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Archives de Tag: 8 étoiles

I love you so mochi de Sarah Kuhn

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Envie d’un roman léger et agréable à lire ? J’ai ce qu’il vous faut ! Voici I love you so mochi de Sarah Kuhn.


Edition lue :
Éditeur : Fleurus
Publié le : 10 janvier 2020
Traduction : Camille Cosson
Nombre de pages : 316
Prix : 16,90€

Kimiko est une jeune Californienne d’origine japonaise. Sa mère est une artiste accomplie et Kimiko semble prendre le même chemin. Sauf qu’elle n’a plus d’inspiration pour ses peintures depuis quelques temps – et passe beaucoup de temps à s’amuser à créer des tenues de mode au style bien particulier à la place. Alors qu’elle se questionne sur son avenir, des billets d’avion pour le Japon arrivent par la poste de la part de ses grands-parents maternels qu’elle n’a jamais rencontrés. Une dispute avec sa mère et son incertitude sur le chemin qu’elle doit suivre vont la mener dans l’avion pour un séjour à Kyoto riche en découvertes sur le pays de ses origines, mais aussi sur elle-même.

« Il y a un vide dans ma propre histoire. Un vide dont je ne m’étais jamais vraiment aperçue avant. »

Je vous présente ici un roman d’une auteure américaine dont les grands-parents sont japonais. J’avoue ne pas être la cible principale de ce roman – qui s’adresse plutôt à un public jeune et féminin, mais que dire ? On s’en fout parce que j’ai passé un excellent moment de lecture ! Et après tout, n’est-ce pas cela qui compte dans la lecture ?

« Le vent fait bruisser le bambou – on dirait qu’il nous chuchote tous ses secrets. »

Il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans, le début du roman se passant aux Etats-Unis n’étant pas le point fort du roman. Mais une fois Kimiko arrivée au Japon, c’est que du bonheur. C’est un voyage intérieur pour elle, elle va découvrir beaucoup de choses sur elle-même et sur son avenir, mais aussi à en apprendre plus sur sa mère, sur ses grands-parents et aussi sur l’amour et le mochi, cette délicieuse sucrerie japonaise. Ce qui au début a l’air d’être une histoire simpliste prend une tournure vraiment intéressante en traitant de sujets importants, le tout étant vraiment agréable à lire.

Une lecture plaisante pour tous ceux qui souhaitent un peu de douceur sucrée en ces temps difficiles.

Ma note :

Vie à vendre de Yukio Mishima

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Cela faisait des années que j’attendais un nouveau roman de Yukio Mishima. Voici un inédit paru récemment en France, Vie à vendre.


Edition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié le : 16 janvier 2020
Traduction : Dominique Palmé
Publié au Japon en : 1968
Nombre de pages : 272
Prix : 22,00€

Hanio souhaite se suicider, sans raison particulière. Malheureusement, il va rater son suicide et prendre une décision pour le moins surprenante : il va publier dans un journal une annonce pour vendre sa vie, pour quiconque souhaitant l’utiliser. Un premier acheteur va répondre à son annonce, et Hanio, prêt à mourir, va accepter ce qu’il lui demande : coucher avec son ex-femme de 23 ans (alors qu’il en a 73) pour que son amant actuel se venge et tue cette femme (et Hanio au passage). Mais cela ne va pas vraiment se passer comme prévu, et Hanio va être payé et récupérer sa vie. D’autres clients vont ensuite toquer à sa porte, avec, entre autres, une femme qui veut l’utiliser en tant que cobaye et une vampire, qui vont lui faire vivre des aventures improbables – le tout sous la menace planante (ou presque) de l’ACS, l’Asian Confidential Service.

« Après avoir raté son suicide, Hanio vit s’ouvrir devant lui un monde absolument vide, d’une liberté merveilleuse. »

Vous l’avez sûrement compris en lisant le petit résumé que j’ai tenté de faire, on est ici en présence d’un roman totalement loufoque. C’est une part de Mishima qu’on peut distinguer dans son oeuvre, et on peut dire ici qu’elle est vraiment bien maîtrisée. Ce roman est aussi décrit comme « parodie de roman policier », puisqu’on retrouve certains éléments de ce genre. En plus de toutes les aventures folles que va vivre Hanio, comme si tout était normal, il va être en contact avec des personnages parfois inquiétants, voire carrément dangereux. Mais Hanio ne désespère pas, et à chaque fois qu’il rentre chez lui, bredouille, toujours en possession de sa vie, il tourne la pancarte sur sa porte qui était tournée sur « Rupture de stock » et est prêt à recevoir la visite de quelqu’un à qui il pourrait vraiment vendre sa vie.

« Se faire tuer en pleine action, ce serait vraiment une bonne façon de mourir. Déshonorante pour un vieillard, mais comment rêver fin plus honorable pour un homme jeune ? »

Cette lecture m’a passionné. Je ne suis peut-être pas le plus objectif pour parler de Mishima, même si je sais reconnaître quand certains de ses textes sont moins bons que d’autres, mais ici, qu’est-ce que cette lecture est plaisante ! Le thème du suicide et de la mort est assez récurrent chez lui, mais est traité d’une façon complètement différente de ses autres oeuvres. On prend un réel plaisir à découvrir le sort que lui réservent ses clients potentiels, et on ne se demande pas vraiment où tout cela va nous mener, on se contente plutôt d’apprécier toutes ces situations farfelues – décrites d’une plume qui ne gâche rien au plaisir.

« Acheter une vie, ça devrait être l’acte le plus digne du monde. Comment se faisait-il alors que ses clients venaient le voir avec des mines aussi piteuses ? »

Mishima signe ici un roman pour le moins extravagant, pour lequel vous devrez vous munir d’un esprit ouvert pour un moment de lecture unique et qui ajoutera un petit brin de folie à votre vie. 

Ma note :

Histoires tombées d’un éventail de Sandrine Garbuglia

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Que diriez-vous de contes humoristiques rakugo ? C’est ce que nous propose Sandrine Garbuglia dans son ouvrage Histoires tombées d’un éventail.

Edition lue :
Éditeur : L’Harmattan
Publié le : 10 octobre 2019
Nombre de pages : 208
Prix : 20,00€

Le rakugo est un spectacle littéraire japonais. Un conteur est assis sur scène, traditionnellement vêtu d’un kimono et ayant pour seuls accessoires un éventail et une petite serviette. Il va raconter une histoire dont les différentes voix des personnages, sa gestuelle, son expression vont faire rire le public, jusqu’à la chute, l’apogée de l’histoire qui peut faire exploser de rire le public si elle est bien amenée. Ici, Sandrine Garbuglia restranscrit en français et adapte 12 histoires de rakugo pour que l’on puisse se faire une idée de cet art si particulier.

« Le rakugo, ou l’art de la chute ; de la chute contrôlée aurait-on envie d’ajouter. Car tout l’art du conteur est là : savoir faire surgir la chute au moment opportun, dans un précipité de rires. »

Lors de mon premier long séjour au Japon en 2012, ma famille d’accueil m’avait emmené voir un spectacle de rakugo. A ce moment-là, je ne parlais presque pas la langue, et j’avoue n’avoir absolument rien compris. Mais j’étais intrigué, et surpris. Pendant plus d’une heure, les rakugoka, ces fameux conteurs, se sont succédés, racontant leurs histoires devant un public riant sans gêne. Voilà qui est surprenant, avais-je pensé, moi qui n’avais que rarement vu des Japonais rire.

Ici, nous sommes donc en présence de TEXTES de rakugo, et qui plus est en FRANCAIS ?! Je dois avouer que j’étais un peu perplexe. Mais j’ai été agréablement surpris ! Tout d’abord, avant chaque histoire, nous avons un petit texte explicatif pour bien comprendre le contexte et apprécier l’histoire à son maximum. Un réel travail a été fait sur le texte, avec notamment des mots en japonais laissés tel quel dans l’histoire (le plus souvent suivis directement par leur explication en français), qui permettent de retranscrire une atmosphère nippone et un certain rythme. Les histoires en elles-mêmes sont pour la plupart drôles et j’avoue avoir souri en lisant la chute de la plupart, voire carrément ri, notamment pour les deux premières histoires. Préparez-vous à rencontrer une femme qui doit se retenir d’aller aux toilettes, un chien transformé un humain, des vendeurs de nouilles ou encore un directeur de zoo pour le moins surprenants qui vont tous vous faire sourire ! L’annexe est également vraiment intéressante, avec notamment une biographie du premier rakugoka étranger au Japon, ainsi que deux interviews de rakugoka japonais.

Un livre audacieux qui remplit parfaitement sa tâche et qui est un réel plaisir à lire. Que vous ayez entendu parler de rakugo ou non, vous trouverez ici votre bonheur – et votre sourire.
Ma note :

Duetto Yukio Mishima de Nicolas Gaudemet

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Duetto est une collection dont le principe est « un écrivain en raconte un autre ». Dans Duetto Yukio Mishima, Nicolas Gaudemet nous parle de sa rencontre avec Yukio Mishima à travers ses textes.

Edition lue :
Éditeur : Nouvelles Lectures
Publié le : 24 janvier 2020
Nombre de pages : 24
Prix : 2,99€ (numérique)

Nicolas Gaudemet est un auteur qui a publié son premier roman en 2018. Il a découvert Yukio Mishima à l’âge de 16 ans avec Confession d’un masque et nous raconte donc ici sa relation avec ce grand écrivain.

« Folio n° 1455. Je tends la main. Caresse la tranche fanée. Sur la
couverture, un masque placide rit et se fend pour laisser entrevoir un
crâne. Mon ventre se crispe. »

Ce n’est sûrement pas un secret pour vous, mais Yukio Mishima est mon écrivain préféré. Je me rappelle bien sûr de ma rencontre avec lui, avec Le Pavillon d’Or que j’avais dans ma bibliothèque pendant un long moment avant d’enfin me sentir prêt à me lancer dans son oeuvre. Je me rappelle de ma lecture, ébahi en découvrant ce texte si puissant, je me rappelle de mon excitation à l’idée de livre toute son oeuvre.

« J’ai 16 ans et prends conscience avec Mishima
que toute ma vie sera mensongère et pathétique. »

J’étais donc très curieux de découvrir la rencontre d’autres lecteurs avec Mishima, et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié cette courte lecture. J’aurais même beaucoup aimé que celle-ci se poursuive et se développe ! Cela reste tout de même un beau challenge de raconter une rencontre si décisive en quelques pages. La plume de Nicolas Gaudemet m’a beaucoup plu, et j’ai pris un grand plaisir à le lire (et je dois avouer que cela m’a donné envie de lire son roman). On partage non seulement la relation qu’il a avec Mishima depuis sa première lecture de cet auteur, mais également une partie de son adolescence et de sa vie adulte, les personnages de Mishima en parallèle avec les personnages de sa propre vie. A différentes étapes de sa vie, différents romans, à différents endroits, différents souvenirs de ces livres qui l’ont tant marqué.

Un texte vraiment intéressant que je conseille à tous ceux qui ont aussi vu leur vie changer par un écrivain.

Ma note :

 

L’Enfant du Tsunami d’Eva Kopp

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Après un excellent recueil de nouvelles dont j’ai parlé ici sur le blog, je vous présente aujourd’hui le premier roman d’Eva Kopp : L’Enfant du Tsunami.

Edition lue :
Éditeur : Pierre Philippe
Publié le :2 juin 2018
Nombre de pages : 175
Prix : 18,00€ / 3,99€ en numérique

Dans ce roman, on commence par faire la connaissance de Junko un 11 mars 2011. D’autres personnages vont suivre et tous ont vu leur vie changer après le séisme, le tsunami et la catastrophe de Fukushima. On rencontre donc Achille et Maïwen, un couple parisien qui va recueillir leur neveu dont les parents sont décédés lors de ce drame, ou encore un champion de patinage artistique qui y a survécu ou un pompier qui a secouru des personnes à cette occasion. On suit le destin de ces personnages en observant l’évolution de la situation, de ceux qui sont restés à Fukushima, des employés de Tepco qui sacrifient leur vie, de ceux qui s’en sont éloignés même si cela ne reste qu’un éloignement géographique…

« La cloche sonne. La vague arrive. La cloche sonne. La vague est proche. La cloche sonne. La vague dévore le port d’Ōtsuchi. La cloche sonne. »

Ce roman ne m’a pas laissé indifférent. Il est plaisant à lire, écrit d’une plume qui convient parfaitement à la situation. J’ai beaucoup aimé le principe des personnages qui, bien qu’ils mènent des vies très différentes, sont tous connectés par ce terrible événement. On voit également comment les choses évoluent au fil des jours, des semaines, des mois, et des années, sans qu’aucun détail ne nous soit épargné, sans filtre. Gros coup de coeur pour la fin également qui est très touchante, même si l’on n’a pas envie que cela s’arrête et que l’on souhaite continuer à suivre la vie de ces personnages que l’on a appris à connaître.

« J’ai l’impression qu’avant, nous étions insouciants, mais nous ne le savions pas. »

Un roman qui nous fait vivre cette catastrophe qui a bouleversé tout un pays. On suit des personnages qui tentent de reprendre leur vie là où les vagues l’ont laissé, des personnages qui ne seront plus jamais les mêmes. 

Ma note :

Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

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Aujourd’hui je vous présente une oeuvre en parfait accord avec la saison actuelle des pluies au Japon: Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa. Le roman connut un grand succès à sa sortie au Japon en 2003 et a par la suite été adapté en film (2004) et en drama (2005).

Edition lue :
Éditeur : J’ai Lu
Publié en : Janvier 2014
Traduction : Mathilde Bouhon
Publié au Japon en : 2003
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

« Je ne serai bientôt plus de ce monde, mais lorsque la saison des pluies sera de retour, je reviendrai sans faute voir comment vous vous débrouillez, tous les deux. »

On retrouve au début de ce roman Takumi, qui élève seul tant bien que mal son fils Yuta depuis le décès de sa femme, Mio. Pourtant comme elle l’avait promis sur son lit de mort, elle réapparaît un an plus tard pendant la saison des pluies. Mais la jeune femme a perdu la mémoire: elle n’a plus aucun souvenir de son mari et de son fils et ne sait pas qu’elle est morte. Elle va donc réapprendre à vivre auprès des siens grâce aux récits de Takumi. Mais que va-t-elle devenir lors de la fin de la saison des pluies ? Va-t-elle repartir sur la planète Archive comme le pense son fils ?

« Nous nous sommes approchés d’elle en tremblant. Non par peur. […] mais plutôt parce qu’il me semblait que le moindre souffle d’air pourrait effacer son existence. »

Roman extrêmement poétique sur la vie qui continue (difficilement) après le départ de l’être aimé. Le personnage principal qui est aussi le narrateur se présente comme quelqu’un de maladroit, de faible constitution et angoissé, ce qui le rend terriblement réel et attachant. Le lecteur est mis au même niveau que Mio: nous ne savons que peu de choses de leur amour et nous le découvrons au fur et à mesure du récit de Takumi.  Il y a donc un va-et-vient narratif entre le présent et le passé. La trame se concentre principalement sur les  trois protagonistes du foyer mais des personnages secondaires rendent l’histoire encore plus attachante, notamment le professeur avec son chien. Bien que le récit reste banal, le dénouement  est surprenant et ajoute beaucoup d’émotions.

« Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions tous les deux quinze ans, et le monde se résumait à hier, aujourd’hui et demain »

Le premier roman traduit en français d’Ichikawa est un délice ! Un roman qui traite encore de l’inexorable fatalité qui sépare un amour mais qui reste un roman à l’eau de rose lyrique et émouvant !

Ma note :

 Un article par Mélissa, la meilleure.

 

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki

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Chaque année, on est nombreux à attendre la sortie de son nouveau roman en France avec impatience. Voici le petit dernier d’Aki Shimazaki, Fuki-no-tô.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 6 septembre 2017 (Canada) / 4 avril 2018 (France)
Nombre de pages : 152
Prix : 15,00€

Atsuko a quitté Nagoya avec son mari pour aller travailler dans une petite ferme à la campagne. Son mari, Mitsuo, dont on a fait la connaissance dans Azami, va décider de rejoindre sa femme et fonder sa propre revue, pour sauver leur famille après qu’il ait trompé sa femme. Atsuko va chercher une secrétaire pour l’aider dans sa ferme – et elle va tomber sur Fukiko, une fille qu’elle a rencontrée lorsqu’elle était au lycée. Entre ces deux femmes, l’histoire n’était pas terminée et Atsuko va se retrouver attirée par sa secrétaire.

« Je pense sans cesse à Fukiko. Mon cœur bat. Qu’est-ce qui se passe en moi ? »

J’ai trouvé ce roman plutôt différent des autres d’Aki Shimazaki, mais il m’a tout de même beaucoup plu. On explore ici les sentiments complexes d’une femme mariée, sans tabou. On ne parle pas souvent d’homosexualité dans la littérature japonaise, et je trouve que le sujet est sublimement traité ici. C’est l’amour qui est au cœur de ce roman, un amour qui fait renaître des sentiments que ces deux femmes ont pu connaître dans leur adolescence, et dont la flamme ne s’était clairement pas éteinte.

« En fait, ce qui me dérange, ce n’est pas ce que les gens pensent de nous. C’est le fait que je m’éprends de plus en plus de cette femme à côté de moi. »

Le dernier roman en date d’Aki Shimazaki qui nous transporte dans le cœur des femmes, et plus particulièrement de deux femmes qui vont se redécouvrir des sentiments l’une pour l’autre, après s’être perdues de vue pendant des années. Beau et touchant.

Ma note :

Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita

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Aujourd’hui, parcourons ensemble un roman qui nous fait découvrir ce que les pianos ont dans le ventre. Voici Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita.

Edition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 14 mars 2018
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Tomura, un jeune homme de 17 ans, va avoir une révélation lorsqu’il va rencontrer un accordeur de pianos qui va s’occuper de l’instrument de son lycée. Le son de ce piano fera naître en lui des paysages de forêts et il va prendre la décision de devenir lui aussi accordeur de pianos. On va ainsi suivre Tomura commencer sa carrière professionnelle en tant qu’accordeur et se rendre compte qu’il a choisi un métier bien particulier…

« Si le piano était capable, miraculeusement, de faire ressortir la beauté tapie dans l’ombre pour me la rendre audible, alors j’acceptais volontiers de m’en faire le serviteur. »

Tout comme le narrateur au début de ce roman, je ne connaissais que peu de choses sur les pianos. Je ne pensais pas m’y intéresser plus que cela, mais j’ai trouvé ce roman passionnant – et vraiment beau. On voit Tomura grandir, tout d’abord accompagner d’autres accordeurs, puis s’occuper de clients tout seul, en faisant des erreurs, en apprenant de tous ses collègues, et en comprenant que la technique ne fait pas tout.

« Je voulais reproduire cette forêt à l’aide du piano. »

Ce qui m’a surtout plu, c’est la façon dont les clients décrivent la musique, la façon dont ils décrivent le son qu’ils souhaitent trouver ou retrouver. Et comment cette description diffère selon les personnes. L’accordeur doit ainsi s’adapter aux images qu’évoquent ces clients et tenter de les retranscrire dans son travail. C’est ainsi que Tomura va essayer de retrouver lui aussi la forêt de laine et d’acier qu’il avait entendue lorsque, lycéen, il avait eu une révélation devant le travail de l’accordeur du piano de son lycée…

« À chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin. »

Un roman qui nous emmène à l’intérieur du piano, dans un monde où chacun peut voir un paysage différent qui peut le marquer au plus profond de lui-même.

Ma note :

Instantanés d’Ambre de Yôko Ogawa

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Enfin ! Un nouveau roman de Yôko Ogawa traduit en français ! Découvrons ensemble ce que nous réserve Instantanés d’Ambre de cette très grande auteure.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 avril 2018
Traduit par : Rose-Marie Makino Fayolle
Publié au Japon en : 2015
Nombre de pages : 304
Prix : 22,50€

Suite à la mort de la benjamine de la famille, une mère va emmener ses trois enfants vivre dans une villa et va leur dire que derrière le mur de leur terrain se trouve un chien maléfique qui leur veut du mal, tout comme il avait léché la petite fille avant qu’elle ne meure. Ambre, Opale et Agate, vont ainsi vivre coupés du monde avec leurs nouveaux prénoms qu’ils ont pioché au hasard dans les encyclopédies de leur père. Ils vont créer leur propre monde, seuls la plupart du temps puisque leur mère travaille beaucoup, et ils vont nous faire entrer dans leur univers où l’imaginaire occupe une place majeure.

« Lorsque leur mère, Opale et Agate se demandaient ce que devenait la quatrième de la fratrie et avaient envie de la voir, leurs pas les menaient à tout moment à l’intérieur du cabinet de lecture où ils feuilletaient les encyclopédies. »

Le point de départ de ce roman est tragique : une mère perd sa fille et va vouloir protéger ses enfants du monde en les isolant et en créant des règles pour qu’ils restent toujours auprès d’elle. Mais Yôko Ogawa parvient à créer encore une fois une atmosphère impressionnante où les enfants sortent tout droit d’un conte, avec leurs nouveaux prénoms et leurs vêtements, trop petits pour eux et agrémentés d’une crinière pour l’un, d’ailes et de queue en fourrure pour les autres. Pour eux, cette extravagance n’en est pas une, et nous, lecteurs, en venons à l’oublier et à ne plus nous étonner de leur apparence et de leurs activités.

« À l’intérieur d’une encyclopédie tout est calme. Alors qu’elle renferme en vrac toutes les choses du monde, dans les marges règne un silence surprenant. »

Ces enfants créent leur propre monde grâce aux encyclopédies laissées par leur père, qui vont également servir de renaissance pour la petite fille décédée. En effet, Ambre, l’un des enfants, voit son oeil gauche s’obscurcir et voit apparaître la benjamine qui va désormais vivre à l’intérieur de son oeil. Pour en faire profiter sa famille, il va la dessiner tous les jours dans les marges des encyclopédies, qu’il exposera des années plus tard sous le nom d’instantanés d’Ambre. Cela plus M. Signal, un petit personnage qui vit dans l’oreille d’un autre enfant pour lui apprendre des mots, et on en oublie les règles de notre monde et on ne se pose pas de questions sur la réalité ou non des événements du moment que toute cette famille y croit. J’ai personnellement eu l’impression d’être aussi dans cette maison tellement il était aisé pour moi de l’imaginer, chose que je ressens rarement à ce point pendant une lecture. On suit leur quotidien, et là où cela pourrait sembler ennuyeux, il n’en est en fait rien, tant la magie des mots et le pouvoir de créativité des enfants sont immenses.

« Ils ont beau paraître immobiles, les êtres vivants changent d’instant en instant. »

Yôko Ogawa nous livre ici un roman puissant où une famille recommence à zéro, coupée de tout, ou presque. On entre facilement dans ce monde si particulier que seule Madame Ogawa semble savoir construire. Du génie, tout simplement.

Ma note :

 

Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp

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Un recueil de nouvelles du Japon d’une auteure française talentueuse : voici Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp.


Edition lue :
Publié le : 22 mars 2018
Prix numérique : 0,99€ (ici)
Auto-édité

Ce court recueil de cinq nouvelles nous emmène dans un Japon rempli de tendresse, d’espoir, même dans les situations les plus tragiques. On rencontre notamment Momotaro, ce garçon trouvé dans une pêche géante par un couple âgé que l’on voit souvent dans le folklore japonais (que j’avais notamment croisé ici), Sadako Sasaki, dont j’avais entendu parler lors d’un voyage à Hiroshima, puisque cette jeune fille est tombée malade des suites du bombardement, Chizuko, dont le grand-père a connu deux terribles tsunamis, ou encore Emi-chan, qui vit à côté de la préfecture de Fukushima en 2011 et qui aimerait seulement goûter la pluie, bien que radioactive.

« L’interprétation du passé, son souvenir, peut sauver l’avenir. »

Toutes ces nouvelles sont très agréables à lire, j’aime beaucoup retomber sur des noms que j’ai déjà entendus, qui me ramènent à un endroit (Hiroshima) ou à une atmosphère particulière (le folklore japonais). L’écriture est vraiment belle et fluide, et la beauté ainsi que la pureté de certains personnages se ressent vraiment, malgré qu’ils aient pu vivre les événements les plus terribles que le Japon ait pu connaître ces dernières années. Bombardement, tsunami, radioactivité…

« Emi-chan, tu ne peux pas goûter la pluie. Elle est dangereuse, tu comprends ? »

Un recueil de nouvelles qui nous transporte en quelques pages dans un Japon qu’on aime découvrir et redécouvrir. En attendant le premier roman d’Eva Kopp à paraître en juin 2018.

Ma note :

 

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