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Archives de Tag: carpe

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

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Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

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Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

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Le Bureau des Jardins et des Étangs de Didier Decoin

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Pour débuter cette année 2017, je vais vous présenter le nouveau roman de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977, qui se déroule dans un Japon ancien : voici le Bureau des Jardins et des Étangs.

le-bureau-des-jardins-et-des-etangs-didier-decoinEdition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 2 janvier 2017
Nombre de pages : 396
Prix : 20,50€

Ce roman, qui se déroule au Japon au milieu du XIIème siècle, peut se diviser en deux parties. Dans la première, Miyuki apprend la mort de son mari Katsuro, noyé. Il était un pêcheur de carpes réputé et en livrait régulièrement au Bureau des Jardins et des Étangs, pour peupler les étangs et les lacs des temples sacrés. Pour honorer la mémoire de son mari, elle va devoir aller livrer elle-même au Bureau les dernières carpes que son mari a pêchées, et va donc entreprendre seule ce voyage durant lequel elle rencontrera de nombreux obstacles. Une fois arrivée, la deuxième partie du roman débute, et Miyuki va se retrouver mêlée à un concours d’encens auquel participe également le jeune Empereur de l’époque.

« Elle sentit que la vie sans son mari allait être une suite de questions lancinantes auxquelles elle serait seule à tenter de répondre. »

Déjà, il faut noter que ce roman est particulièrement bien écrit et parfaitement documenté. L’auteur nous propose une immersion totale dans ce Japon du XIIème siècle, avec ses particularités, ses traditions, et ses personnages. On en apprend beaucoup sur ce Japon, notamment sur le rituel des 49 jours quand un proche décède, l’ohaguro, c’est-à-dire la coutume de se noircir les dents, le takimono awase, le concours d’encens auquel il est question dans la deuxième partie du roman ou encore le yobai, qui est le mariage par « intrusion nocturne ». Tant de choses que j’ignorais et qui apparaissent avec fluidité tout au long du texte.

« Les sommets émergeaient des torsades de valeur nées du contact de la rosée matinale avec le sol attiédi par le réseau souterrain des eaux chaudes qu’on entendait gargouiller sous la terre. »

Enfin, c’est également un puissant roman d’amour. Dit comme ça, c’est étrange, puisque Katsuro n’est plus de ce monde dès le début du roman, mais en réalité, il accompagne sa femme à chaque instant durant le périple de celle-ci. Elle se souvient en effet des descriptions de certains endroits que lui avait faites Katsuro, elle passe par des endroits où il était passé autrefois, elle semble encore connectée à son mari, même d’un point de vue charnel puisqu’elle fait des rêves érotiques dans lequel son mari est présent. La mort ne semble pas les avoir séparés, et dans ce roman des sens (l’odorat et le toucher principalement), leur relation est bel et bien au centre.

« Le regard de Katsuro fendait comme une lame la profondeur des eaux, il voyait à travers le limon, il pressentait ce qu’il y avait dessous les pierres, il les retournait par la pensée pour débusquer la carpe qu’il désirait, et c’était bien celle qu’il attrapait, oui, celle-là et pas une autre. »

Un très beau roman qui nous montre un aspect du Japon qu’on ne lit pas souvent. À travers le périple de l’héroïne, on en apprend beaucoup sur ce Japon de la fin de l’Époque de Heian, en même temps que Mizuki elle-même, qui semble découvrir le monde en dehors de son village. 

Ma note :
7

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