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Archives de Tag: 7 étoiles

Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa

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Ce n’est pas quelque chose de nouveau, j’adore les nouvelles, et encore plus quand elles ont été écrites par des écrivains de renom. Je vous présente aujourd’hui trois nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa regroupées dans un recueil intitulé Une vague inquiétude.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : février 2005
Traduction : Silvain Chupin
Publié au Japon en : 1914, 1919 & 1922
Nombre de pages : 84

On retrouve donc trois nouvelles de cet écrivain écorché vif. La première nouvelle s’intitule Le Masque et nous présente un homme ivre qui danse sur le pont d’un bateau en portant un masque hyottoko (un personnage comique). On revient sur la vie de cet homme qui aura dansé jusqu’à la fin. Dans la deuxième nouvelle, Un doute, un homme va raconter sa triste histoire à une homme qu’il prit d’abord pour un spectre : sa femme prise sous une poutre suite à un séisme, le feu arrivant, il frappe sa femme avec une tuile pour lui épargner de mourir brûlée vive. Et dans la dernière nouvelle, Le wagonnet, on suit un garçon qui va aider à pousser des wagonnets (celle-ci ne m’a laissé absolument aucun souvenir, donc il faudra vous contenter de cela !).

 

« D’entendre si soudainement une histoire comme celle-là, je fus moi-même saisi d’un frisson à la poitrine, comme si le froid de cette vaste pièce pénétrait jusque dans mon col. »

 

Hormis la dernière nouvelle que je n’ai pas très bien comprise, j’ai beaucoup apprécié ce recueil. Et plus particulièrement la deuxième nouvelle, qui est la réflexion d’un homme qui a commis le pire en pensant bien faire, mais qui se met à douter de ses réelles intentions. On plonge dans la psychologie d’un homme tourmenté, et c’est justement ce que j’aime chez Akutagawa, et c’est ce qui fait de cette nouvelle un texte vraiment réussi à mon sens. A noter que le recueil s’intitule selon le mot laissé par Akutagawa juste avant de se suicider, Vague inquiétude (Bonyari Toshita Fuan, ぼんやりとした不安).

 

Un recueil de nouvelles d’un grand auteur qui nous montre son talent sous différentes formes, en essayant de comprendre l’homme et ses actions qui peuvent parfois sembler contradictoires.

 

Ma note :
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Le Rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa

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L’an dernier, j’étais tombé amoureux des Délices de Tokyo, que ce soit du roman ou du film, alors quand j’ai vu qu’un nouveau roman du même auteur sortait en France, j’étais impatient de le lire ! Voici Le Rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa.


Edition lue :
Éditeur :
 Albin Michel
Publié en : Mai 2017
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Publié au Japon en : 2014
Nombre de pages : 320
Prix : 19,50€

Dans ce roman, nous allons suivre Ryôsuke, 28 ans. C’est un ancien cuisinier sans situation stable, sans famille, ayant tenté de se donner la mort, tout comme son père lorsqu’il était enfant. Il va être embauché sur l’archipel d’Aburi pour aider à réaliser des travaux, avec deux inconnus qui vont devenir ses amis, Tachikawa, un ancien host un peu étrange, et Kaoru, une demoiselle. Ils vont donc vivre sur cette île coupée du monde, dans laquelle ils ne seront pas bien accueillis, mais Ryôsuke souhaite surtout rencontrer quelqu’un qui vit sur cette île, et il va donc s’embarquer pleinement dans cette nouvelle vie, puisqu’il n’a aucune attache en métropole.

« Vivait-il encore à Aburi ? Cet homme dont sa mère lui avait si souvent parlé, comme s’il avait été son seul espoir dans la vie. Arriverait-il à lui remettre le paquet enfoui au fond de son sac à dos, à percer le secret de sa naissance ? »

Une histoire un peu sombre : Ryôsuke a des penchants suicidaires et est déjà passé à l’acte, l’île sur laquelle il va débarquer et ses habitants sont plus qu’étranges et rejettent ces trois jeunes étrangers venus pour aider à faire avancer les travaux, et il a fait tout ce chemin pour rencontrer un homme dont on ne sait au départ peu de choses. On ne peut pas dire que leur séjour va bien se passer, puisqu’ils subissent la haine de certains habitants et on leur reproche sans arrêt de ne pas chercher à comprendre la culture de cette île, et de ne pas la respecter…

« Sous un ciel hésitant entre le bleu pâle et le gris s’étendaient à perte de vue les flots à la crête blanche. De cette immensité liquide, infinie, émergeait un relief abrupt. »

Alors que dans les Délices de Tokyo, l’auteur nous faisait envie avec ses dorayaki, ici, c’est le fromage, de chèvre plus précisément, qui est à l’honneur, puisque Ryôsuke va se prêter à sa confection. Et je regrette d’avoir lu ce livre en étant au Japon, puisqu’une fois encore Durian Sukegawa nous offre des descriptions splendides de ce fameux fromage qui m’ont mis l’eau à la bouche. Son écriture et la beauté de celle-ci sont toujours aussi efficaces, et c’est le point fort de ce roman, puisqu’au niveau de l’histoire, je ne suis pas autant entré dedans qu’avec les excellents Délices de Tokyo, hélas. Mais ça reste un auteur que je suivrai !

« Ryôsuke avait fait le voyage jusqu’ici pour dissiper un doute qui le taraudait depuis l’enfance. Même maintenant qu’il avait soif de vivre, ou justement parce qu’il en avait conscience depuis la nuit où il s’était tailladé la poitrine, il recherchait des réponses. »

Un réel plaisir de retrouver la plume de cet auteur, qui est toujours aussi belle et marquante, avec une histoire qui n’hésite pas à traiter de sujets de société complexes et dont il est nécessaire de parler. J’attends le prochain roman de cet auteur avec impatience.

Ma note :

La vie du bon côté de Keisuke Hada

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Et oui, il y a aussi des romans japonais dans la rentrée littéraire ! Je vous propose aujourd’hui de voir La vie du bon côté grâce à Keisuke Hada !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 24 août 2017
Traduction par : Myriam Dartois-Ako
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Tout au long des pages de ce roman, on vit avec Kento, sa mère et son grand-père de 87 ans. On rencontre Kento qui, malgré ses 28 ans, est dans un état proche de celui de son grand-père : il souffre du dos et ne peut pas faire de sport et il est en pleine allergie et ne peut donc pas faire grand chose… Son grand-père, quant à lui, aime embêter sa fille, la mère de Kento donc, et son petit-fils. Il aime avoir une vie facile et se faire dorloter, et pour cela il n’hésite pas à faire preuve de fainéantise. Mais la façon dont va le voir Kento, ainsi que sa relation avec lui et même sa vie tout entière, va profondément changer lorsque le grand-père lui dit qu’il veut mourir et que Kento va finir par vouloir l’aider à accomplir son souhait, pour qu’il puisse encore partir dignement.

« Cette plainte de l’aïeul qui souhaitait mourir, il n’avait pas eu la sincérité de la prendre au pied de la lettre. »

C’est un roman sur la famille, mais qui apporte également une réflexion sur les personnes âgées, qui sont de plus en plus nombreuses au Japon. En effet, Kento, en voulant aider son grand-père à partir, va lui simplifier la vie pour que son corps ne fasse plus rien. Cela ouvre notamment une réflexion sur l’aide aux personnes âgées dans les centres spécialisées, où on fait tout pour eux et ils ne font plus rien par eux-mêmes.

« Autant accéder rapidement à ce vœu qu’il ressasse quotidiennement, ce sera mieux pour tout le monde. »

Quant à l’histoire en elle-même, j’ai pris plaisir à voir la façon qu’a le grand-père de totalement transformer la vie de Kento, sans le vouloir (ou c’est ce qu’il voudrait nous faire croire), même si le grand-père est très souvent irritant. Il répète tout au long du roman qu’il veut mourir, qu’il n’en peut plus, qu’il est un boulet, et c’est franchement désagréable à lire. Mais j’imagine que c’est aussi ce que ressentent Kento et sa mère, et dans ce cas-là, on peut dire qu’on partage leur agacement.

« Même au fond du trou, quand on n’arrive plus à s’en sortir, la seule chose à faire est de continuer à se battre. »

Malgré les apparences, c’est un roman sur le goût de la vie et sur l’impact que peut avoir un grand-père qui semble avoir perdu sa raison de vivre sur son petit-fils qui est dans une étape difficile de sa vie.

Ma note :

Le 210e jour de Natsume Sôseki

Publié le

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai pas encore parlé de Natsume Sôseki sur ce blog, alors que c’est l’un des auteurs japonais classiques les plus renommés. Voici Le 210e jour pour réparer cela !

Edition lue :
Éditeur : Rivages
Format poche publié en : 1999
Grand format publié en : 1990
Traduction par : René de Ceccatty, Ryôji Nakamura
Édition originale en japonais : 1906
Nombre de pages : 112
Prix : 5,60€

Ce roman nous fait partir à la rencontre de Kei et Roku, deux amis qui vont décider de faire l’ascension du mont Aso, l’un des volcans les plus actifs du Japon. La veille, ils vont prendre un bain chaud ensemble et discuter, de sujets légers et d’autres plus importants : de leur repas du lendemain, aux classes sociales, un sujet qui tient à cœur l’un des personnages, fils d’un marchand de tofu. Autant de discussions qui vont resserrer leur amitié et les accompagner dans leur périple qui s’avèrera dangereux, puisque le mont Aso semble être en colère…

« Quand ils sortent de la salle de bains, le vent piquant d’automne s’engouffre dans leurs manches et s’infiltre sur leur peau jusqu’à leur nombril. Kei, au nombril saillant, éternue sans retenue. Au pied des marches, cinq ou six hibiscus blancs emplissent de leur triste floraison le crépuscule d’automne. Dans les hauteurs, le mont Aso gronde au loin sourdement. »

Un roman qui se lit tout seul et qui est constitué majoritairement de dialogues. C’est plaisant de prendre part à leurs conversations, tantôt sérieuses tantôt drôles, et de les suivre ensuite partir grimper le mont Aso, malgré la fumée, la pluie et les cendres qui vont rendre leur aventure compliquée. On peut réellement ressentir le lien fort qui unit ses deux amis, que ce soit dans leur attitude ou dans leurs remarques qui sont parfois remplies de bonnes intentions.

« Kei s’avance vaillamment là où rampent les nuages et la fumée. Roku, le cœur serré, reste seul, debout au milieu des susuki, voyant s’éloigner de dos la silhouette du seul ami sur qui il puisse compter. »

Des moments partagés, des discussions passionnées, une ascension courageuse, en bref, un joli roman sur l’amitié et tout ce qu’on peut vivre avec quelqu’un qui compte pour nous !

Ma note :

Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida

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Un livre particulier aujourd’hui, puisque ce n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais plutôt un témoignage d’un jeune autiste de 13 ans qui a voulu que les gens comprenne mieux ce qu’est vraiment l’autisme. Voici Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida. 


Edition lue :
Éditeur :
 J’ai lu
Publié le : 12 avril 2017
Grand format : Septembre 2014
Traduction (de l’anglais) : Daniel Roche
Publié au Japon en : 2007
Nombre de pages : 189
Prix : 6,00€

C’est un livre fait en questions-réponses, dans lequel Naoki Higashida va donc tenter de nous expliquer ce que cela signifie vraiment d’être autiste, ce qu’il vit tous les jours, pour que le regard que nous portons aux personnes atteintes d’autisme puisse changer, ne serait-ce qu’un peu. Les questions sont directes, sans détour : pourquoi les autistes parlent si fort et bizarrement ? Pourquoi répètent-ils la même question ? Aimerais-tu être normal ? Pourquoi sautes-tu ? Tant de questions que peuvent se poser les personnes se trouvant au contact d’autistes, auxquelles il répond simplement, pour tenter de nous faire comprendre tout ce qui se passe dans sa tête.

« La voix d’un autiste, c’est comme la respiration, je crois : elle sort de sa bouche qu’il le veuille ou non. »

J’ai déjà lu des romans avec des personnages autistes, mais c’est la première fois que je lis un livre entièrement consacré à ce sujet, et qui plus est écrit par un jeune garçon atteint d’autisme. Les questions posées franchement permettent d’aller droit au but, et m’ont permis de mieux comprendre tout ce que cela signifie vraiment d’être autiste. En plus, il a inséré dans ces questions-réponses des petites histoires qu’il a écrites lui-même, et une m’a particulièrement marqué : il s’agit de « Je suis ici », sur un petit garçon qui décède après avoir été renversé par une voiture, mais qui ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe. Il va donc rentrer chez lui, comme si de rien n’était, alors qu’il est devenu un esprit, et va tenter de communiquer avec sa mère qui ne le voit pas et qui ne l’entend pas. Et c’est en fait une histoire pour comprendre à quel point il est parfois difficile pour les autistes de communiquer avec leur entourage. C’est fort.

« L’autiste est prisonnier de lui-même et des gens qui l’entourent : tout ce qu’il peut faire, c’est piailler, agiter ses ailes et sautiller dans sa cage. »

Un petit livre que tout le monde devrait lire, pour pouvoir comprendre et changer le regard que l’on peut porter au premier abord aux personnes autistes.

Ma note :

L’Idiote d’Ango Sakaguchi

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Une fois n’est pas coutume, je vais vous présenter aujourd’hui un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur Comaujapon, avec sa nouvelle la plus célèbre. Voici L’Idiote d’Ango Sakaguchi, qui semble bien porter son nom.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Avril 1999
Publié au Japon en : 1946
Nombre de pages : 96
Prix : 5,00€

Ce petit livre contient deux nouvelles. La premières s’intitule donc L’Idiote. Elle se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale et s’ouvre sur la description d’un quartier dont les habitants sont décrits de façon assez pathétique. Entre des histoires d’inceste, de suicide et de grossesse d’un père inconnu, on rencontre également un fou, dont la femme est tout bonnement idiote. Celle-ci va un soir se réfugier dans le placard d’Izawa, un voisin, ne souhaitant plus vivre avec son fou de mari. Izawa va essayer de comprendre cette femme qui ne parle pas et qui ne semble être qu’un corps, alors que la réalité de la guerre va venir frapper à la porte de leur quartier.

« Mais, en quoi les fous étaient-ils différents du commun des mortels ? Si différence il y avait, il fallait la chercher dans cette profonde et immense pudeur qui les caractérisait. Avaient-ils envie de rire ? Eh bien ! Ils s’en donnaient à cœur joie. »

Cette nouvelle est typiquement japonaise. Elle a été écrite en 1946, un an après la fin de la guerre, et c’est sûrement ce qui lui donne aussi cette profondeur. Grâce à l’histoire de cette femme qui va fuir son mari pour rejoindre un homme qu’elle semble apprécier, on perçoit aussi le quotidien de Tokyo lors des incessants bombardements américains dans un quartier populaire. On a de plus une réflexion profonde et intéressante sur la guerre et sur l’incertitude des jours à venir. La seconde nouvelle Je voudrais étreindre la mer m’a un peu moins marqué. C’est la réflexion d’un homme en couple avec une ancienne prostituée devenue frigide, sur le désir, le corps, le bonheur. Celle-ci aura tout de même le mérite de pouvoir nous faire glisser hors du terrible contexte de la guerre de l’Idiote.

« Il avait en face de lui la volonté, la sensibilité de l’idiote, quelque chose qui, de toute façon, n’appartenait pas au monde humain. »

Un recueil marquant pour sa nouvelle éponyme, qui nous fait partir à la rencontre de personnages atypiques et de leur façon d’aborder la vie, ou plutôt la survie, dans un contexte particulièrement difficile.

Ma note :

 

 

 

Hotaru d’Aki Shimazaki

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Une auteure que vous commencez à bien connaître va être le sujet de l’article de cette semaine ! Voici Hotaru d’Aki Shimazaki.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Août 2009
Grand format : Novembre 2004
Nombre de pages : 136
Prix : 6,60€

Hotaru est le cinquième et dernier tome de la pentalogie Le poids des secrets. Alors que pour les précédents, notamment Tsubame et Wasurenagusa, je vous disais qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu les premiers tomes pour lire ceux-là, ici, je pense qu’il est nécessaire d’avoir lu les quatre précédents pour pleinement l’apprécier. On accompagne cette fois Tsubaki, 19 ans, qui va rendre visite à sa grand-mère de 84 ans, Mariko, Coréenne ayant survécu au bombardement de Nagasaki que l’on a déjà rencontrée dans les tomes précédents. Et Mariko va dévoiler à sa petite-fille un secret qui ne l’a pas quitté depuis des années : elle s’est levée un matin pour aller tuer un homme.

« Je me suis juré que je ne dirais jamais à personne ce que j’avais vu ce matin-là. »

Dans ce tome, on recroise presque tous les personnages des quatres romans précédents, et les images de mes lectures passées sont apparues dans mon esprit, ce qui est un sentiment très agréable. Le bombardement de Nagasaki est encore une fois bien présent, et cette fois-ci, le roman est parcouru de lucioles (蛍, Hotaru) qui viennent illuminer notre lecture. Plutôt que de nous dévoiler de grands secrets, on assiste à la clôture d’une pentalogie qui nous a fait rencontrer une famille attachante au fil des générations, et ça fait quelque chose de leur dire au revoir.

« Je crois qu’il n’y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. »

Le dernier tome d’une excellente pentalogie signée Aki Shimazaki, qui nous a montré, avec brio et avec énormément de sentiments, à quel point le poids des secrets pouvait parfois être dur à porter.

Ma note :

La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto

Publié le

Dans ce nouvel article, je vais vous présenter un roman bien plaisant que j’ai découvert par hasard et que je ne regrette pas d’avoir lu. Voici La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 6 mai 2005
Publié au Japon en : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 16,20€

Dans ce roman, un homme d’une quarantaine d’années va évoquer des souvenirs de son enfance, et surtout de son grand-père, qui est réapparu devant la porte de la maison où il vivait avec sa mère. Ce grand-père, surnommé Tête-de-mule par toute la famille, parle peu, mais le garçon, alors âgé d’une dizaine d’années va apprendre des choses sur lui petit à petit, notamment grâce à son oncle, et va vouloir en découvrir plus sur ce mystérieux personnage qui semble le fasciner.

« Les nuages s’écartèrent en laissant apparaître lentement le disque gigantesque de la pleine lune. À cette vue, ma bouche s’ouvrit tout grande et le goût sucré et glacé du clair de lune s’épanouit sur ma langue. »

C’est un court roman, mais qui parvient avec brio à décrire ce moment particulier dans la vie du narrateur, moment où un mystérieux homme, son grand-père, vient vivre chez eux et bouleverse le quotidien que ce petit garçon entretenait avec sa mère. Ce qui est fort à mon sens dans ce roman, c’est qu’à l’époque du récit, il y a des scènes et des bribes de conversation que le jeune garçon perçoit, mais sans pour autant les comprendre. Et en écho à celles-ci, le narrateur, une trentaine d’années plus tard, nous explique ce qui réellement se passait mais qui était dans le monde des adultes à l’époque inaccessible pour lui.

Un roman japonais comme je les aime, centré sur les liens familiaux et les souvenirs d’un homme qui lui permettent de faire revivre les personnages qui ont compté pour lui et qui l’ont marqué à tout jamais.

Ma note :

Comme une feuille de thé à Shikoku de Marie-Édith Laval

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un témoignage fort écrit par Marie-Édith Laval qui a fait le Pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples entièrement à pied. Voici Comme une feuille de thé à Shikoku.

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié le : 15 juin 2016
Sorti en grand format le : 13 mai 2015
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

On suit donc notre pèlerine sur l’île de Shikoku, qui va parcourir ce fameux chemin sacré qui va lui faire découvrir 88 temples situés dans quatre préfectures différentes. Marie-Édith va y aller sans à priori, sans avoir fait de recherche sur le Japon – mais elle a une expérience des pèlerinages, puisqu’elle a notamment fait celui de Compostelle. On va donc la suivre, elle qui, malgré la difficulté du chemin et la chaleur écrasante de l’été va toujours rester positive et voir la beauté partout sur ce chemin, qui est avant tout un voyage intérieur.

« J’évite de peu plusieurs chutes, tellement le sol est détrempé et glissant. Mon visage ruisselle de larmes et de pluie. Mon corps se ploie et souffre dans sa chair. Chaque  pas me coûte. J’accuse le coup. Nulle esquive n’est envisageable, nulle feinte n’est possible, nulle porte de sortie. »

On prend plaisir à la suivre dans cette épreuve, à la voir découvrir le Japon, sa culture et surtout ses habitants qui n’hésiteront pas à lui donner des osettai, ces cadeaux très utiles qu’ils donnent pour encourager les pèlerins, que ce soit une bouteille de thé frais, à manger ou encore un parapluie. Malgré la barrière de la langue, on voit bien à quel point les Japonais sont un peuple généreux et notre pèlerine va le découvrir à travers ces rencontres marquantes.

« Comme une feuille de thé, j’ai progressivement infusé sur ce chemin du bout du monde. Je me suis immergée dans la réalité de cette terre bordée d’eau et m’en suis laissé imprégner. »

De plus, on apprend beaucoup de choses sur ce pèlerinage consacré au moine Kûkai, sur les accessoires du pèlerins, le rite à suivre à chaque temple, et c’est un réel plaisir de lire l’émerveillement, mais aussi la philosophie, l’admiration et le respect incroyables qu’éprouve l’auteure de ce livre tout au long de ce chemin spirituel. Et pour ceux que cela aura motivé, il y a en fin de livre un annexe avec toutes les informations utiles si vous souhaitez vous aussi faire ce pèlerinage. Un ouvrage à la fois spirituel et pratique !

« Je suis partie découvrir une île, je ne savais pas que j’allais rencontrer un continent intérieur bien plus vaste que la Terre… »

Un témoignage marquant d’une courageuse pèlerine qui, au fil des semaines, a pu découvrir un Japon merveilleux à travers son paysage, sa culture et ses habitants, mais qui a, surtout, réalisé un chemin intérieur qui l’a profondément et durablement changée.

Ma note :

Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger

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Aujourd’hui, je vous présente un thriller d’un auteur breton qui se déroule entièrement au Japon : voici Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger.

Edition lue :
Éditeur : Éditions du 38
Publié le : 2 février 2016
Nombre de pages : 334
Prix : 20€ / 2,49€ en numérique

On suit ici Gutxi, un ancien terroriste basque qui revient au Japon 20 ans après son exil forcé. Il est aujourd’hui malade et n’a plus que quelques mois à vivre. Il décide donc de finir ses jours dans ce pays où il a côtoyé les yakuzas, la mafia japonaise, mais aussi où il est tombé amoureux de Tamae. Il va ainsi découvrir qu’il a un fils et va devoir partir à sa recherche, quitte à se trouver à nouveau en contact avec des gens peu recommandables.

« Être yakuza est une profession de foi. Bien plus que l’argent, compte la transmission des traditions et de l’éthique. Je me suis toujours battu pour ça : le respect, l’obéissance, le soutien aux faibles, l’esprit de groupe. La population nous voit comme de simples malfrats, mais nous sommes autre chose que ce cliché éculé. »

Le prologue donne le ton : on y découvre Shugo, qui, on l’apprendra plus tard, est le fils de Gutxi qu’il va rechercher durant tout le roman, en plein yubitsume, cérémonie du pardon qui lui coûtera un auriculaire. On est en immersion dans le milieu des yakuzas tout au long du roman, et on suit un Gutxi submergé par ses souvenirs avec Tamae, qui ne va pas longtemps hésiter avant de se remettre en contact avec le milieu pour retrouver son fils.

« La société japonaise ne tient que grâce à ces soupapes de sécurité : le jeu, le sexe et l’alcool. Sans ces exutoires, le Japon exploserait sous le poids de sa soumission héréditaire. »

C’est un thriller qui prend son temps, parfois un peu long, mais on en apprend beaucoup sur ce milieu que je connaissais peu au final, ainsi que sur d’autres sujets, comme les Aïnous, ce peuple aborigène du Nord du Japon. On va découvrir avec Gutxi l’horreur de certaines activités de ces yakuzas, en le suivant également ouvrir peu à peu son cœur à son médecin, une femme qui va tout faire pour essayer de le sauver, dans tous les sens du terme.

« La carpe géante vivant sous Tokyo s’était réveillée et manifestait sa colère contre les hommes qui ne l’honoraient pas comme elle le souhaitait. »

Un roman qui nous plonge dans l’atmosphère particulière du Tokyo des yakuzas, sans nous épargner certaines de leurs activités difficiles à lire. Un bon moment de lecture qui nous donne vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire.

Ma note :

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