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Archives de Tag: bombardement

L’Idiote d’Ango Sakaguchi

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Une fois n’est pas coutume, je vais vous présenter aujourd’hui un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur Comaujapon, avec sa nouvelle la plus célèbre. Voici L’Idiote d’Ango Sakaguchi, qui semble bien porter son nom.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Avril 1999
Publié au Japon en : 1946
Nombre de pages : 96
Prix : 5,00€

Ce petit livre contient deux nouvelles. La premières s’intitule donc L’Idiote. Elle se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale et s’ouvre sur la description d’un quartier dont les habitants sont décrits de façon assez pathétique. Entre des histoires d’inceste, de suicide et de grossesse d’un père inconnu, on rencontre également un fou, dont la femme est tout bonnement idiote. Celle-ci va un soir se réfugier dans le placard d’Izawa, un voisin, ne souhaitant plus vivre avec son fou de mari. Izawa va essayer de comprendre cette femme qui ne parle pas et qui ne semble être qu’un corps, alors que la réalité de la guerre va venir frapper à la porte de leur quartier.

« Mais, en quoi les fous étaient-ils différents du commun des mortels ? Si différence il y avait, il fallait la chercher dans cette profonde et immense pudeur qui les caractérisait. Avaient-ils envie de rire ? Eh bien ! Ils s’en donnaient à cœur joie. »

Cette nouvelle est typiquement japonaise. Elle a été écrite en 1946, un an après la fin de la guerre, et c’est sûrement ce qui lui donne aussi cette profondeur. Grâce à l’histoire de cette femme qui va fuir son mari pour rejoindre un homme qu’elle semble apprécier, on perçoit aussi le quotidien de Tokyo lors des incessants bombardements américains dans un quartier populaire. On a de plus une réflexion profonde et intéressante sur la guerre et sur l’incertitude des jours à venir. La seconde nouvelle Je voudrais étreindre la mer m’a un peu moins marqué. C’est la réflexion d’un homme en couple avec une ancienne prostituée devenue frigide, sur le désir, le corps, le bonheur. Celle-ci aura tout de même le mérite de pouvoir nous faire glisser hors du terrible contexte de la guerre de l’Idiote.

« Il avait en face de lui la volonté, la sensibilité de l’idiote, quelque chose qui, de toute façon, n’appartenait pas au monde humain. »

Un recueil marquant pour sa nouvelle éponyme, qui nous fait partir à la rencontre de personnages atypiques et de leur façon d’aborder la vie, ou plutôt la survie, dans un contexte particulièrement difficile.

Ma note :

 

 

 

La Voix des vagues de Jackie Copleton

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Aujourd’hui, je vous présente un roman qui vient de paraître en France : La Voix des vagues, le premier roman particulièrement fort de Jackie Copleton, une auteure britannique ayant notamment vécu à Nagasaki.

la-voix-des-vagues-jackie-copletonÉdition lue :
Éditeur : Les Escales
Publié le: 13 octobre 2016
Nombre de pages : 304
Prix : 21,90€

Le roman s’ouvre sur Amaterasu Takahashi qui ouvre sa porte à un inconnu défiguré. Celui-ci se présente en tant qu’Hideo et prétend être son petit-fils, venu jusqu’aux Etats-Unis pour retrouver sa grand-mère. Sauf qu’Amaterasu a perdu son petit-fils et sa fille lors de l’explosion nucléaire qui a détruit la ville de Nagasaki le 9 août 1945. Elle ne va pas réussir  à croire qu’il s’agit de son petit-fils, et on va découvrir ce qu’il s’est passé ce fameux jour. L’horreur de la bombe, la destruction de la ville, les dures descriptions des victimes, les corps brûlés, les dévisagés, les plaintes de ceux qui allaient bientôt mourir, et enfin, la terrible question que lui a posée son mari en rentrant vivant à la maison ce soir-là sans être au courant de la terrible nouvelle : « Ils dorment ? » en parlant de leur fille et de leur petit-fils qui n’ont pas survécu.

« J’avais pleuré Hideo pendant trop d’années pour le croire ressuscité. »

Ce mystérieux homme qui débarque chez elle des décennies après qu’elle ait quitté Nagasaki et le Japon pour échapper aux horreurs et tenter d’oublier, va permettre à Amaterasu de justement y repenser, de repenser à son histoire, de faire revivre sa fille et son petit-fils dans son cœur. On va donc replonger dans ses souvenirs, dans sa propre enfance, puis dans l’enfance de leur fille, son adolescence, son amour qu’elle éprouvera pour une homme plus vieux que son père, puis son mariage et la naissance d’Hideo. Jusqu’à ce terrible jour pour lequel Amaterasu se sent terriblement coupable chaque jour qui passe, puisqu’elle avait donné rendez-vous à sa fille dans un endroit détruit par la bombe. Et on découvre aussi l’après, la fuite avec son mari vers les Etats-Unis, comment ils ont tenté de se reconstruire dans un pays qui n’était pas le leur, jusqu’à ce qu’Hideo apparaisse et vienne lui faire remonter tous ces souvenirs. Elle ne veut pas y croire, elle ne peut pas y croire, ça ne peut pas être lui, se dit-elle. Hideo est mort dans son cœur.

« J’eus l’impression que le cœur du monde venait d’exploser. »

C’est un roman particulièrement fort que j’ai beaucoup apprécié. L’écriture est très belle, l’histoire est touchante, et elle n’est pas uniquement concentrée sur ce terrible événement, et c’est tant mieux. Je dirais que, même si la bombe -et donc la mort- a une place énorme dans ce roman, il s’agit aussi d’un roman sur la vie, la vie d’une famille sur plusieurs générations avec tous ses secrets, la vie de couple, le premier amour… On ne sait pas si Hideo est réellement son petit-fils ou non, mais ce n’est pas l’essentiel, c’est en quelque sorte un prétexte pour Amaterasu, désormais seule, pour repenser à ses fantômes, sa fille, son petit-fils, son mari. C’est son cœur qui va devoir choisir s’il souhaite à nouveau s’ouvrir pour laisser entrer un peu d’espoir et de bonheur, ou s’il souhaite rester dans le passé, focalisé sur la souffrance qu’a causée la mort de son petit-fils.

« Avec le temps, j’ai appris à porter cette culpabilité avec légèreté de manière à ce que personne ne découvre le monstre vivant parmi eux, mais parfois, lorsque je baissais ma garde, je disais à Kenzo que je regrettais que la bombe ne m’ait pas réclamée, moi, au lieu d’elle. »

Un roman très fort qui se base sur le tragique événement de la bombe ayant rasé Nagasaki le 9 août 1945. Il nous raconte l’histoire d’une famille et la façon dont chacun de ses membres côtoie la vie, les amours, la famille, la culpabilité, la mort, mais surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là.

Ma note :
8

Pluie noire de Masuji Ibuse

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Aujourd’hui, un sujet délicat abordé dans un roman particulièrement difficile : le bombardement atomique du Japon et ses conséquences, raconté par Masuji Ibuse, dans son roman le plus connu, Pluie noire (黒い雨, Kuroi ame).

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Edition lue :

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2004 (1ère édition : 1972)
Édition originale en japonais : 1966
Nombre de pages : 382
Prix : 8,50€

L’histoire de Pluie noire se déroule à proximité de la ville d’Hiroshima, cinq ans après l’explosion de la bombe atomique. On suit Yasuko, jeune fille vivant chez son oncle et sa tante, qui n’arrivent pas à la marier à cause d’une rumeur : Yasuko serait en effet malade, puisqu’elle aurait reçu sur elle la « pluie noire », pluie fortement radioactive tombée quelques temps après la bombe. À partir de là, on va suivre principalement son oncle, Shigematsu, qui entretient un journal depuis le jour de l’explosion. On va donc revivre la chronologie de ce qui est l’un des plus choquants épisodes de l’Histoire du Japon – à travers les écrits de Shigematsu, qui nous relate les effets de la bombe sur lui et sa famille, mais aussi de sa nièce dont il va reprendre le journal pour prouver que celle-ci est en bonne santé et pour faire taire les rumeurs.

L’auteur s’est appuyé sur des documents officiels pour écrire son roman, et ça se sent. Il y a beaucoup de précisions, de descriptions et cela en fait un roman particulièrement difficile à lire. J’ai commencé ce roman quelques jours avant de découvrir Hiroshima pour la première fois, ce qui n’était peut-être pas une bonne chose malgré ce que je croyais. En effet, mon court séjour dans cette ville s’est déroulé dans une atmosphère très pesante, où mon esprit a simplement été saturé par toutes les images et témoignages que j’ai pu voir ou lire. Je ne regrette en rien la visite d’Hiroshima, je pense que c’est à faire un fois dans sa vie, mais après celle-ci j’ai souhaité prendre quelques distances : je n’arrivais plus à lire ce roman. Je l’ai donc mis de côté et repris quelques semaines plus tard. J’ai au total mis près de deux mois pour lire ce roman, moi qui lit en général rapidement.

Je pense que ce roman est un roman de qualité sur le sujet, puisqu’à la fois il nous parle des conséquences directes de ces bombes atomiques, des atrocités qu’elle a faites à ces villes et ces habitants (les explosions en elles-mêmes, les incendies… entre 110 000 et 250 000 victimes directes selon les sources), mais il nous parle aussi de l’après. Des maladies causées par les bombes atomiques, mais également le rejet de ces personnes malades, comme on peut le voir avec le personnage de Yasuko. On suit donc ce qui s’est passé de quelques heures avant les bombes, jusqu’à des années après que celles-ci aient détruit une partie du Japon, en passant par l’incompréhension totale des habitants d’Hiroshima et ses alentours, ne savant pas les spécificités de cette arme nouvelle.

En bref, il s’agit d’un roman fort qui ne pourra pas vous laisser indifférent. J’ai pour ma part eu beaucoup de mal à le lire, d’où ma note moyenne, mais il s’agit pourtant d’un roman que je ne regrette pas d’avoir lu et que je conseille à tous ceux qui n’ont pas peur de se lancer dans une lecture qui les marquera.

Ma note :
6
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