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Archives de Tag: autobiographie

Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi

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Ce samedi, je vais vous parler d’Une langue venue d’ailleurs. Il s’agit d’un roman d’Akira Mizubayashi, qu’il a écrit directement en français et dans lequel il nous parle de son apprentissage et surtout de sa relation avec la langue de Molière…

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Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2013 (grand format en 2011)
Nombre de pages : 272
Prix : 7,10€

Ce roman est séparé en trois parties : la première s’intitule Tokyo, lorsque l’auteur nous raconte sa découverte de la langue française et son intérêt grandissant pour celle-ci, la seconde Montpellier, lorsqu’il partira étudier dans cette ville, et la troisième et dernière Paris-Tokyo, sur la fin de ses études et le début de sa vie professionnelle entre ces deux villes. Akira Mizubayashi a 19 ans lorsqu’il découvre le français et va souhaiter apprendre cette langue (qui est bien plus qu’une langue pour lui et qui va tracer un nouveau chemin dans sa vie), en commençant à enregistrer sur un magnétophone des cours de français qui passaient à la radio au Japon et à les écouter en boucle… Il va par la suite avoir une relation particulière avec Rousseau (que l’on va voir apparaître tout au long du roman), mais aussi avec la musique (Mozart notamment), deux domaines qui vont jouer un rôle dans son approche de la langue française.

« Dans le métro et l’autobus, personne n’avait d’écouteurs dans ses oreilles, sauf moi ; je me bourrais de musique française ; j’étais sous perfusion linguistique de façon quasi permanente. »

C’est un roman au départ assez difficile à lire, j’ai mis un peu de temps à entrer dedans, mais plus les pages se tournaient et plus le récit se construisait et on comprenait pourquoi l’auteur avait écrit ce roman. On découvre la place qu’a la langue française dans la vie de ce Japonais qui va aller vivre son rêve à Montpellier, puis à Paris, toujours en étant en perpétuelle immersion avec la langue française, la musique et nos grands écrivains et philosophes. Alors, certes, comme je l’ai précisé plus haut, je n’ai pas été tout de suite pris dans le roman et j’ai mis pas mal de temps à le lire. En fait, je dirais que dans sa globalité, c’est un roman intéressant, mais surtout pour certains passages et certaines anecdotes qui sont plaisantes à lire : par exemple quand il explique qu’au Japon, à la caisse des supermarchés on ne dit pas merci ; je le fais en général, mais je constate que la plupart des Japonais ne le font pas. Ou lorsqu’avec sa femme française, il y a toute la réflexion sur la langue dans laquelle chacun doit parler pour éduquer leur fille (Japonais ? Français ? Chacun sa langue ?) ou même pour parler à leur chienne. Ce sont pour moi ces petits passages, plus anodins, plus ancrés dans le quotidien, et d’un certain côté moins intellectuels que le reste du roman, qui m’ont tout de même fait passer une lecture plaisante.

Un roman qui va en détail dans le parcours étudiant d’Akira Mizubayashi et dans sa relation avec la langue française depuis qu’il l’a découverte. Un texte qui m’a été d’un intérêt variable selon les passages, mais qui est toujours écrit dans une langue parfaitement maîtrisée et littéraire, et ça, c’est si agréable que je ne peux que le souligner !

Ma note :
6

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Confession d’un masque de Yukio Mishima

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Je vais vous parler d’un roman que j’ai lu récemment : Confession d’un masque (Kamen no Kokuhaku, 仮面の告白) d’un auteur dont j’ai déjà parlé ici et que j’aime beaucoup : Yukio Mishima.

Mishima

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1983 (édition originale en japonais : 1949)
Nombre de pages : 254
Prix : 8,00€

Ce roman a une différence majeure avec la plupart des autres qu’a pu écrire Mishima, puisqu’il est tiré de sa propre vie.
Tout d’abord, je dois dire que j’ai rarement vu un roman avec un titre aussi représentatif de son contenu. Mishima nous parle ici de son enfance et de son adolescence, avec une petite particularité, puisqu’il nous raconte la découverte de son homosexualité, et la volonté de refuser cette part de lui-même, de « faire comme si » en permanence, et donc de porter un masque en présence des autres.

La partie « Confession » du titre n’est de plus pas en reste, et je dois même dire qu’il faut avoir des tripes pour écrire ce roman et le publier, puisque Mishima nous dit absolument tout, sans honte (ou pourrait-on le croire), nous dévoile son intimité sans aucun détour. Je dois dire qu’on voit ici un côté qui me fait beaucoup apprécier Mishima, en plus de son écriture si particulière et agréable, il ne se limite pas à décrire la surface des choses, mais va en profondeur.

On suit donc le jeune Yukio Mishima, un enfant fragile, souvent malade, pendant la Seconde Guerre Mondiale, découvrant ses premiers désirs : notamment celui de faire mourir, de voir du sang, sur des corps d’hommes virils. C’est pour cela que la mort revient également souvent dans ce roman, faisant écho à la Guerre qui est en train de se dérouler et au cours de laquelle Yukio Mishima aurait aimé être appelé et y mourir (une maladie l’empêcha d’y participer).

Saint Sébastien de Guido Reni, image de fantasme à plusieurs niveaux pour Mishima adolescent

Saint Sébastien de Guido Reni, fascination à plusieurs niveaux pour Mishima adolescent

Mishima va prendre conscience que ses désirs ne sont pas « normaux », surtout à cette époque-là, mais va néanmoins tomber amoureux de la soeur d’un de ses amis, Sonoko. Même si parfois cet amour est décrit comme un grand amour qui pourrait déboucher sur une famille, Mishima intervient parfois lors de la narration pour rappeler que c’est bel et bien de l’amour qu’il éprouve pour cette fille ; mais aucun désir, celui-ci n’étant ressenti qu’avec les hommes. Mishima va pousser sa réflexion sur cette dualité à laquelle il sait qu’il va être confronté toute sa vie.

C’est au final un roman que j’ai beaucoup apprécié lire et qui nous plonge dans des thèmes qui vont amener une réflexion de Mishima sur sa propre enfance et adolescence qui pourraient se définir par l’Amour, la Guerre, le Désir, la Mort – des thèmes encore plus liés qu’on pourrait le penser.

Je termine sur une citation, au moment où Mishima apprend que la Guerre va prendre fin, qu’il n’y mourra donc pas, et qu’il va devoir enlever son masque, puisque, l’épée de Damoclès qu’était la Guerre ayant disparue, la « vie normale » va commencer :

« Je pris le papier, mais avant même d’avoir eu le temps de le lire, j’avais déjà compris la réalité de ces nouvelles. Ce n’était pas la réalité de la défaite. Au lieu de cela, pour moi -pour moi seul- cela signifiait que des jours terribles commençaient. Cela signifiait que désormais, que je le voulusse ou non et en dépit de tout ce qui m’avait leurré et fait croire qu’un tel jour ne viendrait jamais, dès le lendemain il me faudrait commencer à mener la « vie quotidienne » d’un membre de la société humaine. Comme ces seuls mots me faisaient trembler ! »

 Ma note :
8

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