle la face sombre de l’homme, lorsque celui-ci est confronté à une situation face à laquelle il ne sait pas comment réagir. Bird ne vit plus tout au long de ce roman, il est totalement imperméable au monde extérieur et il est incroyablement seul. Sa femme ne sait pas ce qui est arrivé au bébé qui va être transporté de la clinique jusqu’à un hôpital. Bird va se confier à Himiko, cette femme qui va dépasser le stade de la simple amitié, en essayant de se déculpabiliser de ses pensées. Il ne peut clairement pas assumer ce « monstre » qui ne pourra très vraisemblablement jamais vivre une vie normale. Il attend et espère que le bébé meure pour ne pas avoir à le tuer lui-même.

« Je ne suis ni assez diabolique pour étrangler ce bébé de mes mains ni assez angélique pour mobiliser une armée de médecins et les supplier de sauver la vie d’un enfant condamné à être un monstre… »

On est totalement pris dans l’errance à la fois physique et mentale de cet homme, et Kenzaburô Ôé ne nous épargne rien de ses réflexions les plus obscures. Et lorsqu’on sait que le fils de Kenzaburô Ôé lui-même est handicapé mental, et que les médecins ont tenté de le convaincre lui et sa femme de laisser leur fils mourir, on prend conscience de la difficulté et de l’honnêteté qu’a dû rencontrer ce grand écrivain pour écrire ce premier roman sur ce sujet.

« Donner un nom au petit monstre, ce serait le rendre plus humain, reconnaître son existence en tant qu’être humain, faire de sa mort une chose moins anonyme. »

Un roman poignant sur un père face au handicap de son fils. Une réflexion permanente sur la responsabilité qu’a un père et sur le courage dont il va devoir faire preuve – s’il en est capable – qui mène à une décision finale qui va bouleverser sa vie entière.

Ma note :

 

Le troisième sumo de Marie Havard

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Je vais aujourd’hui vous parler d’une jolie nouvelle d’une auteure française : préparez-vous à rencontrer Le troisième sumo de Marie Havard.

Edition lue :
Auto-édition
Publié le : 1er avril 2017
Nombre de pages : 52
Prix : 0,99€ en numérique / 3,50€ en format papier

 Dans cette nouvelle, on suit Hataro, qui a toujours été fasciné par les sumos. Il rencontra un premier sumo à l’âge de 6 ans et lui posera beaucoup de questions, très intrigué. Il ira le voir combattre et va souhaiter devenir comme ces « demi-dieux ». Malheureusement, il se rendra compte que tout le monde ne peut pas devenir sumo et va donc reprendre l’entreprise de son père qui fabrique des fundoshi, les sous-vêtements traditionnels japonais. Et c’est lors d’un voyage d’affaires qu’il va rencontrer un deuxième sumo dans une situation pour le moins cocasse. Celui-ci va changer sa vie, mais ne sera pas le dernier qu’il va rencontrer… d’où le nom de la nouvelle.

« Hataro avait donc déjà eu la chance de croiser deux sumos dans sa vie. C’était très peu finalement, mais assez exceptionnel à chaque fois pour en faire un moment clé de son existence. Il savait qu’il était destiné à en voir un troisième. Alors il pourrait dire qu’il avait bien vécu. »

J’ai passé un excellent moment de lecture avec cette nouvelle. Elle est très bien écrite et elle contient de nombreux passages intéressants. Cet attrait pour les sumos est prenant, on en apprend un peu plus sur eux, mais aussi sur les fundoshi et sur l’ascension du Mont Fuji, qui est certainement mon passage préféré. La fin est également inattendue et a une forte symbolique qui sublime le tout. On prend vraiment plaisir à être pris dans cette atmosphère nippone remplie de beauté, de joie et de bonne humeur.

« Une légende disait que ceux qui avaient quitté ce monde gravissaient des montagnes afin de devenir des dieux au sommet, et de pouvoir sous cette forme, protéger le reste de leur famille. Ainsi, le Fuji, la plus haute cime du Japon, était la plus vénérable des demeures des dieux. »

Une nouvelle sur l’univers des sumotoris et la fascination qu’ils exercent sur un homme durant toute sa vie. Un réel plaisir de lecture !

Ma note :

Tony Takitani d’Haruki Murakami

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Aujourd’hui, il sera question d’une nouvelle d’Haruki Murakami présente dans la version originale du recueil Saules aveugles, femmes endormies mais pas dans la version française. Tony Takitani est en effet une nouvelle sortie plus tard, dans un fascicule lors de la sortie du film inspiré de celle-ci. Partons à sa rencontre.

tony-takitani-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : Belfond
Publié en : 2006
Publié au Japon en : 1990
Nombre de pages : 53
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle, on va suivre la vie de Tony Takitani, à partir de sa naissance (et même d’avant celle-ci grâce à une partie de la vie de son père, musicien de jazz). On découvre, un enfant, un adolescent, un jeune homme, puis un homme, toujours indépendant et qui a peur de la solitude. Il a dû s’occuper de lui-même dès l’école primaire, son père étant rarement présent et sa mère décédée juste après sa naissance, et a construit sa vie de cette façon. Il va, un jour, rencontrer l’amour. Cette femme, accro au shopping, va le rendre heureux et il va se demander régulièrement au début de leur relation ce qu’il se passerait si elle le quittait, ne souhaitant pas se retrouver à nouveau seul. Mais il va comprendre que c’est du sérieux et simplement vivre  heureux avec elle. Mais la vie peut parfois être cruelle…

« Il ne comprenait pas très bien ce qui le touchait tant chez cette fille. Et même s’il l’avait su, il aurait été incapable de le formuler. »

C’est une nouvelle qui se lit toute seule. On a plaisir à suivre la vie de Tony Takitani et de découvrir ce qui va lui arriver. On découvre en fait que la solitude a une place bien trop importante dans la vie de Tony. On nous le présente comme quelqu’un qui y est habitué, qui s’est renfermé sur lui dès son plus jeune âge, et qui accepte donc de vivre de cette façon, mais on comprend vraiment à quel point cela l’a peiné lorsqu’il rencontre enfin quelqu’un avec qui partager sa vie. Et c’est assez touchant. Par contre, la nouvelle se termine un peu abruptement, alors que j’étais prêt à en lire plus sur la suite de sa vie, je suis donc resté sur ma faim…

« Sur cette fille, les vêtements acquéraient un naturel et une fluidité qui évoquaient l’atmosphère subtile enveloppant l’oiseau prêt à s’envoler vers de lointains horizons. »

Une nouvelle fluide et touchante sur la vie d’un homme confronté à la solitude pour la plus grande partie de sa vie, jusqu’à ce qu’une femme vienne lui montrer le chemin de l’amour et de la vie à deux.

Ma note :
7

Fille de joie de Kiyoko Murata

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Kiyoko Murata est une auteure dont je n’ai pas encore parlé sur le blog. Je répare cela aujourd’hui avec son dernier roman paru en France : Fille de joie.


Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 avril 2017
Publié au Japon le : 1er avril 2013
Nombre de pages : 272
Prix : 21,80€

On est en 1903. Ichi, quinze ans, va devenir Kojika. Elle a en effet été vendue par ses parents pauvres à une maison close. Dès le premier jour, les nouvelles arrivantes sont « examinées » et vont devoir se soumettre aux règles strictes qui règnent dans ce genre d’endroits, sous la tutelle d’une oiran (prostituée de haut-rang). Ichi va donc devoir se débarrasser de son patois et devenir rapidement une femme pour rembourser sa dette grâce à des clients. Elle a pourtant un caractère bien particulier et un mode de pensée bien à elle qui vont la faire grandir dans ce monde des plaisirs qui peut parfois s’avérer très difficile…

« L’ambition de Hajima Mohei était de former des prostituées de classe supérieure, capables de conduire leurs clients au septième ciel grâce à leurs techniques secrètes et de les charmer, hors du lit, par leurs talents dans tous les domaines, de la lecture à la cérémonie du thé en lassant par la poésie et la danse. »

Je n’avais jamais lu un roman sur ce sujet et j’ai beaucoup aimé la façon dont le sujet est traité ici. On apprend beaucoup de choses. On suit Ichi au quotidien, mais ce que j’ai aimé, c’est qu’au détour d’une ligne, l’auteure ne nous épargne rien. Elle évoque des choses qui se passent dans ce monde-là, sans insister dessus, mais plutôt en arrière-plan, comme si c’était des choses normales dans ce milieu, auxquelles il fallait s’habituer : elle nous parle de la rivière dans laquelle les filles se suicident parfois, des jeunes filles qui meurent après s’être épuisées à la tâche pour rembourser rapidement leurs dettes, des meurtres passionnels, d’avortement ou de la grossesse perçue comme une maladie, des maladies sexuelles… Tout ça fait partie du décor et on est là, au milieu de tout ça, on apprend et on découvre ces éléments en même temps qu’Ichi, en se disant que, même si elle n’est pas tombée dans le pire établissement du quartier, cette vie est clairement rude. Un autre élément que j’ai apprécié, c’est qu’Ichi n’est jamais appelée par son nom de prostituée, Kojika, dans la narration. On entend ce nom que lorsqu’elle est appelée par le personnel de la maison close, mais sinon, pour nous, elle reste Ichi, cette adolescente venue d’une île du sud avant tout.

« Selon le patron, sa bouche du bas est de classe supérieure, mais on ne peut pas en dire autant de sa bouche du haut. »

Et dans ce roman, le rôle de l’éducation est essentiel. En effet, la loi oblige ces établissements à fournir une éducation à ces jeunes filles qui n’en avaient reçu aucune avant d’arriver là. Ichi profite de cela et l’école est très importante pour elle : elle y écrit son journal, d’une écriture d’abord maladroite, mais qui s’affine au fil du temps. On peut, tout comme la maîtresse qui est une ancienne prostituée, lire son journal et son écriture est simple, mais belle et imagée. La façon de penser d’Ichi est très intelligente et sa plume a la beauté d’un haiku. Son journal ne représente que des petits passages du roman, mais il est, je trouve, essentiel et donne une texture bien particulière à ce roman. Alors que l’école est faite pour apprendre à écrire des lettres à leurs clients et pouvoir calculer leurs dettes pour s’assurer que les tenanciers ne les arnaquent pas, Ichi, elle, se concentre principalement sur l’écriture de son journal dans cette école, « l’endroit où elle se sentait le mieux. » Et c’est grâce à l’éducation que les filles vont également pouvoir prendre conscience de leur condition et, peut-être, aspirer à un changement.

Un roman très instructif sur les quartiers de plaisirs et les filles de joie. On découvre à quoi ressemblait la vie de ces jeunes filles qui débarquent dans une maison close et tout ce à quoi elles pouvaient être confrontées. Une immersion dans un monde que l’on connaît peu au final et qui, grâce au regard à la fois naïf et malin d’Ichi, prend une saveur toute particulière.

Ma note :
8

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