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Archives de Tag: lecture

Le Journal de Sarashina

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Les textes anciens de la littérature japonaise sont toujours un plaisir à lire. Aujourd’hui, découvrons ensemble le Journal de Sarashina, qui vient de resortir en France.


Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 12 octobre 2017
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

Ce livre est le journal intime de Sarashina, dans lequel elle raconte des événements de sa vie de l’âge de 13 à 52 ans, dans le Japon du XIème siècle. On la suit donc dans ses voyages, mais aussi dans ses rêves et dans ses lectures, elle qui raffole tant des Dits, dont le célèbre Dit du Genji de Murasaki Shikibu, datant d’un siècle plus tôt. Et le tout est parsemé de tanka, ces poèmes courts japonais, que Sarashina écrit pour diverses occasions.

« Pour sûr la tourmente
de son souffle ne balaie
le mont Miyaji
le feuillage rutilant
sur les branches est resté »

Tout d’abord, avant le Journal à proprement parler, on a une biographie de Sarashina, qui est parfaite pour cerner un peu le personnage et le contexte d’écriture et qui nous aide à comprendre, en plus d’être très intéressante (ce qui n’est pas toujours le cas pour les biographies). Quant au Journal, je dois dire que c’est vraiment une lecture agréable. On la voit grandir, on la voit voyager, on la voit écrire des poèmes, et on la voit aussi être passionnée de lecture. Elle traverse les provinces dans des conditions parfois difficiles et grâce aux descriptions précises et jolies, on voyage avec elle.

« Ce Genji dont je n’avais lu que des fragments insignifiants et dont je m’irritais de n’y rien comprendre, je le lis maintenant livre après livre, en partant du premier, sans personne pour m’en distraire, étendue à l’intérieur de mes rideaux, plus heureuse qu’une impératrice ! »

Une excursion dans le Japon du XIème siècle, à travers le regard d’une jeune fille, puis d’une femme, qui lit, voyage, écrit et rêve, et nous emmène dans son monde.

Ma note :
8
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Les lectures des otages de Yôko Ogawa

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Ce samedi, je vous propose un recueil de nouvelles un peu particulier de Yôko Ogawa, cette formidable auteure dont j’ai déjà parlé à quelques reprises sur le blog. Voici les Lectures des otages !

les-lectures-des-otages-yoko-ogawaEdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : Mars 2012
Publié au Japon en : Février 2011
Nombre de pages : 192
Prix : 20,30€

Les Lectures des otages est un recueil de différentes nouvelles qui sont toutes liées entre elles. En effet, on suit un groupe de touristes japonais qui sont retenus en otages  dans un endroit isolé. Une brigade anti-terroriste va lancer un assaut pour tenter de les libérer, mais ils vont malheureusement tous périr. On ne retrouvera d’eux que des enregistrements : chaque soir, un otage, après l’avoir écrit, lira quelque chose tiré de sa propre vie. Et chacune de ces lectures donne lieu à une nouvelle. Il y a neuf nouvelles et j’ai choisi de vous parler ici brièvement de mes deux nouvelles préférées.

« Dans cette illusion sa grand-mère, les pommettes rouges, bien campée sur ses jambes, jouait du violon de tout son cœur. »

– Nouvelle « La grand-mère morte »

La première nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée. Elle s’intitule « La salle de propos informels B ». Le narrateur va passer devant cette salle de propos informels B et va assister à une réunion qui s’y déroule. Le sujet : les langues en situation critique. Chaque personne présente va à son tour raconter une histoire dans une langue sur le point de disparaître, qu’ils sont parfois les derniers à connaître. Son tour venu, le narrateur va devoir inventer une langue et une histoire pour ne pas avoir l’air d’un imposteur… Il y arrivera et retournera dans cette salle plusieurs fois, et à chaque fois le sujet et les participants seront différents : une fois ce sera pour ceux qui veulent faire de la couture, une autre pour ceux qui ont perdu un enfant… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle et cette salle mystérieuse où chacun s’y rend pour une raison particulière, où il n’y a parfois pas besoin de parler, où les gens peuvent s’y rendre pour se retrouver avec eux-mêmes. Yôko Ogawa est décidément douée pour créer de tels endroits à la symbolique forte.

« Leur diction m’évoquait le murmure d’un ruisseau. Qui se frayait un passage entre les rochers, évitait plusieurs obstacles, et sous l’éclat de la lumière coulait patiemment en direction d’un point quelque part au loin. »

– Nouvelle « Les fourmis coupeuses de feuilles »

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler s’intitule « Le bouquet de fleurs ». C’est le dernier jour du narrateur dans le magasin de vêtements pour homme dans lequel il travaille. Son seul client attitré vient lui faire ses adieux en lui offrant un bouquet de fleurs. Ce client travaille aux pompes funèbres et est régulièrement venu pour acheter des costumes pour les personnes décédées. Là encore, une ambiance particulière, un travail atypique, et l’objet « bouquet de fleurs » permet au narrateur de s’envoler dans le passé, quand un bouquet s’était déjà immiscé dans sa vie. Une nouvelle très plaisante, et comme dans beaucoup d’autres de ce recueil, on découvre le passé du narrateur à partir d’une histoire qui se passe dans le présent, à l’aide d’un objet. La lecture coule toute seule, encore une fois.

Un recueil de nouvelles original et plaisant. La façon dont les nouvelles sont reliées, dont ces histoires ont été écrites avec soin, puis lue à une audience restreinte, tout en sachant que c’est la dernière trace que ces otages laissent dans ce monde, rend ce recueil vraiment fort. Yôko Ogawa parvient clairement à nous faire entrer dans le cercle, chaque soir, pour que l’on puisse écouter l’histoire de chacun. Et pour ça, elle est extrêmement douée, et je ne me lasserai jamais de lire ses nouvelles.

Ma note :
7

Sommeil d’Haruki Murakami

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Ce vendredi, je vais vous parler d’une nouvelle d’Haruki Murakami superbement illustrée par Kat Menschik, une talentueuse artiste allemande : j’ai nommé Sommeil ! Préparez-vous à rester éveillé…

sommeil-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : 10/18
Publié le : 5 novembre 2015
Nombre de pages : 92
Prix : 8,80€

L’histoire de cette nouvelle est simple : la narratrice, âgée de 30 ans, mariée et ayant un enfant, va du jour au lendemain ne plus ressentir l’envie de dormir. Elle va ainsi passer 17 nuits sans dormir. Au début un peu paniquée, elle va vite se rendre compte que son corps n’a plus du tout besoin de dormir et elle va trouver de nouvelles occupations pour ses nuits : principalement lire (Anna Karénine de Léon Tolstoï), boire du cognac et manger du chocolat.

« Depuis que je ne dormais plus, je me rendais compte à quel point la réalité est simple, à quel point il est facile de la faire fonctionner. C’est la réalité, sans plus. »

Tout d’abord, l’histoire m’a plu. Un court épisode de la vie particulière d’une jeune femme, qui va devoir apprendre à vivre la nuit également. C’est d’ailleurs quelque chose qui me fait un petit peu rêver : ne plus avoir le besoin de dormir, ni la nuit ni la journée, et pouvoir occuper ses nuits à ne faire rien d’autre que lire, alors que tout le monde dort autour de soi. De plus, la narratrice est parfois drôle (notamment lorsqu’elle parle de son mari) et on a envie de l’accompagner dans ses nuits de non-sommeil : avant cet épisode, chaque jour de sa vie était identique au précédent, mais désormais, ce qui semble être un problème au départ, devient une merveilleuse opportunité.

« Ne pas dormir ne me faisait plus peur. Je n’avais rien à craindre. Il fallait voir les choses positivement : ma vie prenait une nouvelle dimension en fait. De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n’appartenait qu’à moi. »

Lorsque vous aurez ce livre entre les mains, vous remarquerez sa spécificité : certes, il s’agit d’une nouvelle, donc ce n’est pas un très gros bouquin, mais il propose une expérience de lecture que j’ai beaucoup appréciée. En effet, la nouvelle est parsemée d’illustrations à l’ambiance nocturne de Kat Menschik, en lien avec le texte. C’est d’autant plus appréciable que ce sont de très belles illustrations qui rendent le texte encore plus hypnotique. Pour vous faire une petite idée et vous donner envie de découvrir ce joli petit ouvrage, voici un exemple des illustrations :

kat-menschik-sommeil

Sommeil est donc une nouvelle plaisante qui nous entraîne dans une succession de nuits où le sommeil n’est pas au programme de notre narratrice. Une lecture fluide et agréable, agrémentée de très belles illustrations qui vous feront à coup sûr passer un moment de lecture très particulier… dans le bon sens du terme !

Ma note :
8

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