Flux RSS

Archives de Tag: 8 étoiles

Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

Publié le

Aujourd’hui je vous présente une oeuvre en parfait accord avec la saison actuelle des pluies au Japon: Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa. Le roman connut un grand succès à sa sortie au Japon en 2003 et a par la suite été adapté en film (2004) et en drama (2005).

Edition lue :
Éditeur : J’ai Lu
Publié en : Janvier 2014
Traduction : Mathilde Bouhon
Publié au Japon en : 2003
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

« Je ne serai bientôt plus de ce monde, mais lorsque la saison des pluies sera de retour, je reviendrai sans faute voir comment vous vous débrouillez, tous les deux. »

On retrouve au début de ce roman Takumi, qui élève seul tant bien que mal son fils Yuta depuis le décès de sa femme, Mio. Pourtant comme elle l’avait promis sur son lit de mort, elle réapparaît un an plus tard pendant la saison des pluies. Mais la jeune femme a perdu la mémoire: elle n’a plus aucun souvenir de son mari et de son fils et ne sait pas qu’elle est morte. Elle va donc réapprendre à vivre auprès des siens grâce aux récits de Takumi. Mais que va-t-elle devenir lors de la fin de la saison des pluies ? Va-t-elle repartir sur la planète Archive comme le pense son fils ?

« Nous nous sommes approchés d’elle en tremblant. Non par peur. […] mais plutôt parce qu’il me semblait que le moindre souffle d’air pourrait effacer son existence. »

Roman extrêmement poétique sur la vie qui continue (difficilement) après le départ de l’être aimé. Le personnage principal qui est aussi le narrateur se présente comme quelqu’un de maladroit, de faible constitution et angoissé, ce qui le rend terriblement réel et attachant. Le lecteur est mis au même niveau que Mio: nous ne savons que peu de choses de leur amour et nous le découvrons au fur et à mesure du récit de Takumi.  Il y a donc un va-et-vient narratif entre le présent et le passé. La trame se concentre principalement sur les  trois protagonistes du foyer mais des personnages secondaires rendent l’histoire encore plus attachante, notamment le professeur avec son chien. Bien que le récit reste banal, le dénouement  est surprenant et ajoute beaucoup d’émotions.

« Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avions tous les deux quinze ans, et le monde se résumait à hier, aujourd’hui et demain »

Le premier roman traduit en français d’Ichikawa est un délice ! Un roman qui traite encore de l’inexorable fatalité qui sépare un amour mais qui reste un roman à l’eau de rose lyrique et émouvant !

Ma note :

 Un article par Mélissa, la meilleure.

 

Publicités

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki

Publié le

Chaque année, on est nombreux à attendre la sortie de son nouveau roman en France avec impatience. Voici le petit dernier d’Aki Shimazaki, Fuki-no-tô.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 6 septembre 2017 (Canada) / 4 avril 2018 (France)
Nombre de pages : 152
Prix : 15,00€

Atsuko a quitté Nagoya avec son mari pour aller travailler dans une petite ferme à la campagne. Son mari, Mitsuo, dont on a fait la connaissance dans Azami, va décider de rejoindre sa femme et fonder sa propre revue, pour sauver leur famille après qu’il ait trompé sa femme. Atsuko va chercher une secrétaire pour l’aider dans sa ferme – et elle va tomber sur Fukiko, une fille qu’elle a rencontrée lorsqu’elle était au lycée. Entre ces deux femmes, l’histoire n’était pas terminée et Atsuko va se retrouver attirée par sa secrétaire.

« Je pense sans cesse à Fukiko. Mon cœur bat. Qu’est-ce qui se passe en moi ? »

J’ai trouvé ce roman plutôt différent des autres d’Aki Shimazaki, mais il m’a tout de même beaucoup plu. On explore ici les sentiments complexes d’une femme mariée, sans tabou. On ne parle pas souvent d’homosexualité dans la littérature japonaise, et je trouve que le sujet est sublimement traité ici. C’est l’amour qui est au cœur de ce roman, un amour qui fait renaître des sentiments que ces deux femmes ont pu connaître dans leur adolescence, et dont la flamme ne s’était clairement pas éteinte.

« En fait, ce qui me dérange, ce n’est pas ce que les gens pensent de nous. C’est le fait que je m’éprends de plus en plus de cette femme à côté de moi. »

Le dernier roman en date d’Aki Shimazaki qui nous transporte dans le cœur des femmes, et plus particulièrement de deux femmes qui vont se redécouvrir des sentiments l’une pour l’autre, après s’être perdues de vue pendant des années. Beau et touchant.

Ma note :

Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita

Publié le

Aujourd’hui, parcourons ensemble un roman qui nous fait découvrir ce que les pianos ont dans le ventre. Voici Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita.

Edition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 14 mars 2018
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Tomura, un jeune homme de 17 ans, va avoir une révélation lorsqu’il va rencontrer un accordeur de pianos qui va s’occuper de l’instrument de son lycée. Le son de ce piano fera naître en lui des paysages de forêts et il va prendre la décision de devenir lui aussi accordeur de pianos. On va ainsi suivre Tomura commencer sa carrière professionnelle en tant qu’accordeur et se rendre compte qu’il a choisi un métier bien particulier…

« Si le piano était capable, miraculeusement, de faire ressortir la beauté tapie dans l’ombre pour me la rendre audible, alors j’acceptais volontiers de m’en faire le serviteur. »

Tout comme le narrateur au début de ce roman, je ne connaissais que peu de choses sur les pianos. Je ne pensais pas m’y intéresser plus que cela, mais j’ai trouvé ce roman passionnant – et vraiment beau. On voit Tomura grandir, tout d’abord accompagner d’autres accordeurs, puis s’occuper de clients tout seul, en faisant des erreurs, en apprenant de tous ses collègues, et en comprenant que la technique ne fait pas tout.

« Je voulais reproduire cette forêt à l’aide du piano. »

Ce qui m’a surtout plu, c’est la façon dont les clients décrivent la musique, la façon dont ils décrivent le son qu’ils souhaitent trouver ou retrouver. Et comment cette description diffère selon les personnes. L’accordeur doit ainsi s’adapter aux images qu’évoquent ces clients et tenter de les retranscrire dans son travail. C’est ainsi que Tomura va essayer de retrouver lui aussi la forêt de laine et d’acier qu’il avait entendue lorsque, lycéen, il avait eu une révélation devant le travail de l’accordeur du piano de son lycée…

« À chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin. »

Un roman qui nous emmène à l’intérieur du piano, dans un monde où chacun peut voir un paysage différent qui peut le marquer au plus profond de lui-même.

Ma note :

Instantanés d’Ambre de Yôko Ogawa

Publié le

Enfin ! Un nouveau roman de Yôko Ogawa traduit en français ! Découvrons ensemble ce que nous réserve Instantanés d’Ambre de cette très grande auteure.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 avril 2018
Traduit par : Rose-Marie Makino Fayolle
Publié au Japon en : 2015
Nombre de pages : 304
Prix : 22,50€

Suite à la mort de la benjamine de la famille, une mère va emmener ses trois enfants vivre dans une villa et va leur dire que derrière le mur de leur terrain se trouve un chien maléfique qui leur veut du mal, tout comme il avait léché la petite fille avant qu’elle ne meure. Ambre, Opale et Agate, vont ainsi vivre coupés du monde avec leurs nouveaux prénoms qu’ils ont pioché au hasard dans les encyclopédies de leur père. Ils vont créer leur propre monde, seuls la plupart du temps puisque leur mère travaille beaucoup, et ils vont nous faire entrer dans leur univers où l’imaginaire occupe une place majeure.

« Lorsque leur mère, Opale et Agate se demandaient ce que devenait la quatrième de la fratrie et avaient envie de la voir, leurs pas les menaient à tout moment à l’intérieur du cabinet de lecture où ils feuilletaient les encyclopédies. »

Le point de départ de ce roman est tragique : une mère perd sa fille et va vouloir protéger ses enfants du monde en les isolant et en créant des règles pour qu’ils restent toujours auprès d’elle. Mais Yôko Ogawa parvient à créer encore une fois une atmosphère impressionnante où les enfants sortent tout droit d’un conte, avec leurs nouveaux prénoms et leurs vêtements, trop petits pour eux et agrémentés d’une crinière pour l’un, d’ailes et de queue en fourrure pour les autres. Pour eux, cette extravagance n’en est pas une, et nous, lecteurs, en venons à l’oublier et à ne plus nous étonner de leur apparence et de leurs activités.

« À l’intérieur d’une encyclopédie tout est calme. Alors qu’elle renferme en vrac toutes les choses du monde, dans les marges règne un silence surprenant. »

Ces enfants créent leur propre monde grâce aux encyclopédies laissées par leur père, qui vont également servir de renaissance pour la petite fille décédée. En effet, Ambre, l’un des enfants, voit son oeil gauche s’obscurcir et voit apparaître la benjamine qui va désormais vivre à l’intérieur de son oeil. Pour en faire profiter sa famille, il va la dessiner tous les jours dans les marges des encyclopédies, qu’il exposera des années plus tard sous le nom d’instantanés d’Ambre. Cela plus M. Signal, un petit personnage qui vit dans l’oreille d’un autre enfant pour lui apprendre des mots, et on en oublie les règles de notre monde et on ne se pose pas de questions sur la réalité ou non des événements du moment que toute cette famille y croit. J’ai personnellement eu l’impression d’être aussi dans cette maison tellement il était aisé pour moi de l’imaginer, chose que je ressens rarement à ce point pendant une lecture. On suit leur quotidien, et là où cela pourrait sembler ennuyeux, il n’en est en fait rien, tant la magie des mots et le pouvoir de créativité des enfants sont immenses.

« Ils ont beau paraître immobiles, les êtres vivants changent d’instant en instant. »

Yôko Ogawa nous livre ici un roman puissant où une famille recommence à zéro, coupée de tout, ou presque. On entre facilement dans ce monde si particulier que seule Madame Ogawa semble savoir construire. Du génie, tout simplement.

Ma note :

 

Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp

Publié le

Un recueil de nouvelles du Japon d’une auteure française talentueuse : voici Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp.


Edition lue :
Publié le : 22 mars 2018
Prix numérique : 0,99€ (ici)
Auto-édité

Ce court recueil de cinq nouvelles nous emmène dans un Japon rempli de tendresse, d’espoir, même dans les situations les plus tragiques. On rencontre notamment Momotaro, ce garçon trouvé dans une pêche géante par un couple âgé que l’on voit souvent dans le folklore japonais (que j’avais notamment croisé ici), Sadako Sasaki, dont j’avais entendu parler lors d’un voyage à Hiroshima, puisque cette jeune fille est tombée malade des suites du bombardement, Chizuko, dont le grand-père a connu deux terribles tsunamis, ou encore Emi-chan, qui vit à côté de la préfecture de Fukushima en 2011 et qui aimerait seulement goûter la pluie, bien que radioactive.

« L’interprétation du passé, son souvenir, peut sauver l’avenir. »

Toutes ces nouvelles sont très agréables à lire, j’aime beaucoup retomber sur des noms que j’ai déjà entendus, qui me ramènent à un endroit (Hiroshima) ou à une atmosphère particulière (le folklore japonais). L’écriture est vraiment belle et fluide, et la beauté ainsi que la pureté de certains personnages se ressent vraiment, malgré qu’ils aient pu vivre les événements les plus terribles que le Japon ait pu connaître ces dernières années. Bombardement, tsunami, radioactivité…

« Emi-chan, tu ne peux pas goûter la pluie. Elle est dangereuse, tu comprends ? »

Un recueil de nouvelles qui nous transporte en quelques pages dans un Japon qu’on aime découvrir et redécouvrir. En attendant le premier roman d’Eva Kopp à paraître en juin 2018.

Ma note :

 

L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka

Publié le

Dans cet article, je vais vous parler d’un roman d’un auteur que l’on connaît peu en France, et c’est bien dommage. Voici L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : 1995
Format poche : 1998
Traduction : Anne Bayard-Sakai
Édition originale en japonais : 1958-1959
Nombre de pages : 168
Prix : 7,10€

On va suivre Yôko, une entraîneuse qui travaille dans le Ginza d’après-guerre, un quartier chic de Tokyo. Elle approche la quarantaine et va se séparer au début du roman de Matsuzaki, un homme marié père d’une fille. Son entourage s’inquiète pour elle car ils savent qu’elle n’est pas faite pour la solitude. Junko, la gérante d’un bar haut de gamme va ouvrir un nouveau bar pour une clientèle un peu moins importante, et Yôko va être entraîneuse là-bas. Elle va ainsi rencontrer plusieurs hommes, mais cela ne va plus la satisfaire : elle se sent vieille et n’a pas vraiment d’ambition…

« Des mains de sa grand-mère, elle avait directement été propulsée au cœur de la tourmente de Ginza, pour y être enfouie parmi toutes ces présences masculines : elle n’avait donc pas eu le temps de devenir adulte. »

J’ai été surpris par ce roman. Tout d’abord, je tiens à souligner la qualité de la traduction, il y a des passages vraiment magnifiques. J’ai été touché par l’histoire de cette femme, qui veut être aimée, mais pas n’importe comment, ni par n’importe qui. Elle veut être heureuse, elle semble vouloir s’élever sans savoir comment s’y prendre. Elle ne va pas hésiter à repousser certains hommes et va se tourner vers l’alcool, pour tenter d’oublier qu’à son âge, quand même, elle devrait au moins être gérante de bar et avoir un protecteur qui n’a d’yeux que pour elle et qui lui permette de vivre sans se préoccuper de l’argent… Et elle en devient touchante.

« Sa vie, dévorée par l’alcool et les hommes, se confondait en vérité avec la mort ; et l’on pouvait dire qu’aujourd’hui elle avait déjà cessé de vivre. »

Un excellent roman qui gagne à être lu. C’était un auteur que je ne connaissais pas, et je suis bien content de l’avoir découvert avec cette histoire qui est racontée avec brio et génialement traduite.

Ma note :

Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

Publié le

Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :

La Proie et l’ombre de Ranpo Edogawa

Publié le

Fascinant, fascinant, fascinant : voilà qui décrit parfaitement Ranpo Edogawa. Je vous présente cette fois-ci un remarquable roman de ce grand maître du genre policier : voici La Proie et l’ombre (paru plus tard sous le nom Inju : La bête dans l’ombre).

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 1994
Grand format publié en : 1988
Traduction par : Jean-Christian Bouvier
Édition originale en japonais : 1928
Nombre de pages : 144
Prix : 6,10€

Dans ce roman de génie, Ranpo Edogawa est le narrateur. Il va un jour rencontrer Shizuko, une femme belle et raffinée qui apprécie ses romans. De là va naître une relation épistolaire entre ces deux personnages. Un jour, elle va le contacter puisque son mari a été assassiné, par Shundei Oe, un écrivain de romans policiers, rival de Ranpo Edogawa… Ce dernier va donc tenter de retrouver ce mystérieux écrivain pour le confronter à son crime, mais, comme souvent avec cet auteur, de multiples rebondissements sont à prévoir…

« Elle avait ce genre de beauté dont on dit souvent dans les romans anciens qu’elle disparaît si on l’effleure. »

Ranpo Edogawa parvient ici encore à nous tenir en haleine tout le long de ce roman ! On a envie de tourner les pages, on a envie qu’il retrouve cet étrange écrivain-meurtrier, et on est surpris devant la perversité des crimes et des personnages… La scène de révélation est palpitante, et c’est tout simplement jouissif. De plus, on a droit à une nouvelle intitulée Le test psychologique, qui est elle aussi une petite perle : un jeune homme prévoit un meurtre et va préparer le test auquel le soumet la police pensant s’en sortir innocenté. C’était sans compter Kogoro Akechi, le célèbre détective que l’on retrouve dans plusieurs textes de Ranpo Edogawa…

« Ne dit-on pas d’ailleurs que c’est souvent chez l’homme de bien que le démon s’introduit le plus facilement ? »

Mon amour pour Ranpo Edogawa se confirme avec ce grand roman qui est un réel plaisir à dévorer. On parvient à être surpris, on a le coeur qui bat, on a envie d’en savoir plus… Tant d’éléments qui ne font que confirmer le talent de cet écrivain.

Ma note :

 

Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa, le prix le plus prestigieux au Japon, alors que son auteure n’avait que 20 ans lors de sa sortie. Voici Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara.

Edition lue :
Éditeur : Grasset
Publié en : Avril 2006
Traduction de l’anglais : Brice Matthieussent
Édition originale en japonais : Décembre 2003
Nombre de pages : 162
Prix : 15,90€

Dans ce roman, on plonge dans le monde des tatouages, des piercings, de la jeunesse désabusée, en bref du Ryû Murakami en mieux. On découvre Lui, qui est fascinée par Ama, un garçon d’à peu près son âge, tatoué, et surtout, la langue fourchue. C’est d’ailleurs cette langue qui va la fasciner, et elle va vouloir faire subir la même chose à la sienne, en commençant par la trouer, et en agrandissant le trou petit à petit pour parvenir à son objectif… les mois passent, et elle va vouloir précipiter les choses, en passant également du bon temps avec le tatoueur-pierceur et en étant en apparence détachée de sa relation avec Ama…

« Je désirais mener une vie imprudente, laisser derrière moi un beau cadavre dans ce monde terne et sombre. »

Au départ, j’ai été assez dégoûté par ce roman, notamment lorsque sont mentionnés tous les détails des piercings, les étapes de langue fourchue, ou d’autres modifications corporelles. Ce n’est pas un sujet qui me passionne ni ne m’excite, mais bon. Les pages se tournent, et j’ai adoré la tournure que prennent les événements et la façon dont les personnages interagissent. Elle comprend vite qu’elle s’est entourée d’hommes plutôt dangereux, mais cela ne semble pas pour autant la repousser, bien au contraire, même si l’alcool la séduira toujours plus. Elle va aussi rapidement courir après le temps, comme si une épée de Damoclès était là, prête à tomber près d’elle…

« Je désirais seulement faire partie d’un monde souterrain où le soleil ne brillerait jamais, où l’on n’entendrait jamais de sérénade et jamais au grand jamais le moindre rire d’enfant. »

Je ne peux pas plus vous en parler, mais la dernière partie du roman m’a beaucoup plu. Elle est à la fois intéressante d’un point de vue de l’histoire, mais surtout d’un point de vue psychologique. On prend vraiment conscience des liens qui unissent ces personnages entre eux, voire qui unissent une personne avec une autre, même si parfois on ne s’en rend pas vraiment compte – ou on ne veut pas l’admettre.

Une agréable surprise pour ce roman qui se déroule dans ces quartiers cachés où la jeunesse tente de survivre comme elle peut. Un roman réellement sombre, mais qui parvient tout de même à être un très bel exemple d’un sentiment qui s’impose parfois malgré notre volonté : l’amour.

Ma note :

Konbini de Sayaka Murata

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa en 2016 au Japon, et qui vient de paraître en France : voici Konbini de Sayaka Murata.

Edition lue :
Éditeur : Denoël
Publié le : 11 janvier 2018
Traduction par : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 27 juillet 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 16,50€

Keiko a 36 ans et travaille dans un combini (ou « konbini », mais j’ai moins l’habitude de l’écrire ainsi), une supérette ouverte 24 heures sur 24 que l’on trouve à tous les coins de rue au Japon. Depuis toute petite, elle est considérée comme étrange. Elle a donc grandi en parlant le moins possible pour ne pas paraître différente des autres. Et aujourd’hui, elle se complait dans ce travail à mi-temps où elle a juste à répéter des paroles, des gestes pour « être comme les autres ». C’est lorsqu’elle rencontre ses anciennes camarades de classe qu’elle se rend compte le plus de son « anormalité », puisqu’elle est l’une des seules à ne pas être mariée, à ne pas avoir d’enfant et à ne pas travailler à temps plein. Mais tout cela pourrait bien changer lorsqu’un homme qui semble aussi ne pas pouvoir se conformer aux règles imposées par la société est embauché au combini où elle travaille…

 « Après tout, sortie de mon manuel de l’employé dont j’appliquais à la perfection les directives, je n’avais pas la moindre idée de la façon dont fonctionnait une personne normale. »

Un roman qui parvient à parler des gens différents de la norme, qui ne rentrent pas dans les cases. La société japonaise est assez rigide et sa structure n’évolue que très lentement. Ainsi, quand on n’a pas un travail à temps plein après ses études, ou quand on n’est pas marié à trente ans, les gens vont te regarder bizarrement. C’est un roman très intéressant sur plusieurs points de vue. C’est rare d’avoir un personnage comme Keiko, qui a conscience de sa différence, qui a conscience que sa façon de penser ne colle pas avec ce que la société attend d’elle. Elle a choisi d’apprendre par coeur le manuel de la parfaite employée de combini pour pouvoir vivre sans que les autres découvrent qu’en réalité, elle ne rentre pas dans « la norme ».

  « Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu’ils sont en droit d’exiger des explications. »

Et voilà, moi je l’apprécie cette Keiko, j’ai envie d’apprendre à la connaître. Elle est touchante d’une certaine façon, et c’est en effet rare au Japon de rencontrer des gens comme elle, puisque tout le monde semble porter un masque en société qui, en quelque sorte, cache leur personnalité (celle-ci parvient heureusement à ressortir en privé ou lors de certaines occasions). De plus, j’ai trouvé ça intéressant de lire un peu le fonctionnement des combinis, un lieu que je fréquente personnellement quotidiennement.

« Dans ce monde régi par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté. Voilà pourquoi je dois guérir. Autrement, je serai éliminée par les personnes normales. »

Un roman qui traite du thème de la différence et des difficultés que peuvent renconter les personnes qui ne rentrent pas tout à fait dans ce qu’on peut appeler la « normalité ». Intéressant, marquant et nécessaire.

Ma note :