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Archives de Tag: haiku

Journaux de voyage de Bashô

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Je vous propose aujourd’hui un petit voyage en compagnie de Matsuo Bashô, qui fait partie des grands maîtres du haiku, grâce au recueil Journaux de voyage qui vient de sortir dans une nouvelle édition. 

basho-journaux-de-voyage
Edition lue :
Éditeur : Verdier
Publié le : 28 octobre 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ce livre regroupe plusieurs notes et journaux de voyage qu’a tenus Bashô tout au long de sa vie. Il s’ouvre sur une introduction que j’ai trouvée très intéressante. On en apprend beaucoup sur l’évolution de la poésie à l’époque de Bashô et un peu avant, et on apprend également que deux tiers de l’oeuvre de Bashô était en fait de la prose. On le connait principalement pour ses haiku (haikai et hokku) et on peut découvrir ici une autre facette de ce grand maître de la poésie japonaise. L’introduction est très riche et nous donne des clés pour pouvoir mieux apprécier et comprendre les sept notes de voyage qui vont la suivre.

« Les hokku qu’il compose dans les moments d’intense émotion sont aujourd’hui encore dans la mémoire de tous les Japonais, et nombreux sont les pèlerins qui l’été partent à la recherche des derniers vestiges de ce qu’avait vu Bashô, et dont seule parfois une stèle portant un vers du poète conserve encore le souvenir, dans un paysage définitivement défiguré par la laideur industrielle. »

J’ai trouvé ces notes de voyage particulièrement géniales. Il n’y a donc pas uniquement des poèmes, une grande part est accordée à la prose, des passages dans lesquels il raconte son parcours et précise aussi les contextes d’écriture des haiku qui se glissent entre ces lignes. Et cette prose est également très poétique, on a donc l’impression de lire une poésie sous différentes formes, et le tout coule tout seul. Ce n’est pas un recueil de poèmes, ce n’est pas un récit de voyages, mais ce sont ces deux choses en même temps. On le suit dans ses voyages et on admire les paysages qu’il traverse, on suit ses aventures et les personnes qu’il croise. Un vrai petit plaisir de lecture.

« Brouillard et bruine
dissimulent le Fuji
charme de ce jour 
»

C’est un recueil à savourer, à grignoter petit à petit quand on a envie de s’évader, puisqu’en quelque sorte, on accompagne Bashô dans ses voyages et sa plume poétique nous fait découvrir de sublimes paysages et nous fait passer un moment très agréable.

Ma note :
7

 

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Haiku érotiques

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Ce samedi, je vous propose un peu d’érotisme à la japonaise ! Le tout en haiku, écrit à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, voici les « Haiku érotiques » !

haiku-erotiquesEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Mai 2000
Nombre de pages : 192
Prix : 6,50€

Ce petit recueil d’haiku est pour le moins original ! Il est difficile d’en parler, mais ce que je peux vous dire, c’est que le recueil est divisé en six parties, selon ceux concernés par les haikus : les moines, les dames du palais, la vie conjugale, les domestiques, les veuves et les courtisanes. On peut de plus y trouver des petites illustrations érotiques de temps en temps, pour accompagner les haiku qui n’y vont parfois pas par quatre chemins (on peut notamment être surpris par la place importante que prenaient ce qu’on appelle aujourd’hui les « sex toys » qui pouvaient être réalisés de bien diverses façons pour plaire aux dames du palais).

Ce qui est également intéressant et qui aide à la compréhension, c’est qu’il y a presque toujours avant un haiku ou une série de haikus, une petite phrase ou un petit paragraphe pour expliquer certaines choses, certains termes, et en faire une sorte d’histoire qui rend la lecture très agréable !

Et voici, pour que vous puissiez vous en faire une petite idée, trois petits haiku que j’ai sélectionnés pour vous :

« Quand il dresse son mât
l’épouse s’empresse alors
de prendre la barre 
»

« Ne serait-ce qu’une fois
laisse-moi passer en dessous
insiste l’épouse »

« Quand on a d’un buffle
retiré les cornes, deux dames
s’en trouvent fort bien 
»

Un recueil qui saura ravir les amateurs d’haiku et de coquineries, et qui permet en plus de découvrir comment s’exprimait l’érotisme il y a de cela un peu plus de deux siècles. Une lecture qui ne vous laissera pas indifférents !

Ma note :
7

[Kokoro] de Delphine Roux

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

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