Flux RSS

Archives de Tag: 8 étoiles

La Proie et l’ombre de Ranpo Edogawa

Publié le

Fascinant, fascinant, fascinant : voilà qui décrit parfaitement Ranpo Edogawa. Je vous présente cette fois-ci un remarquable roman de ce grand maître du genre policier : voici La Proie et l’ombre (paru plus tard sous le nom Inju : La bête dans l’ombre).

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 1994
Grand format publié en : 1988
Traduction par : Jean-Christian Bouvier
Édition originale en japonais : 1928
Nombre de pages : 144
Prix : 6,10€

Dans ce roman de génie, Ranpo Edogawa est le narrateur. Il va un jour rencontrer Shizuko, une femme belle et raffinée qui apprécie ses romans. De là va naître une relation épistolaire entre ces deux personnages. Un jour, elle va le contacter puisque son mari a été assassiné, par Shundei Oe, un écrivain de romans policiers, rival de Ranpo Edogawa… Ce dernier va donc tenter de retrouver ce mystérieux écrivain pour le confronter à son crime, mais, comme souvent avec cet auteur, de multiples rebondissements sont à prévoir…

« Elle avait ce genre de beauté dont on dit souvent dans les romans anciens qu’elle disparaît si on l’effleure. »

Ranpo Edogawa parvient ici encore à nous tenir en haleine tout le long de ce roman ! On a envie de tourner les pages, on a envie qu’il retrouve cet étrange écrivain-meurtrier, et on est surpris devant la perversité des crimes et des personnages… La scène de révélation est palpitante, et c’est tout simplement jouissif. De plus, on a droit à une nouvelle intitulée Le test psychologique, qui est elle aussi une petite perle : un jeune homme prévoit un meurtre et va préparer le test auquel le soumet la police pensant s’en sortir innocenté. C’était sans compter Kogoro Akechi, le célèbre détective que l’on retrouve dans plusieurs textes de Ranpo Edogawa…

« Ne dit-on pas d’ailleurs que c’est souvent chez l’homme de bien que le démon s’introduit le plus facilement ? »

Mon amour pour Ranpo Edogawa se confirme avec ce grand roman qui est un réel plaisir à dévorer. On parvient à être surpris, on a le coeur qui bat, on a envie d’en savoir plus… Tant d’éléments qui ne font que confirmer le talent de cet écrivain.

Ma note :

 

Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa, le prix le plus prestigieux au Japon, alors que son auteure n’avait que 20 ans lors de sa sortie. Voici Serpents et piercings d’Hitomi Kanehara.

Edition lue :
Éditeur : Grasset
Publié en : Avril 2006
Traduction de l’anglais : Brice Matthieussent
Édition originale en japonais : Décembre 2003
Nombre de pages : 162
Prix : 15,90€

Dans ce roman, on plonge dans le monde des tatouages, des piercings, de la jeunesse désabusée, en bref du Ryû Murakami en mieux. On découvre Lui, qui est fascinée par Ama, un garçon d’à peu près son âge, tatoué, et surtout, la langue fourchue. C’est d’ailleurs cette langue qui va la fasciner, et elle va vouloir faire subir la même chose à la sienne, en commençant par la trouer, et en agrandissant le trou petit à petit pour parvenir à son objectif… les mois passent, et elle va vouloir précipiter les choses, en passant également du bon temps avec le tatoueur-pierceur et en étant en apparence détachée de sa relation avec Ama…

« Je désirais mener une vie imprudente, laisser derrière moi un beau cadavre dans ce monde terne et sombre. »

Au départ, j’ai été assez dégoûté par ce roman, notamment lorsque sont mentionnés tous les détails des piercings, les étapes de langue fourchue, ou d’autres modifications corporelles. Ce n’est pas un sujet qui me passionne ni ne m’excite, mais bon. Les pages se tournent, et j’ai adoré la tournure que prennent les événements et la façon dont les personnages interagissent. Elle comprend vite qu’elle s’est entourée d’hommes plutôt dangereux, mais cela ne semble pas pour autant la repousser, bien au contraire, même si l’alcool la séduira toujours plus. Elle va aussi rapidement courir après le temps, comme si une épée de Damoclès était là, prête à tomber près d’elle…

« Je désirais seulement faire partie d’un monde souterrain où le soleil ne brillerait jamais, où l’on n’entendrait jamais de sérénade et jamais au grand jamais le moindre rire d’enfant. »

Je ne peux pas plus vous en parler, mais la dernière partie du roman m’a beaucoup plu. Elle est à la fois intéressante d’un point de vue de l’histoire, mais surtout d’un point de vue psychologique. On prend vraiment conscience des liens qui unissent ces personnages entre eux, voire qui unissent une personne avec une autre, même si parfois on ne s’en rend pas vraiment compte – ou on ne veut pas l’admettre.

Une agréable surprise pour ce roman qui se déroule dans ces quartiers cachés où la jeunesse tente de survivre comme elle peut. Un roman réellement sombre, mais qui parvient tout de même à être un très bel exemple d’un sentiment qui s’impose parfois malgré notre volonté : l’amour.

Ma note :

Konbini de Sayaka Murata

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un roman qui a reçu le Prix Akutagawa en 2016 au Japon, et qui vient de paraître en France : voici Konbini de Sayaka Murata.

Edition lue :
Éditeur : Denoël
Publié le : 11 janvier 2018
Traduction par : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 27 juillet 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 16,50€

Keiko a 36 ans et travaille dans un combini (ou « konbini », mais j’ai moins l’habitude de l’écrire ainsi), une supérette ouverte 24 heures sur 24 que l’on trouve à tous les coins de rue au Japon. Depuis toute petite, elle est considérée comme étrange. Elle a donc grandi en parlant le moins possible pour ne pas paraître différente des autres. Et aujourd’hui, elle se complait dans ce travail à mi-temps où elle a juste à répéter des paroles, des gestes pour « être comme les autres ». C’est lorsqu’elle rencontre ses anciennes camarades de classe qu’elle se rend compte le plus de son « anormalité », puisqu’elle est l’une des seules à ne pas être mariée, à ne pas avoir d’enfant et à ne pas travailler à temps plein. Mais tout cela pourrait bien changer lorsqu’un homme qui semble aussi ne pas pouvoir se conformer aux règles imposées par la société est embauché au combini où elle travaille…

 « Après tout, sortie de mon manuel de l’employé dont j’appliquais à la perfection les directives, je n’avais pas la moindre idée de la façon dont fonctionnait une personne normale. »

Un roman qui parvient à parler des gens différents de la norme, qui ne rentrent pas dans les cases. La société japonaise est assez rigide et sa structure n’évolue que très lentement. Ainsi, quand on n’a pas un travail à temps plein après ses études, ou quand on n’est pas marié à trente ans, les gens vont te regarder bizarrement. C’est un roman très intéressant sur plusieurs points de vue. C’est rare d’avoir un personnage comme Keiko, qui a conscience de sa différence, qui a conscience que sa façon de penser ne colle pas avec ce que la société attend d’elle. Elle a choisi d’apprendre par coeur le manuel de la parfaite employée de combini pour pouvoir vivre sans que les autres découvrent qu’en réalité, elle ne rentre pas dans « la norme ».

  « Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu’ils sont en droit d’exiger des explications. »

Et voilà, moi je l’apprécie cette Keiko, j’ai envie d’apprendre à la connaître. Elle est touchante d’une certaine façon, et c’est en effet rare au Japon de rencontrer des gens comme elle, puisque tout le monde semble porter un masque en société qui, en quelque sorte, cache leur personnalité (celle-ci parvient heureusement à ressortir en privé ou lors de certaines occasions). De plus, j’ai trouvé ça intéressant de lire un peu le fonctionnement des combinis, un lieu que je fréquente personnellement quotidiennement.

« Dans ce monde régi par la normalité, tout intrus se voit discrètement éliminé. Tout être non conforme doit être écarté. Voilà pourquoi je dois guérir. Autrement, je serai éliminée par les personnes normales. »

Un roman qui traite du thème de la différence et des difficultés que peuvent renconter les personnes qui ne rentrent pas tout à fait dans ce qu’on peut appeler la « normalité ». Intéressant, marquant et nécessaire.

Ma note :

La Bête aveugle de Ranpo Edogawa

Publié le

Permettez-moi de vous présenter aujourd’hui un roman d’un auteur que j’apprécie particulièrement. Voici La Bête aveugle de Ranpo Edogawa.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 28 mai 1999
Grand format publié le : 1er mai 1998
Traduction par : Rose-Marie Makino-Fayolle
Édition originale en japonais : 1931
Nombre de pages : 160
Prix : 6,10€

Mizuki Ranko, une actrice de music-hall, est l’une des trois femmes qui vont croiser le chemin de la bête aveugle. Cette actrice de music-hall va inaugurer sa statue en marbre dans un musée, et y découvrir un aveugle qui caresse sa statue. Peu de temps après, son masseur habituel va être remplacé par un aveugle… et elle va être embarqué dans une voiture à la fin d’une de ses représentations qui va l’emmener dans un endroit très glauque que cet aveugle a créé : les murs, le sol sont recouverts de corps de parties de femmes faits dans une matière proche de celle de la peau et de tailles très différentes… Mizuki Ranko va au départ vouloir s’enfuir mais au fil du temps, la captivité va lui faire changer d’idée…

« Il y a quelque chose de touchant à voir de simples danseuses de music-hall visiter un musée. »

Qu’est-ce que j’aime Ranpo Edogawa ! Chacun de ses livres parvient à me surprendre et à me plaire plus que le précédent. Les personnages et leur psychologie sont divinement traités, et j’ai pris un réel plaisir à découvrir la façon dont la bête aveugle va approcher sa première (du moins la première présentée dans ce roman) cible. On comprend également qu’il y a quelque chose de très louche bien avant Mizuki Ranko elle-même ! Et je dois dire que c’est très plaisant. Alors qu’on s’imagine ce que cet aveugle a en tête, on est en réalité si loin de ce à quoi il va vraiment la confronter, et c’est si bon.

« Enfermé pendant six mois, dans le noir jour et nuit, j’étais au septième ciel en caressant ces sculptures une à une. »

Une autre chose est également très surprenante dans ce roman. Bien entendu, l’écriture est très plaisante, on a envie de découvrir la suite, le sujet, les personnages, les descriptions, tout est bien traité. Mais ce roman bénéficie d’une modernité incroyable. En le lisant, j’ai totalement oublié qu’il avait écrit au début des années trente. Il est vraiment surprenant pour son époque, il aurait pu être écrit de nos jours, et c’est l’une des réelles forces de ce grand auteur.

 « Comment se faisait-il qu’une femme aussi jeune et aussi belle que Ranko pût tomber ainsi réellement amoureuse d’une bête aveugle que, jusqu’alors, elle haïssait au point d’en avoir la nausée ? »

Un roman incroyable, dans tous les sens de ce mot. Une bête aveugle que l’on a du mal à imaginer pour une histoire extraordinaire qui choque, surprend, mais, étonnemment, qui m’a procuré un plaisir certain…

Ma note :

All That’s Not Me de Kimiko Yoshida

Publié le

Je tenais aujourd’hui à vous présenter un livre d’art d’une photographe japonaise que j’apprécie tout particulièrement. Voici All That’s Not Me de Kimiko Yoshida.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2007
Nombre de pages : 142
Prix : 29,50€

Quand je suis tombé par hasard sur ce beau livre, je l’ai ouvert, et la première photo qui m’est apparue m’a semblé familière. Et oui, puisque je l’avais déjà vu quelque part. « All That’s Not Me » est un recueil de photographies de Kimiko Yoshida, sorti suite à son exposition au Musée d’Israël de Jérusalem en 2006, avec un texte explicatif de Jean-Michel Ribettes, le mari de Kimiko Yoshida, à la fois en français et en anglais. Et il est publié par Actes Sud… la maison d’édition qui publie notamment l’oeuvre de Yôko Ogawa en français… et qui utlise occasionnellement pour les couvertures de cette auteure des photos de Kimiko Yoshida, comme par exemple pour « La Bénédiction inattendue » dont on retrouve la photographie en première page du livre :

La Mariée thé vert, Kimiko Yoshida

Les photos sont toutes des autoportraits et on découvre des représentations de mariées de cultures et de pays différents pour un livre d’art magnifique : des Mariées du Japon bien sûr, mais aussi du Nigéria, du Mali, de la Thaïlande, de la Chine… Le texte est également très intéressant et, malgré son côté parfois abstrait, permet de comprendre un peu l’intention et la façon de percevoir l’art de Kimiko Yoshida, à travers la notion d’autoportrait, du « je », de représentation ou encore d’identité.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un beau livre que j’ai adoré feuilleter, les photographies sont magnifiques et le thème me plaît beaucoup. Une jolie expérience artistique.

Ma note :

Le Bureau des chats de Kenji Miyazawa

Publié le
La littérature japonaise est décidément très riche. Je vous propose aujourd’hui de continuer son exploration grâce à un recueil de contes : voici le Bureau des chats de Kenji Miyazawa.
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Juin 2009
Traduit par : Elisabeth Suetsugu
Nombre de pages : 110
Prix : 6,10€

On a ici un recueil de cinq contes écrits dans les années 1910 et 1920 et décrits comme des contes « à la Andersen », pas uniquement pour les enfants mais destinés à tous. Ce n’est pas tous les jours que je lis des contes, encore moins japonais, donc c’est une lecture un peu particulière mais vraiment charmante. Je vais vous parler brièvement de deux contes, ceux qui m’ont le plus marqué, certainement grâce à leur poésie très bien retranscrite grâce au travail de la traductrice.

« L’émotion saisit la vigne sauvage qui exhale un souffle profond et cristallin, et l’une après l’autre, des gouttes transparentes glissent de ses feuilles. »

Je commence par le premier conte, Les Jumeaux du ciel, écrit en 1918. Il raconte deux petites histoires sur deux jumeaux, qui sont des étoiles et qui vivent dans deux petits palais sur la voie lactée. Dans la première de leurs aventures, on rencontre un corbeau et un scorpion, ce dernier tentant d’empoisonner le corbeau. Les frères étoiles vont tenter de sauver le corbeau et de ramener le scorpion chez lui, tout en étant attendus pour accompagner à la flûte la ronde des étoiles comme chaque soir…  Dans la seconde de leurs aventures, une comète va proposer aux jumeaux un tour et ils vont tomber et se retrouver dans l’eau et ainsi devenir des étoiles de mer… On est vraiment dans une atmosphère que je n’avais pas ressentie depuis longtemps, propre aux contes, on retombe en enfance et on s’émerveille de chacun des petits événements.

 « Quand j’aurai ouvert mon cœur, peu m’importe que le vent disperse mes fruits et mes feuilles, peu m’importe de me figer dans le sommeil blanc de l’hiver lumineux et glacé, peu m’importe d’y laisser ma vie. »

Quant au deuxième conte qui m’a beaucoup plu, il s’agit de La vigne sauvage et l’arc-en-ciel. C’est ici un conte très court et à l’intrigue simple : une vigne veut dévoiler ses sentiments à l’arc-en-ciel. On a ainsi dans ces quelques pages une déclaration d’amour et un dialogue sur l’éphémère, entre une vigne qui ne tient pas les saisons et un arc-en-ciel qui ne reste que quelques minutes dans le ciel… Ce conte est tellement beau !

 Un recueil de contes d’un auteur qui s’est principalement fait connaître après sa mort et qui nous envoie de la magie dans les yeux grâce à son atmosphère particulière et à la beauté de son écriture.

Ma note :

Une poignée de sable de Takuboku

Publié le

Parlons poésie aujourd’hui avec un poète japonais très particulier que j’ai été ravi de découvrir : voici Une poignée de sable de Takuboku Ishikawa, connu sous son simple prénom Takuboku.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 2 juin 2016
Traduction : Yves-Marie Allioux
Publié au Japon en : 1910
Nombre de pages : 192
Prix : 20,00€

Une poignée de sable est un recueil de 551 tankas, des poèmes courts traditionnels, japonais, d’un auteur décédé très jeune mais qui a pourtant marqué l’histoire de la poésie. Ce recueil est divisé en plusieurs parties, et dans la première, on comprend clairement pourquoi il était aussi surnommé le « poète de la tristesse ». Il s’apitoie en effet sur son sort après son exil à Hokkaido par exemple. Dans les autres  parties, il nous parle aussi de là où il a grandi, avec une forte nostalgie qui ressort, mais également de la mort prématurée de son fils de 24 jours dans des tankas déchirants.

« Avec l’audace qu’il faut pour sauter d’une hauteur
Cette vie
n’y aurait-il pas un moyen de l’achever en beauté ? »

J’ai été grandement surpris par le début du recueil. J’ai rarement lu des poèmes aussi noirs, ça change des beaux poèmes comme on a l’habitude d’en lire. Il n’hésite pas à parler de la mort, à exprimer des pensées que l’on pourrait qualifier de suicidaires, et ça laisse une forte impression. Et puis, dans la suite, il y a des poèmes très agréables à lire, qui m’ont vraiment fait apprécier cette lecture. Notamment la partie sur son quotidien à Tokyo qui regroupe vraiment tout ce que j’aime dans la poésie japonaise.

« Au loin on entend le son d’une flûte
Est-ce parce que j’ai la tête baissée ?
Des larmes se mettent à couler… »

Et bien sûr, il faut noter la qualité de la traduction et des notes. J’ai rarement vu des notes d’une telle qualité, avec des explications, du contexte, tout au long du recueil qui permettent d’apprécier encore plus ces poèmes. Il y a près de 90 notes ! En plus de la postface qui nous explique en quoi ce poète était doué et tous les styles qu’il a pu traverser avec succès durant sa courte carrière.

« Comme un cerf-volant au fil cassé
l’âme de mes jeunes années légère
s’en est allée emportée par le vent »

Un recueil de tankas surprenants, qui navigue entre plusieurs registres, celui de la tristesse, celui de la nostalgie, celui de l’amour, toujours avec un style et une beauté comme j’en ai rarement lus dans la poésie japonaise.

Ma note :

L’arc-en-ciel blanc d’Akira Yoshimura

Publié le

J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une nouvelle d’Akira Yoshimura que j’avais beaucoup aimée sur le blog, voici désormais le recueil dans lequel elle a ensuite été publiée en France : L’arc-en-ciel blanc.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mars 2012
Traduction : Martin Vergne
Publié au Japon entre : 1953-1964
Nombre de pages : 192
Prix : 17,30€

Quatre nouvelles composent ce recueil, dans lequel Akira Yoshimura explore un milieu social le plus souvent défavorisé. On rencontre tout d’abord un jeune couple dont la femme ne semblait visiblement pas prête à se marier dans la nouvelle éponyme, puis on retrouve le fameux été en vêtements de deuil dont je vous ai déjà parlé sur le blog, ainsi qu’un jeune garçon qui assiste aux funérailles autour de lui, et d’un frère et d’une soeur qui décident de voler un cheval et de partir ensemble.

« Ayako était bien trop jeune pour devenir une épouse. Le fardeau bien trop lourd à porter. »

Et ce sont ces deux dernières nouvelles que j’ai envie de vous présenter, puisque j’ai pris un grand plaisir à les lire. Tout d’abord, Etoiles et funérailles, qui, dès le début m’a séduit. Dans la première scène, on découvre Jirô, un garçon de 16 ans déficient mentalement, qui suit un cortège funèbre. La scène, un cortège funèbre sous une forte pluie, et ce jeune garçon les suivant au loin, est très belle. Jirô assiste donc aux funérailles qui se déroulent autour de lui et s’assure que le rituel est respecté. On va même jusqu’à lui donner une petite enveloppe pour sa bienveillance, et il va vouloir aider une jeune fille déjà mère, qui vit avec son père qui la frappe. Une nouvelle forte, le lien qui tente de se créer entre eux, avec les funérailles omniprésentes, qui mènent à une fin puissante.

« Il faudrait vraiment avoir un papa ici. Toute seule, maman n’y arrive pas. »

Et la dernière nouvelle, Le mur de briques, m’a également beaucoup plu. Hisae et Kiyota, un frère et une soeur partent voler un cheval pour l’emmener quelque part. On comprend vite qu’ils vivent eux aussi dans des conditions de vie difficiles et que le cheval qu’ils emmènent est lié à leur nouveau beau-père, un scientifique qui fait des expériences sur des animaux… Le thème est fort, il y a des scènes dures à lire, mais le lien fraternel des deux personnages principaux est vraiment beau, ensemble pour défendre ce à quoi ils croient malgré leur faible niveau de vie.

« Hisae, qui sentait la paume de son frère lui serrer fortement la main, eut l’impression d’avoir mauvaise conscience. Emmener un cheval sans autorisation, n’était-ce pas la même chose que du vol ? »

Un très bon recueil de nouvelles qui explorent plusieurs thèmes, tous avec une symbolique forte, avec talent, et qui m’a donné envie de me plonger dans d’autres textes d’Akira Yoshimura.

Ma note :

Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda

Publié le

Je vous propose aujourd’hui de prendre rendez-vous avec un docteur très particulier. Voici Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda. Une petite piqûre ?

Edition lue :
Éditeur : Points
Publié le : 25 septembre 2014
Grand format publié le : 17 janvier 2013 (Wombat)
Traduction par : Silvain Chapuis
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 288
Prix : 7,30€

Ce livre nous présente plusieurs patients qui vont fréquenter le service psychiatrique de la clinique Irabu, et qui vont se retrouver face au docteur Irabu, fils du propriétaire de la clinique. Et ils vont être surpris ! Irabu est en effet un docteur grassouillet et totalemment loufoque. Il dit tout ce qui lui passe par la tête, propose des remèdes improbables et est excité par les piqûres que son infirmière (elle aussi très spéciale, en plus d’être exhibitionniste) prodigue à ses patients à chacune de leurs visites.

« Se faire piquer tous les jours n’était certes pas une partie de plaisir, mais, au fond de lui, ce désagrément était compensé par la vision des cuisses de l’infirmière. »

Il va donc tenter de soigner Kazuo, qui souffre de plusieurs maux apparemment causés par le stress, un autre patient qui a une érection permanente, une hôtesse qui se sent suivie tout le temps par des admirateurs dérangés, un adolescent accro à son téléphone ou encore un homme atteint de TOC. Et à chaque fois que ses patients le rencontrent pour la première fois, ils ressentent un certain mépris voire un dégoût pour cet homme extravagant. Mais en leur proposant une mystérieuse piqûre à chacune de leur visite, ils vont étonnement apprendre à accepter cet homme et revenir tous les jours à la clinique…

« Ma philosophie, vous savez, c’est de faire tout ce qui me passe par la tête. »

En voilà une lecture qui fait du bien ! Un livre très drôle, on prend plaisir à voir le schéma se répéter : aversion pour le docteur, remèdes loufoques, acceptation, et puis, une certaine intimité qui se crée entre Irabu et ses patients, même si ce n’est pas forcément du plein gré de ces derniers… Mais au final, ses patients semblent aller mieux, et d’une certaine façon, je crois qu’on peut dire que c’est, contre toute attente, un bon médecin.

Une lecture amusante sur un docteur qui se comporte comme un enfant et sur son infirmière exhibitionniste, pour un duo de choc (dans tous les sens du terme) qui va tenter d’aider les patients qui au départ regrettent d’avoir mis le pied dans cette clinique…

Ma note :

L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô

Publié le

Place aujourd’hui à un roman intrigant d’un auteur pas encore présenté sur le blog : voici L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 20 mars 2014
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 608
Prix : 28,00€

Dans ce roman on suit le mystérieux pèlerinage du personnage principal, Shizuto. Ce pèlerinage est plutôt spécial puisqu’il marche à travers tout le Japon afin de « pleurer les morts ». Il est ainsi à l’affût de tous les faits divers qui lui permettront d’identifier des victimes et de se rendre sur les lieux du drame afin de leur rendre hommage. Il exécute alors sur place le même rituel semblable à une prière en se remémorant qui ils ont aimé, de qui ils étaient aimés et de quoi peut-on leur être reconnaissants. Il n’est pas là pour le repos de leurs âmes mais uniquement pour graver leurs souvenirs, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

« Moi je veux me souvenir de la personne décédée comme d’une existence unique, qui ne peut être échangée avec aucune autre. »

Le roman alterne les différents points de vue narratifs puisqu’on suit le pèlerinage de Shizuto à travers trois personnages. Il y a d’abord Junko, l’attachante mère malade attendant désespérément le retour de son fils; Makino, un journaliste désabusé en quête de sensationnalisme pour ses articles et enfin, Yukiyo, une femme cherchant la rédemption suite à un crime

« Tu devrais lui parler avant qu’il ne soit réduit en cendres (…) on dit que l’ouïe est le dernier sens qui subsiste… même quand on est mort, il reste ce que l’on appelle l’oreille de l’âme… »

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a été le lauréat du prix Naoki en 2008, un des prix le plus convoité au Japon avec le prix Akutagawa. La narration est fluide et on prend plaisir à suivre les différents personnages. Le thème de la mort est un sujet de prédilection pour les auteurs japonais et cette œuvre ne fait pas exception. La disparition des êtres est au cœur de l’histoire mais sans jamais devenir trop pesante. Le roman aborde aussi le sujet du regret, de l’impuissance face à la perte de l’autre mais aussi de l’amour et des liens qui unissent les personnes entres elles. Il en découle au final une belle philosophie et ce roman nous fait nous interroger sur les traces que nous laisserons derrière nous quand nous partirons.

« Comment je vais faire … ? avait répondu Shizuto en sanglotant. Comment je vais faire pour me souvenir toujours de lui ? »

Ma note :

Un article écrit par Mélissa, la meilleure.