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Archives de Tag: journal

Manuscrit zéro de Yôko Ogawa

Publié le

Poursuivons l’exploration de l’oeuvre de Yôko Ogawa avec Manuscrit zéro, un livre bien particulier qui m’a totalement séduit.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Avril 2011
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : 2010
Nombre de pages : 240
Prix : 21,30€

Manuscrit zéro est un livre particulier. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas réellement un recueil de nouvelles – c’est un journal. Un journal que tient Yôko Ogawa, même s’il semble être en grande partie tout droit sorti de son imagination. Elle insère ainsi, comme elle sait si bien le faire, des éléments parfois surnaturels ou irréalistes dans ce journal de bord d’une écrivaine à la recherche de l’inspiration. On la suit ainsi durant ses journées bien particulière, où elle va manger de la mousse végétale dans une auberge, assister à des fêtes sportives d’écoles avec lesquelles elle n’a aucun lien, attendre qu’on la dénonce pour plagiat ou encore exercer son activité de « conférencière des grandes lignes ».

« Si je sais que quelque part dans le monde quelqu’un demande des grandes lignes, je ne peux pas le laisser. »

En commençant ce livre, je ne savais pas à quoi m’attendre – je pensais en fait qu’il s’agissait d’un roman. J’ai de suite adoré ce que je pensais être le premier chapitre. Et lorsque j’ai compris qu’il s’agissait en réalité d’un vrai-faux carnet de bord de Yôko Ogawa, j’en ai été plus que ravi (même si un peu déçu de ne pas pouvoir lire plus en détails cette première histoire). Et pour tout vous dire : c’est devenu mon livre préféré de cette auteure. J’ai notamment adoré lorsqu’elle nous dévoile sa passion (imaginée ou non – mais cela ne m’étonnerait pas que ce soit bien réel) pour se comporter comme la mère d’un enfant lors de plusieurs fêtes sportives auxquelles elle va… La manière dont c’est raconté, la motivation (ressentir l’ambiance de ces événéments) et la frayeur (quand des écoles contrôlent l’entrée pour ne laisser passer que les parents) qu’elle décrit sont juste génialissimes.

« Dans les fêtes sportives, au sumô des pleurs d’enfants et dans la salle des nouveau-nés, une petite cavité était réservée aux gens comme moi. »

Elle nous présente donc des éléments totalement improbables (manger de la mousse, publier un roman avant de se rendre compte que c’est la copie exacte d’un roman d’un autre auteur, avoir un employé de mairie chargé de l’amélioration de la vie qui vient la voir tous les mois, se retrouver dans un centre de soins avec des noms de bains farfelus…) dans un contexte si intime que je me suis franchement posé plusieurs fois la question de savoir si les éléments irréels étaient en fait réels. Jusqu’à me dire que pour Yôko Ogawa, ils étaient peut-être bien réels, tant son imagination semble avoir une place importante dans son quotidien. Et voilà, le résultat était vraiment passionnant pour moi et réalisé avec beaucoup de talent.

Un vrai-faux journal dont la frontière entre le réel et l’imaginaire est floue – et c’est ça qui en fait toute la force. Yôko Ogawa nous mène par le bout du nez dans l’endroit où, semble-t-il, elle trouve l’inspiration pour ses écrits. Et c’est grandiose.

Ma note :
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Le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki

Publié le

Après avoir découvert le Journal de Sarashina, je vous propose un autre célèbre texte de voyage : voici le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki.

Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 3 mai 2018
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

L’auteur va prétendre être une femme voulant imiter les journaux qu’écrivaient les hommes lors de leurs voyages. On va donc suivre ce gouverneur de la province de Tosa qui va quitter sa ville pour se rendre à Kyôto en l’an 935, un voyage durant cinquante-cinq jours. Il va ainsi nous parler, d’une écriture féminine, de ce voyage, mais aussi des moments d’ennui lors d’escales prolongées, toujours dans un environnement qui se prête à merveille à la poésie…

« Ce que font les hommes et qu’ils appellent « journal », une femme va tenter de le faire à sa façon. »

C’est toujours instructif et plaisant de découvrir ces journaux de voyage, qui nous font traverser le Japon en poésie. Ici, le récit de voyage n’est pas très excitant, la plupart du temps l’auteur et ses compagnons de voyage semblent s’ennuyer, mais l’intérêt se trouve dans la poésie. En effet, tout le monde autour de lui compose des poèmes sur les petits événements qui font ce voyage ou sur ce qui les entoure : des enfants, des femmes, des hommes, tout le monde s’y prête, et même lui (ou devrait-il on dire « elle »). Et si cela ne vous suffit pas, vous trouverez à la suite du journal des poèmes de Ki no Tsuruyaki classés par thèmes, que ce soit sur la beauté des saisons ou des thèmes plus durs comme la séparation.

« Plus que blanches bagues
qui se dressent devant vous
moi qui vais rester
je vais élever la voix
de mes pleurs couvrant leur bruit. »

Un journal ancien qui nous fait parcourir le Japon en nous dévoilant toute la poésie que peuvent créer des personnes d’horizons différents qui prennent le temps d’observer ce qui les entoure.

Ma note :

Le Journal de Sarashina

Publié le

Les textes anciens de la littérature japonaise sont toujours un plaisir à lire. Aujourd’hui, découvrons ensemble le Journal de Sarashina, qui vient de resortir en France.


Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 12 octobre 2017
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

Ce livre est le journal intime de Sarashina, dans lequel elle raconte des événements de sa vie de l’âge de 13 à 52 ans, dans le Japon du XIème siècle. On la suit donc dans ses voyages, mais aussi dans ses rêves et dans ses lectures, elle qui raffole tant des Dits, dont le célèbre Dit du Genji de Murasaki Shikibu, datant d’un siècle plus tôt. Et le tout est parsemé de tanka, ces poèmes courts japonais, que Sarashina écrit pour diverses occasions.

« Pour sûr la tourmente
de son souffle ne balaie
le mont Miyaji
le feuillage rutilant
sur les branches est resté »

Tout d’abord, avant le Journal à proprement parler, on a une biographie de Sarashina, qui est parfaite pour cerner un peu le personnage et le contexte d’écriture et qui nous aide à comprendre, en plus d’être très intéressante (ce qui n’est pas toujours le cas pour les biographies). Quant au Journal, je dois dire que c’est vraiment une lecture agréable. On la voit grandir, on la voit voyager, on la voit écrire des poèmes, et on la voit aussi être passionnée de lecture. Elle traverse les provinces dans des conditions parfois difficiles et grâce aux descriptions précises et jolies, on voyage avec elle.

« Ce Genji dont je n’avais lu que des fragments insignifiants et dont je m’irritais de n’y rien comprendre, je le lis maintenant livre après livre, en partant du premier, sans personne pour m’en distraire, étendue à l’intérieur de mes rideaux, plus heureuse qu’une impératrice ! »

Une excursion dans le Japon du XIème siècle, à travers le regard d’une jeune fille, puis d’une femme, qui lit, voyage, écrit et rêve, et nous emmène dans son monde.

Ma note :
8

Journaux de voyage de Bashô

Publié le

Je vous propose aujourd’hui un petit voyage en compagnie de Matsuo Bashô, qui fait partie des grands maîtres du haiku, grâce au recueil Journaux de voyage qui vient de sortir dans une nouvelle édition. 

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Edition lue :
Éditeur : Verdier
Publié le : 28 octobre 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ce livre regroupe plusieurs notes et journaux de voyage qu’a tenus Bashô tout au long de sa vie. Il s’ouvre sur une introduction que j’ai trouvée très intéressante. On en apprend beaucoup sur l’évolution de la poésie à l’époque de Bashô et un peu avant, et on apprend également que deux tiers de l’oeuvre de Bashô était en fait de la prose. On le connait principalement pour ses haiku (haikai et hokku) et on peut découvrir ici une autre facette de ce grand maître de la poésie japonaise. L’introduction est très riche et nous donne des clés pour pouvoir mieux apprécier et comprendre les sept notes de voyage qui vont la suivre.

« Les hokku qu’il compose dans les moments d’intense émotion sont aujourd’hui encore dans la mémoire de tous les Japonais, et nombreux sont les pèlerins qui l’été partent à la recherche des derniers vestiges de ce qu’avait vu Bashô, et dont seule parfois une stèle portant un vers du poète conserve encore le souvenir, dans un paysage définitivement défiguré par la laideur industrielle. »

J’ai trouvé ces notes de voyage particulièrement géniales. Il n’y a donc pas uniquement des poèmes, une grande part est accordée à la prose, des passages dans lesquels il raconte son parcours et précise aussi les contextes d’écriture des haiku qui se glissent entre ces lignes. Et cette prose est également très poétique, on a donc l’impression de lire une poésie sous différentes formes, et le tout coule tout seul. Ce n’est pas un recueil de poèmes, ce n’est pas un récit de voyages, mais ce sont ces deux choses en même temps. On le suit dans ses voyages et on admire les paysages qu’il traverse, on suit ses aventures et les personnes qu’il croise. Un vrai petit plaisir de lecture.

« Brouillard et bruine
dissimulent le Fuji
charme de ce jour 
»

C’est un recueil à savourer, à grignoter petit à petit quand on a envie de s’évader, puisqu’en quelque sorte, on accompagne Bashô dans ses voyages et sa plume poétique nous fait découvrir de sublimes paysages et nous fait passer un moment très agréable.

Ma note :
7

 

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