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Archives de Tag: geisha

Scènes d’été de Kafû Nagai

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Une nouvelle de saison aujourd’hui par un auteur connu pour ses écrits sur le monde des geishas : voici quelques Scènes d’été par Kafû Nagai.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : Mars 2007
Publié au Japon en : 1915
Nombre de pages : 102

Cette nouvelle nous présente Keizô, marié et père de famille, qui va racheter une geisha pour en faire sa concubine, pour en avoir l’exclusivité. Cette geisha, c’est Chiyoka, une geisha qu’il avait l’habitude d’aller voir par le passé. Durant cette centaine de pages, on les suit débuter leur relation exclusive, qui ne va pourtant peut-être pas le rester…

« S’il n’était pas nécessaire de dépenser de l’argent pour l’avoir entièrement à soi, il était en revanche exclu d’espérer la garder indéfiniment pour soi seul. »

Une nouvelle que j’ai beaucoup appréciée ! On découvre ce petit quartier de plaisir dans une ambiance estivale, où les habitants et les geishas laissent les fenêtres ouvertes la nuit… Le déroulement est plaisant : Keizô est toujours rempli de désir envers cette geisha dont il a la « jouissance exclusive », mais la jalousie va elle aussi jouer un rôle important dans cette nouvelle, en bouleversant un peu l’été passionnel que ce couple atypique était en train de passer.

« Bien qu’elle eût de notoriété publique un protecteur, c’était une femme de qui on pouvait obtenir tout ce qu’on voulait pour peu qu’on s’y prit discrètement. »

Un moment de lecture qui nous plonge en quelques pages dans la chaleur du milieu des geishas et de la passion entre un homme marié qui vient de se faire plaisir en s’appropriant la femme de ses désirs. Le tout avec une plume agréable, que demander de plus pour une scène d’été !

Ma note :

Cinq nô modernes de Yukio Mishima

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C’est avec grand plaisir que j’ai relu Cinq nô modernes de mon écrivain préféré, Yukio Mishima, plusieurs années après ma première lecture pour pouvoir vous le présenter ici ! Plongeons dans ces cinq chefs-d’oeuvre du théâtre nô.


Edition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié en : 24 janvier 1984 (1ère édition : 1970)
Publié au Japon en : 1950-1955
Nombre de pages : 176
Prix : 17,75€

C’est Marguerite Yourcenar qui a traduit ces pièces de nô, et comme elle l’explique dans le merveilleux avant-propos, tout en s’éloignant un peu du nô traditionnel, Mishima parvient tout de même à en faire ressort l’essence même, et c’est fantastique. Pas besoin d’être un expert en théâtre japonais ou en Mishima pour les lire et les apprécier. Je vais vous présenter ici mes deux pièces préférées, un choix difficile puisque toutes sont des bijoux. Ce sont la première et la dernière pièce du livre.

« C’est dans le miroir de notre laideur que nous voyons resplendir l’être aimé. »

Je commence donc par Sotoba Komachi, une pièce de Kanami Kiyotsugu remise au goût du jour par Mishima, et qui est la pièce la plus populaire parmi les cinq, puisqu’elle a été jouée un peu partout dans le monde. On est ici dans un parc et on assiste au dialogue entre une vieille femme de 99 ans, assiste sur un banc destiné aux amoureux, et un poète, qui ne comprend pas ce que fait cette femme fait ici et pourquoi elle méprise les jeunes couples. Cette femme va lui révéler que tous les hommes qui lui ont dit qu’elle était belle sont morts. Une sorte de malédiction à laquelle rit le poète, qui, la trouvant de toute façon laide, semble en sécurité. Mais en reconstituant dans ce parc une scène des 19 ans de la femme, il va la voir d’un œil entièrement différent… Une pièce simplement magique, on part d’une situation normale : une discussion dans un parc, on parle d’une malédiction qui semble absurde, on est transporté dans une autre époque via les souvenirs et la malédiction prend tout son sens.

« Quand les batailles du jour prennent fin, la guerre nocturne commence. Une lutte bien plus sauvage, bien plus effrénée. Les trompettes de la nuit qui proclament l’ouverture des hostilités sonnent en ce moment. »

Dans Hanjo, on découvre le personnage de Jitsuko, une artiste peintre d’une quarantaine d’années qui s’est éprise pour Hanako, qu’elle a accueilli chez elle et qui est une geisha qui a perdu la raison après que Yoshio, son amant avec qui elle prévoyait de se marier, soit parti. Hanako ne va vivre que pour le jour où elle reverra son fiancé, et va l’attendre. En parallèle, Jitsuko, terriblement jalouse, va redouter ce jour… qui finira bien évidemment par arriver dans la pièce. Hanjo est donc la dernière pièce de ce livre, et elle me plaît tout particulièrement, de par la symbolique qu’a su donner Mishima à cette pièce inspirée d’un nô ancien dont il a modifié le dénouement.

« Les cernes d’une femme sont bien charmants, n’est-ce pas ? Comme des nuages sous la lune. »

On connaît peu Yukio Mishima en tant que dramaturge, mais c’est pourtant un genre dans lequel il excelle. Il nous le montre ici en dépoussiérant le nô, tout en parvenant à ne pas dénaturer ce théâtre tellement japonais et à nous dévoiler une fois de plus son talent. On prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue et à s’imprégner de cette atmosphère si particulière qui entoure ces pièces.

Ma note :

La Petite Boutique japonaise d’Isabelle Artus

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Ce vendredi, je vais vous parler d’un premier roman français pour le moins original : La Petite Boutique japonaise d’Isabelle Artus. Au programme : une histoire d’amour entre une geisha de région parisienne et un samouraï breton !

la-petite-boutique-japonaise-isabelle-artusEdition lue :
Éditeur : Flammarion
Publié le : 27 avril 2016
Nombre de pages : 311
Prix : 17,00€

Cette histoire, joliment loufoque, nous fait croiser le chemin de Pam, une jeune femme originaire de Melun, souhaitant être geisha depuis toute petite et qui n’hésite pas à s’habiller et se maquiller comme une geisha dès qu’elle sort. Elle va travailler dans une petite boutique qui vend des bonsaïs et qui est tenu par un couple de Japonais dont l’homme va entretenir la jeune geisha française. Mais un jour, un jeune homme, Thad, va entrer dans la petite boutique et ce Breton, ayant vécu au Japon par le passé et souhaitant suivre la Voie du Samouraï, va tomber amoureux de Pam…

« Après y avoir longuement réfléchi, Pamela décida qu’elle serait geisha, sans pour autant savoir s’il existait une filière professionnelle qui puisse l’y préparer. »

Mais voilà, nos deux amoureux vont vivre une histoire d’amour passionnelle, mais cela ne va pas durer… Thad en effet, bouleversé par les puissants sentiments qu’il ressent, va quitter Pam, du jour au lendemain. Cette dernière va comprendre qu’il est parti au Japon et se décide à partir à sa recherche dans ce pays qu’elle admire tant… À partir de là une folle aventure va se mettre en place, où Thad va tenter de trouver sa voie, et où Pam va être confronté à un Japon qui, bien trop moderne, ne correspond pas du tout à ce qu’elle s’était imaginé… Le tout raconté avec humour !

« À quoi bon être une geisha quand son samouraï se fait la malle ? »

Parce que oui, le point fort de ce récit est l’humour. Il est bien dosé, bien maîtrisé et nous fait passer un très bon moment de lecture. On ne voit pas le temps passer, on tourne les pages. Il faut avoir du second degré, c’est certain, et j’en ai peut-être manqué par moment, lorsque j’ai trouvé des passages quelque peu maladroits (notamment lorsque le maquillage d’une geisha est comparé à la « figure du clown blanc » ou lorsque la musique du shamisen, un instrument japonais que j’apprécie énormément, est quelque peu dégradé), mais ces petits passages collent totalement à l’ambiance du récit, donc c’est tout pardonné.

« Face aux deux maikos, elle eut le sentiment, bien plus violent qu’à Tokyo, d’être une imposture, comme une ombre portée se heurte à la réalité de son modèle. »

Et le roman nous plonge dans une ambiance japonaise, poussée à l’extrême dans des figures de style et des expressions qui font sourire, alors que l’on suit deux personnages qui se rencontrent en France. Pour moi, le roman décolle lorsque Pam décolle elle aussi pour le Japon et qu’elle est confrontée à un Japon qu’elle ne connaît pas et ne souhaite pas réellement connaître. C’est en effet très intéressant de la voir débarquer, elle et son idée du Japon, très traditionnel, et la voir (ou plutôt la lire) en train de se balader habillée et maquillée en geisha dans les quartiers animés et ultra-modernes de Tokyo est très étonnant. Elle est déçue de ce Japon qui évolue si vite, et va pourtant tenter de trouver un Japon qui correspond à ses attentes mais sans jamais oublier la raison première de sa venue : retrouver son samouraï breton.

Un roman aux personnages colorés et ayant une vision traditionnelle du Japon qui vont se rencontrer et s’aimer, avant de se quitter et de s’envoler pour ce pays qui va les surprendre sur différents aspects. Une lecture agréable et amusante, comme on n’en voit pas souvent !

Ma note :
7

La Mort en été de Yukio Mishima

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Je vais vous parler d’un recueil de nouvelles absolument fantastique : j’ai nommé La Mort en été du très grand Yukio Mishima. Ce recueil contient pas moins de 10 nouvelles, aucune n’étant de trop, un recueil magistralement mené. Je vais ici détailler mon avis sur les nouvelles qui m’ont le plus marqué.

La Mort en été de Yukio Mishima

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1988 (édition originale en japonais : 1953-1966)
Nombre de pages : 320
Prix : 8,00€

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle La Mort en été, une nouvelle particulièrement bouleversante. Comme son titre l’indique, la mort est très présente là où on ne l’attend pas forcément, sur une plage, un petit coin paisible où une famille est venue passer ses vacances. Le drame est décrit au début de la nouvelle, la suite laissant place à la tentative d’une mère de surmonter la perte de ceux qui lui étaient les plus chers. Entre volonté d’oublier, folie naissante et souvenirs persistants, la plume de Mishima est d’une force incroyable.

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler est Les Sept Ponts. Ici, on entre dans l’un des domaines de prédilection de Mishima, à savoir la puissance de la culture japonaise, de ses rites et de tout ce qui rend ce pays si particulier. Il est question ici de geishas, qui vont devoir traverser sept ponts, en silence, si elles souhaitent que leur voeu se réalise. Une description particulièrement bien réalisée des geishas, pour une nouvelle à la fois très jolie, quelque fois amusante, et joyeusement cruelle à la fin. La fin m’a beaucoup plu !

Des geishas traversant un pont, toute l’intrigue de la nouvelle « Les Sept Ponts »

Nous trouvons ensuite la sublime nouvelle Patriotisme, encore une fois sur un thème particulièrement japonais : pendant ces quelques pages, un lieutenant se prépare à exécuter le suicide rituel, le seppuku (ou harakiri), avec sa femme pour échapper au déshonneur. C’est sans aucun doute la nouvelle la plus forte dans tous les sens du terme. La précision de la préparation, le calme gardé par le couple qui va se donner la mort, puis la description tout aussi détaillée du moment fatidique en font pour le moment ma nouvelle préférée de toute l’oeuvre de Mishima. Un très beau moment de littérature et d’esprit japonais.

Je finis sur Onnagata, une très jolie nouvelle ayant pour thème la Beauté, thème récurrent dans l’oeuvre de Mishima, et plus particulièrement la Beauté d’un Onnagata, un acteur de théâtre japonais ne jouant que des rôles féminins. On pénètre une fois encore dans le magnifique Japon traditionnel. La description de cet Onnagata est faite à travers le regard d’un homme, qui reste ébahi devant tant de beauté et de féminité, tant sur scène qu’en dehors. Une nouvelle qui fait également écho à la vie de Mishima, qui aurait eu une relation avec Akihiro Miwa, acteur Onnagata.

Un exemple d’Onnagata (acteur masculin jouant des rôles féminins) avec le jeune acteur Taichi Saotome

J’ai donc choisi ces quatre nouvelles que je trouve particulièrement fortes et touchantes, parfois dures. Mais tout le recueil vaut vraiment le coup d’oeil, surtout si vous souhaitez vous initier à Yukio Mishima, je pense que c’est un bon début. A noter que la plupart des nouvelles sont typiquement japonaises, à savoir que la fin reste dans le non-dit, dans l’implicite. Mishima nous laisse même parfois interpréter nous même une fin, comme dans la nouvelle Trois Millions de Yens par exemple, où l’on peut se douter de ce qu’il va se passer, sans en être totalement sûr cependant…

Ma note :
9

 

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