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Archives de Tag: 9 étoiles

Cinq nô modernes de Yukio Mishima

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C’est avec grand plaisir que j’ai relu Cinq nô modernes de mon écrivain préféré, Yukio Mishima, plusieurs années après ma première lecture pour pouvoir vous le présenter ici ! Plongeons dans ces cinq chefs-d’oeuvre du théâtre nô.


Edition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié en : 24 janvier 1984 (1ère édition : 1970)
Publié au Japon en : 1950-1955
Nombre de pages : 176
Prix : 17,75€

C’est Marguerite Yourcenar qui a traduit ces pièces de nô, et comme elle l’explique dans le merveilleux avant-propos, tout en s’éloignant un peu du nô traditionnel, Mishima parvient tout de même à en faire ressort l’essence même, et c’est fantastique. Pas besoin d’être un expert en théâtre japonais ou en Mishima pour les lire et les apprécier. Je vais vous présenter ici mes deux pièces préférées, un choix difficile puisque toutes sont des bijoux. Ce sont la première et la dernière pièce du livre.

« C’est dans le miroir de notre laideur que nous voyons resplendir l’être aimé. »

Je commence donc par Sotoba Komachi, une pièce de Kanami Kiyotsugu remise au goût du jour par Mishima, et qui est la pièce la plus populaire parmi les cinq, puisqu’elle a été jouée un peu partout dans le monde. On est ici dans un parc et on assiste au dialogue entre une vieille femme de 99 ans, assiste sur un banc destiné aux amoureux, et un poète, qui ne comprend pas ce que fait cette femme fait ici et pourquoi elle méprise les jeunes couples. Cette femme va lui révéler que tous les hommes qui lui ont dit qu’elle était belle sont morts. Une sorte de malédiction à laquelle rit le poète, qui, la trouvant de toute façon laide, semble en sécurité. Mais en reconstituant dans ce parc une scène des 19 ans de la femme, il va la voir d’un œil entièrement différent… Une pièce simplement magique, on part d’une situation normale : une discussion dans un parc, on parle d’une malédiction qui semble absurde, on est transporté dans une autre époque via les souvenirs et la malédiction prend tout son sens.

« Quand les batailles du jour prennent fin, la guerre nocturne commence. Une lutte bien plus sauvage, bien plus effrénée. Les trompettes de la nuit qui proclament l’ouverture des hostilités sonnent en ce moment. »

Dans Hanjo, on découvre le personnage de Jitsuko, une artiste peintre d’une quarantaine d’années qui s’est éprise pour Hanako, qu’elle a accueilli chez elle et qui est une geisha qui a perdu la raison après que Yoshio, son amant avec qui elle prévoyait de se marier, soit parti. Hanako ne va vivre que pour le jour où elle reverra son fiancé, et va l’attendre. En parallèle, Jitsuko, terriblement jalouse, va redouter ce jour… qui finira bien évidemment par arriver dans la pièce. Hanjo est donc la dernière pièce de ce livre, et elle me plaît tout particulièrement, de par la symbolique qu’a su donner Mishima à cette pièce inspirée d’un nô ancien dont il a modifié le dénouement.

« Les cernes d’une femme sont bien charmants, n’est-ce pas ? Comme des nuages sous la lune. »

On connaît peu Yukio Mishima en tant que dramaturge, mais c’est pourtant un genre dans lequel il excelle. Il nous le montre ici en dépoussiérant le nô, tout en parvenant à ne pas dénaturer ce théâtre tellement japonais et à nous dévoiler une fois de plus son talent. On prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue et à s’imprégner de cette atmosphère si particulière qui entoure ces pièces.

Ma note :

Les Mémoires d’un chat d’Hiro Arikawa

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Un article félin aujourd’hui ! Entrez dans Les mémoires d’un chat, un roman plein de tendresse d’Hiro Arikawa qui vient de paraître en France !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 juin 2017
Publié au Japon le : 15 novembre 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

Dans ce roman, on rencontre Satoru Miyawaki, mais surtout son chat, Nana. De la première fois où Satoru s’occupera de lui, jusqu’à aujourd’hui, cinq ans plus tard, où Satoru doit se séparer de son fidèle compagnon pour des raisons que l’on découvrira au fil du roman. Ils vont ainsi partir en voyage ensemble, pour s’arrêter chez des amis de Satoru qui ont compté dans sa vie, en espérant que l’un d’entre eux accepte de s’occuper de Nana, ce chat terriblement attachant.

 « Ce préjugé humain selon lequel les chats ne comprennent pas votre langage est tout simplement idiot. »

C’est donc un roman sur la relation entre un chat et son propriétaire. Mais je dirais que c’est avant tout un roman sur l’amitié. On va en effet découvrir les amis de Satoru qui ont tous compté à un moment de sa vie, Kôsuke, avec qui il avait adopté un chat lorsqu’ils étaient enfants, Yoshimine, un élève arrivé en cours d’année avec qui il s’était immédiatement lié d’amitié, ou encore Sugi et Chikako, avec qui il était au lycée. Toutes ces rencontres se font dans le cadre de ce beau voyage pour trouver un nouveau propriétaire à Nana, voyage qui leur permettra de créer de nouveaux souvenirs ensemble.

« Combien de paysages existent en ce monde qu’un chat ne verra jamais ? »

J’ai commencé ce roman sans avoir trop d’attentes. L’écriture est plutôt simple, le ton est parfois drôle, notamment quand le chat devient narrateur, c’est plaisant à lire. Je l’ai d’ailleurs pris un peu trop à la légère. Parce que ce roman m’a beaucoup touché, peut-être justement car je ne m’y attendais pas. À partir d’un certain moment, le ton devient tendre et extrêmement touchant, et un passage m’a beaucoup ému, jusqu’à me procurer des frissons dans tout le corps alors que j’étais en train de lire dans un train bondé à Tokyo. Et j’ai été marqué par la relation entre Satoru et ses amis, mais aussi par celle entre lui et son chat qui ne peut clairement pas nous laisser indifférents.

Un roman qui m’a beaucoup surpris puisque je ne m’attendais pas à ce qu’il me touche autant. On part en voyage avec Satoru et Nana, dans ce Monospace dans lequel nous aussi, nous pouvons nous sentir comme chez nous. Un grand et fort moment de lecture qui m’a marqué.
Ma note :

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

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Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

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Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

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Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

Un cri d’amour au centre du monde de Kyoichi Katayama

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Aujourd’hui, écoutons le Cri d’amour au centre du monde, un roman à la fois magnifique et bouleversant écrit par Kyoichi Katayama. Découvrons ensemble cette sublime et tragique histoire d’amour entre deux adolescents japonais.

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Edition lue :
Éditeur : Presses de la cité
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 240
Prix : 18,80€
(Existe aussi en format poche à 6,10€)

Sakutaro et Aki sont deux jeunes japonais qui se connaissent depuis le collège. Le destin va les rapprocher au fil du temps : alors qu’ils sont dans des classes séparées au collège, ils vont tout de même se côtoyer et développer une amitié, qui évoluera en amour au lycée, alors qu’ils se retrouveront enfin dans la même classe. Les deux adolescents connaissent un amour très fort et pur : ils parlent d’éternité, de mariage, savent qu’ils vont vieillir ensemble. C’était sans compter sur la maladie d’Aki. Celle-ci va développer une leucémie, essayer traitements après traitements, mais rien ne marchera : elle va décéder très rapidement, laissant Sakutaro seul et détruit.

« Je ne songeais pas un instant à faire le lien entre la mort et les adolescents de mon âge. La mort était réservée aux personnes âgées. »

Ce roman était un magnifique coup de cœur pour moi. L’histoire est bien évidemment touchante, mais l’écriture et la profondeur de certains passages rendent ce roman incroyablement beau, mais aussi incroyablement triste. L’auteur a fait un choix plutôt audacieux : le début du roman se déroule après la mort d’Aki. Puis on retourne dans le passé et à l’histoire entre elle et Sakutaro, mais on revient à l’après-mort en début de chaque gros chapitre. De cette façon, il est certain qu’en tant que lecteur on soit moins touché lorsqu’Aki décède (aucune surprise, on le savait dès la première page), mais en revanche je trouve que ça sublime le roman. En effet, l’auteur insiste ainsi non pas sur la mort, mais sur l’amour et la vie.

« Je fus alors saisi d’une certitude terrible. Aussi longtemps que je vivrais, je ne voulais pas être plus heureux que maintenant. Je ne voulais aspirer qu’à une chose : tenter de conserver ce bonheur précieusement aussi longtemps que possible. »

Parce que ce roman est un roman d’amour, et quel roman d’amour ! On voit la relation entre ces deux adolescents évoluer : l’amitié, qui est déjà belle, qui va se transformer en amour incommensurable. Ils vont vivre de belles choses ensemble, se rendre sur une île désertée pour passer un beau moment ensemble, coupés du monde. Ils vont avoir de fortes conversations, parfois initiées par celles qu’entretient Sakutaro avec son grand-père, qui a perdu la femme qu’il aimait et qui va demander à son petit-fils un service qui va mener à une réflexion sur l’amour et la mort. Et ils vont vivre ce que deux adolescents ne devraient jamais vivre : la maladie. Aki qui découvre au fur et à mesure que les jours passent et qu’elle ne guérit pas qu’elle a une leucémie. La perte de cheveux liée à la chimiothérapie. La faiblesse de son corps. La réalisation pour elle et Sakutaro qu’elle va bientôt disparaître. La tentative (et quelle tentative !) de passer un dernier moment ensemble, loin de l’hôpital et du traitement qui l’affaiblit de jour en jour.

« Je n’étais pas vraiment là. Je n’étais ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans la vie, ni dans la mort. J’errais je ne sais où. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais venu là. En faisant un effort, je pouvais bien constater que j’étais là. Mais je ne savais pas où j’étais vraiment. Je ne savais pas qui j’étais vraiment. »

On ressent vraiment que c’est un roman japonais, et cela m’a touché. On va très loin dans les sentiments, dans le ressenti. L’expression de la solitude de Sakutaro une fois Aki partie est bouleversante. On suit le processus : il pense à cette solitude avant de la perdre, mais aussi pendant qu’il la perd et après qu’il l’ait perdu. C’est, pour conclure, un roman extrêmement puissant qui ne vous laissera pas indifférent. Et je crois que jamais un titre n’aura été aussi bien trouvé pour un roman.

Ma note :
9

Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa

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Il est temps de vous parler d’un magnifique roman, adapté en un tout aussi magnifique film sorti en France en fin janvier 2016 : Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa. C’est parti pour la dégustation de dorayaki !

les-délices-de-tokyo-durian-sukegawaEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2016
Édition originale en japonais : 2013
Nombre de pages : 240
Prix : 17,50€

L’histoire nous emmène à la rencontre de Sentarô, un homme qui travaille dans une petite échoppe spécialisée dans la préparation et  la vente de dorayaki, une délicieuse pâtisserie japonaise consistant en deux sortes de pancakes avec au milieu de la pâte de haricots rouges. Un jour, une vieille femme, Tokue Yoshii, s’approche de cette boutique située en face d’immenses et magnifiques cerisiers en fleur et voit l’annonce sur la vitre : Sentarô cherche en effet à embaucher quelqu’un qui pourra lui venir en aide. Refusant d’abord, à cause de son âge avancé -elle a 76 ans- et ses doigts déformés par une maladie, il finira par accepter après qu’elle lui ait fait goûter sa pâte de haricots rouges, qu’elle confectionne depuis plus de 50 ans. À partir de là, la petite boutique va rencontrer un très grand succès grâce à la délicieuse nouvelle recette et au magnifique duo formé par Sentarô et Tokue. Pourtant, cela va être de courte durée puisque Tokue a un lourd secret qui va resurgir de son passé…

« Le vent souffla. Le cerisier frémit. Des pétales entrés par la vitre entrouverte se déposèrent sur la plaque chauffante. »

Et je ne vais pas vous en dire plus ! J’ai vu le film avant de lire le roman, et je ne savais pas exactement de quoi ça allait parler : je m’attendais à une belle petite histoire parsemée de pétales de cerisiers, légère et plaisante. Et bien ça va en réalité bien plus loin que ça : c’est une histoire d’une beauté incroyable mais aussi très émouvante, de par le sujet abordé. Le film est très proche du roman, la plupart des dialogues sont les mêmes, l’action aussi. La temporalité est en revanche un peu différente (le film semble se dérouler sur une période plus courte), et c’est surtout le passé des personnages qui est plus approfondi dans le roman, et qui permet de mieux se rendre compte pourquoi nos trois personnages principaux ont un lien si fort : Sentarô, Tokue et Wakana, une jeune lycéenne qui fréquente régulièrement l’échoppe de dorayaki.

« Il s’agit de bien observer la mine des haricots azuki. De s’ouvrir à ce qu’ils ont à nous dire. C’est, par exemple, imaginer les jours de pluie et de beau temps qu’ils ont connus. Écouter l’histoire de leur voyage, des vents qui les ont portés jusqu’à nous. »

La partie sur la préparation de la pâte de haricots rouges est vraiment magnifique. Tokue est délicate, prend son temps, ce que Sentarô ne comprend pas du tout au début. Ce roman est une sublime poésie, une ode à la liberté et à la beauté, représentée par les cerisiers en fleur et la confection de ces délicieuses pâtisseries. De plus, le secret de Tokue est incroyablement fort, c’est un sujet dont on parle très peu au Japon de nos jours, mais qui a pourtant bel et bien existé, et le placer dans cette histoire est un intelligent tour de force. Le Japon a beaucoup de côtés sombres dont il n’aime pas parler, mais grâce à des œuvres comme celles-ci, on parvient à les mettre en lumière et c’est une très bonne initiative, voire même un besoin pour que le Japon puisse évoluer et apprendre de ses erreurs.

« Ce jour-là, nous avons regardé la lune ensemble. La pleine lune était visible au-dessus du cerisier devant la boutique. Mme Yoshii m’a dit, elle est belle, admirons-la ensemble… »

Ce roman est une perle. Il regroupe tout ce que j’aime dans la littérature japonaise et ce qui en fait aussi une de ses spécificités : il est d’une immense beauté, la beauté du Japon, de ses saisons, des relations entre les hommes, de la nature, de l’écriture, et il incorpore un sujet particulièrement dur, qui ne peut que nous toucher. Un roman qui m’a profondément et durablement marqué et que je conseille à tous, et pas uniquement aux amateurs de littérature japonaise.

Ma note :
9

Merci Mélissa de m’avoir offert ce livre, tu es décidément la meilleure.

Jeune Fille à l’ouvrage de Yôko Ogawa

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Ça y est, le nouveau livre de Yôko Ogawa est arrivé en librairie le 3 février ! Celui-ci s’intitule « Jeune fille à l’ouvrage » et contient pas moins de 10 nouvelles pour ravir tous les admirateurs de cette grande auteure, mais aussi pour permettre aux petits nouveaux de découvrir toute l’étendue de son talent.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 février 2016 (édition originale en japonais : 1996)
Nombre de pages : 224
Prix : 20,00€

Que ça fait plaisir de retrouver Yôko Ogawa dans des nouvelles, un genre dans lequel elle excelle ! Puisqu’il serait difficile de parler de toutes les nouvelles et que je vais pas tout vous dévoiler, je vais vous parler de mes trois nouvelles préférées. Et je peux vous dire que c’était très compliqué de les choisir, tant elles sont différentes et superbes.

Commençons par le commencement avec la première nouvelle, éponyme : Jeune fille à l’ouvrage. Dans cette nouvelle, on suit un jeune homme dont la mère est malade d’un cancer. Il va rester à ses côtés pour ses derniers mois, à l’hôpital. Cet homme va retrouver une amie d’enfance, avec qui il jouait vingt ans auparavant – même enfant, il se souvient d’elle en train de broder, et il la retrouve dans cet hôpital toujours en train de broder, un couvre-lit. Ils vont évoquer leurs souvenirs de jeunesse ensemble, il va admirer les doigts de cette jeune femme, son agilité, mais aussi sa boîte à ouvrage (qui contient son matériel de broderie), qui n’a pas changé après toutes ces années… Cette nouvelle est délicate et très forte. On plonge dans les souvenirs en commun de ces deux adultes, et on se rend compte que notre narrateur a retrouvé non pas une jeune femme, mais la petite fille qu’il avait connue. C’est comme si elle continuait de vivre dans sa mémoire pendant vingt ans, et qu’elle n’avait pas arrêté de broder à l’intérieur de lui. Une très belle nouvelle qui traite les thèmes de la mémoire, du souvenir, mais également de la mort et du côté éphémère de la vie. Du très bon Ogawa.

« Si cela avait été possible, j’aurais voulu regarder indéfiniment cette petite fille broder. J’aurais voulu m’enfermer dans la scène de notre mémoire où personne ne nous dérangeait. »

Continuons avec la seconde nouvelle du recueil, intitulée Ce qui brûle au fond de la forêt. Un homme arrive dans un centre d’hébergement. À l’accueil, on lui retire la « glande ressort » d’une de ses oreilles. Bien que ceci ne va en rien gêner son ouïe, il va pourtant être obnubilé par cette glande ressort qu’il n’a plus, ressentir un manque et il va se demander où sont conservées les boîtes de pétri dans lesquelles les glandes ressort des nouveaux arrivants sont déposées. On découvre que la glande ressort contient les informations temporelles des individus, et qu’elle est enlevée pour qu’ils se sentent plus légers dans ce mystérieux centre d’hébergement où il n’y a aucune notion du temps. J’ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle puisqu’on retrouve une ambiance particulière comme Yôko Ogawa sait si bien les mettre en place, elle m’a fait penser à L’Annulaire, où le centre d’hébergement remplace le laboratoire. On se retrouve dans un lieu qui semble naturel pour tous les personnages, excepté le narrateur, qui va se poser des questions, à juste titre, qui sont également les questions qu’on peut se poser nous, lecteurs.

« J’ai pensé qu’il y avait longtemps que je n’avais pas vu brûler quelque chose de cette couleur. Cela remontait à un passé lointain, un feu qui rougissait les joues, faisait fondre le silence et réchauffait le temps. »

Parlons maintenant de ce qui est, je pense, ma nouvelle préférée de ce recueil ! Il s’agit de L’Encyclopédie, la cinquième nouvelle. On suit une jeune femme qui a pour habitude, avant de retrouver son amant écrivain, de se rendre à la bibliothèque pour consulter une livre intitulé « L’Encyclopédie des vers parasites ». Elle a en effet une certaine fascination pour cette encyclopédie et pour les parasites qui vivent à l’intérieur des êtres vivants… Tout ceci occupe une place importante de ses pensées et, sans vous en dire plus, la fin est tout simplement majestueuse ! Ce que j’ai apprécié dans cette nouvelle, c’est l’ambiance très propre à Yôko Ogawa, l’objet de fascination également qui est pour le moins original, et la réflexion de la narratrice – qui en vient à se demander si en elle se trouve également un parasite ou si elle est elle-même un parasite se baladant dans le corps d’un être vivant… J’aurais aimé qu’elle soit plus longue, comme la plupart des nouvelles de ce recueil, mais c’était un excellent moment.

 C’est en résumé un excellent recueil. Chacune de ces nouvelles a fait naître une réflexion en moi. Une nouvelle étant terminée, j’avais besoin d’un petit temps pour y réfléchir et sortir doucement du monde dans lequel Yôko Ogawa m’avait plongé, avant de repartir dans un autre univers avec la nouvelle suivante. On retrouve les thèmes de prédilection de l’auteure, maniés avec talent (ce qui est étonnant vu que le recueil est sorti au Japon en 1996 : elle avait déjà un style bien à elle et bien maîtrisé), pour un voyage dans dix nouvelles qui vous feront vibrer à coup sûr, de dix façons différentes.

Ma note :
9

La mort de Radiguet de Yukio Mishima

Publié le

Aujourd’hui, je vais vous parler d’une nouvelle absolument fantastique – même si je ne suis pas certain de faire preuve d’une grande objectivité. Il fallait bien entendu que je fasse un article sur une œuvre de Mishima, puisque celui-ci s’est donné la mort par seppuku il y a 45 ans quasiment jour pour jour (le 25 novembre 1970). L’œuvre est question est La Mort de Radiguet (ラディゲの死) de Yukio Mishima. Il s’agit d’une très intéressante édition bilingue, offerte à l’occasion du Salon du Livre de 2012. N’ayant pas pu être présent à ce Salon, j’ai dû me la procurer sur Internet, puisque celle-ci concerne deux de mes auteurs préférés : Yukio Mishima et Raymond Radiguet.

la mort de radiguet

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Du monde entier)
Publié en : 2012 (édition originale en japonais : 1953)
Nombre de pages : 35
Prix : Hors commerce

Un peu de contexte tout d’abord !
Yukio Mishima est un auteur japonais dont j’ai déjà parlé à deux reprises sur le blog (pour La mort en été et Confession d’un masque) et c’est sans aucun doute mon écrivain préféré. Alors lorsque j’ai appris que Mishima avait écrit une nouvelle sur les derniers jours de Radiguet, qui est donc un autre écrivain que j’admire, mon excitation fut incommensurable.

« Mais qui est donc ce fameux Raymond Radiguet ? » doivent se demander certains d’entre vous. Et bien Raymond Radiguet est un jeune écrivain français décédé à l’âge de 20 ans en 1923, très proche ami (si ce n’est plus) de Jean Cocteau. Il a notamment écrit de la poésie et du théâtre, mais c’est son premier roman qui m’a particulièrement plu, Le Diable au corps. Et figurez-vous que Mishima fut l’un de ses adorateurs.

Alors que dire de cette nouvelle ?
Et bien, je pense qu’elle vous plaira bien plus si vous êtes déjà familier à Radiguet et à son œuvre, mais la plume de Mishima rend ce texte très intéressant et plaisant même pour ceux qui n’ont pas d’intérêt pour Radiguet. En effet, il a déjà été prouvé que Mishima excellait dans l’art de la nouvelle – et c’est encore une fois confirmé. En quelques pages à peine, Mishima parvient à décrire la relation que Radiguet semblait avoir avec Cocteau, dans une très belle langue, comme à son habitude. Radiguet a eu une courte vie et la mort l’a frappé brusquement – sans grande surprise pourtant. Mishima a, selon moi, réussi à saisir la brièveté mais aussi la folie de cette vie, courte mais riche, et dépeint ici une relation très forte entre deux artistes talentueux. Cela nous permet d’avoir un regard différent d’eux, un regard sorti de leurs œuvres, mais tourné vers les hommes.

« C’était une vie effrayante, dont le rythme nous faisait basculer vers la catastrophe. Oui, une vie effrayante ! Mais comment aurions-nous pu vivre autrement ? »

Ma note :

9

La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu

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Je vais vous parler d’un roman très dur : il s’agit de La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu. Il s’agit d’un roman vraiment bouleversant et plutôt effrayant, qui, comme son nom l’indique, raconte les derniers instants du Japon avant sa submersion totale. A noter que le livre date de 1973 et qu’il est donc bien antérieur aux événements du 11 mars 2011 qui ont causé la mort de nombreux de Japonais. Un point essentiel, puisque l’on a parfois l’impression que les vagues dévastatrices et les séismes qu’il décrit sont basées sur celles de l’an dernier. Et bien non, il a décrit tout cela presque 40 ans avant que cela n’arrive, espérons tout de même que la ressemblance entre cette fiction et la réalité s’arrête là.

La Submersion du Japon par Sakyo Komatsu

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2000 (édition originale en japonais : 1973)
Nombre de pages : 253
Prix : 8,10€

Ce roman est réellement intéressant puisqu’il ne se contente pas de décrire une catastrophe aussi importante. En effet, la submersion totale du Japon n’a lieu que pendant les 20 dernières pages du roman. On peut lire ici tout ce qui se passe avant cette terrible submersion, notamment d’un point de vue politique. On y lit les premières découvertes, le temps qu’il reste au Japon avant de ne plus être, et aussi le dilemme auquel est confronté le Premier Ministre et son équipe : à quel moment doit-on prévenir la population si les dires de ce scientifique s’avèrent être exacts ?

On a envie de répondre « MAINTENANT », mais le roman nous montre bien la panique que cela entraînerait d’annoncer cela sans avoir réfléchi à la façon dont on pourrait sauver des Japonais, et cela sauverait moins de Japonais. On assiste à différents points de vue, dont un particulièrement japonais et très fort : « Si le Japon disparaît, je disparaîtrais avec ». Le Japon ne semble former qu’un avec ses habitants. Pourtant, le Premier Ministre va lancer un programme pour développer ces recherches et va tenter de négocier avec des dirigeants d’autres pays pour qu’ils accueillent des Japonais. La réticence de certains est terrible : Amener trop de Japonais effacerait notre propre identité. Combien sont-ils capables d’en accepter sans que cela nuise à leur pays ? Est aussi soulevé dans ce livre l’avenir des Japonais qui auront été envoyés dans d’autres pays : discrimination et sentiment de n’être nulle part chez soi.

Entre tout ça sont aussi décrits avec une précision alarmante les îles englouties, les séismes (Kyoto et surtout Tokyo, décrit de façon vraiment effrayante), les tsunamis, jusqu’à l’éruption finale du Mont Fuji, qui marque la fin du Japon. Un passage est particulièrement troublant, surtout après le séisme de magnitude 9.0 de l’année dernière : l’auteur écrit « Même le séisme le plus violent ne peut dépasser théoriquement la magnitude 8,6 « , avant d’ajouter « Peut-être n’avons-nous jamais subi de séisme plus fort que ceux de magnitude 8,6 jusqu’à aujourd’hui. Mais, dans l’avenir, quelque chose qui ne s’est jamais produit une seule fois dans le passé pourrait très bien arriver. » On ne peut ici s’empêcher de penser à ce qu’il s’est passé l’année dernière et espérer que tout n’aille pas aussi loin que ce qui est décrit dans ce terrible livre.

Le Mont Fuji au bord de l’éruption dans le film Sinking of Japan

Pour ceux que ça intéresse, un film tiré du livre est sorti en 2006 (et un plus vieux en 1973) sous le nom « Sinking of Japan ». Je l’ai vu, il y a quelques différences par rapport au livre, mais le film est, malgré les images qui sont plus violentes que des phrases, moins fataliste, donc n’hésitez pas à le regarder si vous n’osez pas vous lancer dans le roman !

Ma note :
9

 

La Mort en été de Yukio Mishima

Publié le

Je vais vous parler d’un recueil de nouvelles absolument fantastique : j’ai nommé La Mort en été du très grand Yukio Mishima. Ce recueil contient pas moins de 10 nouvelles, aucune n’étant de trop, un recueil magistralement mené. Je vais ici détailler mon avis sur les nouvelles qui m’ont le plus marqué.

La Mort en été de Yukio Mishima

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1988 (édition originale en japonais : 1953-1966)
Nombre de pages : 320
Prix : 8,00€

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle La Mort en été, une nouvelle particulièrement bouleversante. Comme son titre l’indique, la mort est très présente là où on ne l’attend pas forcément, sur une plage, un petit coin paisible où une famille est venue passer ses vacances. Le drame est décrit au début de la nouvelle, la suite laissant place à la tentative d’une mère de surmonter la perte de ceux qui lui étaient les plus chers. Entre volonté d’oublier, folie naissante et souvenirs persistants, la plume de Mishima est d’une force incroyable.

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler est Les Sept Ponts. Ici, on entre dans l’un des domaines de prédilection de Mishima, à savoir la puissance de la culture japonaise, de ses rites et de tout ce qui rend ce pays si particulier. Il est question ici de geishas, qui vont devoir traverser sept ponts, en silence, si elles souhaitent que leur voeu se réalise. Une description particulièrement bien réalisée des geishas, pour une nouvelle à la fois très jolie, quelque fois amusante, et joyeusement cruelle à la fin. La fin m’a beaucoup plu !

Des geishas traversant un pont, toute l’intrigue de la nouvelle « Les Sept Ponts »

Nous trouvons ensuite la sublime nouvelle Patriotisme, encore une fois sur un thème particulièrement japonais : pendant ces quelques pages, un lieutenant se prépare à exécuter le suicide rituel, le seppuku (ou harakiri), avec sa femme pour échapper au déshonneur. C’est sans aucun doute la nouvelle la plus forte dans tous les sens du terme. La précision de la préparation, le calme gardé par le couple qui va se donner la mort, puis la description tout aussi détaillée du moment fatidique en font pour le moment ma nouvelle préférée de toute l’oeuvre de Mishima. Un très beau moment de littérature et d’esprit japonais.

Je finis sur Onnagata, une très jolie nouvelle ayant pour thème la Beauté, thème récurrent dans l’oeuvre de Mishima, et plus particulièrement la Beauté d’un Onnagata, un acteur de théâtre japonais ne jouant que des rôles féminins. On pénètre une fois encore dans le magnifique Japon traditionnel. La description de cet Onnagata est faite à travers le regard d’un homme, qui reste ébahi devant tant de beauté et de féminité, tant sur scène qu’en dehors. Une nouvelle qui fait également écho à la vie de Mishima, qui aurait eu une relation avec Akihiro Miwa, acteur Onnagata.

Un exemple d’Onnagata (acteur masculin jouant des rôles féminins) avec le jeune acteur Taichi Saotome

J’ai donc choisi ces quatre nouvelles que je trouve particulièrement fortes et touchantes, parfois dures. Mais tout le recueil vaut vraiment le coup d’oeil, surtout si vous souhaitez vous initier à Yukio Mishima, je pense que c’est un bon début. A noter que la plupart des nouvelles sont typiquement japonaises, à savoir que la fin reste dans le non-dit, dans l’implicite. Mishima nous laisse même parfois interpréter nous même une fin, comme dans la nouvelle Trois Millions de Yens par exemple, où l’on peut se douter de ce qu’il va se passer, sans en être totalement sûr cependant…

Ma note :
9

 

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