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Archives de Tag: 11 mars 2011

L’Enfant du Tsunami d’Eva Kopp

Publié le

Après un excellent recueil de nouvelles dont j’ai parlé ici sur le blog, je vous présente aujourd’hui le premier roman d’Eva Kopp : L’Enfant du Tsunami.

Edition lue :
Éditeur : Pierre Philippe
Publié le :2 juin 2018
Nombre de pages : 175
Prix : 18,00€ / 3,99€ en numérique

Dans ce roman, on commence par faire la connaissance de Junko un 11 mars 2011. D’autres personnages vont suivre et tous ont vu leur vie changer après le séisme, le tsunami et la catastrophe de Fukushima. On rencontre donc Achille et Maïwen, un couple parisien qui va recueillir leur neveu dont les parents sont décédés lors de ce drame, ou encore un champion de patinage artistique qui y a survécu ou un pompier qui a secouru des personnes à cette occasion. On suit le destin de ces personnages en observant l’évolution de la situation, de ceux qui sont restés à Fukushima, des employés de Tepco qui sacrifient leur vie, de ceux qui s’en sont éloignés même si cela ne reste qu’un éloignement géographique…

« La cloche sonne. La vague arrive. La cloche sonne. La vague est proche. La cloche sonne. La vague dévore le port d’Ōtsuchi. La cloche sonne. »

Ce roman ne m’a pas laissé indifférent. Il est plaisant à lire, écrit d’une plume qui convient parfaitement à la situation. J’ai beaucoup aimé le principe des personnages qui, bien qu’ils mènent des vies très différentes, sont tous connectés par ce terrible événement. On voit également comment les choses évoluent au fil des jours, des semaines, des mois, et des années, sans qu’aucun détail ne nous soit épargné, sans filtre. Gros coup de coeur pour la fin également qui est très touchante, même si l’on n’a pas envie que cela s’arrête et que l’on souhaite continuer à suivre la vie de ces personnages que l’on a appris à connaître.

« J’ai l’impression qu’avant, nous étions insouciants, mais nous ne le savions pas. »

Un roman qui nous fait vivre cette catastrophe qui a bouleversé tout un pays. On suit des personnages qui tentent de reprendre leur vie là où les vagues l’ont laissé, des personnages qui ne seront plus jamais les mêmes. 

Ma note :

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Radio Imagination de Seikô Itô

Publié le

Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous présenter un roman décrit comme majeur dans la littérature post-séisme et tsunami du 11 mars 2011. Branchons-nous tous sur Radio Imagination de Seikô Itô !

radio-imagination-seiko-ito
Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 2 novembre 2016
Publié au Japon le : 2 mars 2013
Nombre de pages : 192
Prix : 21,00€

Ce roman nous introduit le personnage de DJ Ark, qui présente son émission de radio intitulée Radio Imagination. Pourquoi s’appelle-t-elle comme ça ? Et bien tout simplement, parce qu’elle n’existe que dans l’imagination des gens. Au moment où l’on lit et écoute son émission de radio, DJ Ark est perché au sommet d’un cyprès du Japon. Il s’est retrouvé là à cause du tsunami qui a ravagé sa région et qui l’a accroché tout en haut de cet arbre, face vers le ciel. Et à partir de là, ne sachant pas tout de suite ce qui lui est arrivé, ne sachant même pas s’il est vivant, il va animer son émission de radio et recevoir des retours des auditeurs.

« Bonsoir.
Ou bon matin.
Ou peut-être bonjour.
Vous écoutez Radio Imagination.
Si l’entrée en matière est quelque peu imprécise, cela est dû au fait que cette émission est diffusée exclusivement dans votre Imagination.
»

L’émission de radio est entrecoupée de personnages qui ont entendu parler de l’histoire de l’homme en haut du cyprès qui diffuse son émission de radio. Certains aimeraient l’entendre, mais ils ne le peuvent pas, celle-ci ne se passe que dans l’imagination de certaines personnes. À partir de là, on a une superbe réflexion sur les vivants et les morts. Notamment sur la voix des morts : faut-il les écouter ? peut-on en parler aux survivants ? est-ce que les morts peuvent exister sans les vivants ? Plusieurs personnages réfléchissent à s’ils aimeraient pouvoir entendre la voix de la personne qu’ils aimaient une fois celle-ci décédée, plusieurs personnages ne croient pas au fait que l’on puisse entendre les morts ou ne veulent pas y croire. Pour cela, les discussions des vivants, leurs échanges, leurs différents points de vue, ce roman est clairement à lire. Mais pas uniquement pour cela.

« Ne faudrait-il pas prendre le temps d’écouter la voix des morts, faire notre deuil dans la tristesse, et en même temps, petit à petit, aller de l’avant ? Avec les morts. »

Mais en plus de cette réflexion particulièrement forte et intéressante, causée par cette terrible catastrophe ainsi que par d’autres passées, comme les bombes à Hiroshima et Nagasaki, le personnage de DJ Ark est vraiment touchant. On suit son émission, on a l’impression au départ, même si on a été prévenu que l’émission ne se déroulait que dans l’imagination des gens, qu’il s’agit d’une vraie émission de radio : il passe des musiques, il reçoit des messages d’auditeurs, des appels. Grâce à ces auditeurs, il comprend petit à petit ce qu’il s’est passé : le séisme, l’alerte tsunami, les vagues rasant tout sur leur passage. On comprend avec lui et on est touché lorsqu’il comprend la catastrophe qui vient de s’abattre sur le Japon. Lorsqu’il pense à son épouse dont il n’a pas de nouvelles, à son fils vivant aux Etats-Unis. Il va raconter des anecdotes sur sa vie, sa jeunesse, sa femme, il va parler, parler et encore parler, tout en écoutant les voix des auditeurs. Parler comme pour combler le terrible silence qui suit cette catastrophe. Il est dans une sorte d’entre-deux monde, en attente de quelque chose, et le sentiment que l’on ressent à la lecture de ce roman est extrêmement fort, jusqu’à la fin.

« J’ai perdu toute mémoire du passé immédiat, j’ai simplement l’impression, mais alors une impression quasi physique, d’avoir flotté au-dessus du sol, après avoir été tiré et bousculé dans tous les sens. »

Un roman à la fois original et bouleversant qui nous apporte d’autres témoignages et une autre approche du séisme et du tsunami qui ont détruit une partie de la côte Pacifique du Tôhoku. Un texte puissant porté par des personnages qui tentent de comprendre ce qui vient de se passer et qui ouvrent une réflexion particulièrement intéressante sur le rapport que l’on entretient avec les personnes décédées des suites d’une catastrophe de ce genre. À lire.

Ma note :
8

Sortie parc, gare d’Ueno de Yû Miri

Publié le

Je vais vous présenter aujourd’hui un roman sorti très récemment (novembre 2015), intitulé Sortie parc, gare d’Ueno (JR上野駅公園口, JR Ueno eki kouen guchi) et écrit par Yû Miri.

Sortie parc, gare d'Ueno - Yû Miri

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2014)
Nombre de pages : 170
Prix : 16,80€

Tout d’abord, lorsque l’on tient le livre entre ses mains, on ne peut que penser « Quel beau livre ! ». En effet, la couverture et ses cerisiers en fleur sont tout simplement magnifiques. Et lorsque l’on commence la lecture, on n’est pas déçu : le texte est tout aussi beau.

Ce roman parle des sans-abris au Japon, et plus particulièrement de l’un d’entre eux. Celui-ci va nous décrire son environnement et ce qu’implique la vie d’un sans-abri au Japon : la perte de leurs amis sans-abris, les « battues » qui les obligent à déguerpir pour la journée lorsqu’un membre de la famille de l’Empereur doit passer devant leur parc ou encore, et c’est là le thème principal de ce roman, l’incessant flot de souvenirs qui naviguent dans leurs esprits.

En effet, dès le départ, le narrateur nous fait comprendre qu’il va être question de sa vie et de tout ce qui l’a mené à devenir un sans-abri.

« Je croyais que la vie était comme un livre, on l’ouvrait à la première page, on passait à la deuxième, on continuait et on arrivait bientôt à la dernière, mais la vie n’a rien à voir avec ce que racontent les livres. Les lettres s’enchaînent, il y a des numéros de page, mais cela n’a ni queue ni tête. Même au-delà de la fin, il n’y a pas de fin. »

Ainsi, le narrateur va nous décrire les principaux éléments de sa vie, à savoir l’éloignement à sa famille à cause de son travail, la mort de sa femme ou encore la mort prématurée de son fils. Celle-ci occupe une place importante dans le roman, et le ressenti du narrateur, son incompréhension et sa douleur face à la mort de son fils, qui n’avait que la vingtaine, est une poésie douloureuse. Le tout peut être résumé dans la citation suivante, que je trouve très touchante :

« Chez nous, on félicite les gens qui viennent d’avoir un fils en leur disant que maintenant ils ont quelqu’un pour porter leur tablette funéraire. On peut se moquer de son fils en le traitant de mauvais porteur de tablette.
J’avais perdu le mien.
C’est moi qui portais sa tablette. »

J’ai été touché durant toute la lecture de ce roman, devant la difficulté de la vie de ce sans-abri, racontée avec une très belle langue. La fin est quant à elle très forte, mêlant à cette histoire le terrible séisme suivi du tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. Une très jolie découverte pour ma part et un très joli livre à avoir dans sa bibliothèque.

Ma note :
8

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