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Archives de Tag: franz kafka

Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima

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Aujourd’hui, je vous présente un excellent recueil de nouvelles d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog : voici l’Histoire du poète qui fut changé en tigre d’Atsushi Nakajima.

Éditeur : Allia
Publié le : 18 février 2010
Publié au Japon en : 1942
Nombre de pages : 96
Prix : 9,20€

Ce recueil de nouvelles est vraiment superbe. Je l’ai adoré du début à la fin. Les nouvelles sont très courtes (huit nouvelles en une centaine de pages), mais malgré ça, l’auteur parvient très rapidement à nous faire entrer dans son univers qui est pourtant très particulier. On a du fantastique, du surnaturel, mais le tout est si bien écrit et si pertinent que j’ai cru à toutes ces histoires et je n’ai eu aucun de mal à me les représenter. Je ne vais pas vous parler de toutes les nouvelles, mais j’en ai sélectionné deux qui font partie de mes préférées.

« Riez du pauvre homme devenu tigre pour n’avoir point réussi à devenir poète. »

La première nouvelle dont je vais vous parler est celle de l’Histoire du poète changé en tigre, qui donne son nom au recueil. Le titre dévoile l’intrigue : un homme qui veut devenir poète va se changer en tigre, un peu comme dans La Métamorphose de Kafka, ce dernier ayant inspiré Atsushi Nakajima. Mais ici, chaque jour, ce poète va avoir des moments où il redeviendra intellectuellement humain, où il pourra réfléchir et s’exprimer comme n’importe qui. Dans ces moments-là, il va avoir peur de perdre son cœur d’homme à tout jamais et d’oublier qu’avant, il a été un homme. Et c’est une réflexion vraiment intéressante et qui rend cette nouvelle forte. Il va aussi regretter de n’avoir pas pu publier de poèmes et va essayer de trouver un moyen de le faire avant qu’il ne soit trop tard. Pour lui, être un homme c’est en quelque sorte être poète, et il ne va pas lâcher son rêve dans cette nouvelle très plaisante à lire.

« Une chose qui n’a pas été écrite est une chose qui n’a pas été. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler, qui est également la deuxième du recueil, s’intitule Le fléau des lettres. Ici, un homme va tenter de partir à la recherche d’un mystérieux « démon de l’écrit ». Il a en effet remarqué que les personnes qui ont appris à lire ont commencé à éprouver des effets secondaires : baisse de la vue, maladies, les guerriers deviennent peureux, les chasseurs ne touchent plus leurs cibles… L’écriture et la lecture affaibliraient donc l’esprit, comme la peau des hommes affaiblie depuis l’invention des vêtements, et c’est une assomption que j’ai trouvée très originale et qui est très bien développée. On a une réflexion sur l’écriture et sur l’existence de ce fameux démon de l’écriture… On plonge aisément dans cet univers et on est tenu en haleine jusqu’à la fin, qui est d’ailleurs très amusante. Un petit régal.

« Accepter sans broncher ce qui nous est imposé, vivre sans connaître les raisons, tel est notre destin, le destin des vivants. »

Je crois que jamais je n’ai autant apprécié des nouvelles aussi courtes, l’auteur a un réel talent pour nous faire découvrir son univers très spécial, et c’est un réel plaisir à lire. J’ai maintenant hâte de découvrir d’autres textes de cet auteur.

Ma note :

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Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

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