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Archives de Tag: enfance

Suisen d’Aki Shimazaki

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Chaque année, Aki Shimazaki nous fait plaisir en publiant un nouveau roman ! En 2017, c’était Suisen qui est paru chez nous. Allons cueillir ensemble cette fleur de Narcisse.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 21 septembre 2016 (Canada) / 1er mars 2017 (France)
Nombre de pages : 168
Prix : 15,00€

Après Azami et Hôzuki, Suisen est le troisième roman de la nouvelle série d’Aki Shimazaki, mais une fois encore, il n’y a pas besoin d’avoir lu les précédents pour apprécier pleinement celui-ci. On fait cette fois-ci la connaissance de Gorô, un cinquantenaire qui semble avoir tout pour lui : il est président de l’entreprise familiale depuis près de 20 ans, il est marié, il a deux enfants pour lesquels il a des projets, et il s’offre également le plaisir d’avoir deux maîtresses. Mais voilà, on découvre au fil des pages que c’est en fait un homme qui a été blessé dans son enfance, et cette blessure est toujours et bien présente dans sa vie actuelle, et va ressortir lorsque son entourage va changer vis à vis de lui…

« Pour moi, ces relations extérieures ne sont que des aventures. Je n’ai pas l’intention de divorcer, quoi qu’il arrive. Le divorce c’est la honte. »

Aki Shimazaki est fidèle à elle-même dans ce roman, et on passe donc encore une fois un très bon moment de lecture en sa compagnie. Le personnage principal est cette fois-ci un peu détestable dans son attitude, ce qui rend peut-être la lecture un peu moins plaisante que pour ses romans précédents, mais on comprend néanmoins pourquoi il agit comme ça, et son caractère prend tout son sens. Comme à chaque fois, j’adore les liens entre les personnages de ce roman et ceux des deux romans précédents, même si cette fois-ci ils ne jouent pas un rôle important dans l’histoire, et aussi la façon dont la fleur du titre, Suisen, la fleur de Narcisse, s’impose au personnage principal de plusieurs façons.

« Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. Il faut en profiter. »

Encore un très bon roman d’Aki Shimazaki, dans lequel on retrouve son écriture fluide, brève et précise, ainsi que tout ce qui fait qu’on aime lire cette auteure. En attendant le prochain qui sortira en avril 2018 en France…

Ma note :

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Comment apprendre à s’aimer de Yukiko Motoya

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Un roman qui nous fait découvrir des scènes de la vie d’une femme : voici Comment apprendre à s’aimer de Yukiko Motoya.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 18 août 2016
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Publié au Japon en : 2013
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Linde a 16 ans lorsqu’on la rencontre. Lycéenne, elle traîne avec deux filles avec qui elle ne partage pas grand chose, des « amies par défaut ». Ensuite, on la découvre à plusieurs âges de sa vie : 28 ans, en couple avec un homme avec qui elle se montre particulièrement agaçante et avec qui elle se dispute souvent, 34 ans, avec ce même homme avec qui elle est désormais mariée mais ne semble pas satisfaite, puis à 47, 3 et 63 ans. Dans ce dernier chapitre, elle cherche des moyens de s’aimer, une chose qu’elle n’a visiblement pas fait durant toute sa vie, d’où le titre du roman.

« Ces pitoyables êtres devant elle étaient, sans le moindre doute, ses amis. Et ils pensaient certainement la même chose qu’elle. »

Un roman qui m’intriguait et que j’avais envie de lire depuis sa sortie. Et puis je lis le premier chapitre. Linde, 16 ans, adolescente étrange qui joue au bowling avec ses « amies » qui n’ont rien à se dire. Pourquoi pas. 28 ans. Linde commence à être un petit peu irritante, tout comme son petit-ami, d’ailleurs. D’accord. Et puis, s’enchaînent trèèès lentement les chapitres suivants. Cela devient de plus en plus triste à lire, Linde a une vie particulièrement inintéressante. C’est certainement l’effet recherché, mais je me suis bien ennuyé une fois les deux premiers chapitres passés.

« La paresse de Linde commençait à ressembler à ces traces de tartre dans la salle de bain, longtemps négligées et maintenant incrustées. Elle s’était convaincue que ces motifs existaient depuis toujours. »

Un roman qui me tentait beaucoup et qui m’a intéressé – mais que jusqu’à la moitié. On suit une femme qui a, au final, du mal à trouver son bonheur au fil des ans, et qui va essayer de trouver un moyen pour commencer à enfin s’aimer.

Ma note :

Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui une courte nouvelle d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog mais qui a pourtant quelques titres parus en France. Voici Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Juin 2010
Publié au Japon en : 1958
Nombre de pages : 52
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle offerte en 2010 pour deux livres de la collection Babel achetés, inédite à sa sortie mais depuis parue dans le recueil « L’arc-en-ciel blanc », il ne faut pas se fier à la mignonne couverture (spoiler alert : un poussin est maltraité au début de l’histoire). En effet, on découvre dans cette histoire Kiyoshi, un petit garçon qui vit chez sa grand-mère, alitée, depuis que la mère de Kiyoshi s’est suicidée. Ce garçon va jouer avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui habite aussi dans cette grande propriété. La famille de cette Tokiko, et surtout son père, ont hâte que la grand-mère décède pour pouvoir récupérer la propriété et le terrain. Dans ce contexte estival, on découvre en même temps que Kiyoshi la dureté des hommes ainsi qu’un événement marquant dont il va être témoin, une nuit…

« Kiyoshi s’amusait à toucher du bout des doigts le corps du poussin pour en goûter la sensation. Il en éprouvait de la satisfaction comme s’il avait un objet précieux entre les mains. »

En voilà une nouvelle bien mystérieuse ! Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’en dégage. Le titre en dit long, mais en même temps, il ne dévoile pas l’intensité, ni la signification de ce qu’il va se passer dans cette maison. L’élément final est à la fois surprenant, compréhensible, et fort. Il est, de plus, vu par des yeux d’enfant, un enfant qui ne comprend pas toute la complexité du monde et qui, donc, ne juge pas et constate simplement.

Une nouvelle qui m’a donné très envie de découvrir plus de textes d’Akira Yoshimura, parce que, mine de rien, elle m’a beaucoup marqué. N’hésitez pas à la lire (elle est trouvable d’occasion dans cette édition ou dans le recueil mentionné plus haut) pour découvrir un petit bout de l’univers de ce grand auteur.

Ma note :
8

 

[Kokoro] de Delphine Roux

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

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