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Archives de Tag: argent

Lune de papier de Mitsuyo Kakuta

Publié le

C’est un roman récemment traduit en français dont je veux vous parler aujourd’hui ! Voici Lune de papier de Mitsuyo Kakuta.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 avril 2021
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Février 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

On suit dans ce roman Rika, femme au foyer qui se sent dévalorisée, qui va commencer à travailler en tant que responsable de clientèle dans une banque. D’abord à temps partiel, puis à temps plein, elle va évoluer dans ce nouvel environnement tout en continuant de subir des remarquantes humiliantes de la part de son mari qui veut garder la main et rester le mâle dominant sans qui sa femme n’est rien. Cela va changer lorsque Rika commence à détourner de l’argent que ses clients lui remettent. De là l’engrenage va se mettre en route… alors qu’elle croit possible qu’elle va pouvoir rembourser les clients qu’elle a trompés tout au long du roman (et c’est aussi ça qui est fou !!).

« Elle avait le sentiment d’avoir enfin trouvé la liberté. Sans aucune culpabilité ou la moindre inquiétude, elle savoura seule sur ce quai désert le plaisir de cette toute-puissance qu’elle ne s’expliquait pas. »

Un roman qui m’a tenu en haleine tout le long et qui est très intéressant pour plusieurs raisons. J’ai beaucoup apprécié suivre Rika tout au long de sa réflexion, de découvrir le moment où le déclic se fait et où elle se rend compte qu’elle manipule chaque jour des centaines de milliers de yens qui peuvent être dépensés très (trop ?) facilement dans cette terrible société de consommation japonaise (les prix exorbitants de certains endroits constituent un mystère énorme pour moi, tout comme lorsque je vois régulièrement des jeunes étudiants, voire lycéens, porter des vêtements ou des sacs de marques de luxe…). Découvrir les détails de ce qui a poussé cette femme pourtant normale à passer de l’autre côté de la loi, ce qu’elle ressent à chaque étape, sont des éléments qui m’ont totalement conquis.

« Rika avait vraiment l’intention de rendre à ses clients l’argent qu’elle leur avait « emprunté ». Elle ne doutait pas non plus que cela soit possible. »

Un autre point intéressant est que l’on suit en parallèle d’autres personnages qui ont connu Rika de près ou de loin, pour la plupart plusieurs années auparavant. On participe ainsi à de petits passages de leur vie, et on prend note de leurs réactions et de leurs réflexions lorsqu’ils apprennent ce qu’a fait Rika. Comment en est-elle arrivée là ? Que fait-elle avec tout cet argent ? Que se passe-t-il dans son esprit ? Alors qu’ils tentent eux-mêmes de survivre tant bien que mal dans une société complexe, on peut penser qu’un rien suffit pour qu’eux aussi tombent dans un mode de vie basé dans l’illégalité.

De femme au foyer à détourneuse de fonds, rencontre avec une femme dont la vie va basculer dans ce roman qu’il est extrêmement difficile de lâcher.

Ma note :

Un printemps à Hongo de Takuboku Ishikawa

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C’est un journal bien particulier que nous propose Takuboku : voici Un Printemps à Hongo.


Edition lue :
Éditeur : Editions Arfuyen
Publié le : 10 septembre 2020
Traduction : Alain Gouvret
Publié au Japon en : 1909
Nombre de pages : 168
Prix : 16,00€

Ce journal est unique en son genre, puisque Takuboku l’a écrit en romaji (caractères latins) entre avril et juin 1909. Takuboku avait alors 23 ans et nous livre ici un journal sans artifice : il est honnête dans son quotidien, il ne cache rien ni ne se vante de rien. Outre les caractères qu’il a choisis pour le rédiger (qui a d’ailleurs dû rendre la traduction bien difficile), le contenu de son journal est lui aussi unique.

« Seul éveillé dans la métropole apaisée qui sommeille, comptant les souffles de cette calme nuit de printemps, je me suis rendu compte à quel point ma vie dans cette petite pièce de trois tatami et demi est insipide et dénuée de sens. »

Après avoir lu Une poignée de sable, un recueil de tankas de Takuboku que j’ai beaucoup apprécié, j’avais très envie d’en lire plus sur cet auteur, décédé prématurément à l’âge de 26 ans. J’ai donc été ravi de découvrir ce journal, qui ne m’a pas déçu. Tout d’abord, il faut noter qu’un travail intéressant a été fait sur la préface, qui nous donne un peu de contexte et qui nous permet de comprendre quel homme était Takuboku et ce qui le rendait fascinant. Et puis, la lecture du journal débute, et c’est une excellente lecture qui se dessine – très différente des journaux japonais que j’ai pu lire.

« La sensation qu’on a après une journée de travail soutenu, quel que soit le travail, est incomparablement agréable. C’est là sans doute que se trouve le sens profond de la vie. »

Takuboku vit donc à Tokyo, dans une résidence dans laquelle il est entouré d’un ami et de servantes. Il corrige des épreuves et écrit dans son temps libre, pour gagner de l’argent pour pouvoir faire venir sa famille. Et il ne va rien nous cacher : sa principale préoccupation, c’est l’argent, qu’il a d’ailleurs du mal à économiser. Il ne va pas non plus hésiter à partager ses réflexions sur sa vie, son travail, ses désirs (et notamment les prostituées qu’il a fréquentées), son amour pour sa femme qui s’étiole… Et c’est cette franchise qui est surprenante et rend la lecture passionante : on a l’impression d’être dans la confidence et on prend plaisir à découvrir le quotidien de cet écrivain sans le sou dans le Japon du début du XXème siècle.

Un journal sans fioriture et dont l’honnêteté surprend et nous offre une expérience de lecture comme aucune autre, par un écrivain japonais unique dans son genre.

Ma note :

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