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Archives de Tag: adultère

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki

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Chaque année, on est nombreux à attendre la sortie de son nouveau roman en France avec impatience. Voici le petit dernier d’Aki Shimazaki, Fuki-no-tô.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 6 septembre 2017 (Canada) / 4 avril 2018 (France)
Nombre de pages : 152
Prix : 15,00€

Atsuko a quitté Nagoya avec son mari pour aller travailler dans une petite ferme à la campagne. Son mari, Mitsuo, dont on a fait la connaissance dans Azami, va décider de rejoindre sa femme et fonder sa propre revue, pour sauver leur famille après qu’il ait trompé sa femme. Atsuko va chercher une secrétaire pour l’aider dans sa ferme – et elle va tomber sur Fukiko, une fille qu’elle a rencontrée lorsqu’elle était au lycée. Entre ces deux femmes, l’histoire n’était pas terminée et Atsuko va se retrouver attirée par sa secrétaire.

« Je pense sans cesse à Fukiko. Mon cœur bat. Qu’est-ce qui se passe en moi ? »

J’ai trouvé ce roman plutôt différent des autres d’Aki Shimazaki, mais il m’a tout de même beaucoup plu. On explore ici les sentiments complexes d’une femme mariée, sans tabou. On ne parle pas souvent d’homosexualité dans la littérature japonaise, et je trouve que le sujet est sublimement traité ici. C’est l’amour qui est au cœur de ce roman, un amour qui fait renaître des sentiments que ces deux femmes ont pu connaître dans leur adolescence, et dont la flamme ne s’était clairement pas éteinte.

« En fait, ce qui me dérange, ce n’est pas ce que les gens pensent de nous. C’est le fait que je m’éprends de plus en plus de cette femme à côté de moi. »

Le dernier roman en date d’Aki Shimazaki qui nous transporte dans le cœur des femmes, et plus particulièrement de deux femmes qui vont se redécouvrir des sentiments l’une pour l’autre, après s’être perdues de vue pendant des années. Beau et touchant.

Ma note :

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Le convoi de l’eau d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui un roman d’Akira Yoshimura, profond comme il sait si bien les faire : Le convoi de l’eau.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Mai 2011
Grand format publié en : Janvier 2009
Traduction :
 Yutaka Makino
Publié au Japon entre : 1967
Nombre de pages : 176
Prix : 6,60€

Notre narrateur est ouvrier travaillant sur la construction d’un barrage à côté d’un village perdu en montagne. Il a choisi ce travail pour une seule raison : fuir son passé, dans un endroit reclus. On comprend vite ce qu’il fuit. Il a en effet fait de la prison et garde sur lui les os des orteils de sa femme, qu’il a tuée à coups de bûche parce qu’elle l’avait trompé. Il se remémore le passé, son acte terrible, la prison, sa sortie de prison – et son histoire et son ressenti vont peu à peu entrer en résonance avec les habitants du village qui vont bientôt devoir être délogés.

« En somme, la mort est une réalité prise en compte dès le début. Ceux qui travaillent dans un tel contexte semblent s’efforcer de devenir insensibles à la mort d’autrui. »

Le début est très lent, et j’ai failli décrocher, jusqu’à être vraiment intéressé par l’histoire qui se déroulait. Les ouvriers ont du mal à comprendre les villageois si particuliers qui ont décidé de vivre en dehors de la société, mais c’est surtout l’histoire de cet homme qui a fait une chose ignoble qui m’a intéressé. La raison de son exil, la façon dont il perçoit et comprend les villageois lorsque ceux-ci sont obligés de quitter l’endroit où ils vivent depuis des générations et des générations.

« Je croyais qu’il y avait tapi au fond de moi quelque chose de mystérieux que je ne pouvais absolument pas contrôler. Une fois que la violence s’emparait de moi, elle s’exacerbait sans que je puisse l’arrêter, pour éclater soudain comme si une digue se rompait. »

Un roman vraiment intéressant sur un homme qui essaie de fuir la société et qui va voir enfin le jour grâce à des villageois au comportement incompréhensible au premier abord.

Ma note :

Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

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Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :

Suisen d’Aki Shimazaki

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Chaque année, Aki Shimazaki nous fait plaisir en publiant un nouveau roman ! En 2017, c’était Suisen qui est paru chez nous. Allons cueillir ensemble cette fleur de Narcisse.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 21 septembre 2016 (Canada) / 1er mars 2017 (France)
Nombre de pages : 168
Prix : 15,00€

Après Azami et Hôzuki, Suisen est le troisième roman de la nouvelle série d’Aki Shimazaki, mais une fois encore, il n’y a pas besoin d’avoir lu les précédents pour apprécier pleinement celui-ci. On fait cette fois-ci la connaissance de Gorô, un cinquantenaire qui semble avoir tout pour lui : il est président de l’entreprise familiale depuis près de 20 ans, il est marié, il a deux enfants pour lesquels il a des projets, et il s’offre également le plaisir d’avoir deux maîtresses. Mais voilà, on découvre au fil des pages que c’est en fait un homme qui a été blessé dans son enfance, et cette blessure est toujours et bien présente dans sa vie actuelle, et va ressortir lorsque son entourage va changer vis à vis de lui…

« Pour moi, ces relations extérieures ne sont que des aventures. Je n’ai pas l’intention de divorcer, quoi qu’il arrive. Le divorce c’est la honte. »

Aki Shimazaki est fidèle à elle-même dans ce roman, et on passe donc encore une fois un très bon moment de lecture en sa compagnie. Le personnage principal est cette fois-ci un peu détestable dans son attitude, ce qui rend peut-être la lecture un peu moins plaisante que pour ses romans précédents, mais on comprend néanmoins pourquoi il agit comme ça, et son caractère prend tout son sens. Comme à chaque fois, j’adore les liens entre les personnages de ce roman et ceux des deux romans précédents, même si cette fois-ci ils ne jouent pas un rôle important dans l’histoire, et aussi la façon dont la fleur du titre, Suisen, la fleur de Narcisse, s’impose au personnage principal de plusieurs façons.

« Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. Il faut en profiter. »

Encore un très bon roman d’Aki Shimazaki, dans lequel on retrouve son écriture fluide, brève et précise, ainsi que tout ce qui fait qu’on aime lire cette auteure. En attendant le prochain qui sortira en avril 2018 en France…

Ma note :

Hotaru d’Aki Shimazaki

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Une auteure que vous commencez à bien connaître va être le sujet de l’article de cette semaine ! Voici Hotaru d’Aki Shimazaki.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Août 2009
Grand format : Novembre 2004
Nombre de pages : 136
Prix : 6,60€

Hotaru est le cinquième et dernier tome de la pentalogie Le poids des secrets. Alors que pour les précédents, notamment Tsubame et Wasurenagusa, je vous disais qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu les premiers tomes pour lire ceux-là, ici, je pense qu’il est nécessaire d’avoir lu les quatre précédents pour pleinement l’apprécier. On accompagne cette fois Tsubaki, 19 ans, qui va rendre visite à sa grand-mère de 84 ans, Mariko, Coréenne ayant survécu au bombardement de Nagasaki que l’on a déjà rencontrée dans les tomes précédents. Et Mariko va dévoiler à sa petite-fille un secret qui ne l’a pas quitté depuis des années : elle s’est levée un matin pour aller tuer un homme.

« Je me suis juré que je ne dirais jamais à personne ce que j’avais vu ce matin-là. »

Dans ce tome, on recroise presque tous les personnages des quatres romans précédents, et les images de mes lectures passées sont apparues dans mon esprit, ce qui est un sentiment très agréable. Le bombardement de Nagasaki est encore une fois bien présent, et cette fois-ci, le roman est parcouru de lucioles (蛍, Hotaru) qui viennent illuminer notre lecture. Plutôt que de nous dévoiler de grands secrets, on assiste à la clôture d’une pentalogie qui nous a fait rencontrer une famille attachante au fil des générations, et ça fait quelque chose de leur dire au revoir.

« Je crois qu’il n’y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. »

Le dernier tome d’une excellente pentalogie signée Aki Shimazaki, qui nous a montré, avec brio et avec énormément de sentiments, à quel point le poids des secrets pouvait parfois être dur à porter.

Ma note :

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

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