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Archives de Tag: 8 étoiles

La princesse qui aimait les chenilles : Contes japonais

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Aujourd’hui, je vous présente un livre plutôt génial. Il s’agit d’un recueil de contes tirés du folklore japonais, adaptés librement et joliment par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura. Voici La princesse qui aimait les chenilles.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 5 janvier 2017
Sorti en grand format en : avril 1999
Nombre de pages : 144
Prix : 7,50€

Ce recueil contient six contes puisés dans l’imaginaire du Japon, dans lesquels on croise des thèmes chers au folklore japonais, ainsi que des personnages dont on a déjà entendu parler. On rencontre donc des fantômes, des kappas (ces mystérieux monstres réputés pour attirer leurs proies, animales comme humaines, dans l’eau, que l’on croise également dans Le Bureau des Jardins et des Etangs de Didier Decoin), la femme des neiges qui représente la mort, des bébés (comme le célèbre Momotarô) qui apparaissent de façon surnaturelle dans un village peuplé uniquement de vieillards, ou encore un spectre sans visage.

« Elle se redressa et tourna vers lui son visage. Il poussa un hurlement. Elle n’avait pas de visage. C’était une face lisse sans yeux, sans bouche, sans nez, une face lisse et blanche comme un œuf. »

Quel plaisir de découvrir ces contes ! Le folklore japonais me fascine, avec notamment le rôle des esprits et des fantômes, qui ne veulent d’ailleurs pas toujours du mal aux vivants. Je trouve ça fantastique (dans les deux sens du terme) de pouvoir découvrir ces contes et ces personnages qui font vraiment partie de la culture japonaise. Mention spéciale pour le conte Les Kappas, histoire dans laquelle cinq frères kappas vont décider de partir se faire de l’argent sur le dos des hommes, en finissant toujours par échouer : une histoire amusante et qui permet de passer un peu de temps en compagnie de ces mesquines créatures.


« Au monde que l’on ne voit pas et que l’on n’entend pas, est-il nécessaire de parler, quand on sait que seuls les fantômes comprennent le chant de la mort ?
»

Un recueil de contes parfait pour découvrir plusieurs facettes du folklore japonais, dans des histoires agréables à lire et qui nous font partir à la rencontre de personnages qui nous sont pour la plus grande partie inconnus. Un moment de lecture qui nous plonge dans un univers fantastique !
Ma note :

Le Musée du silence de Yôko Ogawa

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Ah ! Cela faisait bien trop longtemps que je ne vous avais pas parlé de Yôko Ogawa ! Je répare cela aujourd’hui en vous présentant un autre très bon roman de cette formidable auteure, Le Musée du silence. Que la visite guidée commence !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Avril 2005
Grand format : Août 2003
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : Septembre 2000
Nombre de pages : 320
Prix : 8,70€

Notre narrateur est un expert en musée qui se rend chez  sa nouvelle cliente, une femme très âgée qui vit avec sa fille adoptive. Cette vieille femme l’a choisi pour concevoir un musée très particulier sur sa propriété, puisqu’il contiendra uniquement des objets qu’elle a stockés depuis des années, des objets volés peu de temps après le décès de leur propriétaire. Grâce à l’aide du jardinier et de sa femme qui habitent sur la propriété, mais aussi de la vieille femme et de sa fille, le narrateur va tenter de créer ce musée du silence pour lequel il devra, à son tour, récolter des objets à chaque fois qu’une personne décède au village.

« Ce que je vise, c’est un musée qui transcende l’existence humaine. »

Dès les premières lignes, j’ai été très heureux de retrouver Yôko Ogawa. Son style, admirablement retranscrit par la traductrice, est vraiment unique, et elle arrive à nous plonger dans des atmosphères dont elle seule détient le secret. En plus de l’intrigue principale du musée, d’autres événements vont se produire qui vont rendre le roman riche : un meurtrier s’en prend à des jeunes femmes, le frère du narrateur qui va devenir père, le monastère près de la propriété où les prédicateurs ont fait voeux de silence… autant d’éléments qui vont, et on le sent, à un moment ou à un autre, tomber sur notre narrateur comme une épée de Damoclès.
 

 « Oui, presque tous les objets qui se trouvent ici ont été subtilisés. Ce sont des objets volés, voyez-vous. »



Et une scène m’a beaucoup marqué, puisqu’elle entre en résonance avec la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est dans la première moitié du roman, alors que le narrateur et la jeune fille se promènent devant les boutiques du village, une bombe va exploser. Un attentat décrit de façon terriblement réaliste, de l’incompréhension initiale jusqu’à ce que le narrateur comprenne petit à petit ce qu’il s’est passé et la blessure de la jeune fille. Un passage marquant et particulièrement dur, qui nous montre une fois encore tout le talent de cette auteur.

« Un après midi, il neigea. C’était la première neige que je voyais depuis mon arrivée au village. Entraînée par le vent, fondant dès qu’elle touchait le sol, elle n’allait sans doute pas tenir, mais c’était néanmoins de la neige. »



Un roman où Yôko Ogawa parvient une fois de plus à nous entraîner dans son univers si particulier. J’ai ressenti beaucoup de choses à la lecture, des émotions qui restent et des sensations qui m’ont rappelé celles éprouvées à la lecture d’autres de ses textes. Décidémment, une auteure qui ne déçoit jamais.
Ma note :

L’Anniversaire de la salade de Machi Tawara

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Un livre un peu particulier aujourd’hui, qui a beaucoup fait parler de lui à sa sortie il y a 30 ans, puisqu’il a révolutionné le tanka, la forme de poésie la plus ancienne du Japon. Fêtons ensemble L’Anniversaire de la salade par Machi Tawara.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Grand format publié en : 2008
Édition originale en japonais : 1987
Nombre de pages : 136
Prix : 5,60€

La première impression que j’ai ressentie en lisant ce recueil de plus de 400 tankas, c’est que c’était bien étrange. Je me suis dit que ce n’était peut-être pas une oeuvre faite pour être traduite. Mais au fur et à mesure de ma lecture, je me suis mis à apprécier la beauté de ces tankas et surtout leur originalité. L’auteure a écrit ces tankas de l’âge de 20 à 24 ans, et, alors que le tanka est une forme de poésie très traditionnelle, elle a écrit des tankas sur le quotidien d’une jeune fille de son âge, tout en respectant les règles de l’écriture si particulières de cet art (31 mores sur 5 lignes).

« Après le silence les mots que tu cherches
cette hésitation
je les trouve amusants
»

« Vers la pluie qui s’est mise à tomber
je lève la tête et soudain dans cette posture
je réclame des lèvres 
»

Elle nous parle de pleins de thèmes du quotidien, et c’est sûrement ce qui a fait son énorme succès au Japon et dans le monde (avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus !), comme les amours de jeunesse, la rupture, un match de baseball, un voyage en Chine ou encore son expérience de jeune professeure. C’est souvent très réussi, frais, et même s’il a été écrit il y a trois décennies, il n’en paraît rien. J’ai notamment beaucoup apprécié lorsqu’elle décrit les moments qu’elle passe avec son petit-ami et la façon dont elle décrit les petits gestes d’amour.

« Toi qui ne crois pas aux promesses
ce n’est pas là où il n’y a pas de vagues
que tu construis tes châteaux de sable 
»

« Les parents disent qu’ils ont élevé leurs enfants
mais c’est en toute liberté que rougissent
les tomates des champs 
»

Une lecture qui change et qui est tellement agréable ! C’est frais, c’est touchant, c’est mignon, et ça donne un coup de jeune au tanka, une forme de poésie trop peu connue par chez nous, sans pour autant la dénaturer. Un recueil à picorer sans modération.
Ma note :

Scènes d’été de Kafû Nagai

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Une nouvelle de saison aujourd’hui par un auteur connu pour ses écrits sur le monde des geishas : voici quelques Scènes d’été par Kafû Nagai.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : Mars 2007
Publié au Japon en : 1915
Nombre de pages : 102

Cette nouvelle nous présente Keizô, marié et père de famille, qui va racheter une geisha pour en faire sa concubine, pour en avoir l’exclusivité. Cette geisha, c’est Chiyoka, une geisha qu’il avait l’habitude d’aller voir par le passé. Durant cette centaine de pages, on les suit débuter leur relation exclusive, qui ne va pourtant peut-être pas le rester…

« S’il n’était pas nécessaire de dépenser de l’argent pour l’avoir entièrement à soi, il était en revanche exclu d’espérer la garder indéfiniment pour soi seul. »

Une nouvelle que j’ai beaucoup appréciée ! On découvre ce petit quartier de plaisir dans une ambiance estivale, où les habitants et les geishas laissent les fenêtres ouvertes la nuit… Le déroulement est plaisant : Keizô est toujours rempli de désir envers cette geisha dont il a la « jouissance exclusive », mais la jalousie va elle aussi jouer un rôle important dans cette nouvelle, en bouleversant un peu l’été passionnel que ce couple atypique était en train de passer.

« Bien qu’elle eût de notoriété publique un protecteur, c’était une femme de qui on pouvait obtenir tout ce qu’on voulait pour peu qu’on s’y prit discrètement. »

Un moment de lecture qui nous plonge en quelques pages dans la chaleur du milieu des geishas et de la passion entre un homme marié qui vient de se faire plaisir en s’appropriant la femme de ses désirs. Le tout avec une plume agréable, que demander de plus pour une scène d’été !

Ma note :

Re:ZERO (Tome 1) de Tappei Nagatsuki

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Aujourd’hui, je vous présente un autre light novel, ces romans pour young adults très populaires au Japon, avec le premier tome de Re:ZERO de Tappei Nagatsuki. Prêts à être invoqués dans un autre monde ?


Edition lue :
Éditeur : Ofelbe
Publié le : 15 juin 2017
Publié au Japon le : 24 janvier 2014
Nombre de pages : 280
Prix : 13,99€

Dans cette histoire, on découvre Natsuki Subaru, un lycéen qui se retrouve invoqué dans un autre monde, qui semble se situer à l’époque médiévale et qui est peuplé d’humains, mais aussi de semi-humains et d’animaux. C’est un peu le rêve de tout lycéen moderne fan de jeux vidéo. Dès son arrivée, il va se faire attaquer avant d’être sauvé par une mystérieuse demoiselle à la chevelure d’argent, qui vient de se faire dérober un objet. Il va vouloir l’aider à retrouver cet objet en remerciement, mais il va rapidement perdre la vie… avant d’être ramené quelques heures plus tôt, comme si rien ne s’était passé.

« Donc, si j’ai bien compris, c’est ça, une invocation dans un autre monde ! »

Au départ, l’histoire, les personnages, tout semblait assez familier. Mais Re:ZERO est rapidement parvenu à se démarquer des autres romans et mangas du genre. Tout d’abord grâce à la façon avec laquelle le personnage principal accueille le fait d’avoir été invoqué, comme si c’était quelque chose qui pouvait arriver à tout moment. Ensuite, l’histoire est surprenante, et certaines scènes également (attention les yeux, certains passages sont sanglants !). On va essayer de comprendre le fonctionnement de ce monde en même temps que notre héros, qui va tout faire, et essayer différentes situations pour essayer de ne pas mourir et être ramené au point zéro. Tout en croisant des personnages pour le moins intrigants, qui m’ont donné envie de lire la suite !

« Ce n’était pas la peur qui l’envahissait. Il avait simplement du mal à supporter de perdre la vie, alors qu’il n’avait encore rien vécu. »

Un light novel qui parvient à sortir du lot grâce à son histoire pour le moins originale. À noter que l’objet-livre est très beau et très soigné, que ce soit la couverture ou l’intérieur avec des illustrations en noir et blanc. Un moment de lecture très agréable, parfait pour l’été qui s’annonce !

Ma note :

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima

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Aujourd’hui, je vous présente un excellent recueil de nouvelles d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog : voici l’Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima.

Éditeur : Allia
Publié le : 18 février 2010
Publié au Japon en : 1942
Nombre de pages : 96
Prix : 9,20€

Ce recueil de nouvelles est vraiment superbe. Je l’ai adoré du début à la fin. Les nouvelles sont très courtes (huit nouvelles en une centaine de pages), mais malgré ça, l’auteur parvient très rapidement à nous faire entrer dans son univers qui est pourtant très particulier. On a du fantastique, du surnaturel, mais le tout est si bien écrit et si pertinent que j’ai cru à toutes ces histoires et je n’ai eu aucun de mal à me les représenter. Je ne vais pas vous parler de toutes les nouvelles, mais j’en ai sélectionné deux qui font partie de mes préférées.

« Riez du pauvre homme devenu tigre pour n’avoir point réussi à devenir poète. »

La première nouvelle dont je vais vous parler est celle de l’Histoire du poète changé en tigre, qui donne son nom au recueil. Le titre dévoile l’intrigue : un homme qui veut devenir poète va se changer en tigre, un peu comme dans La Métamorphose de Kafka, ce dernier ayant inspiré Atsushi Nakajima. Mais ici, chaque jour, ce poète va avoir des moments où il redeviendra intellectuellement humain, où il pourra réfléchir et s’exprimer comme n’importe qui. Dans ces moments-là, il va avoir peur de perdre son cœur d’homme à tout jamais et d’oublier qu’avant, il a été un homme. Et c’est une réflexion vraiment intéressante et qui rend cette nouvelle forte. Il va aussi regretter de n’avoir pas pu publier de poèmes et va essayer de trouver un moyen de le faire avant qu’il ne soit trop tard. Pour lui, être un homme c’est en quelque sorte être poète, et il ne va pas lâcher son rêve dans cette nouvelle très plaisante à lire.

« Une chose qui n’a pas été écrite est une chose qui n’a pas été. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler, qui est également la deuxième du recueil, s’intitule Le fléau des lettres. Ici, un homme va tenter de partir à la recherche d’un mystérieux « démon de l’écrit ». Il a en effet remarqué que les personnes qui ont appris à lire ont commencé à éprouver des effets secondaires : baisse de la vue, maladies, les guerriers deviennent peureux, les chasseurs ne touchent plus leurs cibles… L’écriture et la lecture affaibliraient donc l’esprit, comme la peau des hommes affaiblie depuis l’invention des vêtements, et c’est une assomption que j’ai trouvée très originale et qui est très bien développée. On a une réflexion sur l’écriture et sur l’existence de ce fameux démon de l’écriture… On plonge aisément dans cet univers et on est tenu en haleine jusqu’à la fin, qui est d’ailleurs très amusante. Un petit régal.

« Accepter sans broncher ce qui nous est imposé, vivre sans connaître les raisons, tel est notre destin, le destin des vivants. »

Je crois que jamais je n’ai autant apprécié des nouvelles aussi courtes, l’auteur a un réel talent pour nous faire découvrir son univers très spécial, et c’est un réel plaisir à lire. J’ai maintenant hâte de découvrir d’autres textes de cet auteur.

Ma note :

Le troisième sumo de Marie Havard

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Je vais aujourd’hui vous parler d’une jolie nouvelle d’une auteure française : préparez-vous à rencontrer Le troisième sumo de Marie Havard.

Edition lue :
Auto-édition
Publié le : 1er avril 2017
Nombre de pages : 52
Prix : 0,99€ en numérique / 3,50€ en format papier

 Dans cette nouvelle, on suit Hataro, qui a toujours été fasciné par les sumos. Il rencontra un premier sumo à l’âge de 6 ans et lui posera beaucoup de questions, très intrigué. Il ira le voir combattre et va souhaiter devenir comme ces « demi-dieux ». Malheureusement, il se rendra compte que tout le monde ne peut pas devenir sumo et va donc reprendre l’entreprise de son père qui fabrique des fundoshi, les sous-vêtements traditionnels japonais. Et c’est lors d’un voyage d’affaires qu’il va rencontrer un deuxième sumo dans une situation pour le moins cocasse. Celui-ci va changer sa vie, mais ne sera pas le dernier qu’il va rencontrer… d’où le nom de la nouvelle.

« Hataro avait donc déjà eu la chance de croiser deux sumos dans sa vie. C’était très peu finalement, mais assez exceptionnel à chaque fois pour en faire un moment clé de son existence. Il savait qu’il était destiné à en voir un troisième. Alors il pourrait dire qu’il avait bien vécu. »

J’ai passé un excellent moment de lecture avec cette nouvelle. Elle est très bien écrite et elle contient de nombreux passages intéressants. Cet attrait pour les sumos est prenant, on en apprend un peu plus sur eux, mais aussi sur les fundoshi et sur l’ascension du Mont Fuji, qui est certainement mon passage préféré. La fin est également inattendue et a une forte symbolique qui sublime le tout. On prend vraiment plaisir à être pris dans cette atmosphère nippone remplie de beauté, de joie et de bonne humeur.

« Une légende disait que ceux qui avaient quitté ce monde gravissaient des montagnes afin de devenir des dieux au sommet, et de pouvoir sous cette forme, protéger le reste de leur famille. Ainsi, le Fuji, la plus haute cime du Japon, était la plus vénérable des demeures des dieux. »

Une nouvelle sur l’univers des sumotoris et la fascination qu’ils exercent sur un homme durant toute sa vie. Un réel plaisir de lecture !

Ma note :

Fille de joie de Kiyoko Murata

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Kiyoko Murata est une auteure dont je n’ai pas encore parlé sur le blog. Je répare cela aujourd’hui avec son dernier roman paru en France : Fille de joie.


Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 avril 2017
Publié au Japon le : 1er avril 2013
Nombre de pages : 272
Prix : 21,80€

On est en 1903. Ichi, quinze ans, va devenir Kojika. Elle a en effet été vendue par ses parents pauvres à une maison close. Dès le premier jour, les nouvelles arrivantes sont « examinées » et vont devoir se soumettre aux règles strictes qui règnent dans ce genre d’endroits, sous la tutelle d’une oiran (prostituée de haut-rang). Ichi va donc devoir se débarrasser de son patois et devenir rapidement une femme pour rembourser sa dette grâce à des clients. Elle a pourtant un caractère bien particulier et un mode de pensée bien à elle qui vont la faire grandir dans ce monde des plaisirs qui peut parfois s’avérer très difficile…

« L’ambition de Hajima Mohei était de former des prostituées de classe supérieure, capables de conduire leurs clients au septième ciel grâce à leurs techniques secrètes et de les charmer, hors du lit, par leurs talents dans tous les domaines, de la lecture à la cérémonie du thé en lassant par la poésie et la danse. »

Je n’avais jamais lu un roman sur ce sujet et j’ai beaucoup aimé la façon dont le sujet est traité ici. On apprend beaucoup de choses. On suit Ichi au quotidien, mais ce que j’ai aimé, c’est qu’au détour d’une ligne, l’auteure ne nous épargne rien. Elle évoque des choses qui se passent dans ce monde-là, sans insister dessus, mais plutôt en arrière-plan, comme si c’était des choses normales dans ce milieu, auxquelles il fallait s’habituer : elle nous parle de la rivière dans laquelle les filles se suicident parfois, des jeunes filles qui meurent après s’être épuisées à la tâche pour rembourser rapidement leurs dettes, des meurtres passionnels, d’avortement ou de la grossesse perçue comme une maladie, des maladies sexuelles… Tout ça fait partie du décor et on est là, au milieu de tout ça, on apprend et on découvre ces éléments en même temps qu’Ichi, en se disant que, même si elle n’est pas tombée dans le pire établissement du quartier, cette vie est clairement rude. Un autre élément que j’ai apprécié, c’est qu’Ichi n’est jamais appelée par son nom de prostituée, Kojika, dans la narration. On entend ce nom que lorsqu’elle est appelée par le personnel de la maison close, mais sinon, pour nous, elle reste Ichi, cette adolescente venue d’une île du sud avant tout.

« Selon le patron, sa bouche du bas est de classe supérieure, mais on ne peut pas en dire autant de sa bouche du haut. »

Et dans ce roman, le rôle de l’éducation est essentiel. En effet, la loi oblige ces établissements à fournir une éducation à ces jeunes filles qui n’en avaient reçu aucune avant d’arriver là. Ichi profite de cela et l’école est très importante pour elle : elle y écrit son journal, d’une écriture d’abord maladroite, mais qui s’affine au fil du temps. On peut, tout comme la maîtresse qui est une ancienne prostituée, lire son journal et son écriture est simple, mais belle et imagée. La façon de penser d’Ichi est très intelligente et sa plume a la beauté d’un haiku. Son journal ne représente que des petits passages du roman, mais il est, je trouve, essentiel et donne une texture bien particulière à ce roman. Alors que l’école est faite pour apprendre à écrire des lettres à leurs clients et pouvoir calculer leurs dettes pour s’assurer que les tenanciers ne les arnaquent pas, Ichi, elle, se concentre principalement sur l’écriture de son journal dans cette école, « l’endroit où elle se sentait le mieux. » Et c’est grâce à l’éducation que les filles vont également pouvoir prendre conscience de leur condition et, peut-être, aspirer à un changement.

Un roman très instructif sur les quartiers de plaisirs et les filles de joie. On découvre à quoi ressemblait la vie de ces jeunes filles qui débarquent dans une maison close et tout ce à quoi elles pouvaient être confrontées. Une immersion dans un monde que l’on connaît peu au final et qui, grâce au regard à la fois naïf et malin d’Ichi, prend une saveur toute particulière.

Ma note :
8

Amère volupté d’Eimi Yamada

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Parlons aujourd’hui d’un premier roman autobiographique audacieux et qui a ou choqué ou ravi les Japonais lors de sa sortie en 1985. Il s’agit d’Amère volupté d’Eimi Yamada (aussi romanisée Amy Yamada). Immergeons-nous dans cette violente passion.

eimi-yamada-amere-volupteEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 5 janvier 2013 (grand format en 1994)
Publié au Japon en : 1985
Nombre de pages : 104
Prix : 5,00€

On suit ici Kim, une chanteuse japonaise dans un club, qui va tomber sous le charme de Spoon, un soldat noir américain qui s’est enfui de l’armée. Kim est une jeune femme qui a peur de s’engager et qui n’a pas hésité par le passé à partager ses conquêtes avec sa meilleure amie, Maria, pour éviter de trop s’accrocher à un homme. Ce court roman va raconter la passion qui va rapidement se développer entre Spoon et Kim, d’une façon parfois très crue. On parle librement de sexe avec un vocabulaire fleuri, mais aussi de violence, d’alcool, de drogue. Et d’amour.

« Le corps noir luisant de Spoon était comme du chocolat dont on aurait pu faire jaillir, en le croquant, la liqueur sirupeuse. »

J’avais lu beaucoup de critiques négatives sur ce roman, mais j’ai tout de même eu envie de le lire, intrigué. Et je ne regrette pas. La première partie du roman fait clairement penser à du Ryû Murakami. On a, en effet, tous les éléments d’un Bleu presque transparent : du sexe avec un noir américain, un langage très cru, des rails de coke, de l’alcool. Mais, à mon sens, on dépasse la simple description de personnages égarés dans une société qui les dépasse. On voit apparaître dans ce roman de l’amour – qui n’est pas forcément malsain, mais porté sur la passion. Du Ryû Murakami en mieux donc pour moi.

« Je ne pouvais pas supporter l’idée qu’il ait reposé le verre avant de m’avoir bue jusqu’à la lie. »

L’écriture est quant à elle variable : on a de très beaux passages, mais aussi des métaphores douteuses (qui doivent clairement être tout aussi douteuses dans la version originale), mais elle est toujours plaisante, tout comme l’histoire, et je suis facilement entré dans ce roman que je n’ai pas posé avant de l’avoir terminé.

« Été indien. La lumière est éblouissante. Quand je ferme les yeux, mes paupières se colorent comme des feuilles d’arbre dans un été naissant. »

Un roman très agréable à lire avec une narratrice pour le moins intrigante. On se croit au départ dans un Ryu Murakami, avant de voir apparaître une réelle passion et un amour puissant entre deux personnages qui semblent s’être clairement bien trouvés.

Ma note :
8

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