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N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura

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Je vous propose aujourd’hui un roman récemment paru par chez nous : voici N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura.

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Détails :
Éditeur : Fleuve Editions
Publié le : 23 septembre 2021
Traduction : Diane Durocher
Publié au Japon en : Mai 2019
Nombre de pages : 304
Prix : 18,90€

Nous suivons ici Izumi, qui va bientôt devenir père, et sa mère Yuriko, 68 ans. Il ne rend que très peu visite à sa mère, mais cela va changer lorsque les premiers signes d’Alzheimer font faire leur apparition dans le quotidien de Yuriko. Il va désormais devoir jongler entre son travail, l’arrivée de son premier enfant, et sa mère, tout en nous entraînant dans son passé, dans les souvenirs qui ont marqué sa vie. Souvenirs d’enfance, souvenirs de travail, mais aussi souvenirs avec sa mère, comme l’année où elle l’a abandonné pour vivre une autre vie le temps d’une parenthèse amoureuse.

« Par la fenêtre s’étirait un ciel bleu traversé de nuées blanches. Le vent du nord cognait contre la vitre, furieux de ne pas pouvoir entrer. »

C’est donc un roman sur la mémoire et sur la relation mère-fils. La perte de mémoire de sa mère va amener Izumi à chercher dans la sienne des souvenirs de différentes étapes de sa vie. Cette histoire et sa traduction sont faciles à lire, et on s’attache aisément aux personnages, surtout à Yuriko que l’on voit décliner sous nos yeux de lecteur. Une approche différente de celle d’Aki Shimazaki dans Sémi qui nous parlait aussi récemment d’Alzheimer, mais tout aussi triste et profonde.

« La vie avait une façon bien à elle de vous pousser en avant sans aucun répit. »

Un roman touchant, sur un sujet devant lequel on ne peut que se sentir impuissant : la maladie Alzheimer. Mais même si c’est une relation qui n’a pas toujours été parfaite, c’est avant tout un roman sur l’amour qu’un fils porte à sa mère.

Ma note :

Sémi d’Aki Shimazaki

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Retrouvons Aki Shimazaki pour son dernier roman en date : Sémi.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mai 2021
Nombre de pages : 160
Prix : 15,00€

Tetsuo et Fujiko sont les deux personnages principaux de ce roman fort en émotions. Ils sont mariés depuis plus de quarante ans, mais un jour, Fujiko se réveille dans leur chambre en maison de retraite, et ne reconnaît pas son mari. Le verdict tombe : Fujiko souffre d’alzheimer.  De là, Tetsuo va tout faire pour tenter de continuer à vivre avec celle qu’il aime, en évitant pourtant de la brusquer au quotidien.

« J’étais préparé à ce qu’un jour Fujiko ne me reconnaisse plus, mas je n’imaginais pas redevenir son fiancé. A-t-elle vraiment perdu tout souvenir de notre mariage ? »

Sémi est le deuxième roman du nouveau cycle d’Aki Shimazaki, après Suzuran. Si ce n’est pas votre premier roman de cette auteure, vous savez que les romans sont liés entre eux ; ici, Tetsuo et Fujiko sont en fait les parents d’Anzu et Kyôko, les deux soeurs du roman précédent. Le thème d’alzheimer est quelque chose de très fort et je trouve qu’Aki Shimazaki le développe ici à la perfection.

« Notre vie d’un demi-siècle, où a-t-elle disparu ? »

En effet, on suit Tetsuo qui va redevenir le fiancé de Fujiko et non plus son mari, et qui va tout faire pour la protéger à tout prix. J’en ai également appris beaucoup sur cette terrible maladie ; Tetsuo ne doit en effet pas contredire sa femme, maus au contraire tenter de construire une nouvelle relation en partant de zéro. Et c’est ce qu’ils vont faire, et c’est très beau… mais c’est sans compter sur Aki Shimazaki qui va aussi faire remonter à la surface des souvenirs que Fujiko avait enfouis dans sa mémoire…

Un thème fort et touchant pour un roman très réussi. Aki Shimazaki explore une fois encore avec brio les relations familiales et les secrets sur lesquelles elles se construisent…

Ma note :

Godzilla de Shigeru Kayama

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Tout le monde connaît Godzilla, mais connaissez-vous ses débuts ? Les voici avec ce livre, « Godzilla » de Shigeru Kayama.

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Edition lue :
Éditeur : Ynnis Editions
Publié le : 12 mai 2021
Traduction : Sarah Boivineau, Yacine Youhat
Publié au Japon en : Octobre 1954
Nombre de pages : 280
Prix : 14,95€

En voilà un livre intéressant ! J’ai toujours été très curieux et attiré par les histoires mettant en scène Godzilla, mais je ne connaissais pas vraiment ses origines avant de lire ce livre. Il contient deux histoires, Godzilla : chapitre de Tokyo (à l’origine du premier film Godzilla en 1954) et Le retour de Godzilla (qui a inspiré le film du même nom sorti en 1955). Dans la première histoire, on suit plusieurs bateaux qui vont disparaître en mer jusqu’à ce qu’apparaisse l’immense créature mythique qu’est Godzilla, réveillée par des essais nucléaires et dont le corps semble avoir un taux de radioactivité très élevé. De là, nous suivons plusieurs personnages qui vont voir Tokyo être détruite, et qui vont tenter de trouver une solution pour éliminer définitement Godzilla… qui, bien sûr, n’a pas dit son dernier mot – sinon il n’y aurait pas une deuxième histoire dans ce livre (et plus d’une trentaine de films au cinéma).

« Brusquement, une immense lumière d’un blanc incandescent recouvrit toute la surface de la mer, un rugissement s’éleva, l’eau se mit à former un tourbillon géant, et avant même que les soldats n’eussent le temps de pousser un cri, le bateau tout entier se retrouva enveloppé dans d’étranges flammes. »

Tout d’abord, je tiens à noter la qualité de la traduction dans ces deux textes. J’avoue m’être attendu à une écriture un peu brouillon, mais en réalité le texte est d’une grande qualité littéraire et un réel plaisir à lire. Ensuite, ces deux histoires m’ont beaucoup plu, ainsi que la façon dont elles évoluent. On suit plusieurs personnages qui vont être liés et, étonnement, on s’attache à eux et à leurs relations, au milieu de cette catastrophe. Outre les scènes de destruction et d’attaques, de nombreuses questions sont aussi posées : faut-il se débarraser de Godzilla ou l’épargner et l’étudier ? Comment penserait une organisation de soutien à cette créature intrigante ? Quelles armes avons-nous à notre disposition en cas d’une telle menace ? Et tout cela fait de ces histoires un livre que je conseille fortement et qui plaira sans doute à ceux qui s’intéressent à Godzilla mais également à ceux qui ne le connaissent que de loin.

« Est-il vraiment possible qu’un monstre aussi titanesque existe quelque part sur cette planète ? »

Deux histoires mettant en scène la créature la plus emblématique du Japon, et les actions, qui semblent limitées, des hommes face à ces terribles attaques. Un livre sur la destruction, mais aussi un livre extrêmement humain.

Ma note :

Au prochain arrêt d’Hiro Arikawa

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Après les excellentes Mémoires d’un chat, Hiro Arikawa est de retour en français avec Au prochain arrêt.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mai 2021
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Janvier 2008
Nombre de pages : 192
Prix : 18,50€

Nous embarquons avec Hiro Arikawa sur la ligne de train Hankyu Imazu (dans la région du Kansai). Huit arrêts composent cette ligne – et chaque chapitre nous transporte jusqu’à l’arrêt suivant, jusqu’à ce que nous arrivons au terminal et que le train reparte en sens inverse. Chaque chapitre nous présente différents personnages qui vont se croiser, qui vont pour certains créer des liens, et qui vont parfois aller jusqu’à changer la vie d’autres passagers.

« Dans ce hall, ils pressent tous le pas, qu’ils voyagent seuls, avec des petits amis ou des amis tout court, en famille, pour le travail ou pour le plaisir. Ils sont les seuls à savoir ce à quoi ils pensent en le traversant. »

Hiro Arikawa est de ces auteurs qui font du bien. J’ai encore une fois pris un grand plaisir à lire ce roman, en ayant lu d’ailleurs quelques passages dans le train japonais, et à suivre nos différents personnages qui ont tous une chose en commun : cette ligne de train qu’ils vont partager pour quelques minutes. De Shôko, qui revient d’un mariage où elle a pu se venger à sa façon, à Misa qui va devoir faire un choix face à son violent petit-ami ou encore Masashi qui va rencontrer une femme avec qui il partage une passion pour les bons livres, tous ces personnages montent dans ce train avec leurs bagages personnels qui peuvent parfois être lourds à porter seuls.

« Quels récits habitaient ses passagers ? Ils étaient les seuls à le savoir. Le train se lança avec sa cargaison d’histoires sur son parcours qui n’était pas infini. »

J’ai également beaucoup aimé les détails des petites gares qui se trouvent entre de grandes gares animées qui sont fréquentées par des milliers de personnes chaque jour, en plus des tranches de vie des passagers – qui n’a jamais regardé autour de soi dans le train en tentant de s’imaginer la vie des autres passagers ? Même si je doute qu’en réalité beaucoup de Japonais soient prêts à adresser la parole à leurs voisins de train, c’est un très beau et touchant roman que nous offre Hiro Arikawa.

Un voyage en train, des passagers qui vont se croiser et se recroiser pour la plupart, des vies changées, pour un agréable moment de lecture qui, gare après gare, nous réchauffe le coeur. 

Ma note :

Lune de papier de Mitsuyo Kakuta

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C’est un roman récemment traduit en français dont je veux vous parler aujourd’hui ! Voici Lune de papier de Mitsuyo Kakuta.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 avril 2021
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Février 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

On suit dans ce roman Rika, femme au foyer qui se sent dévalorisée, qui va commencer à travailler en tant que responsable de clientèle dans une banque. D’abord à temps partiel, puis à temps plein, elle va évoluer dans ce nouvel environnement tout en continuant de subir des remarquantes humiliantes de la part de son mari qui veut garder la main et rester le mâle dominant sans qui sa femme n’est rien. Cela va changer lorsque Rika commence à détourner de l’argent que ses clients lui remettent. De là l’engrenage va se mettre en route… alors qu’elle croit possible qu’elle va pouvoir rembourser les clients qu’elle a trompés tout au long du roman (et c’est aussi ça qui est fou !!).

« Elle avait le sentiment d’avoir enfin trouvé la liberté. Sans aucune culpabilité ou la moindre inquiétude, elle savoura seule sur ce quai désert le plaisir de cette toute-puissance qu’elle ne s’expliquait pas. »

Un roman qui m’a tenu en haleine tout le long et qui est très intéressant pour plusieurs raisons. J’ai beaucoup apprécié suivre Rika tout au long de sa réflexion, de découvrir le moment où le déclic se fait et où elle se rend compte qu’elle manipule chaque jour des centaines de milliers de yens qui peuvent être dépensés très (trop ?) facilement dans cette terrible société de consommation japonaise (les prix exorbitants de certains endroits constituent un mystère énorme pour moi, tout comme lorsque je vois régulièrement des jeunes étudiants, voire lycéens, porter des vêtements ou des sacs de marques de luxe…). Découvrir les détails de ce qui a poussé cette femme pourtant normale à passer de l’autre côté de la loi, ce qu’elle ressent à chaque étape, sont des éléments qui m’ont totalement conquis.

« Rika avait vraiment l’intention de rendre à ses clients l’argent qu’elle leur avait « emprunté ». Elle ne doutait pas non plus que cela soit possible. »

Un autre point intéressant est que l’on suit en parallèle d’autres personnages qui ont connu Rika de près ou de loin, pour la plupart plusieurs années auparavant. On participe ainsi à de petits passages de leur vie, et on prend note de leurs réactions et de leurs réflexions lorsqu’ils apprennent ce qu’a fait Rika. Comment en est-elle arrivée là ? Que fait-elle avec tout cet argent ? Que se passe-t-il dans son esprit ? Alors qu’ils tentent eux-mêmes de survivre tant bien que mal dans une société complexe, on peut penser qu’un rien suffit pour qu’eux aussi tombent dans un mode de vie basé dans l’illégalité.

De femme au foyer à détourneuse de fonds, rencontre avec une femme dont la vie va basculer dans ce roman qu’il est extrêmement difficile de lâcher.

Ma note :

Tout peut s’oublier d’Olivier Adam

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Olivier Adam renoue avec le Japon dans son dernier roman en date : Tout peut s’oublier. Découvrons-le ensemble.

Edition lue :
Éditeur : Flammarion
Publié le : 6 janvier 2021
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Nathan et Jun sont séparés. Ils ont ensemble un fils, Léo, dont ils partagent la garde là où ils ont construit leur famille, en France. Jusqu’à ce que Jun, sans prévenir Nathan, décide de retourner dans son pays d’origine, le Japon, en emportant Léo avec elle. Nathan perd la trace de son fils, se rend au Japon à plusieurs reprises, contacte des parents dans la même situation, engage un détective… Des semaines s’écoulent sans qu’il n’ait aucune piste, des semaines s’écoulent sans qu’il ne puisse voir son fils. Il va tout tenter pour le retrouver et tenter de trouver une solution à l’amiable avec son ex-femme. Mais c’est sans compter sur la législation japonaise.

« Ça faisait maintenant deux mois qu’il n’avait pas vu son fils. Qu’il ne l’avait pas tenu dans ses bras. Qu’il n’avait pas entendu le son de sa voix ni embrassé ses cheveux. Jamais ils n’avaient été séparés si longtemps avant ça. »

En voilà un roman intéressant ! J’avais vu passé ce terrible sujet dans des articles sur Internet (comme celui-ci) et ce roman raconte avec précision les différentes étapes et le mur auquel se confrontent de nombreux parents. J’ai apprécié le fait qu’on ait l’histoire en entier : on revient sur l’histoire d’amour entre Nathan et Jun, leur rencontre huit ans plus tôt à Kyôto, leur vie en France. On a au passage de très belles (et originales !) descriptions de plusieurs endroits du Kansai, et on suit volontiers Nathan lors de ses nombreux voyages.

« Une fois là-bas elle aurait la loi pour elle. Et lui n’aurait aucun droit. Une fois là-bas ce serait terminé. »

Parce que oui, il va devoir faire de nombreux voyages. Le moment où il apprend que Jun a quitté la France, et qu’il va essayer de la retrouver directement à Kyôto, en vain. Puis, un voyage quelques mois plus tard, lorsqu’il apprend la location exacte de son fils. C’était un roman fort et difficile, je me suis mis à la place de Nathan, et je reste dans l’incompréhension. Le traitement réservé à ces parents (qui n’ont pourtant rien fait de mal) est brutal et injuste, et Olivier Adam parvient à raconter tout cela à la perfection dans ce roman.

Un roman sur une dure réalité dans lequel on suit le cheminement d’un père qui ne souhaite qu’une chose : retrouver son fils et le voir grandir.

Ma note :

Sankagetsu: Rêves d’été de Philippe M.A.G. Roquet

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Un petit séjour dans la campagne japonaise, ça vous dit ? C’est ce que nous propose Philippe M.A.G. Roquet dans Sankagetsu.

Edition lue :
Publié le : 17 novembre 2019
Nombre de pages : 268
Prix : 5,90€ (Numérique) / 19,90€ (Physique)

Notre narrateur se réveille un beau jour chez Kôji, sans se souvenir de son nom ou de ce qu’il fait au Japon. Il découvre qu’il se débrouille en japonais, mais ça s’arrête là, sa mémoire semble vide. Il va rencontrer de nombreux personnages, qui vont apparaître et disparaître, en laissant notre héros partir à leur recherche et s’aventurer dans un Japon rural qui semble déserté… Sa mémoire lui reviendra-t-elle ?

« Les songes n’ont pas de place dans notre mémoire, sans doute parce qu’ils appartiennent à un autre monde. »

La première chose marquante quand on lit les premières pages, c’est l’écriture. C’est un roman vraiment bien écrit, dans lequel il est extrêmement facile de se plonger. J’ai pris un réel plaisir à suivre le héros dans les différents endroits qu’il va explorer, que ce soit un sanctuaire ou un parc d’attractions abandonné. On est curieux, on se demande quel est le lien entre les différents personnages, ce qui est arrivé à cet endroit déserté ou encore qui est exactement notre héros amnésique.

« Mes pensées se croisaient et se recroisaient sans trouver de chemin vers une réponse à la question qui revenait sans cesse : quel est le lien qui nous unit, Lan, Yûta, Nanaé et moi ? »

Et c’est d’ailleurs là le point fort de ce roman : le héros ! Il est en effet terriblement attachant et drôle; il a en effet toujours une petite remarque pour faire sourire le lecteur, notamment lorsqu’il dialogue avec… sa conscience. Il a une imagination débordante, et cela apporte une superbe touche au roman.

Un roman qui nous emmène dans un Japon presque déserté, entre rêve et réalité. Beaucoup de questions dont on veut connaître les réponses… qui devront pourtant attendre le deuxième tome !

Ma note :

L’Ami japonais de Marc Petitjean

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Enfilez votre plus beau kimono, Marc Petitjean nous emmène à la rencontre de Kunihiko Moriguchi dans L’Ami japonais !

Edition lue :
Éditeur : Arléa
Publié en : Mars 2020
Nombre de pages : 176
Prix : 17,00€

À l’occasion d’un documentaire que Marc Petitjean a réalisé sur Kunihiko Moriguchi, il va nous raconter ici la vie de ce trésor national vivant japonais, célèbre pour ses kimonos, comme son père avant lui. Je ne connaissais pas Kunihiko Moriguchi avant ce livre, mais j’ai passé un excellent moment de lecture à découvrir sa vie, sa pensée et son travail (de nombreuses photos se sont glissées entre le texte, ce qui permet de mettre des visages sur des noms, et des motifs sur des kimonos).

« Je voulais que ma sensibilité japonaise explose dans le monde entier comme une bombe. »

On part donc à la rencontre de Kunihiko Moriguchi. Enfant, il était quelque peu mal à l’aise avec les pratiques trop tradionnelles de son père, grand artiste connu pour ses kimonos. Grâce à une bourse, il va pouvoir s’émanciper et étudier les arts à Paris, ville qui le fera grandir. Il se fera vite remarquer par ses travaux et tout le beau monde lui fera la cour très rapidement. Il gardera un lien avec la France jusqu’à aujourd’hui. Il va ensuite retourner au Japon et, tout en travaillant avec son père, va devoir se détacher de l’œuvre de ce grand homme et trouver sa propre voie.

« Ce qu’il cherchait, ce n’était pas la maîtrise du dessin, mais plutôt que le kimono tout entier devienne un dessin, et une sculpture en mouvement. »

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Ce fut assez fascinant de suivre le parcours de Kunihiko Moriguchi, et la façon dont il va tenter de moderniser, d’apporter une touche nouvelle et inédite à l’un des vêtements japonais les plus traditionnels : le kimono. Il va parvenir à sortir des sentiers battus et, alors que le contraire aurait tout aussi bien pu se produire, va être reconnu et honoré pour son travail. Et ça, c’est tout simplement beau.

Plus qu’un simple livre, L’ami japonais nous propose une rencontre avec un homme qui va découvrir l’artiste en lui et cultiver cet aspect pour en faire quelque chose de magnifique.

Ma note :

 

Un printemps à Hongo de Takuboku Ishikawa

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C’est un journal bien particulier que nous propose Takuboku : voici Un Printemps à Hongo.


Edition lue :
Éditeur : Editions Arfuyen
Publié le : 10 septembre 2020
Traduction : Alain Gouvret
Publié au Japon en : 1909
Nombre de pages : 168
Prix : 16,00€

Ce journal est unique en son genre, puisque Takuboku l’a écrit en romaji (caractères latins) entre avril et juin 1909. Takuboku avait alors 23 ans et nous livre ici un journal sans artifice : il est honnête dans son quotidien, il ne cache rien ni ne se vante de rien. Outre les caractères qu’il a choisis pour le rédiger (qui a d’ailleurs dû rendre la traduction bien difficile), le contenu de son journal est lui aussi unique.

« Seul éveillé dans la métropole apaisée qui sommeille, comptant les souffles de cette calme nuit de printemps, je me suis rendu compte à quel point ma vie dans cette petite pièce de trois tatami et demi est insipide et dénuée de sens. »

Après avoir lu Une poignée de sable, un recueil de tankas de Takuboku que j’ai beaucoup apprécié, j’avais très envie d’en lire plus sur cet auteur, décédé prématurément à l’âge de 26 ans. J’ai donc été ravi de découvrir ce journal, qui ne m’a pas déçu. Tout d’abord, il faut noter qu’un travail intéressant a été fait sur la préface, qui nous donne un peu de contexte et qui nous permet de comprendre quel homme était Takuboku et ce qui le rendait fascinant. Et puis, la lecture du journal débute, et c’est une excellente lecture qui se dessine – très différente des journaux japonais que j’ai pu lire.

« La sensation qu’on a après une journée de travail soutenu, quel que soit le travail, est incomparablement agréable. C’est là sans doute que se trouve le sens profond de la vie. »

Takuboku vit donc à Tokyo, dans une résidence dans laquelle il est entouré d’un ami et de servantes. Il corrige des épreuves et écrit dans son temps libre, pour gagner de l’argent pour pouvoir faire venir sa famille. Et il ne va rien nous cacher : sa principale préoccupation, c’est l’argent, qu’il a d’ailleurs du mal à économiser. Il ne va pas non plus hésiter à partager ses réflexions sur sa vie, son travail, ses désirs (et notamment les prostituées qu’il a fréquentées), son amour pour sa femme qui s’étiole… Et c’est cette franchise qui est surprenante et rend la lecture passionante : on a l’impression d’être dans la confidence et on prend plaisir à découvrir le quotidien de cet écrivain sans le sou dans le Japon du début du XXème siècle.

Un journal sans fioriture et dont l’honnêteté surprend et nous offre une expérience de lecture comme aucune autre, par un écrivain japonais unique dans son genre.

Ma note :

Les miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino

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Je vous propose aujourd’hui un peu de fantastique avec Les Miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Janvier 2020
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Mars 2012
Nombre de pages : 384
Prix : 22,80€

Le roman s’ouvre sur trois délinquants, qui, après avoir commis un délit, se réfugient dans une boutique abandonnée pour y passer la nuit sans se faire remarquer. Cependant, durant la nuit, une lettre va être glissée par la fente du rideau métallique. Celle-ci est destinée à l’ancien propriétaire du bazar Namiya dans lequel ils sont, qui avait pour habitude de donner des conseils à ceux qui lui écrivaient. Les jeunes voyous vont lire la lettre et tenter d’aider la personne qui l’a écrite, avant de se rendre compte que le temps passe différemment dans ce bazar. La lettre semble en effet avoir été écrite trente-deux ans plus tôt…

« Lorsqu’une personne du passé glisse une lettre par la fente du rideau de fer du bazar Namiya, on la reçoit ici, dans notre présent. Je ne sais ni pourquoi ni comment ça arrive, mais cette théorie explique ce qui s’est produit. »

On connaît Keigo Higashino en tant qu’écrivain de romans policiers, et on le découvre ici dans un roman décrit comme fantastique. Et que dire ? C’est très réussi. J’ai pris un très grand plaisir à voyager dans le temps, que ce soit 2012, où on est avec ces jeunes qui sont, dans le fond, pas de mauvais garçons, puisqu’ils vont tenter de résoudre les problèmes de ces inconnus en ayant leur intérêt à coeur, ou que ce soit plusieurs décennies plus tôt, lorsque le gérant de ce bazar a pris la décision d’aider les personnes qui allaient lui confier ses secrets.

« Des lettres venues du futur… Peut-être était-ce la seule explication possible. Si c’était vrai, c’était fabuleux. »

L’écriture est très prenante, on est curieux, on veut apprendre à connaître tous ces personnages et découvrir ce qui les lie, et on se laisse juste porter par Keigo Higashino qui nous emmène dans toutes ces époques, dans une atmosphère qui fait du bien. Parce que oui, c’est un beau roman. L’intention est belle, le message puissant, pour un roman qui offre un moment de lecture qui transcende les âges.

Une ballade dans différentes époques grâce à un bazar qui connecte le présent avec le passé, pour une lecture qui en fait de même et qui fait du bien.

Ma note :

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