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[Kokoro] de Delphine Roux

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

Un cri d’amour au centre du monde de Kyoichi Katayama

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Aujourd’hui, écoutons le Cri d’amour au centre du monde, un roman à la fois magnifique et bouleversant écrit par Kyoichi Katayama. Découvrons ensemble cette sublime et tragique histoire d’amour entre deux adolescents japonais.

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Edition lue :
Éditeur : Presses de la cité
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 240
Prix : 18,80€
(Existe aussi en format poche à 6,10€)

Sakutaro et Aki sont deux jeunes japonais qui se connaissent depuis le collège. Le destin va les rapprocher au fil du temps : alors qu’ils sont dans des classes séparées au collège, ils vont tout de même se côtoyer et développer une amitié, qui évoluera en amour au lycée, alors qu’ils se retrouveront enfin dans la même classe. Les deux adolescents connaissent un amour très fort et pur : ils parlent d’éternité, de mariage, savent qu’ils vont vieillir ensemble. C’était sans compter sur la maladie d’Aki. Celle-ci va développer une leucémie, essayer traitements après traitements, mais rien ne marchera : elle va décéder très rapidement, laissant Sakutaro seul et détruit.

« Je ne songeais pas un instant à faire le lien entre la mort et les adolescents de mon âge. La mort était réservée aux personnes âgées. »

Ce roman était un magnifique coup de cœur pour moi. L’histoire est bien évidemment touchante, mais l’écriture et la profondeur de certains passages rendent ce roman incroyablement beau, mais aussi incroyablement triste. L’auteur a fait un choix plutôt audacieux : le début du roman se déroule après la mort d’Aki. Puis on retourne dans le passé et à l’histoire entre elle et Sakutaro, mais on revient à l’après-mort en début de chaque gros chapitre. De cette façon, il est certain qu’en tant que lecteur on soit moins touché lorsqu’Aki décède (aucune surprise, on le savait dès la première page), mais en revanche je trouve que ça sublime le roman. En effet, l’auteur insiste ainsi non pas sur la mort, mais sur l’amour et la vie.

« Je fus alors saisi d’une certitude terrible. Aussi longtemps que je vivrais, je ne voulais pas être plus heureux que maintenant. Je ne voulais aspirer qu’à une chose : tenter de conserver ce bonheur précieusement aussi longtemps que possible. »

Parce que ce roman est un roman d’amour, et quel roman d’amour ! On voit la relation entre ces deux adolescents évoluer : l’amitié, qui est déjà belle, qui va se transformer en amour incommensurable. Ils vont vivre de belles choses ensemble, se rendre sur une île désertée pour passer un beau moment ensemble, coupés du monde. Ils vont avoir de fortes conversations, parfois initiées par celles qu’entretient Sakutaro avec son grand-père, qui a perdu la femme qu’il aimait et qui va demander à son petit-fils un service qui va mener à une réflexion sur l’amour et la mort. Et ils vont vivre ce que deux adolescents ne devraient jamais vivre : la maladie. Aki qui découvre au fur et à mesure que les jours passent et qu’elle ne guérit pas qu’elle a une leucémie. La perte de cheveux liée à la chimiothérapie. La faiblesse de son corps. La réalisation pour elle et Sakutaro qu’elle va bientôt disparaître. La tentative (et quelle tentative !) de passer un dernier moment ensemble, loin de l’hôpital et du traitement qui l’affaiblit de jour en jour.

« Je n’étais pas vraiment là. Je n’étais ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans la vie, ni dans la mort. J’errais je ne sais où. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais venu là. En faisant un effort, je pouvais bien constater que j’étais là. Mais je ne savais pas où j’étais vraiment. Je ne savais pas qui j’étais vraiment. »

On ressent vraiment que c’est un roman japonais, et cela m’a touché. On va très loin dans les sentiments, dans le ressenti. L’expression de la solitude de Sakutaro une fois Aki partie est bouleversante. On suit le processus : il pense à cette solitude avant de la perdre, mais aussi pendant qu’il la perd et après qu’il l’ait perdu. C’est, pour conclure, un roman extrêmement puissant qui ne vous laissera pas indifférent. Et je crois que jamais un titre n’aura été aussi bien trouvé pour un roman.

Ma note :
9

Le Dernier Jour de Banana Yoshimoto

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Dans ce recueil de sept nouvelles, Banana Yoshimoto nous propose un petit voyage en Amérique du Sud, le plus souvent en Argentine, avec un thème bien précis : celui de la mort, mais aussi, en miroir celui de la vie…

le-dernier-jour-banana-yoshimotoEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2001 (édition originale en japonais : 2000)
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ces sept nouvelles ont donc plusieurs points communs : le décor, à savoir l’Amérique du Sud, mais aussi la narratrice. Bien que celle-ci soit différente dans chaque nouvelle, elle va penser à son passé, à des personnes qui l’ont quittée, à la mort, mais aussi à sa vie présente et future. Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles, mais j’en ai choisi trois que j’ai plutôt appréciées.

« Pourquoi donc y a-t-il toujours dans les cimetières de grands arbres dont les branches touchent presque terre ? Est-ce pour consoler les disparus, ou bien grandissent-ils en aspirant l’énergie des morts ? »

La première nouvelle que je vais évoquer ici est la troisième nouvelle de ce recueil, intitulée Un coup de téléphone. Il s’agit d’ailleurs de ma nouvelle préférée. On suit une femme qui débarque à Buenos Aires pour la première fois de sa vie (comme la plupart des narratrices du recueil), pour son travail. Après un éprouvant voyage, elle rentre à son hôtel et reçoit un coup de téléphone de la femme de Masahiko, son amant, qui lui annonce que ce dernier est décédé. Le lendemain, la narratrice va travailler, mais son esprit est ailleurs : elle repense à la dernière nuit qu’elle a passée avec son amant, elle réalise que personne ne l’accueillera à son retour au Japon et qu’elle aimait vraiment cet homme. J’ai apprécié cette nouvelle parce qu’elle nous réserve quelques surprises, qu’on ressent bien la tristesse de la narratrice, mais qu’il y a cependant un espoir certain. C’est l’une des nouvelles les plus optimistes (si on peut dire ça), les autres étant quelque peu déprimantes. Un petit passage que j’ai bien aimé, après qu’elle ait raccroché le téléphone porteur de la mauvaise nouvelle :

« L’un après l’autre, chaque mot, avec une vibration limpide comme s’il s’écoulait d’une enceinte au son pur, a pénétré à l’intérieur de mon corps par mon tympan et y a résonné avec toute la puissance de sa signification. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler est la quatrième de ce recueil, qui se nomme Les Platanes. Ici, la narratrice de 35 ans est en couple avec un homme de 60 ans. Ce couple visite une ville d’Argentine ensemble et passe de très bons moments. La femme va voyager dans ses souvenirs et revenir sur leur mariage et d’autres beaux épisodes de leur amour. Cette nouvelle évoque encore une fois la mort, mais avec une petite pointe de courage et d’espoir. En effet, alors que la narratrice songe au fait que son mari décèdera très probablement avant elle, elle en vient à ne plus avoir peur de la mort, à se dire que la vie les quittera de toute façon, mais qu’il restera toujours des choses fixes dans la vie, comme le même vent d’automne qui balaiera toujours les feuilles pour l’éternité (ce qui est d’ailleurs la même morale que la première nouvelle).

« Lorsque le cœur est habité par des sentiments différents, les choses qui se reflètent dans le regard n’y ont pas la même teinte. »

Enfin, la troisième nouvelle dont je vais vous parler est toujours dans le même esprit. Il s’agit de la dernière nouvelle du recueil, Par la fenêtre. La grand-mère de la narratrice (décédée bien évidemment, c’est le thème du recueil, ne l’oublions pas) lui avait prédit qu’elle allait mourir un jour précis. Toujours en Argentine, le jour fatidique arrive, mais la jeune femme n’a pas peur de mourir et se dit qu’elle accueillera la mort quand celle-ci viendra. En attendant, elle repense à sa vie, son ancien amant, son mari… Il y a un mini-suspense, on se demande si elle va mourir ou non, mais on se rend également compte qu’elle se voile un peu la face et que la mort l’effraie.

Vous l’aurez compris, la mort est au centre de ces nouvelles. Et même si cela permet aux différents narratrices de se célébrer leur propre vie et d’être heureuses d’être en vie, il n’empêche que ces nouvelles sont plutôt déprimantes. La mort est un thème que j’apprécie en général chez Banana Yoshimoto, surtout lorsqu’elle y mêle un peu de surnaturel, mais cette fois, c’est peut-être un peu trop dans un même recueil, tout comme c’est un peu trop de placer toutes ces narratrices dans un même décor. Il y a néanmoins de beaux passages, mais je n’ai pas retrouvé l’atmosphère que j’ai toujours ressentie en lisant Banana Yoshimoto – cela peut également venir de la traductrice, qui n’est pas la même que les autres œuvres de l’auteure (les autres œuvres ont été traduites par Dominique Palmé et Kyôko Satô et sont magnifiques). En bref, lisez plutôt les autres romans et nouvelles de Banana Yoshimoto, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note :
6

Kyoto Limited Express d’Olivier Adam

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman un peu particulier. Celui-ci n’est pas japonais, mais il correspond parfaitement à l’esprit du blog, qui est, je vous le rappelle « Lire le Japon comme si vous y étiez ». Il s’agit d’un roman-photo nommé Kyoto Limited Express, écrit par Olivier Adam et imagé par des photographies de Arnaud Auzouy.

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Edition lue :
Éditeur : Points
Publié en : 2010
Nombre de pages : 160
Prix : 8,10€

 

Nous suivons ici Simon Steiner, qui retourne à Kyoto trois ans après avoir quitté cette incroyable ville. Cette fois-ci, la vie a fait que sa femme et sa fils ne sont plus à ses côtés. Simon va ainsi retrouver les endroits qu’il avait visités auparavant avec sa petite famille et va parcourir des ruelles, découvrir des temples, passer devant la vie active – là où le temps semble s’être arrêté pour lui. À mon sens, Simon n’est pas le personnage principal de ce roman, mais Kyoto l’est. Accompagnée par une nostalgie et une mélancolie profonde qui émanent de Simon.

Mais ce n’est pas tout ! Comme je l’ai mentionné précédemment, ce roman est en fait un roman-photo. Vous trouverez donc sur la page de droite une photo (spoiler alert : elles sont sublimes) et sur la page de gauche, la narration inspirée par la photo. Et je dois dire que c’est très réussi. Je l’ai lu avant de partir à Kyoto, et je ressentais déjà l’atmosphère de cette ville si particulière, et je souhaitais de m’y rendre au plus vite. Et puis, je l’ai lu une autre fois très récemment, de retour de cinq mois à Kyoto. Cette fois-ci la lecture est encore plus forte et le ressenti est incroyable – je me suis moi aussi laissé baigner dans cette ambiance nostalgique, même s’il s’agissait pour moi d’une « nostalgie heureuse ».

Le sujet n’est pas très gai, l’absence et la mélancolie sont omniprésentes, mais le tout est très poétique. Une magnifique expérience de lecture.
Ma note :
8
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