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Archives de Tag: famille

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Nââândé!? d’Eriko Nakamura

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Mais que pense donc une Japonaise qui vit à Paris depuis des années ? C’est ce qu’Eriko Nakamura nous propose de découvrir dans Nââândé!?, un livre qui ne manque pas d’humour.

naaande-eriko-nakamuraEdition lue :
Éditeur : Pocket
Publié le : 7 mars 2013 (Grand format : 2012)
Nombre de pages : 128
Prix : 5,95€

Ces tribulations d’une Japonaise à Paris sont donc écrites par Eriko Nakamura, ancienne présentatrice à succès sur une grande chaîne japonaise, mais désormais mariée à Charles-san, un Français, avec qui elle vit à Paris depuis dix ans au moment de l’écriture de ce livre. Dans divers thèmes du quotidien que les Japonais et les Français traitent différemment -le métro, le mariage, la grève, l’éducation, la propreté, les toilettes, le sexe ou encore le couple-, elle va souvent exprimer intérieurement un Nââândé!?, une expression japonaise qui marque l’incompréhension.

« Personne ne fantasme autant sur Paris qu’un Japonais. Et personne n’est plus choqué par Paris qu’un Japonais. »

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteure, qui rend ce petit livre bien agréable à lire. Elle a des remarques vraiment drôles sur des choses qui sont parfois pour nous normales (comme par exemple les dîners entre amis qui s’éternisent où le dessert n’arrive qu’à minuit et qu’elle pense « C’était stupéfiant : on changeait de jour et on était toujours à table ! »), ou encore lorsqu’elle nous dit qu’elle a pu découvrir tout un pan de la littérature française en attendant les Français, souvent en retard à des rendez-vous.

« Je crois que c’est avec la grève qu’on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. »

Le sous-titre, Les tribulations d’une Japonaise à Paris, est à mon sens incomplet. Je rajouterais et de son mari français à Tokyo, puisqu’elle nous parle beaucoup des déboires de son mari dans la capitale nippone, qui sont souvent très amusants. En revanche, ce livre est grand public. C’est-à-dire qu’on n’apprend pas grand chose si on connaît déjà un minimum le Japon. Certes, c’est amusant, mais on a tout de même droit à des clichés qu’on entend depuis des années, repris à toutes les sauces (sur le quartier Harajuku pour ne citer qu’un exemple). C’est évidemment ce qui fait vendre et ce qui plaît, elle exagère les traits du Japon que les Français trouvent loufoques, et elle grossit les traits des Français, en les mettant tous dans le même panier. Un point négatif qui n’est tout de même pas négligeable.

« Parfois, je me demande si les Parisiens n’aiment pas aller à la campagne pour se prendre quelques petites doses de gentillesse et d’attentions avant de recommencer une semaine… »

Un petit livre amusant qui vous fera passer certainement un très bon moment ! Il faut le lire pour ce qu’il est : un concentré de petites anecdotes drôles du quotidien, parfois un peu poussées et exagérées, mais qui parviennent tout de même à mettre en évidence les différences entre nos deux pays.

Ma note :
7

 

Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui une courte nouvelle d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog mais qui a pourtant quelques titres parus en France. Voici Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Juin 2010
Publié au Japon en : 1958
Nombre de pages : 52
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle offerte en 2010 pour deux livres de la collection Babel achetés, inédite à sa sortie mais depuis parue dans le recueil « L’arc-en-ciel blanc », il ne faut pas se fier à la mignonne couverture (spoiler alert : un poussin est maltraité au début de l’histoire). En effet, on découvre dans cette histoire Kiyoshi, un petit garçon qui vit chez sa grand-mère, alitée, depuis que la mère de Kiyoshi s’est suicidée. Ce garçon va jouer avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui habite aussi dans cette grande propriété. La famille de cette Tokiko, et surtout son père, ont hâte que la grand-mère décède pour pouvoir récupérer la propriété et le terrain. Dans ce contexte estival, on découvre en même temps que Kiyoshi la dureté des hommes ainsi qu’un événement marquant dont il va être témoin, une nuit…

« Kiyoshi s’amusait à toucher du bout des doigts le corps du poussin pour en goûter la sensation. Il en éprouvait de la satisfaction comme s’il avait un objet précieux entre les mains. »

En voilà une nouvelle bien mystérieuse ! Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’en dégage. Le titre en dit long, mais en même temps, il ne dévoile pas l’intensité, ni la signification de ce qu’il va se passer dans cette maison. L’élément final est à la fois surprenant, compréhensible, et fort. Il est, de plus, vu par des yeux d’enfant, un enfant qui ne comprend pas toute la complexité du monde et qui, donc, ne juge pas et constate simplement.

Une nouvelle qui m’a donné très envie de découvrir plus de textes d’Akira Yoshimura, parce que, mine de rien, elle m’a beaucoup marqué. N’hésitez pas à la lire (elle est trouvable d’occasion dans cette édition ou dans le recueil mentionné plus haut) pour découvrir un petit bout de l’univers de ce grand auteur.

Ma note :
8

 

Wasurenagusa d’Aki Shimazaki

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Aki Shimazaki est une auteure que j’apprécie beaucoup et dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois sur le blog. Je poursuis aujourd’hui avec Wasurenagusa, un roman tout aussi bon que les autres !

wasurenagusa-aki-shimazakiEdition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Février 2009 (grand format : 2003)
Nombre de pages : 125
Prix : 6,60€

Wasurenagusa est le quatrième tome de la pentalogie Le poids des secrets d’Aki Shimazaki, mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents pour lire celui-ci. Ici, on se concentre sur le personnage de Kenji Takahashi, le mari de Mariko, personnage principal du tome précédent, Tsubame. Ce roman se découpe en deux parties. Dans la première, on suit Kenji de son enfance, avec notamment sa nounou Sono à qui il va penser tout au long de sa vie, jusqu’à son premier mariage avec Satoko qui va se traduire par un échec parce qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant, puis sa rencontre avec Mariko et son fils Yukio. La seconde partie se passe bien plus tard, puisqu’il est marié avec Mariko depuis 46 ans. Et même à cet âge avancé, il va lui aussi être concerné par le poids des secrets…

« J’entends Mariko chanter, d’une voix douce. Je m’immobilise et l’écoute. Cela me rappelle Sono, qui chantait tous les soirs pour m’endormir. J’ai le cœur serré. »

Encore une fois, Aki Shimazaki nous livre un roman qui se lit tout seul, d’une belle fluidité. Les actions se déroulent, les descriptions également, on n’a aucun mal à nous imaginer le décor qui se dévoile à nous par petites touches en parallèle à l’histoire… Même si on peut lire ce tome sans avoir lu les précédents, il est toujours plaisant de retrouver des références et des personnages de ceux-ci, et cela permet de ficeler tout un univers qui est assez impressionnant lorsqu’on met chacun de ces tomes bout à bout. Cette pentalogie porte décidément bien son nom puisque chacun des personnages cache ou découvre des secrets le concernant, qui ont souvent une répercussion non seulement sur leur vie, mais sur leur entourage.

« Mariko reste silencieuse. Son regard flotte en l’air, distrait. Je ne sais pas à quoi elle pense, mais je sais qu’elle a beaucoup de souvenirs de sa vie avant moi dont elle ne veut parler à personne. »

Tout comme les précédents, encore un roman d’Aki Shimazaki que je recommanderais les yeux fermés. Une belle plume qui dévoile pourtant des éléments forts, que ce soit d’un point de vue historique ou d’un point de vue personnel. Chaque personnage a une histoire et ses secrets, et c’est un réel plaisir de les découvrir et de les délester en quelque sorte de ces poids.

Ma note :
8

La fleur de l’illusion de Keigo Higashino

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Partons aujourd’hui enquêter avec Keigo Higashino et son dernier roman paru récemment en France : La fleur de l’illusion !

keigo-higashino-la-fleur-de-l-illusionÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 5 octobre 2016
Édition originale en japonais : 18 avril 2013
Nombre de pages : 352
Prix : 21,80€

Le roman s’ouvre sur deux scènes distinctes qui se déroulent à des moments différents : un couple de jeunes parents est sauvagement assassiné par un homme avec un sabre dans la rue et deux adolescents vont se rencontrer et tomber amoureux. pour la première fois. Ensuite, l’intrigue principale va se dévoiler, qui ne va pas être sans rapport avec les deux incidents précédents : Naoto, un jeune homme de 22 ans s’est jeté par la fenêtre. Lino, sa cousine, va se rendre à l’enterrement et y voir son grand-père. Ils vont renouer contact et elle va décider de lui rendre visite régulièrement, notamment pour tenir un blog sur les fleurs qu’il cultive. Un jour, elle va le voir, et le trouve mort dans son salon, assassiné. Elle va, plus tard, remarquer qu’une mystérieuse fleur jaune que son grand-père lui avait interdit de poster sur le blog a disparu… et celle-ci va constituer la clé de ce roman.

« Il disait souvent que les fleurs, elles, ne mentent pas. Voilà pourquoi je pense que seules les fleurs savent ce qui s’est passé. »

Une enquête va se dessiner et plusieurs personnages vont y être mêlés : Lino, qui veut découvrir qui a tué son grand-père et pourquoi, Hayase, chargé de l’enquête, qui veut aussi arrêter ce meurtrier pour des raisons personnelles, puis Sôta et son frère Yôsuke. Les personnages sont très bien développés et c’est là l’un des points forts de ce roman. Leurs parcours se croisent, leurs motivations sont diverses et on les retrouve à plusieurs périodes de leur vie. Tout ça fait de ce roman une lecture plaisante, qui commence fort et puis, doucement, qui pose certaines questions et réflexions, notamment sur l’après-Fukushima ou sur les secrets de famille. Je reprocherais peut-être une certaine lenteur dans l’avancement de l’enquête et du récit, mais c’est aussi ce qui rend ce roman particulier. Les enjeux ne semblent pas si élevés (un grand-père qui a tout l’air de s’être fait cambrioler avant de se faire tuer), mais ils cachent pourtant un mal bien plus grand.

« Les pétales d’un beau jaune qui se déroulaient comme des tentacules lui donnaient un aspect presque grotesque. »

Un roman dans lequel Keigo Higashino exprime son talent avec une histoire bien ficelée, des secrets qui vont voir le jour, des destins croisés, et qui fait notamment réfléchir sur la notion d’héritage au sein d’une famille, que celui-ci soit positif ou négatif. Une enquête à la japonaise !

Ma note :
7

Les Fleurs du Nord de Valérie Harvey

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un roman d’une auteure québécoise sorti début novembre : Les Fleurs du Nord de Valérie Harvey. Partons ensemble à l’aventure !

les-fleurs-du-nord-valerie-harveyEdition lue :
Éditeur : Québec Amérique
Publié le : 2 novembre 2016
Nombre de pages : 549
Prix : 7,99€ en numérique ici
Disponible à la Librairie du Québec (Paris) en format papier

Le début des Fleurs du Nord nous présente Tatsuke Kagi, le dernier héritier du pouvoir du feu (il peut jeter du feu à distance grâce à son éventail), qui va combattre pour défendre le Nord du Japon (Hokkaidô). Mais, un jour, il va tomber amoureux de Midori, une femme ayant vécu l’horreur malgré son jeune âge. Tatsuke va lui apprendre à se défendre et à combattre, et la femme va faire sa place dans ce clan très fermé, avant de faire sa place dans le cœur de Tatsuke… Ils vont fonder une famille et l’on va également suivre les aventures de leur fille aînée, Aki, qui va aussi développer les pouvoirs du feu et va tenter de s’imposer dans cette société patriarcale.

« Le soleil couchant qui inondait le champ de bataille masquait le carnage en baignant les lieux d’une lumière rouge. »

Pour commencer, j’ai vraiment adoré ce roman. Il se lit merveilleusement bien, l’écriture est belle, les personnages sont bien développés, on se plonge facilement dans cette histoire qui mêle histoire du Japon et magie et on a envie de le dévorer. C’est un roman multiple : on y trouve des combats épiques, des descriptions spectaculaires (sur les flammes, la neige fondue, les saisons… on peut aisément s’imaginer le paysage dans notre tête), de la magie avec une histoire autour de celle-ci (différentes familles : celles du feu, celles du vent, celles de l’eau), deux autres éléments que je vais un peu plus développer : l’amour et la femme.

« À certains moments, on ne voit plus le regard de l’autre. C’est quand on est trop près de son visage et que les lèvres se joignent. »

L’amour. Et oui, c’est aussi un roman d’amour. Attention, je ne parle pas d’amour niais, mais plutôt de destinée, de beauté. Tout d’abord entre Tatsuke et Midori, qui vont vivre une incroyable histoire et qui ne vont jamais se quitter. Ensuite, leur fille Aki qui ne va pas vouloir passer par la case « mariage arrangée » comme c’était souvent le cas dans ce Japon ancien, et qui va briser les barrières pour s’affirmer avec l’homme qu’elle aime. Ce qui m’amène au deuxième sujet : la femme. Et plus précisément, la place de la femme à cette époque qui est aujourd’hui encore dans l’inconscient de la société japonaise contemporaine. En effet, les femmes ici ont un réel rôle à jouer et n’hésitent pas à s’affirmer pour être aussi des combattantes et pas uniquement « femme de ». Et cela donne des personnages au caractère fort et que l’on n’a pas envie de quitter.

« Pour le cœur, l’âge compte peu, et si nous connaissions la recette de ses choix, nous résoudrions plusieurs casse-têtes. »

C’est un excellent roman qui mêle à merveille un aspect de l’histoire japonaise à la magie. On prend plaisir à suivre cette famille sur plusieurs générations et à apprendre à connaître ces personnages forts, qui veulent faire bouger les choses et qui veulent combattre pour défendre les leurs. Un roman qu’on n’a pas envie de lâcher.

Ma note :
8

La Voix des vagues de Jackie Copleton

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Aujourd’hui, je vous présente un roman qui vient de paraître en France : La Voix des vagues, le premier roman particulièrement fort de Jackie Copleton, une auteure britannique ayant notamment vécu à Nagasaki.

la-voix-des-vagues-jackie-copletonÉdition lue :
Éditeur : Les Escales
Publié le: 13 octobre 2016
Nombre de pages : 304
Prix : 21,90€

Le roman s’ouvre sur Amaterasu Takahashi qui ouvre sa porte à un inconnu défiguré. Celui-ci se présente en tant qu’Hideo et prétend être son petit-fils, venu jusqu’aux Etats-Unis pour retrouver sa grand-mère. Sauf qu’Amaterasu a perdu son petit-fils et sa fille lors de l’explosion nucléaire qui a détruit la ville de Nagasaki le 9 août 1945. Elle ne va pas réussir  à croire qu’il s’agit de son petit-fils, et on va découvrir ce qu’il s’est passé ce fameux jour. L’horreur de la bombe, la destruction de la ville, les dures descriptions des victimes, les corps brûlés, les dévisagés, les plaintes de ceux qui allaient bientôt mourir, et enfin, la terrible question que lui a posée son mari en rentrant vivant à la maison ce soir-là sans être au courant de la terrible nouvelle : « Ils dorment ? » en parlant de leur fille et de leur petit-fils qui n’ont pas survécu.

« J’avais pleuré Hideo pendant trop d’années pour le croire ressuscité. »

Ce mystérieux homme qui débarque chez elle des décennies après qu’elle ait quitté Nagasaki et le Japon pour échapper aux horreurs et tenter d’oublier, va permettre à Amaterasu de justement y repenser, de repenser à son histoire, de faire revivre sa fille et son petit-fils dans son cœur. On va donc replonger dans ses souvenirs, dans sa propre enfance, puis dans l’enfance de leur fille, son adolescence, son amour qu’elle éprouvera pour une homme plus vieux que son père, puis son mariage et la naissance d’Hideo. Jusqu’à ce terrible jour pour lequel Amaterasu se sent terriblement coupable chaque jour qui passe, puisqu’elle avait donné rendez-vous à sa fille dans un endroit détruit par la bombe. Et on découvre aussi l’après, la fuite avec son mari vers les Etats-Unis, comment ils ont tenté de se reconstruire dans un pays qui n’était pas le leur, jusqu’à ce qu’Hideo apparaisse et vienne lui faire remonter tous ces souvenirs. Elle ne veut pas y croire, elle ne peut pas y croire, ça ne peut pas être lui, se dit-elle. Hideo est mort dans son cœur.

« J’eus l’impression que le cœur du monde venait d’exploser. »

C’est un roman particulièrement fort que j’ai beaucoup apprécié. L’écriture est très belle, l’histoire est touchante, et elle n’est pas uniquement concentrée sur ce terrible événement, et c’est tant mieux. Je dirais que, même si la bombe -et donc la mort- a une place énorme dans ce roman, il s’agit aussi d’un roman sur la vie, la vie d’une famille sur plusieurs générations avec tous ses secrets, la vie de couple, le premier amour… On ne sait pas si Hideo est réellement son petit-fils ou non, mais ce n’est pas l’essentiel, c’est en quelque sorte un prétexte pour Amaterasu, désormais seule, pour repenser à ses fantômes, sa fille, son petit-fils, son mari. C’est son cœur qui va devoir choisir s’il souhaite à nouveau s’ouvrir pour laisser entrer un peu d’espoir et de bonheur, ou s’il souhaite rester dans le passé, focalisé sur la souffrance qu’a causée la mort de son petit-fils.

« Avec le temps, j’ai appris à porter cette culpabilité avec légèreté de manière à ce que personne ne découvre le monstre vivant parmi eux, mais parfois, lorsque je baissais ma garde, je disais à Kenzo que je regrettais que la bombe ne m’ait pas réclamée, moi, au lieu d’elle. »

Un roman très fort qui se base sur le tragique événement de la bombe ayant rasé Nagasaki le 9 août 1945. Il nous raconte l’histoire d’une famille et la façon dont chacun de ses membres côtoie la vie, les amours, la famille, la culpabilité, la mort, mais surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là.

Ma note :
8

Hôzuki d’Aki Shimazaki

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui je vous parle du dernier roman paru d’Aki Shimazaki, cette auteure japonaise qui vit au Canada et qui écrit directement en français que j’apprécie tant ! Il sera ici question d’Hôzuki, la suite d’Azami dont j’ai parlé sur le blog ici, même s’il n’est pas indispensable de l’avoir lu pour lire Hôzuki. On admire la magnifique couverture, et c’est parti !

hozuki-aki-shimazakiEdition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 2015 (Canada) / Mai 2016 (France)
Nombre de pages : 144
Prix : 14,50€

On retrouve dans ce très joli roman Mitsuko, qui était présente dans le roman Azami en tant qu’entraîneuse dans un bar très sélect. Ici, l’histoire se déroule quelques mois après Azami. On redécouvre Mitsuko, qui vit avec sa mère et son fils sourd-muet et métisse de 7 ans, Tarô. Elle tient une librairie de livres d’occasion, et le vendredi soir, elle est toujours entraîneuse dans le bar X. Un jour, une cliente va entrer avec sa fille, Hanako, 4 ans, qui va de suite développer une amitié forte avec Tarô, bien qu’ils ne puissent pas communiquer ensemble par la parole. Une belle relation va se créer entre les deux enfants, et on va surtout en apprendre plus sur la relation qui unit Tarô à sa mère : celui-ci a en réalité était trouvé par Mitsuko dans une consigne automatique dans une gare, et ni lui ni la mère de Mitsuko ne savent que Mitsuko n’est pas sa mère biologique.

« Hôzuki, hôzuki, l’amour en cage.
Orange comme le lis tigré,
Éclatant comme le soleil.
Quelle joie ! Tu es ma lumière !
»

Comme d’habitude, vous le savez maintenant, Aki Shimazaki nous livre ici un très beau roman, que je trouve d’ailleurs mieux réussi qu’Azami, qui traite avec un certain talent de thèmes assez forts : le handicap, l’adoption, le lien mère-fils, mais aussi, et c’est là un thème récurrent chez cette auteure, le secret. Le lien qui unit Mitsuko à son fils est très fort. Elle trouve dans une gare un bébé métis, avec une fleur de hôzuki (fleur d’amour en cage, qui a d’ailleurs plusieurs significations bien particulières dans le roman), avant de découvrir qu’il est sourd-muet, et malgré tout, elle refuse de s’en séparer. Elle décide de garder le secret, mais avec Aki Shimazaki, ceux-ci finissent toujours pas être découverts d’une façon ou d’une autre…

« Hanako me répond correctement et poliment. Ses parents doivent être fiers que leur fille parle ainsi au téléphone. Mais cela m’agace, qu’on laisse décrocher les jeunes enfants »

Un joli petit livre tout en douceur qui explore les liens entre une mère et son fils, entre une grand-mère et son petit-fils, mais aussi entre deux enfants qui ne peuvent pas communiquer par la parole. Le tout est porté par la fine écriture d’Aki Shimazaki, qui joue aussi sur la langue japonaise, les kanjis, les significations des noms, les différentes lectures possibles… et tout ça en fait un excellent roman, en attendant le prochain qui sera, sans en douter une seule seconde, de qualité.

Ma note :
8

[Kokoro] de Delphine Roux

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

Azami d’Aki Shimazaki

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Il est temps de vous parler à nouveau d’Aki Shimazaki, cette auteure née au Japon, ayant émigré au Canada et qui écrit ses romans directement en français. Voici Azami, son dernier roman en date qui est doté d’une magnifique couverture.

azami-aki-shimazakiEdition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 2014 (Canada) / 2015 (France)
Nombre de pages : 133
Prix : 13,50€

Aki Shimazaki écrit souvent ses romans par cycle. Il n’y a pas forcément besoin de lire dans l’ordre, mais certains thèmes sont communs, comme celui du souvenir et des secrets dans sa première pentalogie « Le Poids des Secrets » (dont j’ai chroniqué Tsubame ici). Azami est le premier roman d’un troisième cycle.

« Une brise légère souffle. Assis sur le banc, j’allume une cigarette. La fumée s’envole avec le vent. Les yeux levés vers le ciel sans étoiles, je suis plongé dans mes réflexions. »

Notre narrateur se nomme Mitsuo et a 36 ans. Il est marié, a fondé une famille et travaille pour une revue culturelle. Il est heureux en mariage, même s’il ne fait plus l’amour à sa femme depuis des années. Celle-ci passe une grande partie de son temps à la campagne, pour monter une petite entreprise agricole. Régulièrement, après le travail, Mitsuo va décompresser dans des salons ou des bars à hôtesses, pour rassasier son désir sexuel. Il va un jour rencontrer un ancien camarade de classe de l’école primaire, qui va l’emmener dans un bar très luxueux, dans lequel Mitsuo va tomber sur une de leurs amies d’enfance : Mitsuko. Mitsuo était amoureux d’elle à l’école primaire, et est surpris de la voir travailler dans cet endroit en tant qu’entraîneuse, même si elle n’a pas de relations sexuelles avec ses clients. À partir de là, Mitsuo va reprendre contact avec elle et va voir son désir grandir pour cette magnifique femme qu’il a toujours gardée dans son cœur…

« L’image sensuelle de Mitsuko envahit ma tête. Mon corps est démangé de désir. »

Comme toujours, lire du Aki Shimazaki est un réel bonheur. Avec une langue toujours très pure, elle parvient à nous exposer un aspect bien particulier de la société japonaise. Ici, ce roman nous donne un aperçu bien particulier du mariage, qui semble pourtant être assez répandu au Japon. On voit les relations de couple avec un autre regard, celui du Japonais. Il existe en effet au Japon des couples « sexless » (n’ayant pas de relations sexuelles), trentenaires comme ici, parfois plus jeunes, parfois plus âgés. Mitsuo est bien clair à propos d’une chose : les salons qu’ils fréquentent sont uniquement pour assouvir ses besoins, il y va après le travail ou quand il ressent trop de pression ou de désir. Cela ne remet absolument pas en question son amour pour sa femme et pour leur mariage. Sa femme ne peut lui apporter la partie sexuelle, il se tourne alors vers des professionnelles. Simplement. Pourtant, via une description du désir et de l’amour, Aki Shimazaki va aller plus loin en introduisant une femme du passé dans la vie de Mitsuo, laquelle pourra bien bouleverser son petit monde… Le tout décrit de façon belle et simple, ce qui fait une autre force de ce roman.

Un autre roman d’Aki Shimazaki que je n’ai pas pu lâcher, on navigue le plus simplement possible dans un doux flot de mots qui nous expose la société japonaise comme on la voit peu au final. Un thème un peu plus léger que la plupart de ceux de son cycle du Poids des Secrets, qui reste pourtant une belle petite lecture.

Ma note :
7

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