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Archives de Tag: famille

N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura

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Je vous propose aujourd’hui un roman récemment paru par chez nous : voici N’oublie pas les fleurs de Genki Kawamura.

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Détails :
Éditeur : Fleuve Editions
Publié le : 23 septembre 2021
Traduction : Diane Durocher
Publié au Japon en : Mai 2019
Nombre de pages : 304
Prix : 18,90€

Nous suivons ici Izumi, qui va bientôt devenir père, et sa mère Yuriko, 68 ans. Il ne rend que très peu visite à sa mère, mais cela va changer lorsque les premiers signes d’Alzheimer font faire leur apparition dans le quotidien de Yuriko. Il va désormais devoir jongler entre son travail, l’arrivée de son premier enfant, et sa mère, tout en nous entraînant dans son passé, dans les souvenirs qui ont marqué sa vie. Souvenirs d’enfance, souvenirs de travail, mais aussi souvenirs avec sa mère, comme l’année où elle l’a abandonné pour vivre une autre vie le temps d’une parenthèse amoureuse.

« Par la fenêtre s’étirait un ciel bleu traversé de nuées blanches. Le vent du nord cognait contre la vitre, furieux de ne pas pouvoir entrer. »

C’est donc un roman sur la mémoire et sur la relation mère-fils. La perte de mémoire de sa mère va amener Izumi à chercher dans la sienne des souvenirs de différentes étapes de sa vie. Cette histoire et sa traduction sont faciles à lire, et on s’attache aisément aux personnages, surtout à Yuriko que l’on voit décliner sous nos yeux de lecteur. Une approche différente de celle d’Aki Shimazaki dans Sémi qui nous parlait aussi récemment d’Alzheimer, mais tout aussi triste et profonde.

« La vie avait une façon bien à elle de vous pousser en avant sans aucun répit. »

Un roman touchant, sur un sujet devant lequel on ne peut que se sentir impuissant : la maladie Alzheimer. Mais même si c’est une relation qui n’a pas toujours été parfaite, c’est avant tout un roman sur l’amour qu’un fils porte à sa mère.

Ma note :

Les Terriens de Sayaka Murata

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Après Konbini, Sayaka Murata est de retour en français avec Les Terriens. Je vous en parle dans cet article.

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Edition lue :
Éditeur : Denoël
Publié le : 12 mai 2021
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Publié au Japon en : Août 2018
Nombre de pages : 256
Prix : 20,00€

Natsuki est une jeune fille qui se réjouit chaque été de retrouver sa famille à la montagne, et surtout son cousin Yû. Elle lui confie qu’elle est une magical girl, et lui qu’il est un extraterrestre à la recherche de son vaisseau. Il est clair qu’ils ont du mal à comprendre la société et le monde des adultes, et c’est cela qui va les rapprocher. Jusqu’à ce qu’ils ne se rapprochent trop et que leur famille fasse tout pour les séparer.

« Quoi qu’il arrive, on doit survivre. »

Après Konbini, qui était un roman qui m’avait particulièrement marqué, Sayaka Murata va ici encore plus loin. On retrouve le thème de la difficulté à trouver sa place dans la société japonaise; en tant qu’enfant, mais aussi en tant qu’adulte, puisque le roman est divisée en deux parties. Mais cette fois-ci, l’auteure ne s’arrête pas là.

« Avoir une poubelle dans une maison, c’est pratique. Chez nous, ce rôle m’a été attribué. Lorsque mon père, ma mère ou ma soeur ne peuvent plus supporter ce qu’ils ressentent, ils s’en débarrassent sur moi, tout simplement. »

En effet, j’ai beaucoup aimé le début du roman -la relation entre les cousins et leurs étés en famille, le chant des cigales, la célébration des ancêtres et tout ce qui se déroule autour de ces moments-, mais on arrive rapidement dans une partie bien plus sombre. En bref, puisque je pense qu’il est important d’être avertis avant de commencer cette lecture, les thèmes de l’inceste, du viol ou encore du suicide sont ouvertement développés. Des thèmes difficiles, qui sont d’ailleurs rarement traités dans la littérature japonaise (du moins de cette façon) qui rendent le roman parfois difficile à lire, même si j’ai été pris dans cette histoire.

Un roman abordant des thèmes difficiles, mais nécessaires. Sayaka Murata parvient une fois encore à nous montrer une facette de la société japonaise que beaucoup refusent de voir et donne une voix à ces personnes qui ne rentrent pas dans le moule. 

Ma note :
7

Cette lumière qui vient de la mer d’Hiromi Kawakami

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Je vous propose un peu de fraîcheur aujourd’hui. Voici Cette lumière qui vient de la mer d’Hiromi Kawakami.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : Février 2005
Publié en format poche : Avril 2008
Traduction : Elisabeth Suetsugu
Publié au Japon en : 2003
Nombre de pages (poche) : 374
Prix : 8,60€

Midori, 17 ans, nous invite ici dans son monde. Que ce soit à la maison, avec sa mère un peu irresponsable, sa grand-mère qui ne lui cache rien, et son père biologique qui fait son apparition de temps à autre, ou au lycée, avec son meilleur ami Hanada, qui décidé un jour de vouloir s’habiller en femme, ou Mizue, sa petite amie qui l’intrigue, Midori est dans un perpétuel questionnement et commence à voir le monde avec des yeux différents, des yeux d’adulte.

« En vertu de quoi a-t-on décidé que c’était un malheur de ne pas avoir de père ? »

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre lorsque j’ai pris ce roman en main, j’ai simplement trouvé le titre poétique. Alors oui, il y a des passages poétiques, mais dans la plupart du roman, on est dans un langage parlé, populaire. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, puisqu’on suit un adolescent pour le moins attachant, qui ne semble pas être surpris par grand chose. Un vent de fraîcheur littéraire, on prend plaisir à suivre tous les personnages et leurs relations, avec pour seul fil conducteur Midori, entre enfant et adulte.

« Mizue sait toujours exactement ce qu’elle pense. Je suis certain que les contours du monde vu par ses yeux sont infiniment plus nets que le monde que moi je vois. Sans doute l’espèce de brume grisâtre qui vient parfois recouvrir mon champ visuel ne fait-elle qu’effleurer le monde de Mizue. »

Un roman qui m’a ramené à cet âge où l’on tente de se découvrir et où l’on comprend enfin qu’être unique et différent n’est pas une mauvaise chose : c’est ce qui nous définit.

Ma note :

Maïmaï d’Aki Shimazaki

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Une auteure que je n’ai plus besoin de présenter. Voici le dernier roman en date (en France, du moins !) d’Aki Shimazaki, Maïmaï.

Edition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié le : 24 octobre 2018 (Canada) / 3 avril 2019 (France)
Nombre de pages : 176
Prix : 15,00€

Maïmaï est le cinquième et dernier tome de la série L’Ombre du Chardon, mais, comme les précédents romans, il peut se lire indépendamment des autres. On retrouve ici Tarô, jeune homme qui vient de perdre sa mère, Mitsuko. Cette dernière, entraîneuse mais également gérante d’une librairie de livres d’occasion, était, comme on a pu le découvrir dans Hôzuki, appréciée de tous. Son fils, sourd-muet et métis, est désormais adulte et va retrouver une amie d’enfance, Hanako, pour qui il va ressentir un amour certain. Mais, comme à son habitude, Aki Shimazaki nous dévoile quelques secrets sur ses personnages qui vont bouleverser leur vie…

« Le soleil est éblouissant. La chaleur est étouffante. Dans le ciel bleu se forme un énorme cumulus blanc et dense. Le contour du nuage se détache nettement. C’est beau. Je pense à Hanako. »

Ce que j’aime avec Aki Shimazaki, c’est que je sais à quoi m’attendre – mais c’est un sentiment extrêmement positif. Quand j’ouvre un de ses livres, en quelques lignes, je ressens l’ambiance particulière qu’elle parvient à instaurer grâce à sa plume simple et belle. Ses romans sont souvent construits de la même façon, mais je ne m’en lasse pas, et je prends plaisir à découvrir les secrets et les relations de ses personnages que l’on a pu rencontrer dans d’autres de ses romans. C’était surtout le cas ici, puisqu’on retrouve beaucoup de personnages développés dans Hôzuki, qui est mon roman préféré de cette pentalogie.

« Elle s’approche lentement et s’arrête devant moi. Un parfum de savon effleure ma narine. Je dénoue son obi et ouvre son yukata. Elle n’a rien dessous. »

Ce roman n’échappe pas à la règle, c’est un moment de lecture très agréable. La relation entre les deux amis d’enfance qui se retrouvent est belle et coule de source. Le dénouement et le « secret » est cependant très prévisible, ce qui est un peu dommage, même si cela ne gâche pas la lecture. Ce secret est bien amené, et j’ai beaucoup aimé la dernière partie où tout semble s’accélérer autour de Tarô lorsqu’il s’approche de plus en plus du dénouement.

« Je la serre fortement dans mes bras. Elle ne bouge pas, le visage contre ma poitrine. Nous restons ainsi sans paroles. Je me répète : « Est-ce un rêve ? » ».

Encore un très bon roman d’Aki Shimazaki qui parvient à clore la pentalogie de l’Ombre du Chardon d’une façon intrigante. Maintenant, il est temps de tourner la page et de se réjouir de découvrir la prochaine série de livres de cette grande auteure !

Ma note :

Instantanés d’Ambre de Yôko Ogawa

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Enfin ! Un nouveau roman de Yôko Ogawa traduit en français ! Découvrons ensemble ce que nous réserve Instantanés d’Ambre de cette très grande auteure.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 avril 2018
Traduit par : Rose-Marie Makino Fayolle
Publié au Japon en : 2015
Nombre de pages : 304
Prix : 22,50€

Suite à la mort de la benjamine de la famille, une mère va emmener ses trois enfants vivre dans une villa et va leur dire que derrière le mur de leur terrain se trouve un chien maléfique qui leur veut du mal, tout comme il avait léché la petite fille avant qu’elle ne meure. Ambre, Opale et Agate, vont ainsi vivre coupés du monde avec leurs nouveaux prénoms qu’ils ont pioché au hasard dans les encyclopédies de leur père. Ils vont créer leur propre monde, seuls la plupart du temps puisque leur mère travaille beaucoup, et ils vont nous faire entrer dans leur univers où l’imaginaire occupe une place majeure.

« Lorsque leur mère, Opale et Agate se demandaient ce que devenait la quatrième de la fratrie et avaient envie de la voir, leurs pas les menaient à tout moment à l’intérieur du cabinet de lecture où ils feuilletaient les encyclopédies. »

Le point de départ de ce roman est tragique : une mère perd sa fille et va vouloir protéger ses enfants du monde en les isolant et en créant des règles pour qu’ils restent toujours auprès d’elle. Mais Yôko Ogawa parvient à créer encore une fois une atmosphère impressionnante où les enfants sortent tout droit d’un conte, avec leurs nouveaux prénoms et leurs vêtements, trop petits pour eux et agrémentés d’une crinière pour l’un, d’ailes et de queue en fourrure pour les autres. Pour eux, cette extravagance n’en est pas une, et nous, lecteurs, en venons à l’oublier et à ne plus nous étonner de leur apparence et de leurs activités.

« À l’intérieur d’une encyclopédie tout est calme. Alors qu’elle renferme en vrac toutes les choses du monde, dans les marges règne un silence surprenant. »

Ces enfants créent leur propre monde grâce aux encyclopédies laissées par leur père, qui vont également servir de renaissance pour la petite fille décédée. En effet, Ambre, l’un des enfants, voit son oeil gauche s’obscurcir et voit apparaître la benjamine qui va désormais vivre à l’intérieur de son oeil. Pour en faire profiter sa famille, il va la dessiner tous les jours dans les marges des encyclopédies, qu’il exposera des années plus tard sous le nom d’instantanés d’Ambre. Cela plus M. Signal, un petit personnage qui vit dans l’oreille d’un autre enfant pour lui apprendre des mots, et on en oublie les règles de notre monde et on ne se pose pas de questions sur la réalité ou non des événements du moment que toute cette famille y croit. J’ai personnellement eu l’impression d’être aussi dans cette maison tellement il était aisé pour moi de l’imaginer, chose que je ressens rarement à ce point pendant une lecture. On suit leur quotidien, et là où cela pourrait sembler ennuyeux, il n’en est en fait rien, tant la magie des mots et le pouvoir de créativité des enfants sont immenses.

« Ils ont beau paraître immobiles, les êtres vivants changent d’instant en instant. »

Yôko Ogawa nous livre ici un roman puissant où une famille recommence à zéro, coupée de tout, ou presque. On entre facilement dans ce monde si particulier que seule Madame Ogawa semble savoir construire. Du génie, tout simplement.

Ma note :

 

La légende des Akakuchiba de Kazuki Sakuraba

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Partons aujourd’hui à la rencontre de Kazuki Sakuraba, une auteure japonaise dont on peut découvrir pour la première fois la plume en France (même si elle a connu le succès en France également avec le manga Gosick dont elle a écrit le light novel) grâce à un roman qui vient de paraître : La légende des Akakuchiba.


Edition lue :
Éditeur : Piranha
Sorti le : 19 octobre 2017
Traduit par : Jean-Louis de la Couronne
Édition originale en japonais : 2006
Nombre de pages : 416
Prix : 23,00€

Dans ce roman, on fait la connaissance de trois femmes de la même lignée. Il y a tout d’abord Man’yô, une fille des montagnes qui peut voir certaines scènes de l’avenir dans ses visions, et qui va devenir Man’yô Akakuchiba en épousant l’un des héritiers de cette famille très puissante du village de Benimidori. Man’yô est la grand-mère de la narratrice, et on va découvrir sa vie très particulière, elle qui a changé complètement de classe sociale et qui voit mystérieusement comment certaines personnes de son entourage vont décéder. Et puis, il y a Kemari, la fille de Man’yô. Une loubarde, qui va être connue dans tout le pays, et qui  va finir par avoir une reconversion plutôt étonnante. Et enfin, Tôko, la fille de Kemari, qui, elle, commence petit à petit sa vie, ou du moins souhaite la commencer après avoir mis à jour un secret que sa grand-mère Man’yô a emporté avec elle dans son dernier souffle.

« Pourquoi cette dame des Akakuchiba qui ressemblait tant à un petit dieu Ebisu avait-elle posé son dévolu sur une fille des confins, l’avait choisie et destinée à devenir l’épouse de son fils ? »

C’est un roman passionnant qui se déroule sur trois générations. On suit avec curiosité ces trois femmes qui ont une vie si différente, mais tellement intéressante. Man’yô qui est une fille de rien du tout au départ, et qui devient une femme respectée dans une puissante famille, avec un petit côté mystérieux et inquiétant, puisqu’elle a des visions durant lesquelles elle voit le plus souvent des choses désagréables. Kemari, qui est à l’opposé de sa mère, puisqu’elle est la tête d’un gang de jeunes filles rebelles, et enfin Tôko, une fille que l’on découvre et qui se trouve également être très différente de sa mère et de sa grand-mère.

« Man’yô comprit que son fils était mort. Alors même qu’il n’était pas encore né. »

Un autre aspect très intéressant de ce roman, c’est qu’on est aux premières loges pour observer l’évolution de la société. On commence au début des années 1940 dans un petite village où l’aciérie des Akakuchiba est l’entreprise principale. Elle va grandir, grandir, grandir. Pendant ce temps-là, l’influence américaine se répand de plus en plus chez les jeunes, avec les Beatles notamment, et un fossé se creuse au fil des années entre les adolescents et ceux de la génération de leurs parents. Et puis, la place de cette usine est remise en question avec la pollution industrielle qui devient de plus en plus un problème… La société évolue et se modernise, et avec cette évolution se sont envolés les mythes et l’histoire de ce village. Un portrait très réaliste sur les années qui passent et la société qui se transforme sur plusieurs plans.

« La jeunesse est belle justement parce qu’elle passe. »

Un roman riche. Riche de par l’histoire familiale racontée sur trois générations, riche de par la description précise et fidèle de l’évolution de la société faite, mais aussi riche de par l’enchaînement des événements : on a envie de découvrir quels liens ces trois femmes aux caractères si différents ont pu entretenir entre elles et avec leurs proches.

Ma note :

La vie du bon côté de Keisuke Hada

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Et oui, il y a aussi des romans japonais dans la rentrée littéraire ! Je vous propose aujourd’hui de voir La vie du bon côté grâce à Keisuke Hada !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 24 août 2017
Traduction par : Myriam Dartois-Ako
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Tout au long des pages de ce roman, on vit avec Kento, sa mère et son grand-père de 87 ans. On rencontre Kento qui, malgré ses 28 ans, est dans un état proche de celui de son grand-père : il souffre du dos et ne peut pas faire de sport et il est en pleine allergie et ne peut donc pas faire grand chose… Son grand-père, quant à lui, aime embêter sa fille, la mère de Kento donc, et son petit-fils. Il aime avoir une vie facile et se faire dorloter, et pour cela il n’hésite pas à faire preuve de fainéantise. Mais la façon dont va le voir Kento, ainsi que sa relation avec lui et même sa vie tout entière, va profondément changer lorsque le grand-père lui dit qu’il veut mourir et que Kento va finir par vouloir l’aider à accomplir son souhait, pour qu’il puisse encore partir dignement.

« Cette plainte de l’aïeul qui souhaitait mourir, il n’avait pas eu la sincérité de la prendre au pied de la lettre. »

C’est un roman sur la famille, mais qui apporte également une réflexion sur les personnes âgées, qui sont de plus en plus nombreuses au Japon. En effet, Kento, en voulant aider son grand-père à partir, va lui simplifier la vie pour que son corps ne fasse plus rien. Cela ouvre notamment une réflexion sur l’aide aux personnes âgées dans les centres spécialisées, où on fait tout pour eux et ils ne font plus rien par eux-mêmes.

« Autant accéder rapidement à ce vœu qu’il ressasse quotidiennement, ce sera mieux pour tout le monde. »

Quant à l’histoire en elle-même, j’ai pris plaisir à voir la façon qu’a le grand-père de totalement transformer la vie de Kento, sans le vouloir (ou c’est ce qu’il voudrait nous faire croire), même si le grand-père est très souvent irritant. Il répète tout au long du roman qu’il veut mourir, qu’il n’en peut plus, qu’il est un boulet, et c’est franchement désagréable à lire. Mais j’imagine que c’est aussi ce que ressentent Kento et sa mère, et dans ce cas-là, on peut dire qu’on partage leur agacement.

« Même au fond du trou, quand on n’arrive plus à s’en sortir, la seule chose à faire est de continuer à se battre. »

Malgré les apparences, c’est un roman sur le goût de la vie et sur l’impact que peut avoir un grand-père qui semble avoir perdu sa raison de vivre sur son petit-fils qui est dans une étape difficile de sa vie.

Ma note :

Le Destin des Initiés (Tome 1) de Romane Taguchi

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Aujourd’hui, je vous présente un roman qui nous fait voyager entre le Japon et la France, mais surtout dans le monde de la magie… Voici le premier tome du Destin des Initiés de Romane Taguchi !

Edition lue :
Publié le : 21 juin 2017
Nombre de pages : 583
Prix numérique : 2,99€ (ici)
Prix version physique : 17,94€
Auto-édité

Dans ce roman, on suit Julie, une jeune femme française qui vit à Kyôto depuis toute petite. Elle est aujourd’hui professeure de français dans cette ville qu’elle aime tant, mais souffre de terribles cauchemars depuis la mort de sa mère quelques mois auparavant. Alors qu’elle fait visiter Kyôto à une touriste française, elle va faire une étonnante découverte : Julie est en fait une Initiée, c’est-à-dire qu’elle a un don qui doit lui servir à venir en aide aux gens. Elle va ainsi plonger dans le monde de la magie et les secrets de famille que sa mère a voulu lui épargner vont refaire surface.

« Julie, depuis des générations, ta famille fait partie des « Initiés ». D’après la légende, les Initiés auraient été choisis autrefois pour leur bravoure, leur honnêteté, leur fiabilité. »

Allons droit au but : j’ai adoré ce roman. L’intrigue se met rapidement en place, on comprend que deux femmes sont à la recherche de quelque chose qui a appartenu à la mère de Julie, et on se rend compte que Julie n’est peut-être pas une jeune femme ordinaire. On prend notamment plaisir à la suivre nous guider à travers Kyôto lorsqu’elle la fait visiter, et on écoute ses explications avec plaisir. La moitié du roman se passe au Japon, et on a envie de découvrir très vite les événements à suivre, les pages se tournent toute seule, jusqu’à ce qu’on s’envole pour la France…

« Elle n’était pas sure d’être prête à lâcher le monde tel qu’elle le connaissait pour entrer dans celui, inconnu, de la magie. »

La seconde moitié se déroule donc en France, où on tombe totalement dans le monde de la magie, on le découvre en même temps que Julie, et je dois dire que c’est à la fois excitant et intrigant. Je m’émerveillais aussi de ses découvertes, tout en étant aussi inquiet, puisque l’intrigue ne lâche rien, on veut absolument savoir si Julie va trouver ce qu’elle cherche en France, et on a hâte aussi de voir l’évolution de ses relations avec les différents personnages… Le tout étant très bien écrit, c’est vraiment une excellente découverte que je suis ravi d’avoir faite ! Sur la couverture, il est noté « Tome 1 », cela annonce donc une suite que je suis réellement impatient de lire !

Un premier roman d’une auteure française qui vit au Japon, et qui parvient à relier entre eux trois merveilleux univers : le Japon, la France, et surtout, le plus surprenant, celui de la magie. On prend un réel plaisir à suivre Julie dans ses aventures et on plonge sans réfléchir dans  ce monde qui nous réserve bien des surprises. 

Ma note :

Hotaru d’Aki Shimazaki

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Une auteure que vous commencez à bien connaître va être le sujet de l’article de cette semaine ! Voici Hotaru d’Aki Shimazaki.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Août 2009
Grand format : Novembre 2004
Nombre de pages : 136
Prix : 6,60€

Hotaru est le cinquième et dernier tome de la pentalogie Le poids des secrets. Alors que pour les précédents, notamment Tsubame et Wasurenagusa, je vous disais qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu les premiers tomes pour lire ceux-là, ici, je pense qu’il est nécessaire d’avoir lu les quatre précédents pour pleinement l’apprécier. On accompagne cette fois Tsubaki, 19 ans, qui va rendre visite à sa grand-mère de 84 ans, Mariko, Coréenne ayant survécu au bombardement de Nagasaki que l’on a déjà rencontrée dans les tomes précédents. Et Mariko va dévoiler à sa petite-fille un secret qui ne l’a pas quitté depuis des années : elle s’est levée un matin pour aller tuer un homme.

« Je me suis juré que je ne dirais jamais à personne ce que j’avais vu ce matin-là. »

Dans ce tome, on recroise presque tous les personnages des quatres romans précédents, et les images de mes lectures passées sont apparues dans mon esprit, ce qui est un sentiment très agréable. Le bombardement de Nagasaki est encore une fois bien présent, et cette fois-ci, le roman est parcouru de lucioles (蛍, Hotaru) qui viennent illuminer notre lecture. Plutôt que de nous dévoiler de grands secrets, on assiste à la clôture d’une pentalogie qui nous a fait rencontrer une famille attachante au fil des générations, et ça fait quelque chose de leur dire au revoir.

« Je crois qu’il n’y a peut-être pas de coïncidences dans ce monde. »

Le dernier tome d’une excellente pentalogie signée Aki Shimazaki, qui nous a montré, avec brio et avec énormément de sentiments, à quel point le poids des secrets pouvait parfois être dur à porter.

Ma note :

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :
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