Flux RSS

Archives de Tag: amour

Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger

Publié le

Aujourd’hui, je vous présente un thriller d’un auteur breton qui se déroule entièrement au Japon : voici Un kimono pour linceul de Jean-Michel Leboulanger.

Edition lue :
Éditeur : Éditions du 38
Publié le : 2 février 2016
Nombre de pages : 334
Prix : 20€ / 2,49€ en numérique

On suit ici Gutxi, un ancien terroriste basque qui revient au Japon 20 ans après son exil forcé. Il est aujourd’hui malade et n’a plus que quelques mois à vivre. Il décide donc de finir ses jours dans ce pays où il a côtoyé les yakuzas, la mafia japonaise, mais aussi où il est tombé amoureux de Tamae. Il va ainsi découvrir qu’il a un fils et va devoir partir à sa recherche, quitte à se trouver à nouveau en contact avec des gens peu recommandables.

« Être yakuza est une profession de foi. Bien plus que l’argent, compte la transmission des traditions et de l’éthique. Je me suis toujours battu pour ça : le respect, l’obéissance, le soutien aux faibles, l’esprit de groupe. La population nous voit comme de simples malfrats, mais nous sommes autre chose que ce cliché éculé. »

Le prologue donne le ton : on y découvre Shugo, qui, on l’apprendra plus tard, est le fils de Gutxi qu’il va rechercher durant tout le roman, en plein yubitsume, cérémonie du pardon qui lui coûtera un auriculaire. On est en immersion dans le milieu des yakuzas tout au long du roman, et on suit un Gutxi submergé par ses souvenirs avec Tamae, qui ne va pas longtemps hésiter avant de se remettre en contact avec le milieu pour retrouver son fils.

« La société japonaise ne tient que grâce à ces soupapes de sécurité : le jeu, le sexe et l’alcool. Sans ces exutoires, le Japon exploserait sous le poids de sa soumission héréditaire. »

C’est un thriller qui prend son temps, parfois un peu long, mais on en apprend beaucoup sur ce milieu que je connaissais peu au final, ainsi que sur d’autres sujets, comme les Aïnous, ce peuple aborigène du Nord du Japon. On va découvrir avec Gutxi l’horreur de certaines activités de ces yakuzas, en le suivant également ouvrir peu à peu son cœur à son médecin, une femme qui va tout faire pour essayer de le sauver, dans tous les sens du terme.

« La carpe géante vivant sous Tokyo s’était réveillée et manifestait sa colère contre les hommes qui ne l’honoraient pas comme elle le souhaitait. »

Un roman qui nous plonge dans l’atmosphère particulière du Tokyo des yakuzas, sans nous épargner certaines de leurs activités difficiles à lire. Un bon moment de lecture qui nous donne vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire.

Ma note :

Tony Takitani d’Haruki Murakami

Publié le

Aujourd’hui, il sera question d’une nouvelle d’Haruki Murakami présente dans la version originale du recueil Saules aveugles, femmes endormies mais pas dans la version française. Tony Takitani est en effet une nouvelle sortie plus tard, dans un fascicule lors de la sortie du film inspiré de celle-ci. Partons à sa rencontre.

tony-takitani-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : Belfond
Publié en : 2006
Publié au Japon en : 1990
Nombre de pages : 53
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle, on va suivre la vie de Tony Takitani, à partir de sa naissance (et même d’avant celle-ci grâce à une partie de la vie de son père, musicien de jazz). On découvre, un enfant, un adolescent, un jeune homme, puis un homme, toujours indépendant et qui a peur de la solitude. Il a dû s’occuper de lui-même dès l’école primaire, son père étant rarement présent et sa mère décédée juste après sa naissance, et a construit sa vie de cette façon. Il va, un jour, rencontrer l’amour. Cette femme, accro au shopping, va le rendre heureux et il va se demander régulièrement au début de leur relation ce qu’il se passerait si elle le quittait, ne souhaitant pas se retrouver à nouveau seul. Mais il va comprendre que c’est du sérieux et simplement vivre  heureux avec elle. Mais la vie peut parfois être cruelle…

« Il ne comprenait pas très bien ce qui le touchait tant chez cette fille. Et même s’il l’avait su, il aurait été incapable de le formuler. »

C’est une nouvelle qui se lit toute seule. On a plaisir à suivre la vie de Tony Takitani et de découvrir ce qui va lui arriver. On découvre en fait que la solitude a une place bien trop importante dans la vie de Tony. On nous le présente comme quelqu’un qui y est habitué, qui s’est renfermé sur lui dès son plus jeune âge, et qui accepte donc de vivre de cette façon, mais on comprend vraiment à quel point cela l’a peiné lorsqu’il rencontre enfin quelqu’un avec qui partager sa vie. Et c’est assez touchant. Par contre, la nouvelle se termine un peu abruptement, alors que j’étais prêt à en lire plus sur la suite de sa vie, je suis donc resté sur ma faim…

« Sur cette fille, les vêtements acquéraient un naturel et une fluidité qui évoquaient l’atmosphère subtile enveloppant l’oiseau prêt à s’envoler vers de lointains horizons. »

Une nouvelle fluide et touchante sur la vie d’un homme confronté à la solitude pour la plus grande partie de sa vie, jusqu’à ce qu’une femme vienne lui montrer le chemin de l’amour et de la vie à deux.

Ma note :
7

1969 de Ryû Murakami

Publié le

Ryû Murakami ! Un auteur qui ne laisse jamais indifférent ! Je vais vous présenter ici un roman qui se démarque de ses romans habituels, en général plus sombres et crus, voici 1969 !

1969-ryu-murakami
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2013
Édition originale en japonais : 1987
Nombre de pages : 252
Prix : 6,50€

Ce roman, en grande partie autobiographique, se déroule en 1969, année où les mouvements contestataires sont encore bien actifs au Japon. On suit Kensuke Yazaki, 17 ans, dans cette année riche en rebondissements et en ébats adolescents. Kensuke est entouré de ses amis et va monter plusieurs projets avec eux : un festival, un film et aussi la mise en place d’une barrière sur le toit du lycée (ce que Ryû Murakami a réellement fait) pour protester contre la Guerre du Vietnam qui fait rage. Enfin, ça c’est la façade, la réalité est différente, ces jeunes ont une préoccupation principale : les filles. Alors certes, on apprécie le cinéma, on lit du Rimbaud, on veut affirmer des positions tranchées, mais c’est encore mieux quand les filles regardent. Kazuko va jouer dans ce roman le rôle de la plus belle fille du lycée et nos adolescents vont tout faire pour attirer son attention, en n’hésitant pas à s’attirer des ennuis.

« C’est ainsi que commença pour moi l’année 1969, l’une des plus intéressantes parmi les trente-deux que j’ai vécues jusqu’à ce jour. Nous avions dix-sept ans. »

À chaque fois que je commence un roman de Ryû Murakami, je serre les dents. En effet, j’ai eu beaucoup de mal avec ses romans durs et crus (comme Bleu presque transparent, Miso Soup, Love & Pop), mais là, on a affaire à un roman tellement différent ! Il s’agit d’une chronique d’un adolescent dans une société complexe, marquée par la présence américaine et la Guerre du Vietnam, dans laquelle il tentera de laisser sa trace, tout en tentant de profiter un maximum de cette jeunesse éphémère. Et le narrateur est drôle – oui, DRÔLE ! Je ne pensais jamais sourire en lisant du Ryû Murakami, mais là, ça m’est arrivé plusieurs fois durant ma lecture. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! On suit le narrateur, on l’écoute, et on gobe tout ce qu’il nous dit, même lorsque cela paraît énorme – jusqu’à ce qu’il se rattrape avec une sorte de « non c’est pas vrai, vous vous doutez bien que je n’aurais pas pu faire ça ». Il est vraiment à lire pour tous ceux qui s’intéressent à l’auteur, c’est peut-être le seul roman traduit en France qui ne soit pas pessimiste et noir. Alors certes, ça va décontenancer ceux qui l’appréciaient dans un genre plus dur, mais moi, ça me fait plaisir !

« J’aurais voulu que le chemin qui montait vers l’école ne s’arrête jamais. Parler avec Kazuko Matsui jusqu’à la fin des temps et mourir… »

Un roman en plein cœur de l’adolescence et de ses tourments qui est un réel plaisir à lire. C’est en effet agréable de plonger dans cette société japonaise de la fin des années 1960, marquée par l’influence américaine et la volonté des adolescents de s’affirmer – mais aussi de s’instruire via le cinéma, la littérature ou encore la musique. 

Ma note :
8

Le vent se lève de Tatsuo Hori

Publié le

Ce samedi, je vais vous parler d’un roman de Tatsuo Hori dont le titre vous dira peut-être quelque chose : Le vent se lève. C’est en effet également le titre d’un film d’animation d’Hayao Miyazaki, même si l’histoire est différente, Miyazaki s’étant principalement inspiré du roman pour l’histoire d’amour entre les deux personnages. Découvrons donc ce beau roman !

le-vent-se-leve-tatsuo-horiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (L’Arpenteur)
Publié en : Mai 1993
Publié au Japon en : 1938
Nombre de pages : 128
Prix : 11,90€

Ce roman nous présente un jeune couple qui vient de se fiancer. Au départ, ils sont à la montagne et semblent heureux, Setsuko peint, son fiancé la regarde. Mais on va découvrir que Setsuko est malade : elle a la tuberculose. Ils vont décider d’aller passer quelques temps dans un établissement spécialisé, un sanatorium, pour qu’elle puisse se reposer au grand air et guérir. Son fiancé l’accompagnera et les saisons défileront, dans un incroyable bonheur, en attendant la guérison de la jeune fille.

« Je fixais intensément ces lointaines arêtes montagneuses jusqu’à en retenir les moindres détails, et cependant affleurait à ma conscience la certitude que je venais seulement de percer le secret, jusqu’à présent enfoui au fond de mon être, de ce que la nature m’avait par avance réservé. »

Le titre de ce roman est tiré d’une citation de Paul Valéry qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Et c’est aussi un beau résumé de ce roman. Je vais commencer par vous parler de l’écriture. Ce roman est comme une poésie. Les descriptions, les paysages, l’amour, on se laisse conduire par la magnifique plume de l’auteur, on est émerveillé devant la puissance de la nature, mais aussi devant la puissance de leur relation.

« Je ne sais pourquoi, soudain j’ai tellement envie de vivre… »

Le thème principal est donc l’amour. Un amour jeune, mais puissant, beau, et confronté à une épreuve difficile : la maladie. Mais, malgré cela, ils passent un séjour tout ce qu’il y a de plus heureux au milieu de la nature, ils sont en quelque sorte seuls au monde et profitent de ce bonheur. Mais voilà, la maladie ne guérit pas aussi vite que prévu, et, même s’ils ne veulent pas y penser, l’inquiétude va aussi prendre le dessus et dévoiler un autre aspect fort du roman.

« C’étaient des journées comme en avance sur la vie, pleines d’une exaltation, d’un bonheur poignant, plus intenses que ceux de la vie. »

Un magnifique roman sur une belle et poignante histoire d’amour qui ne peut pas vous laisser indifférent. Une ode à l’amour, à la nature, mais surtout, à la vie. Je ne peux que conclure sur ces mots. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Ma note :
8

 

 

La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue

Publié le

Je vais vous parler aujourd’hui d’un court recueil de trois nouvelles d’un grand auteur japonais XXème siècle : La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue. 

mort-amour-vagues-yasushi-inoueEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 3 février 1999
Publié au Japon en : 1950-1951
Nombre de pages : 114
Prix : 5,60€

Trois nouvelles sensiblement différentes mais qui se rejoignent sur certains points. Dans la première nouvelle éponyme, on rencontre Sugi qui a trouvé un hôtel qui surplombe la mer où il pourra mettre fin à ses jours. Il rencontrera une jeune femme qui est venue dans cet endroit avec le même but. Dans Le jardin de pierres, Uomi emmène sa nouvelle femme à Kyoto, ville où il a fait ses études et a beaucoup de souvenirs – notamment amoureux. Enfin, dans Anniversaire de mariage, Shunkichi se rappelle d’un voyage à Hakone qu’il avait fait avec sa femme aujourd’hui décédée.

« Le crépuscule tombait sur la mer calme ; un crépuscule d’été sur Kumano, comme si rien de particulier n’allait s’y passer. Pourtant une jeune femme allait sans doute cesser de vivre. Dans très peu de temps… »

Ces trois nouvelles semblent avoir un thème commun : l’amour. En réalité, il est parfois difficile de qualifier les relations qu’entretiennent ces personnages. Ma nouvelle préférée est clairement la première : elle est bien développée et j’ai vraiment eu envie de découvrir la suite et ce qu’allaient devenir ces deux personnages. Allaient-ils se suicider ? Ou leur vie allait-elle prendre une tournure différente ? Les deux autres nouvelles m’ont un peu laissé perplexe. La deuxième nouvelle est plutôt cruelle, sans raison particulière. Elle est, à mon sens, un peu abrupte et pas assez développée. Je pense un peu la même chose de la dernière nouvelle, qui nous présente un couple pingre à un point assez incroyable, et, même s’il s’agit d’un couple marié, il est presque impossible de déceler de l’amour entre eux.

« Au crépuscule, plus un seul bateau ne voguait sur le lac ; les eaux sombres, ridées de vaguelettes, semblaient glacées. Le soleil se coucha et le vent fraîchit. »

Un recueil de nouvelles pour le moins particulier, qui semble au départ nous montrer différentes histoires d’amour complexes, mais qui, finalement, nous décrit plutôt des couples qui ne semblent pas réellement s’aimer. À lire tout de même, ne serait-ce que pour la première nouvelle qui m’a beaucoup plu !

Ma note :
7

Le Bureau des Jardins et des Étangs de Didier Decoin

Publié le

Pour débuter cette année 2017, je vais vous présenter le nouveau roman de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977, qui se déroule dans un Japon ancien : voici le Bureau des Jardins et des Étangs.

le-bureau-des-jardins-et-des-etangs-didier-decoinEdition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 2 janvier 2017
Nombre de pages : 396
Prix : 20,50€

Ce roman, qui se déroule au Japon au milieu du XIIème siècle, peut se diviser en deux parties. Dans la première, Miyuki apprend la mort de son mari Katsuro, noyé. Il était un pêcheur de carpes réputé et en livrait régulièrement au Bureau des Jardins et des Étangs, pour peupler les étangs et les lacs des temples sacrés. Pour honorer la mémoire de son mari, elle va devoir aller livrer elle-même au Bureau les dernières carpes que son mari a pêchées, et va donc entreprendre seule ce voyage durant lequel elle rencontrera de nombreux obstacles. Une fois arrivée, la deuxième partie du roman débute, et Miyuki va se retrouver mêlée à un concours d’encens auquel participe également le jeune Empereur de l’époque.

« Elle sentit que la vie sans son mari allait être une suite de questions lancinantes auxquelles elle serait seule à tenter de répondre. »

Déjà, il faut noter que ce roman est particulièrement bien écrit et parfaitement documenté. L’auteur nous propose une immersion totale dans ce Japon du XIIème siècle, avec ses particularités, ses traditions, et ses personnages. On en apprend beaucoup sur ce Japon, notamment sur le rituel des 49 jours quand un proche décède, l’ohaguro, c’est-à-dire la coutume de se noircir les dents, le takimono awase, le concours d’encens auquel il est question dans la deuxième partie du roman ou encore le yobai, qui est le mariage par « intrusion nocturne ». Tant de choses que j’ignorais et qui apparaissent avec fluidité tout au long du texte.

« Les sommets émergeaient des torsades de valeur nées du contact de la rosée matinale avec le sol attiédi par le réseau souterrain des eaux chaudes qu’on entendait gargouiller sous la terre. »

Enfin, c’est également un puissant roman d’amour. Dit comme ça, c’est étrange, puisque Katsuro n’est plus de ce monde dès le début du roman, mais en réalité, il accompagne sa femme à chaque instant durant le périple de celle-ci. Elle se souvient en effet des descriptions de certains endroits que lui avait faites Katsuro, elle passe par des endroits où il était passé autrefois, elle semble encore connectée à son mari, même d’un point de vue charnel puisqu’elle fait des rêves érotiques dans lequel son mari est présent. La mort ne semble pas les avoir séparés, et dans ce roman des sens (l’odorat et le toucher principalement), leur relation est bel et bien au centre.

« Le regard de Katsuro fendait comme une lame la profondeur des eaux, il voyait à travers le limon, il pressentait ce qu’il y avait dessous les pierres, il les retournait par la pensée pour débusquer la carpe qu’il désirait, et c’était bien celle qu’il attrapait, oui, celle-là et pas une autre. »

Un très beau roman qui nous montre un aspect du Japon qu’on ne lit pas souvent. À travers le périple de l’héroïne, on en apprend beaucoup sur ce Japon de la fin de l’Époque de Heian, en même temps que Mizuki elle-même, qui semble découvrir le monde en dehors de son village. 

Ma note :
7

L’école de la chair de Yukio Mishima

Publié le

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vais vous présenter L’école de la chair, un roman de mon auteur japonais préféré : Yukio Mishima ! Plongeons ensemble dans cette lecture charnelle.

yukio-mishima-ecole-de-la-chair

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 mars 1995
Publié au Japon en : 1963
Nombre de pages : 288
Prix : 8,20€

L’action de l’école de la chair se déroule dans les années 1960, quelques années après la défaite du Japon. Dans ce roman, on va suivre principalement Taeko Asano, 39 ans, une femme divorcée, riche, libérée et indépendante, comme son groupe d’amies. Avec celles-ci, elle va se rendre dans un bar pour homosexuels et va tomber sous le charme du barman, Senkichi, 21 ans, qui est aussi gigolo. Elle va l’aimer passionnément, ils vont entretenir une relation ensemble pour le moins étrange : elle, va tenter de rentrer dans son monde, de faire des efforts pour ne pas être jalouse, d’essayer de lui laisser de la liberté, et lui, va simplement vivre, sans réellement lui porter un amour ni un respect incroyables. Ils sont mal assortis, il ne prend pas toujours soin de son apparence, il a des loisirs opposés à ceux de Taeko, mais, pourtant, ils vont partager un bout de chemin ensemble dans cette société qui semble s’être perdue avec l’évolution de ses mœurs.

« Pour Taeko, le sourire hautain des femmes occidentales, qu’elle était pratiquement une des seules au Japon à pouvoir si bien imiter, n’avait plus de secret. »

Je vais commencer par préciser que Yukio Mishima est mon auteur préféré. J’en ai parlé quelques fois sur ce blog, mais je n’ai pas parlé de toutes mes lectures de cet auteur, parce que justement, j’ai du mal à en parler (comme pour Le Pavillon d’or qui est un chef-d’oeuvre et qui n’est pas sur mon blog). Ici encore, Mishima nous propose un roman fort et intéressant, pour plusieurs points. On assiste en effet à une réelle émancipation des femmes dans cette société d’après-guerre, le trio d’amies est composé de femmes qui travaillent dur et qui sont entièrement indépendantes. Elles s’habillent avec des marques venues de l’Occident, sont libérées financièrement et sexuellement. C’est une partie de l’histoire du Japon et de cette frange de la société très intéressante tant elle contraste avec la société japonaise traditionnelle.

« Sur la toile de fond de ces néons, dans la musique des haut-parleurs et le klaxon des voitures, il y avait un pachinko lumineux, où un jeune garçon, seul et beau, était entièrement absorbé par une machine insensée. »

Cette société a aussi dû s’ouvrir aux étrangers et ceux-ci sont omniprésents dans ce roman, en arrière-plan de nombreuses scènes. Ces étrangers exercent tantôt une attraction folle et tantôt un mépris non caché. Et tout cela fait en fait partie des thèmes chers à Yukio Mishima, et sa plume est ici encore très plaisante et le roman se lit étonnement tout seul (contrairement à d’autres un peu plus complexes à lire qu’il a pu faire). On a notamment cette scène fantastique, totalement mishimesque lorsque le couple est à l’auberge et que Taeko pense au bonheur que cela serait s’ils se donnaient la mort ensemble à ce moment-là ! C’est tout lui, et cette folle histoire d’amour – ou de passion – est intelligente et parvient à surprendre, on est derrière Taeko qui va absolument être prête à tout pour ne pas perdre ce jeune homme qui lui fait tourner la tête.

Un roman de Mishima dans lequel il parle de l’amour, mais aussi, et surtout, de la société japonaise des années 1960. Il décrit avec précision, avec humour parfois, et toujours avec sa vision si particulière qu’il a de son pays, ces femmes indépendantes et leur passion pour tout ce qui sort du lot et qui ne leur ôtera pas leur liberté.

Ma note :
8

Les Fleurs du Nord de Valérie Harvey

Publié le

Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un roman d’une auteure québécoise sorti début novembre : Les Fleurs du Nord de Valérie Harvey. Partons ensemble à l’aventure !

les-fleurs-du-nord-valerie-harveyEdition lue :
Éditeur : Québec Amérique
Publié le : 2 novembre 2016
Nombre de pages : 549
Prix : 7,99€ en numérique ici
Disponible à la Librairie du Québec (Paris) en format papier

Le début des Fleurs du Nord nous présente Tatsuke Kagi, le dernier héritier du pouvoir du feu (il peut jeter du feu à distance grâce à son éventail), qui va combattre pour défendre le Nord du Japon (Hokkaidô). Mais, un jour, il va tomber amoureux de Midori, une femme ayant vécu l’horreur malgré son jeune âge. Tatsuke va lui apprendre à se défendre et à combattre, et la femme va faire sa place dans ce clan très fermé, avant de faire sa place dans le cœur de Tatsuke… Ils vont fonder une famille et l’on va également suivre les aventures de leur fille aînée, Aki, qui va aussi développer les pouvoirs du feu et va tenter de s’imposer dans cette société patriarcale.

« Le soleil couchant qui inondait le champ de bataille masquait le carnage en baignant les lieux d’une lumière rouge. »

Pour commencer, j’ai vraiment adoré ce roman. Il se lit merveilleusement bien, l’écriture est belle, les personnages sont bien développés, on se plonge facilement dans cette histoire qui mêle histoire du Japon et magie et on a envie de le dévorer. C’est un roman multiple : on y trouve des combats épiques, des descriptions spectaculaires (sur les flammes, la neige fondue, les saisons… on peut aisément s’imaginer le paysage dans notre tête), de la magie avec une histoire autour de celle-ci (différentes familles : celles du feu, celles du vent, celles de l’eau), deux autres éléments que je vais un peu plus développer : l’amour et la femme.

« À certains moments, on ne voit plus le regard de l’autre. C’est quand on est trop près de son visage et que les lèvres se joignent. »

L’amour. Et oui, c’est aussi un roman d’amour. Attention, je ne parle pas d’amour niais, mais plutôt de destinée, de beauté. Tout d’abord entre Tatsuke et Midori, qui vont vivre une incroyable histoire et qui ne vont jamais se quitter. Ensuite, leur fille Aki qui ne va pas vouloir passer par la case « mariage arrangée » comme c’était souvent le cas dans ce Japon ancien, et qui va briser les barrières pour s’affirmer avec l’homme qu’elle aime. Ce qui m’amène au deuxième sujet : la femme. Et plus précisément, la place de la femme à cette époque qui est aujourd’hui encore dans l’inconscient de la société japonaise contemporaine. En effet, les femmes ici ont un réel rôle à jouer et n’hésitent pas à s’affirmer pour être aussi des combattantes et pas uniquement « femme de ». Et cela donne des personnages au caractère fort et que l’on n’a pas envie de quitter.

« Pour le cœur, l’âge compte peu, et si nous connaissions la recette de ses choix, nous résoudrions plusieurs casse-têtes. »

C’est un excellent roman qui mêle à merveille un aspect de l’histoire japonaise à la magie. On prend plaisir à suivre cette famille sur plusieurs générations et à apprendre à connaître ces personnages forts, qui veulent faire bouger les choses et qui veulent combattre pour défendre les leurs. Un roman qu’on n’a pas envie de lâcher.

Ma note :
8

Un cri d’amour au centre du monde de Kyoichi Katayama

Publié le

Aujourd’hui, écoutons le Cri d’amour au centre du monde, un roman à la fois magnifique et bouleversant écrit par Kyoichi Katayama. Découvrons ensemble cette sublime et tragique histoire d’amour entre deux adolescents japonais.

un-cri-damour-au-centre-du-monde-kyoichi-katayama
Edition lue :
Éditeur : Presses de la cité
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 240
Prix : 18,80€
(Existe aussi en format poche à 6,10€)

Sakutaro et Aki sont deux jeunes japonais qui se connaissent depuis le collège. Le destin va les rapprocher au fil du temps : alors qu’ils sont dans des classes séparées au collège, ils vont tout de même se côtoyer et développer une amitié, qui évoluera en amour au lycée, alors qu’ils se retrouveront enfin dans la même classe. Les deux adolescents connaissent un amour très fort et pur : ils parlent d’éternité, de mariage, savent qu’ils vont vieillir ensemble. C’était sans compter sur la maladie d’Aki. Celle-ci va développer une leucémie, essayer traitements après traitements, mais rien ne marchera : elle va décéder très rapidement, laissant Sakutaro seul et détruit.

« Je ne songeais pas un instant à faire le lien entre la mort et les adolescents de mon âge. La mort était réservée aux personnes âgées. »

Ce roman était un magnifique coup de cœur pour moi. L’histoire est bien évidemment touchante, mais l’écriture et la profondeur de certains passages rendent ce roman incroyablement beau, mais aussi incroyablement triste. L’auteur a fait un choix plutôt audacieux : le début du roman se déroule après la mort d’Aki. Puis on retourne dans le passé et à l’histoire entre elle et Sakutaro, mais on revient à l’après-mort en début de chaque gros chapitre. De cette façon, il est certain qu’en tant que lecteur on soit moins touché lorsqu’Aki décède (aucune surprise, on le savait dès la première page), mais en revanche je trouve que ça sublime le roman. En effet, l’auteur insiste ainsi non pas sur la mort, mais sur l’amour et la vie.

« Je fus alors saisi d’une certitude terrible. Aussi longtemps que je vivrais, je ne voulais pas être plus heureux que maintenant. Je ne voulais aspirer qu’à une chose : tenter de conserver ce bonheur précieusement aussi longtemps que possible. »

Parce que ce roman est un roman d’amour, et quel roman d’amour ! On voit la relation entre ces deux adolescents évoluer : l’amitié, qui est déjà belle, qui va se transformer en amour incommensurable. Ils vont vivre de belles choses ensemble, se rendre sur une île désertée pour passer un beau moment ensemble, coupés du monde. Ils vont avoir de fortes conversations, parfois initiées par celles qu’entretient Sakutaro avec son grand-père, qui a perdu la femme qu’il aimait et qui va demander à son petit-fils un service qui va mener à une réflexion sur l’amour et la mort. Et ils vont vivre ce que deux adolescents ne devraient jamais vivre : la maladie. Aki qui découvre au fur et à mesure que les jours passent et qu’elle ne guérit pas qu’elle a une leucémie. La perte de cheveux liée à la chimiothérapie. La faiblesse de son corps. La réalisation pour elle et Sakutaro qu’elle va bientôt disparaître. La tentative (et quelle tentative !) de passer un dernier moment ensemble, loin de l’hôpital et du traitement qui l’affaiblit de jour en jour.

« Je n’étais pas vraiment là. Je n’étais ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans la vie, ni dans la mort. J’errais je ne sais où. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais venu là. En faisant un effort, je pouvais bien constater que j’étais là. Mais je ne savais pas où j’étais vraiment. Je ne savais pas qui j’étais vraiment. »

On ressent vraiment que c’est un roman japonais, et cela m’a touché. On va très loin dans les sentiments, dans le ressenti. L’expression de la solitude de Sakutaro une fois Aki partie est bouleversante. On suit le processus : il pense à cette solitude avant de la perdre, mais aussi pendant qu’il la perd et après qu’il l’ait perdu. C’est, pour conclure, un roman extrêmement puissant qui ne vous laissera pas indifférent. Et je crois que jamais un titre n’aura été aussi bien trouvé pour un roman.

Ma note :
9

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata

Publié le

Je vais vous parler maintenant d’un classique de la littérature japonaise : Les Belles Endormies (眠れる美女, Nemureru Bijo) de Yasunari Kawabata. Cet auteur est un des auteurs japonais classiques les plus connus en dehors du Japon, et c’était le premier roman de lui que je lisais.

Kawabata

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 1982 (édition originale en japonais : 1960-1961)
Nombre de pages : 124
Prix : 4,60€

Dans Les Belles Endormies, on suit Eguchi, un vieil homme de 67 ans, qui va vouloir essayer d’aller dans la maison des « Belles Endormies » dont un ami lui a parlé. Le principe de cette maison est simple : des hommes âgés peuvent dormir aux côtés d’une (ou plusieurs) jeune fille qui a été préalablement profondément endormie. Il n’y a aucun rapport sexuel, puisque les clients sont censés être des « clients de tout repos », qui n’éprouvent plus de désir sexuel, même si cela ne semble pas être le cas d’Eguchi…

Il va ainsi passer cinq nuits avec une fille différente (ou deux dans le dernier chapitre), et à partir de chacune de ces filles, qu’il va découvrir être vierges, des souvenirs de femmes différentes vont lui revenir. Ces souvenirs semblent venir à lui comme une vague de nostalgie d’une vie passée, comme un bilan des femmes qui ont compté dans sa vie… Les jeunes filles vont permettre à Eguchi, et à tous les clients de la maison, d’être confronté à la jeunesse, ne serait-ce qu’une dernière fois.

« Ce qui, du bras de la fille se communiquait aux paupières d’Eguchi, c’était le courant de la vie, le rythme de la vie, l’invitation de la vie et, pour un vieillard, un retour à la vie. »

Ce livre a inspiré plusieurs films, ici un film allemand de Vladim Glowna de 2005

Ce livre a inspiré plusieurs films, ici un film allemand de Vladim Glowna de 2005

On retrouve donc dans ce roman quelques thèmes récurrents de la littérature japonaise, à savoir : l’opposition vieillesse/jeunesse (souvent matérialisée par une jeune fille vierge), l’amour, mais aussi la mort. De plus, on retrouve un peu d’érotisme, avec les descriptions de ces jeunes filles vierges à côté desquelles dort Eguchi. Ce genre de description est chose courante dans cette littérature, et m’a un peu lassé personnellement.

Ce roman côtoie la mort de près, et on ne voit très vite qu’une issue possible à l’épilogue : la mort. Pourtant, et c’est là l’un des traits particuliers que j’ai apprécié chez cet auteur, la vie -et donc la mort- peut toujours nous surprendre…

« Une maison comme celle-ci ne serait-elle pas l’endroit idéal pour mourir ? »

Ma note :
7

%d blogueurs aiment cette page :