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Archives de Tag: amitié

Le 210e jour de Natsume Sôseki

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai pas encore parlé de Natsume Sôseki sur ce blog, alors que c’est l’un des auteurs japonais classiques les plus renommés. Voici Le 210e jour pour réparer cela !

Edition lue :
Éditeur : Rivages
Format poche publié en : 1999
Grand format publié en : 1990
Traduction par : René de Ceccatty, Ryôji Nakamura
Édition originale en japonais : 1906
Nombre de pages : 112
Prix : 5,60€

Ce roman nous fait partir à la rencontre de Kei et Roku, deux amis qui vont décider de faire l’ascension du mont Aso, l’un des volcans les plus actifs du Japon. La veille, ils vont prendre un bain chaud ensemble et discuter, de sujets légers et d’autres plus importants : de leur repas du lendemain, aux classes sociales, un sujet qui tient à cœur l’un des personnages, fils d’un marchand de tofu. Autant de discussions qui vont resserrer leur amitié et les accompagner dans leur périple qui s’avèrera dangereux, puisque le mont Aso semble être en colère…

« Quand ils sortent de la salle de bains, le vent piquant d’automne s’engouffre dans leurs manches et s’infiltre sur leur peau jusqu’à leur nombril. Kei, au nombril saillant, éternue sans retenue. Au pied des marches, cinq ou six hibiscus blancs emplissent de leur triste floraison le crépuscule d’automne. Dans les hauteurs, le mont Aso gronde au loin sourdement. »

Un roman qui se lit tout seul et qui est constitué majoritairement de dialogues. C’est plaisant de prendre part à leurs conversations, tantôt sérieuses tantôt drôles, et de les suivre ensuite partir grimper le mont Aso, malgré la fumée, la pluie et les cendres qui vont rendre leur aventure compliquée. On peut réellement ressentir le lien fort qui unit ses deux amis, que ce soit dans leur attitude ou dans leurs remarques qui sont parfois remplies de bonnes intentions.

« Kei s’avance vaillamment là où rampent les nuages et la fumée. Roku, le cœur serré, reste seul, debout au milieu des susuki, voyant s’éloigner de dos la silhouette du seul ami sur qui il puisse compter. »

Des moments partagés, des discussions passionnées, une ascension courageuse, en bref, un joli roman sur l’amitié et tout ce qu’on peut vivre avec quelqu’un qui compte pour nous !

Ma note :

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Park Life de Shuichi Yoshida

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Puisqu’on est en plein milieu de l’été, je vous propose aujourd’hui une petite ballade dans un parc… Le tout raconté par Shuichi Yoshida dans son court mais appréciable roman intitulé Park Life !

park-life-shuichi-yoshidaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 6,10€

Park Life nous entraîne dans la vie du narrateur qui a l’habitude de passer un peu de temps sur son banc dans le parc de Hibiya. Un moment qu’il apprécie et un endroit qu’il rejoint quand il a un peu de temps libre, faisant d’ailleurs tout pour faire déguerpir ceux qui occupent son banc lorsqu’il veut s’y asseoir. On rencontre une poignée de personnages qui font partie de sa vie : son senpai (aîné) au travail, une amie qui vient d’avoir un enfant, un couple séparé chez qui il vit provisoirement pour s’occuper de leur singe, et surtout, une femme qu’il a rencontrée dans le métro et qu’il va retrouver dans ce parc où elle a également l’habitude de venir régulièrement. Ils vont ainsi s’y retrouver et discuter comme s’ils se connaissaient depuis longtemps…

« Les nombreux cercles concentriques décrits par les oiseaux aquatiques se propageaient sous nos yeux à la surface vert foncé de la mare. Les volatiles plongeaient parfois la tête sous l’eau, tremblaient de tout leur corps et déployaient leurs ailes. »

C’est un petit roman vraiment très agréable à lire. J’avais lu ici et là que c’était un roman un peu ennuyeux, mais j’ai personnellement trouvé qu’il se lisait très bien. La vie de ce parc de Tokyo y est animée et décrite avec une certaine poésie. Le roman ne se passe pas entièrement dans ce parc, on suit notre narrateur là où il va, mais le parc est bel et bien le personnage principal. Ce parc représente la vie, des relations qui se nouent, mais aussi des personnes qui se croisent sans jamais oser se parler.

Ce roman nous offre une lecture rafraîchissante pour un moment de lecture bien plaisant. J’ai déjà très envie de le relire, mais cette fois-ci dans un parc, au soleil, pour pouvoir me plonger encore plus dans cette ambiance si particulière qui est si bien décrite.

Ma note :
7

Spice & Wolf (Tome 1) d’Isuna Hasekura

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Ce vendredi, je vais vous parler d’un light novel, roman japonais destiné aux jeunes adultes, qui a été adapté en manga puis en anime. Il s’agit du premier tome de Spice & Wolf d’Isuna Hasekura. Partons sur les routes avec Lawrence et Holo !

spice-&-wolf-isuna-hasekura-ofelbeÉdition lue :
Éditeur : Éditions Ofelbe
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2006)
Nombre de pages : 480
Prix : 19,90€

Nous voyageons ici avec Lawrence qui est un marchand itinérant. Il transporte ses marchandises de ville en ville pour honorer ses dettes et, seul, dans sa carriole, il aimerait beaucoup avoir de la compagnie pour égayer ses voyages et  sa vie. C’est alors qu’un jour, dans sa carriole, il va découvrir une jeune fille avec des oreilles et une queue de loup, en train de dormir. Il s’agit d’Holo, la déesse de la moisson, une louve pouvant prendre l’apparence d’une fille. Elle éprouve le désir de voyager et de retourner d’où elle vient, au nord. Lawrence va ainsi l’accepter à ses côtés et apprendre à vivre sur la route avec elle…

« Saluées par les hennissements du cheval, les aventures de ce couple si particulier venaient de débuter. »

Ils vont ainsi apprendre à se connaître et à s’apprécier. Le personnage d’Holo est très intéressant puisque bien qu’elle soit en apparence une jeune fille frêle, elle a en réalité vécu des dizaines et des dizaines d’années et a une intelligence hors norme et comprend les choses très vite. Ce qui d’ailleurs peut agacer Lawrence qui a mis des années à comprendre certains rouages économiques, et ça nous donne des scènes très amusantes. Ils vont donc voyager ensemble et rencontrer d’autres marchands qui vont leur apporter quelques difficultés… Ce tome regroupe en réalité deux tomes de la version japonaise, et dans les deux histoires, Lawrence et Holo vont se faire avoir d’une façon ou d’une autre et vont devoir y faire face ensemble.

« Avoir un apprenti aussi doué était à la fois une bénédiction et une malédiction : il faisait la fierté de n’importe quel marchand, mais l’humiliation n’était jamais loin. »

Tout d’abord, il faut souligner que les éditions Ofelbe ont une fois encore réalisé un excellent travail d’édition. L’objet-livre est magnifique, la couverture, les illustrations à l’intérieur, bref, c’est un plaisir de l’avoir dans sa bibliothèque. Ensuite, Spice & Wolf est un roman très appréciable. Le sujet est vraiment original, on suit un marchand itinérant, et il est traité de façon intelligente. On pourrait s’attendre à quelque chose d’un peu simplet, mais on a en réalité des passages très précis qui m’ont rappelé certains cours d’économie… En voulant se faire de l’argent sur un rumeur de dévaluation d’une monnaie, on en apprend beaucoup sur le système économique, la création d’une monnaie et ce qui fait qu’une monnaie fonctionne dans un pays, et on rentre vraiment dans beaucoup de détails. Même si au bout d’un moment on peut trouver ça longuet (ou si certaines explications étaient un peu obscures), c’est un aspect du roman que j’ai tout de même apprécié. À côté de ça, on a des moments plus légers à lire, sur la relation de Lawrence et Holo qui grandit au fil des pages et qui est très bien abordée. Malgré leurs différences apparentes, ils sont parvenus à se trouver et à toujours sortir la tête haute des problèmes qu’ils ont pu rencontrer. Et ça, c’est beau.

« Il aurait beau parcourir le monde et amasser des fortunes, la seule chose que Lawrence ne pourrait jamais posséder était juste devant lui. »

C’est un premier tome qui nous introduit le mode de vie d’un marchand itinérant, qui avait l’habitude d’être seul mais qui va construire une relation forte avec une déesse louve qui l’aidera tant dans sa mission commerciale que dans sa vie personnelle. On entre aisément dans la carriole avec ces deux personnages, pour un moment de lecture très sympathique qui nous donne envie de passer aux tomes 2 et 3, tous deux déjà disponibles.

Ma note :
7

 

Heaven de Mieko Kawakami

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Ce vendredi, je vous propose de découvrir le nouveau roman de Mieko Kawakami traduit en français qui se nomme Heaven, et qui vous fera suivre l’amitié de deux adolescents victimes d’harcèlement au collège… C’est parti !

heaven-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 6 avril 2016
Édition originale en japonais : 2009
Nombre de pages : 256
Prix : 21,00€

Le narrateur est un collégien victime d’harcèlement de la part d’une bande de camarades de classe. Il est violemment maltraité, que ce soit physiquement ou verbalement. À cause de son strabisme, ils l’appellent Paris-Londres (lorsqu’un œil regarde à Paris, l’autre est sur Londres), et lui en font voir de toutes les couleurs : ils lui font manger des craies, l’enferment dans un casier, le frappent… Un jour, il va recevoir un mot étrange, suivi d’autres, dont un qui lui donne rendez-vous après les cours. Bien qu’il pensait qu’il allait encore se faire frapper, il en est tout autre : c’est Kojima, une camarade de classe qui lui a donné rendez-vous. Elle est également victime d’harcèlement par des filles de la classe, puisqu’elle a une très mauvaise hygiène (volontairement cependant). À partir de cette rencontre, les deux adolescents vont nouer une amitié forte et particulière, vont s’écrire de nombreuses lettres et se voir quelques fois en dehors des cours.

« C’était la première fois que j’écrivais des lettres à quelqu’un, je ne savais pas quoi dire ni comment, mais après avoir minutieusement taillé mon crayon, j’écrivais ce qui me passait par la tête, puis je gommais, puis je recommençais, et au bout du compte ça arrivait à faire quelque chose. »

C’est un roman sur l’amitié, mais surtout sur l’ijime, l’harcèlement scolaire que subissent des milliers d’adolescents au Japon. Il y a tout d’abord de beaux passages apportés par le rapprochement de ces deux collégiens, qui, par leurs tristes similitudes vont se comprendre comme personne d’autre ne les avait compris auparavant. Ils s’écrivent beaucoup, parlent de leur quotidien, mais jamais de leur maltraitance. Ils apprennent à se connaître de cette façon et ce mode de communication prend une grande importance pour eux. Un passage est notamment très beau : lorsque Kojima dit au narrateur qu’elle aime ses yeux. Une chose simple en apparence, mais vraiment forte et poétique pour ce jeune homme qui n’a jamais entendu ces mots à son égard. Kojima va de plus emmener le narrateur dans un musée pour lui montrer un tableau qu’elle a renommé Heaven, que chacun peut interpréter comme il le souhaite.

« À la fin du semestre, en fait j’aimerais te montrer un endroit. Si on laisse passer ces vacances, après ce sera trop tard. Tu veux savoir où c’est ? C’est Heaven. »

Mais à côté de ce lien si beau et si fort qui se crée, la réalité n’est que plus dure. On a un certain décalage entre la douceur et la relation qu’entretiennent ces adolescents, et la violence qu’ils doivent supporter au quotidien. La scène la plus difficile est sans aucun doute lorsque le narrateur est forcé de mettre sa tête dans un ballon de volley pour que ses bourreaux puissent jouer au « football humain » avec sa tête comme balle. Et cela est encore plus difficile à supporter pour nous, lecteurs occidentaux, puisque ce livre présente l’essence même d’un aspect difficilement concevable pour nous de la philosophie de vie japonaise. En effet, alors qu’on a envie de crier au narrateur « fais quelque chose, parles-en, rebelle-toi, ne te laisse pas faire, n’y va pas », lui n’en fera rien et adoptera le mode de pensée japonais du « shouganai » (しょうがない), qui signifie « on ne peut rien y faire », « c’est inévitable ». Et cela rend la lecture encore plus difficile pour nous et elle ne peut que nous toucher encore plus.

« Au collège, nous étions impuissants, mais je me souvenais que souvent rien que la voir de dos m’avait sauvé du désespoir. »

Avec Heaven, Mieko Kawakami parvient une fois de plus à nous décrire un aspect difficile de la société japonaise, et le mode de pensée si particulier de son peuple dans certaines situations. C’est certes un roman dur et violent, mais il apporte aussi une certaine beauté grâce aux deux personnages principaux, qui, même s’ils n’y peuvent rien, ne sont plus seuls face à la violence qu’ils doivent subir.

Ma note :
7

La mort de Radiguet de Yukio Mishima

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’une nouvelle absolument fantastique – même si je ne suis pas certain de faire preuve d’une grande objectivité. Il fallait bien entendu que je fasse un article sur une œuvre de Mishima, puisque celui-ci s’est donné la mort par seppuku il y a 45 ans quasiment jour pour jour (le 25 novembre 1970). L’œuvre est question est La Mort de Radiguet (ラディゲの死) de Yukio Mishima. Il s’agit d’une très intéressante édition bilingue, offerte à l’occasion du Salon du Livre de 2012. N’ayant pas pu être présent à ce Salon, j’ai dû me la procurer sur Internet, puisque celle-ci concerne deux de mes auteurs préférés : Yukio Mishima et Raymond Radiguet.

la mort de radiguet

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Du monde entier)
Publié en : 2012 (édition originale en japonais : 1953)
Nombre de pages : 35
Prix : Hors commerce

Un peu de contexte tout d’abord !
Yukio Mishima est un auteur japonais dont j’ai déjà parlé à deux reprises sur le blog (pour La mort en été et Confession d’un masque) et c’est sans aucun doute mon écrivain préféré. Alors lorsque j’ai appris que Mishima avait écrit une nouvelle sur les derniers jours de Radiguet, qui est donc un autre écrivain que j’admire, mon excitation fut incommensurable.

« Mais qui est donc ce fameux Raymond Radiguet ? » doivent se demander certains d’entre vous. Et bien Raymond Radiguet est un jeune écrivain français décédé à l’âge de 20 ans en 1923, très proche ami (si ce n’est plus) de Jean Cocteau. Il a notamment écrit de la poésie et du théâtre, mais c’est son premier roman qui m’a particulièrement plu, Le Diable au corps. Et figurez-vous que Mishima fut l’un de ses adorateurs.

Alors que dire de cette nouvelle ?
Et bien, je pense qu’elle vous plaira bien plus si vous êtes déjà familier à Radiguet et à son œuvre, mais la plume de Mishima rend ce texte très intéressant et plaisant même pour ceux qui n’ont pas d’intérêt pour Radiguet. En effet, il a déjà été prouvé que Mishima excellait dans l’art de la nouvelle – et c’est encore une fois confirmé. En quelques pages à peine, Mishima parvient à décrire la relation que Radiguet semblait avoir avec Cocteau, dans une très belle langue, comme à son habitude. Radiguet a eu une courte vie et la mort l’a frappé brusquement – sans grande surprise pourtant. Mishima a, selon moi, réussi à saisir la brièveté mais aussi la folie de cette vie, courte mais riche, et dépeint ici une relation très forte entre deux artistes talentueux. Cela nous permet d’avoir un regard différent d’eux, un regard sorti de leurs œuvres, mais tourné vers les hommes.

« C’était une vie effrayante, dont le rythme nous faisait basculer vers la catastrophe. Oui, une vie effrayante ! Mais comment aurions-nous pu vivre autrement ? »

Ma note :

9

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