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Archives de Tag: 6 étoiles

La clef de Junichirô Tanizaki

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Il sera aujourd’hui question d’un roman très particulier. Il s’agit de La clef de Junichirô Tanizaki, dont le sous-titre en dit long sur ce qui vous attend : La confession impudique.

la-clef-junichiro-tanizakiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 20 mars 2003
Publié au Japon en : 1956
Nombre de pages : 195
Prix : 7,20€

Dans La clef, on suit un couple mature. Lui a 56 ans, elle 45. Il se fait vieux et se plaint de la libido de sa femme qu’il n’arrive plus à satisfaire. Sa femme est en effet très demandeuse sexuellement et n’hésite pas à épuiser son mari. Ce dernier va découvrir un stimulant comme il n’en avait jamais connu auparavant : la jalousie. Pour cela, il va tenir un journal intime pour que sa femme le lise. Elle va en faire de même. Ils vont donc chacun lire le journal de l’autre, sans pour autant en parler et se l’avouer. De là va commencer une aventure pour le moins perverse…

« Alors que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que notre fille est en âge de se marier à son tour, formons-nous vraiment un couple, nous qui, au lit, nous contentons d’accomplir la chose en silence, sans jamais échanger aucun tendre aveu ? »

Mais voilà, pour se rendre jaloux, il y a besoin d’une troisième personne. Et c’est là que le roman devient tordu à mon sens. En effet, ce couple a une fille qui a un prétendant : un certain Kimura. Mais le vieil homme va se rendre compte que ce Kimura ne convoite pas sa fille, mais plutôt sa femme. Celle-ci semble aussi être attirée par Kimura (plus par lui que par son mari d’ailleurs, qui le dégoûte, lui et ses pratiques fétichistes), et cette jalousie va exciter son mari au plus haut point. Leur fille va même devenir en quelque sorte complice de cette histoire plutôt malsaine.

« Dire que j’ai épousé quelqu’un d’aussi détestable, qui me convient si peu ! Ah ! Si seulement à la place j’avais pu avoir M. Kimura pour mari, ne puis-je m’empêcher de soupirer chaque jour. »

Ce roman pose donc la question des limites : jusqu’où peut-on aller pour faire renaître le désir dans son couple ? À mon avis, ce couple va bien trop loin et cette histoire m’a grandement mis mal à l’aise. Le problème, c’est qu’ils écrivent chacun dans le but d’être lu par l’autre, et non par nous. Je ne voulais pas en savoir autant, je ne voulais pas lire leurs journaux intimes ! Et pourtant, on est là, au milieu, en train de voir ce couple pris dans un tourbillon de jalousie et d’actions qui vont finir par aller trop loin. Même si le roman est intéressant sur un point de vue psychologique et de couple, j’étais bien content quand j’ai pu le refermer, d’autant plus que la dernière partie est ennuyeuse au possible.

« Tout en sachant pertinemment que l’autre nous lirait, nous nous arrangions ainsi, mon mari et moi, pour rendre le parcours tortueux, en érigeant des barrières, en dressant des obstacles, de façon à ne jamais être sûr que l’autre soit parvenu à ses fins. »

Si vous voulez être mal à l’aise, n’hésitez vraiment pas à lire ce roman ! En revanche, si vous ne voulez pas spécialement entrer dans l’intimité d’un couple prêt à tout pour faire évoluer leur désir, ce n’est pas une lecture que je vous conseillerais.

Ma note :
6

Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci

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En ce samedi, je vais vous présenter un roman de la rentrée littéraire 2016, à savoir Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci. C’est parti pour le pliage !

monsieur-origami-jean-marc-ceciEdition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié le : 25 août 2016
Nombre de pages : 168
Prix : 15,00€

Monsieur Origami est un (très) court roman qui nous présente Maître Kurogiku, surnommé Monsieur Origami par les gens qui l’entourent. Kurogiku vit dans une ruine en Italie, après avoir quitté le Japon à l’âge de 20 ans pour retrouver une femme italienne qu’il n’avait qu’aperçue quelques secondes dans son pays. Il fabrique et vend du washi, le papier japonais traditionnel utilisé pour faire de l’origami, la passion de sa vie. Il a aujourd’hui soixante ans et n’a pas retrouvé cette femme, et vit toujours seul en Italie, jusqu’au jour où un jeune homme, Casparo, souhaitant fabriquer une montre complexe, va toquer à sa porte pour lui demander s’il peut loger chez lui.

« L’art de l’origami est un art aux règles simples. L’art de l’origami consiste à prendre une feuille de papier. Puis à la plier. »

Kurogiku va un peu s’ouvrir à Casparo et leurs conversations vont être remplies de silences, d’interrogations plus ou moins philosophiques. Il s’agit d’une lecture apaisante et globalement intéressante, puisque j’ai appris des choses sur la fabrication de ce papier si particulier et sur l’histoire de l’origami. C’est un roman à l’âme japonaise, dans le sens où la méditation a une part importante dans la vie de Kurogiku, qui pratique aussi le zazen, et les conversations des personnages n’en disent pas beaucoup et laissent une grande place à la réflexion. Même si l’esprit japonais est là, je n’ai pas été particulièrement touché par ce roman, bien trop court à mon sens, mais aussi bien trop vide. Je comprends ce que l’auteur a tenté de faire, c’est même plutôt audacieux, mais, même si c’était une lecture plutôt plaisante, j’ai eu l’impression d’être passé à côté de ce roman, moi qui suis pourtant sensible à ce genre d’écritures. Dommage.

« Un jour ou l’autre, je la retrouverai. Dans cette vie ou dans une autre. Je retrouverai la femme qui m’a fait venir ici. »

Un court roman qui tentera de vous faire pénétrer dans une atmosphère japonaise, où le vide et la réflexion qu’il engendrera auront une place plus importante que les phrases en elles-mêmes.

Ma note :
6

La Femme de Villon d’Osamu Dazai

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Il est temps de vous parler aujourd’hui d’une nouvelle d’un grand écrivain japonais que je n’ai pas encore mentionné sur le blog : partons ensemble à la rencontre de La Femme de Villon d’Osamu Dazai.

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Edition lue :
Éditeur : Éditions du Rocher
Publié en : Janvier 2005
Publié au Japon en : Août 1947
Nombre de pages : 65
Prix : 8,70€

Dans cette nouvelle d’une soixantaine de pages, on va rencontrer M. Ôtani, un poète à succès de 30 ans, mais qui est aussi alcoolique. Mais, comme le titre de la nouvelle l’indique, c’est sa femme qui va être au centre de cette histoire. Elle va recevoir un soir la visite d’un couple propriétaire d’un restaurant qui a suivi son mari. Ils réclament l’argent qu’il leur a volé ainsi que toutes les notes qu’il n’a pas payées quand il va boire chez eux. La femme, connaissant très bien son mari, n’est pas surprise et va réfléchir à une façon de pouvoir rembourser ce couple.

« C’est aux alentours de trente ans qu’un homme est le plus impétueux et qu’il supporte le mieux l’alcool, pourtant, à ce point-là, c’est rare. »

J’étais curieux de découvrir cette nouvelle, puisqu’Osamu Dazai m’avait ébloui avec son roman La Déchéance d’un homme. C’était une lecture plutôt plaisante, surtout grâce à la personnalité de cette femme, qui n’a que vingt-six ans et qui rend la nouvelle intéressante. Même si la nouvelle n’est pas mémorable, la vie de cette femme, et ses choix, malgré un mari qui ne la mérite pas, vont la rendre sympathique et la rendre aussi active, ce qui vaut le coup d’être souligné puisque dans la littérature japonaise, surtout à cette époque, la femme est représentée en tant qu’être passif qui doit supporter tout ce que son mari lui inflige. Ceci dit, je pense que cette nouvelle aurait pu être plus développée et devenir un roman. Il est rare que je pense cela des nouvelles, en général, elles sont courtes pour une raison, mais là, j’aurais adoré en découvrir plus sur cette femme et son histoire.

Une nouvelle qui se lit plutôt bien et qui est intéressante grâce à cette jeune femme, qui ne va pas se laisser abattre par le caractère de son mari et qui va trouver une façon à elle de lui venir en aide… ou de trouver le bonheur.

Ma note :
6

Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi

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Ce samedi, je vais vous parler d’Une langue venue d’ailleurs. Il s’agit d’un roman d’Akira Mizubayashi, qu’il a écrit directement en français et dans lequel il nous parle de son apprentissage et surtout de sa relation avec la langue de Molière…

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Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2013 (grand format en 2011)
Nombre de pages : 272
Prix : 7,10€

Ce roman est séparé en trois parties : la première s’intitule Tokyo, lorsque l’auteur nous raconte sa découverte de la langue française et son intérêt grandissant pour celle-ci, la seconde Montpellier, lorsqu’il partira étudier dans cette ville, et la troisième et dernière Paris-Tokyo, sur la fin de ses études et le début de sa vie professionnelle entre ces deux villes. Akira Mizubayashi a 19 ans lorsqu’il découvre le français et va souhaiter apprendre cette langue (qui est bien plus qu’une langue pour lui et qui va tracer un nouveau chemin dans sa vie), en commençant à enregistrer sur un magnétophone des cours de français qui passaient à la radio au Japon et à les écouter en boucle… Il va par la suite avoir une relation particulière avec Rousseau (que l’on va voir apparaître tout au long du roman), mais aussi avec la musique (Mozart notamment), deux domaines qui vont jouer un rôle dans son approche de la langue française.

« Dans le métro et l’autobus, personne n’avait d’écouteurs dans ses oreilles, sauf moi ; je me bourrais de musique française ; j’étais sous perfusion linguistique de façon quasi permanente. »

C’est un roman au départ assez difficile à lire, j’ai mis un peu de temps à entrer dedans, mais plus les pages se tournaient et plus le récit se construisait et on comprenait pourquoi l’auteur avait écrit ce roman. On découvre la place qu’a la langue française dans la vie de ce Japonais qui va aller vivre son rêve à Montpellier, puis à Paris, toujours en étant en perpétuelle immersion avec la langue française, la musique et nos grands écrivains et philosophes. Alors, certes, comme je l’ai précisé plus haut, je n’ai pas été tout de suite pris dans le roman et j’ai mis pas mal de temps à le lire. En fait, je dirais que dans sa globalité, c’est un roman intéressant, mais surtout pour certains passages et certaines anecdotes qui sont plaisantes à lire : par exemple quand il explique qu’au Japon, à la caisse des supermarchés on ne dit pas merci ; je le fais en général, mais je constate que la plupart des Japonais ne le font pas. Ou lorsqu’avec sa femme française, il y a toute la réflexion sur la langue dans laquelle chacun doit parler pour éduquer leur fille (Japonais ? Français ? Chacun sa langue ?) ou même pour parler à leur chienne. Ce sont pour moi ces petits passages, plus anodins, plus ancrés dans le quotidien, et d’un certain côté moins intellectuels que le reste du roman, qui m’ont tout de même fait passer une lecture plaisante.

Un roman qui va en détail dans le parcours étudiant d’Akira Mizubayashi et dans sa relation avec la langue française depuis qu’il l’a découverte. Un texte qui m’a été d’un intérêt variable selon les passages, mais qui est toujours écrit dans une langue parfaitement maîtrisée et littéraire, et ça, c’est si agréable que je ne peux que le souligner !

Ma note :
6

Les attaques de la boulangerie d’Haruki Murakami

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Ce samedi (qui est désormais le jour où sera publié un nouvel article, au lieu du vendredi), c’est Haruki Murakami ! Et je vous parle aujourd’hui de deux nouvelles loufoques comme il aime tant en faire : Les attaques de la boulangerie !

les-attaques-de-la-boulangerie-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : 10/18
Publié le : 7 novembre 2013
Nombre de pages : 72
Prix : 8,40€

Ce joli petit livre contient donc deux nouvelles d’Haruki Murakami : « L’attaque de la boulangerie » a été publiée en 1981 et raconte l’histoire d’un couple qui ressent un jour une énorme faim. Ils vont donc décider d’aller braquer une boulangerie pour avoir non pas l’argent de la caisse-enregistreuse, mais tout simplement du pain. Ils arrivent armés, mais le boulanger ne va pas se laisser faire et va leur proposer un marché : ils doivent écouter Wagner avec lui et après il leur donnera autant de pain qu’ils veulent.

« Il faut dire que nous avions faim. Non, en fait, c’était plutôt comme si nous avions englouti un vide cosmique. »

La seconde nouvelle est sortie quant à elle en 1985 et s’intitule « La seconde attaque de la boulangerie ». L’homme du couple de la nouvelle précédente est désormais marié à une autre femme et une nuit il va ressentir une faim insupportable et il va raconter à sa femme la fois où il a braqué une boulangerie (l’histoire de la première nouvelle donc). Il pense qu’il est sous l’emprise d’une malédiction puisqu’il avait à l’époque obtenu ce pain d’une façon non criminelle, mais via un simple échange (écouter Wagner = du pain gratuit). Sa femme pense que pour conjurer le mauvais sort il va donc devoir attaquer à nouveau une boulangerie…

« C’est ainsi que nous emportâmes des couteaux de cuisine et nous dirigeâmes vers la boulangerie. »

Ce sont deux nouvelles pour le moins étrange ! La première est vraiment très courte et il est difficile de s’en faire un avis. En revanche, grâce à la seconde nouvelle, on obtient une petite histoire à la cohérence relative, mais déjà plus intéressante. On est toujours dans une atmosphère loufoque et avec des personnages aux idées pour le moins surprenantes. Ce n’est pas une lecture qui m’a spécialement plu ou marqué, mais j’ai tout de même apprécié la folie de la femme de la deuxième nouvelle, qui semble étonnement expérimentée quand il s’agit de braquage. Ce livre est, comme pour L’Étrange bibliothèque et Sommeil, illustré par l’artiste allemande Kat Menschik, mais je dois dire que j’ai eu plus de mal avec les illustrations des Attaques de la boulangerie. Le style est plus étrange et elles n’apportent pas grand chose à mon sens… Mais ça reste un bel objet. Un petit exemple d’illustration :

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C’est un petit livre intéressant pour tous ceux qui veulent se plonger dans le côté loufoque d’Haruki Murakami, qui ne lésine pas sur la folie de ses personnages. Ce ne sont pas des nouvelles mémorables, mais elles font passer un moment de lecture pour le moins original.

Ma note :
6

L’île de Tokyo de Natsuo Kirino

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure que j’aime beaucoup. Après avoir lu OUT, Monstrueux et Le vrai monde, j’ai embarqué sur L’île de Tokyo ! Partons avec Natsuo Kirino sur cette île si particulière.

ile-de-tokyo-natsuo-kirinoEdition lue :
Éditeur : Seuil
Publié en : 2013 (édition originale en japonais : 2008)
Nombre de pages : 281
Prix : 22,50€

Dans ce roman, Natsuo Kirino nous emmène donc sur une île déserte sur laquelle se trouvent des naufragés japonais. Trente-et-un hommes de tous âges. Et une femme : Kiyoko, 46 ans. En étant la seule femme de l’île, celle-ci est en quelque sorte la reine de cette société qui tente de se reconstruire. Les hommes vont prendre soin d’elle et la chérir, et, bien qu’elle doive se marier avec un nouvel homme tous les deux ans, Kiyoko doit également assouvir les besoins de ses concitoyens. Ils attendent tous qu’un navire vienne les sauver, mais ils sont déjà là depuis de longs mois… Tout pourrait continuer ainsi, mais l’arrivée de Chinois sur l’île va quelque peu bouleverser leur quotidien.

« Son existence était précieuse, objet de convoitises effrayantes, qu’on ne voulait toutefois pas mettre en danger. »

Les Chinois vont très vite mieux se débrouiller que les Japonais. Ils vont mieux organiser leur survie, ils vont mieux s’occuper de la nourriture, se construire ce dont ils ont besoin. Et un jour, ils vont construire un radeau et demander à Kiyoko de venir avec eux. Kiyoko ne va pas hésiter et va vouloir retrouver la terre ferme. Malheureusement, cela ne va pas se passer comme prévu et ils vont atterrir à nouveau sur l’île de Tokyo. Mais à leur retour, les choses ont changé. Les Japonais, et notamment son mari du moment, n’ont pas apprécié que Kiyoko les trahisse et s’en aille avec les Chinois et ne vont plus vraiment la respecter. Kiyoko, d’abord dépitée, va ensuite tenter de trouver un autre moyen de redevenir le centre de cette île et de ses habitants. Et elle a en elle un élément qui va pouvoir l’aider dans sa misson.

« Six coquillages avaient été déposés sur le sol. Les participants devaient les ouvrir, du plus âgé au plus jeune : celui qui trouvait une inscription à l’intérieur était désigné comme nouveau mari. »

J’ai un avis très mitigé sur ce roman. Je dois dire que Natsuo Kirino m’a déçu. Autant j’avais adoré les romans que j’avais pu lire d’elle, autant là, durant toute la première moitié du livre, j’étais dans l’incompréhension. En effet, le sujet de base est intéressant, mais on se perd et on s’ennuie royalement. On nous décrit la vie sur l’île, le pouvoir qu’a Kiyoko, et aussi certains personnages dont on ne comprend pas trop pourquoi elle nous en parle. C’est de l’ennui total. J’ai failli refermer le livre après une centaine de pages, mais j’ai pourtant persisté. Et ce n’était finalement pas une si mauvaise idée que ça.

« Peut-être devrait-elle essayer de trouver d’autres raisons d’exister sur cette île que le sexe ? »

En effet, à partir de la moitié, le roman prend une tournure très intéressante. J’ai eu l’envie de tourner les pages, de connaître la suite. Le récit est très bien construit (un peu tardivement, certes), puisqu’on revient dans le passé, on suit des personnages qui ne nous semblaient pas intéressants au premier abord, on navigue entre le moment présent, leur arrivée sur l’île et tous les événements qui les ont conduit jusqu’ici. Les histoires se croisent et le sort et la psychologie des personnages prennent enfin une tournure qui donnent envie de lire, d’en apprendre plus sur eux, et ça c’est très plaisant ! L’évolution des personnages de Kiyoko et de Watanabe notamment est bien développée, et le développement de leur société suite à l’arrivée d’un autre peuple est aussi très bien construit. Voilà une bonne raison de ne pas lâcher le roman malgré un début déplaisant.

Un roman de Natsuo Kirino très différent des précédents parus en France. Le début m’a malheureusement ennuyé, ce qui est rare avec cette auteure, mais la seconde moitié du roman relève le niveau et devient intéressante, si intéressante que j’ai voulu enchaîner les chapitres. Un avis mitigé sur ce roman, mais grâce à une fin plus que réussie, je reste sur une note positive !

Ma note :
6

Pluie noire de Masuji Ibuse

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Aujourd’hui, un sujet délicat abordé dans un roman particulièrement difficile : le bombardement atomique du Japon et ses conséquences, raconté par Masuji Ibuse, dans son roman le plus connu, Pluie noire (黒い雨, Kuroi ame).

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Edition lue :

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2004 (1ère édition : 1972)
Édition originale en japonais : 1966
Nombre de pages : 382
Prix : 8,50€

L’histoire de Pluie noire se déroule à proximité de la ville d’Hiroshima, cinq ans après l’explosion de la bombe atomique. On suit Yasuko, jeune fille vivant chez son oncle et sa tante, qui n’arrivent pas à la marier à cause d’une rumeur : Yasuko serait en effet malade, puisqu’elle aurait reçu sur elle la « pluie noire », pluie fortement radioactive tombée quelques temps après la bombe. À partir de là, on va suivre principalement son oncle, Shigematsu, qui entretient un journal depuis le jour de l’explosion. On va donc revivre la chronologie de ce qui est l’un des plus choquants épisodes de l’Histoire du Japon – à travers les écrits de Shigematsu, qui nous relate les effets de la bombe sur lui et sa famille, mais aussi de sa nièce dont il va reprendre le journal pour prouver que celle-ci est en bonne santé et pour faire taire les rumeurs.

L’auteur s’est appuyé sur des documents officiels pour écrire son roman, et ça se sent. Il y a beaucoup de précisions, de descriptions et cela en fait un roman particulièrement difficile à lire. J’ai commencé ce roman quelques jours avant de découvrir Hiroshima pour la première fois, ce qui n’était peut-être pas une bonne chose malgré ce que je croyais. En effet, mon court séjour dans cette ville s’est déroulé dans une atmosphère très pesante, où mon esprit a simplement été saturé par toutes les images et témoignages que j’ai pu voir ou lire. Je ne regrette en rien la visite d’Hiroshima, je pense que c’est à faire un fois dans sa vie, mais après celle-ci j’ai souhaité prendre quelques distances : je n’arrivais plus à lire ce roman. Je l’ai donc mis de côté et repris quelques semaines plus tard. J’ai au total mis près de deux mois pour lire ce roman, moi qui lit en général rapidement.

Je pense que ce roman est un roman de qualité sur le sujet, puisqu’à la fois il nous parle des conséquences directes de ces bombes atomiques, des atrocités qu’elle a faites à ces villes et ces habitants (les explosions en elles-mêmes, les incendies… entre 110 000 et 250 000 victimes directes selon les sources), mais il nous parle aussi de l’après. Des maladies causées par les bombes atomiques, mais également le rejet de ces personnes malades, comme on peut le voir avec le personnage de Yasuko. On suit donc ce qui s’est passé de quelques heures avant les bombes, jusqu’à des années après que celles-ci aient détruit une partie du Japon, en passant par l’incompréhension totale des habitants d’Hiroshima et ses alentours, ne savant pas les spécificités de cette arme nouvelle.

En bref, il s’agit d’un roman fort qui ne pourra pas vous laisser indifférent. J’ai pour ma part eu beaucoup de mal à le lire, d’où ma note moyenne, mais il s’agit pourtant d’un roman que je ne regrette pas d’avoir lu et que je conseille à tous ceux qui n’ont pas peur de se lancer dans une lecture qui les marquera.

Ma note :
6

Le Dernier Jour de Banana Yoshimoto

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Dans ce recueil de sept nouvelles, Banana Yoshimoto nous propose un petit voyage en Amérique du Sud, le plus souvent en Argentine, avec un thème bien précis : celui de la mort, mais aussi, en miroir celui de la vie…

le-dernier-jour-banana-yoshimotoEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2001 (édition originale en japonais : 2000)
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ces sept nouvelles ont donc plusieurs points communs : le décor, à savoir l’Amérique du Sud, mais aussi la narratrice. Bien que celle-ci soit différente dans chaque nouvelle, elle va penser à son passé, à des personnes qui l’ont quittée, à la mort, mais aussi à sa vie présente et future. Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles, mais j’en ai choisi trois que j’ai plutôt appréciées.

« Pourquoi donc y a-t-il toujours dans les cimetières de grands arbres dont les branches touchent presque terre ? Est-ce pour consoler les disparus, ou bien grandissent-ils en aspirant l’énergie des morts ? »

La première nouvelle que je vais évoquer ici est la troisième nouvelle de ce recueil, intitulée Un coup de téléphone. Il s’agit d’ailleurs de ma nouvelle préférée. On suit une femme qui débarque à Buenos Aires pour la première fois de sa vie (comme la plupart des narratrices du recueil), pour son travail. Après un éprouvant voyage, elle rentre à son hôtel et reçoit un coup de téléphone de la femme de Masahiko, son amant, qui lui annonce que ce dernier est décédé. Le lendemain, la narratrice va travailler, mais son esprit est ailleurs : elle repense à la dernière nuit qu’elle a passée avec son amant, elle réalise que personne ne l’accueillera à son retour au Japon et qu’elle aimait vraiment cet homme. J’ai apprécié cette nouvelle parce qu’elle nous réserve quelques surprises, qu’on ressent bien la tristesse de la narratrice, mais qu’il y a cependant un espoir certain. C’est l’une des nouvelles les plus optimistes (si on peut dire ça), les autres étant quelque peu déprimantes. Un petit passage que j’ai bien aimé, après qu’elle ait raccroché le téléphone porteur de la mauvaise nouvelle :

« L’un après l’autre, chaque mot, avec une vibration limpide comme s’il s’écoulait d’une enceinte au son pur, a pénétré à l’intérieur de mon corps par mon tympan et y a résonné avec toute la puissance de sa signification. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler est la quatrième de ce recueil, qui se nomme Les Platanes. Ici, la narratrice de 35 ans est en couple avec un homme de 60 ans. Ce couple visite une ville d’Argentine ensemble et passe de très bons moments. La femme va voyager dans ses souvenirs et revenir sur leur mariage et d’autres beaux épisodes de leur amour. Cette nouvelle évoque encore une fois la mort, mais avec une petite pointe de courage et d’espoir. En effet, alors que la narratrice songe au fait que son mari décèdera très probablement avant elle, elle en vient à ne plus avoir peur de la mort, à se dire que la vie les quittera de toute façon, mais qu’il restera toujours des choses fixes dans la vie, comme le même vent d’automne qui balaiera toujours les feuilles pour l’éternité (ce qui est d’ailleurs la même morale que la première nouvelle).

« Lorsque le cœur est habité par des sentiments différents, les choses qui se reflètent dans le regard n’y ont pas la même teinte. »

Enfin, la troisième nouvelle dont je vais vous parler est toujours dans le même esprit. Il s’agit de la dernière nouvelle du recueil, Par la fenêtre. La grand-mère de la narratrice (décédée bien évidemment, c’est le thème du recueil, ne l’oublions pas) lui avait prédit qu’elle allait mourir un jour précis. Toujours en Argentine, le jour fatidique arrive, mais la jeune femme n’a pas peur de mourir et se dit qu’elle accueillera la mort quand celle-ci viendra. En attendant, elle repense à sa vie, son ancien amant, son mari… Il y a un mini-suspense, on se demande si elle va mourir ou non, mais on se rend également compte qu’elle se voile un peu la face et que la mort l’effraie.

Vous l’aurez compris, la mort est au centre de ces nouvelles. Et même si cela permet aux différents narratrices de se célébrer leur propre vie et d’être heureuses d’être en vie, il n’empêche que ces nouvelles sont plutôt déprimantes. La mort est un thème que j’apprécie en général chez Banana Yoshimoto, surtout lorsqu’elle y mêle un peu de surnaturel, mais cette fois, c’est peut-être un peu trop dans un même recueil, tout comme c’est un peu trop de placer toutes ces narratrices dans un même décor. Il y a néanmoins de beaux passages, mais je n’ai pas retrouvé l’atmosphère que j’ai toujours ressentie en lisant Banana Yoshimoto – cela peut également venir de la traductrice, qui n’est pas la même que les autres œuvres de l’auteure (les autres œuvres ont été traduites par Dominique Palmé et Kyôko Satô et sont magnifiques). En bref, lisez plutôt les autres romans et nouvelles de Banana Yoshimoto, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note :
6

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