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Archives de Tag: 7 étoiles

Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida

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Un livre particulier aujourd’hui, puisque ce n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais plutôt un témoignage d’un jeune autiste de 13 ans qui a voulu que les gens comprenne mieux ce qu’est vraiment l’autisme. Voici Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida. 


Edition lue :
Éditeur :
 J’ai lu
Publié le : 12 avril 2017
Grand format : Septembre 2014
Traduction (de l’anglais) : Daniel Roche
Publié au Japon en : 2007
Nombre de pages : 189
Prix : 6,00€

C’est un livre fait en questions-réponses, dans lequel Naoki Higashida va donc tenter de nous expliquer ce que cela signifie vraiment d’être autiste, ce qu’il vit tous les jours, pour que le regard que nous portons aux personnes atteintes d’autisme puisse changer, ne serait-ce qu’un peu. Les questions sont directes, sans détour : pourquoi les autistes parlent si fort et bizarrement ? Pourquoi répètent-ils la même question ? Aimerais-tu être normal ? Pourquoi sautes-tu ? Tant de questions que peuvent se poser les personnes se trouvant au contact d’autistes, auxquelles il répond simplement, pour tenter de nous faire comprendre tout ce qui se passe dans sa tête.

« La voix d’un autiste, c’est comme la respiration, je crois : elle sort de sa bouche qu’il le veuille ou non. »

J’ai déjà lu des romans avec des personnages autistes, mais c’est la première fois que je lis un livre entièrement consacré à ce sujet, et qui plus est écrit par un jeune garçon atteint d’autisme. Les questions posées franchement permettent d’aller droit au but, et m’ont permis de mieux comprendre tout ce que cela signifie vraiment d’être autiste. En plus, il a inséré dans ces questions-réponses des petites histoires qu’il a écrites lui-même, et une m’a particulièrement marqué : il s’agit de « Je suis ici », sur un petit garçon qui décède après avoir été renversé par une voiture, mais qui ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe. Il va donc rentrer chez lui, comme si de rien n’était, alors qu’il est devenu un esprit, et va tenter de communiquer avec sa mère qui ne le voit pas et qui ne l’entend pas. Et c’est en fait une histoire pour comprendre à quel point il est parfois difficile pour les autistes de communiquer avec leur entourage. C’est fort.

« L’autiste est prisonnier de lui-même et des gens qui l’entourent : tout ce qu’il peut faire, c’est piailler, agiter ses ailes et sautiller dans sa cage. »

Un petit livre que tout le monde devrait lire, pour pouvoir comprendre et changer le regard que l’on peut porter au premier abord aux personnes autistes.

Ma note :

L’Idiote d’Ango Sakaguchi

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Une fois n’est pas coutume, je vais vous présenter aujourd’hui un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur Comaujapon, avec sa nouvelle la plus célèbre. Voici L’Idiote d’Ango Sakaguchi, qui semble bien porter son nom.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Avril 1999
Publié au Japon en : 1946
Nombre de pages : 96
Prix : 5,00€

Ce petit livre contient deux nouvelles. La premières s’intitule donc L’Idiote. Elle se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale et s’ouvre sur la description d’un quartier dont les habitants sont décrits de façon assez pathétique. Entre des histoires d’inceste, de suicide et de grossesse d’un père inconnu, on rencontre également un fou, dont la femme est tout bonnement idiote. Celle-ci va un soir se réfugier dans le placard d’Izawa, un voisin, ne souhaitant plus vivre avec son fou de mari. Izawa va essayer de comprendre cette femme qui ne parle pas et qui ne semble être qu’un corps, alors que la réalité de la guerre va venir frapper à la porte de leur quartier.

« Mais, en quoi les fous étaient-ils différents du commun des mortels ? Si différence il y avait, il fallait la chercher dans cette profonde et immense pudeur qui les caractérisait. Avaient-ils envie de rire ? Eh bien ! Ils s’en donnaient à cœur joie. »

Cette nouvelle est typiquement japonaise. Elle a été écrite en 1946, un an après la fin de la guerre, et c’est sûrement ce qui lui donne aussi cette profondeur. Grâce à l’histoire de cette femme qui va fuir son mari pour rejoindre un homme qu’elle semble apprécier, on perçoit aussi le quotidien de Tokyo lors des incessants bombardements américains dans un quartier populaire. On a de plus une réflexion profonde et intéressante sur la guerre et sur l’incertitude des jours à venir. La seconde nouvelle Je voudrais étreindre la mer m’a un peu moins marqué. C’est la réflexion d’un homme en couple avec une ancienne prostituée devenue frigide, sur le désir, le corps, le bonheur. Celle-ci aura tout de même le mérite de pouvoir nous faire glisser hors du terrible contexte de la guerre de l’Idiote.

« Il avait en face de lui la volonté, la sensibilité de l’idiote, quelque chose qui, de toute façon, n’appartenait pas au monde humain. »

Un recueil marquant pour sa nouvelle éponyme, qui nous fait partir à la rencontre de personnages atypiques et de leur façon d’aborder la vie, ou plutôt la survie, dans un contexte particulièrement difficile.

Ma note :

 

 

 

Hotaru d’Aki Shimazaki

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Une auteure que vous commencez à bien connaître va être le sujet de l’article de cette semaine ! Voici Hotaru d’Aki Shimazaki.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Août 2009
Grand format : Novembre 2004
Nombre de pages : 136
Prix : 6,60€

Hotaru est le cinquième et dernier tome de la pentalogie Le poids des secrets. Alors que pour les précédents, notamment Tsubame et Wasurenagusa, je vous disais qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu les premiers tomes pour lire ceux-là, ici, je pense qu’il est nécessaire d’avoir lu les quatre précédents pour pleinement l’apprécier. On accompagne cette fois Tsubaki, 19 ans, qui va rendre visite à sa grand-mère de 84 ans, Mariko, Coréenne ayant survécu au bombardement de Nagasaki que l’on a déjà rencontrée dans les tomes précédents. Et Mariko va dévoiler à sa petite-fille un secret qui ne l’a pas quitté depuis des années : elle s’est levée un matin pour aller tuer un homme.

« Je me suis juré que je ne dirais jamais à personne ce que j’avais vu ce matin-là. »

Dans ce tome, on recroise presque tous les personnages des quatres romans précédents, et les images de mes lectures passées sont apparues dans mon esprit, ce qui est un sentiment très agréable. Le bombardement de Nagasaki est encore une fois bien présent, et cette fois-ci, le roman est parcouru de lucioles (蛍, Hotaru) qui viennent illuminer notre lecture. Plutôt que de nous dévoiler de grands secrets, on assiste à la clôture d’une pentalogie qui nous a fait rencontrer une famille attachante au fil des générations, et ça fait quelque chose de leur dire au revoir.

« Je crois qu’il n’y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. »

Le dernier tome d’une excellente pentalogie signée Aki Shimazaki, qui nous a montré, avec brio et avec énormément de sentiments, à quel point le poids des secrets pouvait parfois être dur à porter.

Ma note :

La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto

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Dans ce nouvel article, je vais vous présenter un roman bien plaisant que j’ai découvert par hasard et que je ne regrette pas d’avoir lu. Voici La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 6 mai 2005
Publié au Japon en : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 16,20€

Dans ce roman, un homme d’une quarantaine d’années va évoquer des souvenirs de son enfance, et surtout de son grand-père, qui est réapparu devant la porte de la maison où il vivait avec sa mère. Ce grand-père, surnommé Tête-de-mule par toute la famille, parle peu, mais le garçon, alors âgé d’une dizaine d’années va apprendre des choses sur lui petit à petit, notamment grâce à son oncle, et va vouloir en découvrir plus sur ce mystérieux personnage qui semble le fasciner.

« Les nuages s’écartèrent en laissant apparaître lentement le disque gigantesque de la pleine lune. À cette vue, ma bouche s’ouvrit tout grande et le goût sucré et glacé du clair de lune s’épanouit sur ma langue. »

C’est un court roman, mais qui parvient avec brio à décrire ce moment particulier dans la vie du narrateur, moment où un mystérieux homme, son grand-père, vient vivre chez eux et bouleverse le quotidien que ce petit garçon entretenait avec sa mère. Ce qui est fort à mon sens dans ce roman, c’est qu’à l’époque du récit, il y a des scènes et des bribes de conversation que le jeune garçon perçoit, mais sans pour autant les comprendre. Et en écho à celles-ci, le narrateur, une trentaine d’années plus tard, nous explique ce qui réellement se passait mais qui était dans le monde des adultes à l’époque inaccessible pour lui.

Un roman japonais comme je les aime, centré sur les liens familiaux et les souvenirs d’un homme qui lui permettent de faire revivre les personnages qui ont compté pour lui et qui l’ont marqué à tout jamais.

Ma note :

Comme une feuille de thé à Shikoku de Marie-Édith Laval

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un témoignage fort écrit par Marie-Édith Laval qui a fait le Pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples entièrement à pied. Voici Comme une feuille de thé à Shikoku.

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié le : 15 juin 2016
Sorti en grand format le : 13 mai 2015
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

On suit donc notre pèlerine sur l’île de Shikoku, qui va parcourir ce fameux chemin sacré qui va lui faire découvrir 88 temples situés dans quatre préfectures différentes. Marie-Édith va y aller sans à priori, sans avoir fait de recherche sur le Japon – mais elle a une expérience des pèlerinages, puisqu’elle a notamment fait celui de Compostelle. On va donc la suivre, elle qui, malgré la difficulté du chemin et la chaleur écrasante de l’été va toujours rester positive et voir la beauté partout sur ce chemin, qui est avant tout un voyage intérieur.

« J’évite de peu plusieurs chutes, tellement le sol est détrempé et glissant. Mon visage ruisselle de larmes et de pluie. Mon corps se ploie et souffre dans sa chair. Chaque  pas me coûte. J’accuse le coup. Nulle esquive n’est envisageable, nulle feinte n’est possible, nulle porte de sortie. »

On prend plaisir à la suivre dans cette épreuve, à la voir découvrir le Japon, sa culture et surtout ses habitants qui n’hésiteront pas à lui donner des osettai, ces cadeaux très utiles qu’ils donnent pour encourager les pèlerins, que ce soit une bouteille de thé frais, à manger ou encore un parapluie. Malgré la barrière de la langue, on voit bien à quel point les Japonais sont un peuple généreux et notre pèlerine va le découvrir à travers ces rencontres marquantes.

« Comme une feuille de thé, j’ai progressivement infusé sur ce chemin du bout du monde. Je me suis immergée dans la réalité de cette terre bordée d’eau et m’en suis laissé imprégner. »

De plus, on apprend beaucoup de choses sur ce pèlerinage consacré au moine Kûkai, sur les accessoires du pèlerins, le rite à suivre à chaque temple, et c’est un réel plaisir de lire l’émerveillement, mais aussi la philosophie, l’admiration et le respect incroyables qu’éprouve l’auteure de ce livre tout au long de ce chemin spirituel. Et pour ceux que cela aura motivé, il y a en fin de livre un annexe avec toutes les informations utiles si vous souhaitez vous aussi faire ce pèlerinage. Un ouvrage à la fois spirituel et pratique !

« Je suis partie découvrir une île, je ne savais pas que j’allais rencontrer un continent intérieur bien plus vaste que la Terre… »

Un témoignage marquant d’une courageuse pèlerine qui, au fil des semaines, a pu découvrir un Japon merveilleux à travers son paysage, sa culture et ses habitants, mais qui a, surtout, réalisé un chemin intérieur qui l’a profondément et durablement changée.

Ma note :

Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger

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Aujourd’hui, je vous présente un thriller d’un auteur breton qui se déroule entièrement au Japon : voici Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger.

Edition lue :
Éditeur : Éditions du 38
Publié le : 2 février 2016
Nombre de pages : 334
Prix : 20€ / 2,49€ en numérique

On suit ici Gutxi, un ancien terroriste basque qui revient au Japon 20 ans après son exil forcé. Il est aujourd’hui malade et n’a plus que quelques mois à vivre. Il décide donc de finir ses jours dans ce pays où il a côtoyé les yakuzas, la mafia japonaise, mais aussi où il est tombé amoureux de Tamae. Il va ainsi découvrir qu’il a un fils et va devoir partir à sa recherche, quitte à se trouver à nouveau en contact avec des gens peu recommandables.

« Être yakuza est une profession de foi. Bien plus que l’argent, compte la transmission des traditions et de l’éthique. Je me suis toujours battu pour ça : le respect, l’obéissance, le soutien aux faibles, l’esprit de groupe. La population nous voit comme de simples malfrats, mais nous sommes autre chose que ce cliché éculé. »

Le prologue donne le ton : on y découvre Shugo, qui, on l’apprendra plus tard, est le fils de Gutxi qu’il va rechercher durant tout le roman, en plein yubitsume, cérémonie du pardon qui lui coûtera un auriculaire. On est en immersion dans le milieu des yakuzas tout au long du roman, et on suit un Gutxi submergé par ses souvenirs avec Tamae, qui ne va pas longtemps hésiter avant de se remettre en contact avec le milieu pour retrouver son fils.

« La société japonaise ne tient que grâce à ces soupapes de sécurité : le jeu, le sexe et l’alcool. Sans ces exutoires, le Japon exploserait sous le poids de sa soumission héréditaire. »

C’est un thriller qui prend son temps, parfois un peu long, mais on en apprend beaucoup sur ce milieu que je connaissais peu au final, ainsi que sur d’autres sujets, comme les Aïnous, ce peuple aborigène du Nord du Japon. On va découvrir avec Gutxi l’horreur de certaines activités de ces yakuzas, en le suivant également ouvrir peu à peu son cœur à son médecin, une femme qui va tout faire pour essayer de le sauver, dans tous les sens du terme.

« La carpe géante vivant sous Tokyo s’était réveillée et manifestait sa colère contre les hommes qui ne l’honoraient pas comme elle le souhaitait. »

Un roman qui nous plonge dans l’atmosphère particulière du Tokyo des yakuzas, sans nous épargner certaines de leurs activités difficiles à lire. Un bon moment de lecture qui nous donne vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire.

Ma note :

Une affaire personnelle de Kenzaburô Ôé

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Je n’ai pas encore parlé sur ce blog de Kenzaburô Ôé, Prix Nobel de Littérature en 1994, qui est pourtant un très grand écrivain dont j’ai pu lire plusieurs œuvres. Je vais donc tenter de réparer cela aujourd’hui avec Une affaire personnelle.

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 3 octobre 2016
Publié en grand format en : 1994
Publié au Japon en : 1965
Nombre de pages : 224
Prix : 7,20€

Dans ce roman (traduit de l’anglais suite à une demande de l’auteur), on découvre Bird. Il est professeur dans une école de bachotage, et rêve de partir explorer l’Afrique. Mais au début de ce roman, Bird est sur le point de devenir père. Le bébé arrive, mais il est atteint d’une hernie cérébrale et a une grosse excroissance sur la tête. Le directeur de la clinique l’appelle « la chose », Bird le voit comme « un monstre ». Et le roman va se dérouler durant les trois jours qui ont suivi la naissance de cet enfant. Bird va vivre dans un monde à part, va chercher refuge chez une ancienne amie, va attendre la mort de l’enfant qui ne semble être qu’une question d’heures. Mais c’est sans compter sur la volonté de vivre de ce bébé handicapé rejeté par tous.

« Si le bébé s’affaiblissait avant qu’on pût l’opérer, cela signifierait : plus de soucis et pas besoin de se salir les mains avec un meurtre. »

Ce roman est dur. Il nous révèle la face sombre de l’homme, lorsque celui-ci est confronté à une situation face à laquelle il ne sait pas comment réagir. Bird ne vit plus tout au long de ce roman, il est totalement imperméable au monde extérieur et il est incroyablement seul. Sa femme ne sait pas ce qui est arrivé au bébé qui va être transporté de la clinique jusqu’à un hôpital. Bird va se confier à Himiko, cette femme qui va dépasser le stade de la simple amitié, en essayant de se déculpabiliser de ses pensées. Il ne peut clairement pas assumer ce « monstre » qui ne pourra très vraisemblablement jamais vivre une vie normale. Il attend et espère que le bébé meure pour ne pas avoir à le tuer lui-même.

« Je ne suis ni assez diabolique pour étrangler ce bébé de mes mains ni assez angélique pour mobiliser une armée de médecins et les supplier de sauver la vie d’un enfant condamné à être un monstre… »

On est totalement pris dans l’errance à la fois physique et mentale de cet homme, et Kenzaburô Ôé ne nous épargne rien de ses réflexions les plus obscures. Et lorsqu’on sait que le fils de Kenzaburô Ôé lui-même est handicapé mental, et que les médecins ont tenté de le convaincre lui et sa femme de laisser leur fils mourir, on prend conscience de la difficulté et de l’honnêteté qu’a dû rencontrer ce grand écrivain pour écrire ce premier roman sur ce sujet.

« Donner un nom au petit monstre, ce serait le rendre plus humain, reconnaître son existence en tant qu’être humain, faire de sa mort une chose moins anonyme. »

Un roman poignant sur un père face au handicap de son fils. Une réflexion permanente sur la responsabilité qu’a un père et sur le courage dont il va devoir faire preuve – s’il en est capable – qui mène à une décision finale qui va bouleverser sa vie entière.

Ma note :

 

Tony Takitani d’Haruki Murakami

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Aujourd’hui, il sera question d’une nouvelle d’Haruki Murakami présente dans la version originale du recueil Saules aveugles, femmes endormies mais pas dans la version française. Tony Takitani est en effet une nouvelle sortie plus tard, dans un fascicule lors de la sortie du film inspiré de celle-ci. Partons à sa rencontre.

tony-takitani-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : Belfond
Publié en : 2006
Publié au Japon en : 1990
Nombre de pages : 53
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle, on va suivre la vie de Tony Takitani, à partir de sa naissance (et même d’avant celle-ci grâce à une partie de la vie de son père, musicien de jazz). On découvre, un enfant, un adolescent, un jeune homme, puis un homme, toujours indépendant et qui a peur de la solitude. Il a dû s’occuper de lui-même dès l’école primaire, son père étant rarement présent et sa mère décédée juste après sa naissance, et a construit sa vie de cette façon. Il va, un jour, rencontrer l’amour. Cette femme, accro au shopping, va le rendre heureux et il va se demander régulièrement au début de leur relation ce qu’il se passerait si elle le quittait, ne souhaitant pas se retrouver à nouveau seul. Mais il va comprendre que c’est du sérieux et simplement vivre  heureux avec elle. Mais la vie peut parfois être cruelle…

« Il ne comprenait pas très bien ce qui le touchait tant chez cette fille. Et même s’il l’avait su, il aurait été incapable de le formuler. »

C’est une nouvelle qui se lit toute seule. On a plaisir à suivre la vie de Tony Takitani et de découvrir ce qui va lui arriver. On découvre en fait que la solitude a une place bien trop importante dans la vie de Tony. On nous le présente comme quelqu’un qui y est habitué, qui s’est renfermé sur lui dès son plus jeune âge, et qui accepte donc de vivre de cette façon, mais on comprend vraiment à quel point cela l’a peiné lorsqu’il rencontre enfin quelqu’un avec qui partager sa vie. Et c’est assez touchant. Par contre, la nouvelle se termine un peu abruptement, alors que j’étais prêt à en lire plus sur la suite de sa vie, je suis donc resté sur ma faim…

« Sur cette fille, les vêtements acquéraient un naturel et une fluidité qui évoquaient l’atmosphère subtile enveloppant l’oiseau prêt à s’envoler vers de lointains horizons. »

Une nouvelle fluide et touchante sur la vie d’un homme confronté à la solitude pour la plus grande partie de sa vie, jusqu’à ce qu’une femme vienne lui montrer le chemin de l’amour et de la vie à deux.

Ma note :
7

Nââândé!? d’Eriko Nakamura

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Mais que pense donc une Japonaise qui vit à Paris depuis des années ? C’est ce qu’Eriko Nakamura nous propose de découvrir dans Nââândé!?, un livre qui ne manque pas d’humour.

naaande-eriko-nakamuraEdition lue :
Éditeur : Pocket
Publié le : 7 mars 2013 (Grand format : 2012)
Nombre de pages : 128
Prix : 5,95€

Ces tribulations d’une Japonaise à Paris sont donc écrites par Eriko Nakamura, ancienne présentatrice à succès sur une grande chaîne japonaise, mais désormais mariée à Charles-san, un Français, avec qui elle vit à Paris depuis dix ans au moment de l’écriture de ce livre. Dans divers thèmes du quotidien que les Japonais et les Français traitent différemment -le métro, le mariage, la grève, l’éducation, la propreté, les toilettes, le sexe ou encore le couple-, elle va souvent exprimer intérieurement un Nââândé!?, une expression japonaise qui marque l’incompréhension.

« Personne ne fantasme autant sur Paris qu’un Japonais. Et personne n’est plus choqué par Paris qu’un Japonais. »

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteure, qui rend ce petit livre bien agréable à lire. Elle a des remarques vraiment drôles sur des choses qui sont parfois pour nous normales (comme par exemple les dîners entre amis qui s’éternisent où le dessert n’arrive qu’à minuit et qu’elle pense « C’était stupéfiant : on changeait de jour et on était toujours à table ! »), ou encore lorsqu’elle nous dit qu’elle a pu découvrir tout un pan de la littérature française en attendant les Français, souvent en retard à des rendez-vous.

« Je crois que c’est avec la grève qu’on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. »

Le sous-titre, Les tribulations d’une Japonaise à Paris, est à mon sens incomplet. Je rajouterais et de son mari français à Tokyo, puisqu’elle nous parle beaucoup des déboires de son mari dans la capitale nippone, qui sont souvent très amusants. En revanche, ce livre est grand public. C’est-à-dire qu’on n’apprend pas grand chose si on connaît déjà un minimum le Japon. Certes, c’est amusant, mais on a tout de même droit à des clichés qu’on entend depuis des années, repris à toutes les sauces (sur le quartier Harajuku pour ne citer qu’un exemple). C’est évidemment ce qui fait vendre et ce qui plaît, elle exagère les traits du Japon que les Français trouvent loufoques, et elle grossit les traits des Français, en les mettant tous dans le même panier. Un point négatif qui n’est tout de même pas négligeable.

« Parfois, je me demande si les Parisiens n’aiment pas aller à la campagne pour se prendre quelques petites doses de gentillesse et d’attentions avant de recommencer une semaine… »

Un petit livre amusant qui vous fera passer certainement un très bon moment ! Il faut le lire pour ce qu’il est : un concentré de petites anecdotes drôles du quotidien, parfois un peu poussées et exagérées, mais qui parviennent tout de même à mettre en évidence les différences entre nos deux pays.

Ma note :
7

 

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

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