Flux RSS

Archives de Tag: maladie

Une affaire personnelle de Kenzaburô Ôé

Publié le

Je n’ai pas encore parlé sur ce blog de Kenzaburô Ôé, Prix Nobel de Littérature en 1994, qui est pourtant un très grand écrivain dont j’ai pu lire plusieurs œuvres. Je vais donc tenter de réparer cela aujourd’hui avec Une affaire personnelle.

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 3 octobre 2016
Publié en grand format en : 1994
Publié au Japon en : 1965
Nombre de pages : 224
Prix : 7,20€

Dans ce roman (traduit de l’anglais suite à une demande de l’auteur), on découvre Bird. Il est professeur dans une école de bachotage, et rêve de partir explorer l’Afrique. Mais au début de ce roman, Bird est sur le point de devenir père. Le bébé arrive, mais il est atteint d’une hernie cérébrale et a une grosse excroissance sur la tête. Le directeur de la clinique l’appelle « la chose », Bird le voit comme « un monstre ». Et le roman va se dérouler durant les trois jours qui ont suivi la naissance de cet enfant. Bird va vivre dans un monde à part, va chercher refuge chez une ancienne amie, va attendre la mort de l’enfant qui ne semble être qu’une question d’heures. Mais c’est sans compter sur la volonté de vivre de ce bébé handicapé rejeté par tous.

« Si le bébé s’affaiblissait avant qu’on pût l’opérer, cela signifierait : plus de soucis et pas besoin de se salir les mains avec un meurtre. »

Ce roman est dur. Il nous révèle la face sombre de l’homme, lorsque celui-ci est confronté à une situation face à laquelle il ne sait pas comment réagir. Bird ne vit plus tout au long de ce roman, il est totalement imperméable au monde extérieur et il est incroyablement seul. Sa femme ne sait pas ce qui est arrivé au bébé qui va être transporté de la clinique jusqu’à un hôpital. Bird va se confier à Himiko, cette femme qui va dépasser le stade de la simple amitié, en essayant de se déculpabiliser de ses pensées. Il ne peut clairement pas assumer ce « monstre » qui ne pourra très vraisemblablement jamais vivre une vie normale. Il attend et espère que le bébé meure pour ne pas avoir à le tuer lui-même.

« Je ne suis ni assez diabolique pour étrangler ce bébé de mes mains ni assez angélique pour mobiliser une armée de médecins et les supplier de sauver la vie d’un enfant condamné à être un monstre… »

On est totalement pris dans l’errance à la fois physique et mentale de cet homme, et Kenzaburô Ôé ne nous épargne rien de ses réflexions les plus obscures. Et lorsqu’on sait que le fils de Kenzaburô Ôé lui-même est handicapé mental, et que les médecins ont tenté de le convaincre lui et sa femme de laisser leur fils mourir, on prend conscience de la difficulté et de l’honnêteté qu’a dû rencontrer ce grand écrivain pour écrire ce premier roman sur ce sujet.

« Donner un nom au petit monstre, ce serait le rendre plus humain, reconnaître son existence en tant qu’être humain, faire de sa mort une chose moins anonyme. »

Un roman poignant sur un père face au handicap de son fils. Une réflexion permanente sur la responsabilité qu’a un père et sur le courage dont il va devoir faire preuve – s’il en est capable – qui mène à une décision finale qui va bouleverser sa vie entière.

Ma note :

 

Le vent se lève de Tatsuo Hori

Publié le

Ce samedi, je vais vous parler d’un roman de Tatsuo Hori dont le titre vous dira peut-être quelque chose : Le vent se lève. C’est en effet également le titre d’un film d’animation d’Hayao Miyazaki, même si l’histoire est différente, Miyazaki s’étant principalement inspiré du roman pour l’histoire d’amour entre les deux personnages. Découvrons donc ce beau roman !

le-vent-se-leve-tatsuo-horiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (L’Arpenteur)
Publié en : Mai 1993
Publié au Japon en : 1938
Nombre de pages : 128
Prix : 11,90€

Ce roman nous présente un jeune couple qui vient de se fiancer. Au départ, ils sont à la montagne et semblent heureux, Setsuko peint, son fiancé la regarde. Mais on va découvrir que Setsuko est malade : elle a la tuberculose. Ils vont décider d’aller passer quelques temps dans un établissement spécialisé, un sanatorium, pour qu’elle puisse se reposer au grand air et guérir. Son fiancé l’accompagnera et les saisons défileront, dans un incroyable bonheur, en attendant la guérison de la jeune fille.

« Je fixais intensément ces lointaines arêtes montagneuses jusqu’à en retenir les moindres détails, et cependant affleurait à ma conscience la certitude que je venais seulement de percer le secret, jusqu’à présent enfoui au fond de mon être, de ce que la nature m’avait par avance réservé. »

Le titre de ce roman est tiré d’une citation de Paul Valéry qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Et c’est aussi un beau résumé de ce roman. Je vais commencer par vous parler de l’écriture. Ce roman est comme une poésie. Les descriptions, les paysages, l’amour, on se laisse conduire par la magnifique plume de l’auteur, on est émerveillé devant la puissance de la nature, mais aussi devant la puissance de leur relation.

« Je ne sais pourquoi, soudain j’ai tellement envie de vivre… »

Le thème principal est donc l’amour. Un amour jeune, mais puissant, beau, et confronté à une épreuve difficile : la maladie. Mais, malgré cela, ils passent un séjour tout ce qu’il y a de plus heureux au milieu de la nature, ils sont en quelque sorte seuls au monde et profitent de ce bonheur. Mais voilà, la maladie ne guérit pas aussi vite que prévu, et, même s’ils ne veulent pas y penser, l’inquiétude va aussi prendre le dessus et dévoiler un autre aspect fort du roman.

« C’étaient des journées comme en avance sur la vie, pleines d’une exaltation, d’un bonheur poignant, plus intenses que ceux de la vie. »

Un magnifique roman sur une belle et poignante histoire d’amour qui ne peut pas vous laisser indifférent. Une ode à l’amour, à la nature, mais surtout, à la vie. Je ne peux que conclure sur ces mots. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Ma note :
8

 

 

Un cri d’amour au centre du monde de Kyoichi Katayama

Publié le

Aujourd’hui, écoutons le Cri d’amour au centre du monde, un roman à la fois magnifique et bouleversant écrit par Kyoichi Katayama. Découvrons ensemble cette sublime et tragique histoire d’amour entre deux adolescents japonais.

un-cri-damour-au-centre-du-monde-kyoichi-katayama
Edition lue :
Éditeur : Presses de la cité
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 240
Prix : 18,80€
(Existe aussi en format poche à 6,10€)

Sakutaro et Aki sont deux jeunes japonais qui se connaissent depuis le collège. Le destin va les rapprocher au fil du temps : alors qu’ils sont dans des classes séparées au collège, ils vont tout de même se côtoyer et développer une amitié, qui évoluera en amour au lycée, alors qu’ils se retrouveront enfin dans la même classe. Les deux adolescents connaissent un amour très fort et pur : ils parlent d’éternité, de mariage, savent qu’ils vont vieillir ensemble. C’était sans compter sur la maladie d’Aki. Celle-ci va développer une leucémie, essayer traitements après traitements, mais rien ne marchera : elle va décéder très rapidement, laissant Sakutaro seul et détruit.

« Je ne songeais pas un instant à faire le lien entre la mort et les adolescents de mon âge. La mort était réservée aux personnes âgées. »

Ce roman était un magnifique coup de cœur pour moi. L’histoire est bien évidemment touchante, mais l’écriture et la profondeur de certains passages rendent ce roman incroyablement beau, mais aussi incroyablement triste. L’auteur a fait un choix plutôt audacieux : le début du roman se déroule après la mort d’Aki. Puis on retourne dans le passé et à l’histoire entre elle et Sakutaro, mais on revient à l’après-mort en début de chaque gros chapitre. De cette façon, il est certain qu’en tant que lecteur on soit moins touché lorsqu’Aki décède (aucune surprise, on le savait dès la première page), mais en revanche je trouve que ça sublime le roman. En effet, l’auteur insiste ainsi non pas sur la mort, mais sur l’amour et la vie.

« Je fus alors saisi d’une certitude terrible. Aussi longtemps que je vivrais, je ne voulais pas être plus heureux que maintenant. Je ne voulais aspirer qu’à une chose : tenter de conserver ce bonheur précieusement aussi longtemps que possible. »

Parce que ce roman est un roman d’amour, et quel roman d’amour ! On voit la relation entre ces deux adolescents évoluer : l’amitié, qui est déjà belle, qui va se transformer en amour incommensurable. Ils vont vivre de belles choses ensemble, se rendre sur une île désertée pour passer un beau moment ensemble, coupés du monde. Ils vont avoir de fortes conversations, parfois initiées par celles qu’entretient Sakutaro avec son grand-père, qui a perdu la femme qu’il aimait et qui va demander à son petit-fils un service qui va mener à une réflexion sur l’amour et la mort. Et ils vont vivre ce que deux adolescents ne devraient jamais vivre : la maladie. Aki qui découvre au fur et à mesure que les jours passent et qu’elle ne guérit pas qu’elle a une leucémie. La perte de cheveux liée à la chimiothérapie. La faiblesse de son corps. La réalisation pour elle et Sakutaro qu’elle va bientôt disparaître. La tentative (et quelle tentative !) de passer un dernier moment ensemble, loin de l’hôpital et du traitement qui l’affaiblit de jour en jour.

« Je n’étais pas vraiment là. Je n’étais ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans la vie, ni dans la mort. J’errais je ne sais où. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais venu là. En faisant un effort, je pouvais bien constater que j’étais là. Mais je ne savais pas où j’étais vraiment. Je ne savais pas qui j’étais vraiment. »

On ressent vraiment que c’est un roman japonais, et cela m’a touché. On va très loin dans les sentiments, dans le ressenti. L’expression de la solitude de Sakutaro une fois Aki partie est bouleversante. On suit le processus : il pense à cette solitude avant de la perdre, mais aussi pendant qu’il la perd et après qu’il l’ait perdu. C’est, pour conclure, un roman extrêmement puissant qui ne vous laissera pas indifférent. Et je crois que jamais un titre n’aura été aussi bien trouvé pour un roman.

Ma note :
9

Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Publié le

Il est temps de vous parler d’un magnifique roman, adapté en un tout aussi magnifique film sorti en France en fin janvier 2016 : Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa. C’est parti pour la dégustation de dorayaki !

les-délices-de-tokyo-durian-sukegawaEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2016
Édition originale en japonais : 2013
Nombre de pages : 240
Prix : 17,50€

L’histoire nous emmène à la rencontre de Sentarô, un homme qui travaille dans une petite échoppe spécialisée dans la préparation et  la vente de dorayaki, une délicieuse pâtisserie japonaise consistant en deux sortes de pancakes avec au milieu de la pâte de haricots rouges. Un jour, une vieille femme, Tokue Yoshii, s’approche de cette boutique située en face d’immenses et magnifiques cerisiers en fleur et voit l’annonce sur la vitre : Sentarô cherche en effet à embaucher quelqu’un qui pourra lui venir en aide. Refusant d’abord, à cause de son âge avancé -elle a 76 ans- et ses doigts déformés par une maladie, il finira par accepter après qu’elle lui ait fait goûter sa pâte de haricots rouges, qu’elle confectionne depuis plus de 50 ans. À partir de là, la petite boutique va rencontrer un très grand succès grâce à la délicieuse nouvelle recette et au magnifique duo formé par Sentarô et Tokue. Pourtant, cela va être de courte durée puisque Tokue a un lourd secret qui va resurgir de son passé…

« Le vent souffla. Le cerisier frémit. Des pétales entrés par la vitre entrouverte se déposèrent sur la plaque chauffante. »

Et je ne vais pas vous en dire plus ! J’ai vu le film avant de lire le roman, et je ne savais pas exactement de quoi ça allait parler : je m’attendais à une belle petite histoire parsemée de pétales de cerisiers, légère et plaisante. Et bien ça va en réalité bien plus loin que ça : c’est une histoire d’une beauté incroyable mais aussi très émouvante, de par le sujet abordé. Le film est très proche du roman, la plupart des dialogues sont les mêmes, l’action aussi. La temporalité est en revanche un peu différente (le film semble se dérouler sur une période plus courte), et c’est surtout le passé des personnages qui est plus approfondi dans le roman, et qui permet de mieux se rendre compte pourquoi nos trois personnages principaux ont un lien si fort : Sentarô, Tokue et Wakana, une jeune lycéenne qui fréquente régulièrement l’échoppe de dorayaki.

« Il s’agit de bien observer la mine des haricots azuki. De s’ouvrir à ce qu’ils ont à nous dire. C’est, par exemple, imaginer les jours de pluie et de beau temps qu’ils ont connus. Écouter l’histoire de leur voyage, des vents qui les ont portés jusqu’à nous. »

La partie sur la préparation de la pâte de haricots rouges est vraiment magnifique. Tokue est délicate, prend son temps, ce que Sentarô ne comprend pas du tout au début. Ce roman est une sublime poésie, une ode à la liberté et à la beauté, représentée par les cerisiers en fleur et la confection de ces délicieuses pâtisseries. De plus, le secret de Tokue est incroyablement fort, c’est un sujet dont on parle très peu au Japon de nos jours, mais qui a pourtant bel et bien existé, et le placer dans cette histoire est un intelligent tour de force. Le Japon a beaucoup de côtés sombres dont il n’aime pas parler, mais grâce à des œuvres comme celles-ci, on parvient à les mettre en lumière et c’est une très bonne initiative, voire même un besoin pour que le Japon puisse évoluer et apprendre de ses erreurs.

« Ce jour-là, nous avons regardé la lune ensemble. La pleine lune était visible au-dessus du cerisier devant la boutique. Mme Yoshii m’a dit, elle est belle, admirons-la ensemble… »

Ce roman est une perle. Il regroupe tout ce que j’aime dans la littérature japonaise et ce qui en fait aussi une de ses spécificités : il est d’une immense beauté, la beauté du Japon, de ses saisons, des relations entre les hommes, de la nature, de l’écriture, et il incorpore un sujet particulièrement dur, qui ne peut que nous toucher. Un roman qui m’a profondément et durablement marqué et que je conseille à tous, et pas uniquement aux amateurs de littérature japonaise.

Ma note :
9

Merci Mélissa de m’avoir offert ce livre, tu es décidément la meilleure.

Pluie noire de Masuji Ibuse

Publié le

Aujourd’hui, un sujet délicat abordé dans un roman particulièrement difficile : le bombardement atomique du Japon et ses conséquences, raconté par Masuji Ibuse, dans son roman le plus connu, Pluie noire (黒い雨, Kuroi ame).

pluie-noire-masuji-ibuse
Edition lue :

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2004 (1ère édition : 1972)
Édition originale en japonais : 1966
Nombre de pages : 382
Prix : 8,50€

L’histoire de Pluie noire se déroule à proximité de la ville d’Hiroshima, cinq ans après l’explosion de la bombe atomique. On suit Yasuko, jeune fille vivant chez son oncle et sa tante, qui n’arrivent pas à la marier à cause d’une rumeur : Yasuko serait en effet malade, puisqu’elle aurait reçu sur elle la « pluie noire », pluie fortement radioactive tombée quelques temps après la bombe. À partir de là, on va suivre principalement son oncle, Shigematsu, qui entretient un journal depuis le jour de l’explosion. On va donc revivre la chronologie de ce qui est l’un des plus choquants épisodes de l’Histoire du Japon – à travers les écrits de Shigematsu, qui nous relate les effets de la bombe sur lui et sa famille, mais aussi de sa nièce dont il va reprendre le journal pour prouver que celle-ci est en bonne santé et pour faire taire les rumeurs.

L’auteur s’est appuyé sur des documents officiels pour écrire son roman, et ça se sent. Il y a beaucoup de précisions, de descriptions et cela en fait un roman particulièrement difficile à lire. J’ai commencé ce roman quelques jours avant de découvrir Hiroshima pour la première fois, ce qui n’était peut-être pas une bonne chose malgré ce que je croyais. En effet, mon court séjour dans cette ville s’est déroulé dans une atmosphère très pesante, où mon esprit a simplement été saturé par toutes les images et témoignages que j’ai pu voir ou lire. Je ne regrette en rien la visite d’Hiroshima, je pense que c’est à faire un fois dans sa vie, mais après celle-ci j’ai souhaité prendre quelques distances : je n’arrivais plus à lire ce roman. Je l’ai donc mis de côté et repris quelques semaines plus tard. J’ai au total mis près de deux mois pour lire ce roman, moi qui lit en général rapidement.

Je pense que ce roman est un roman de qualité sur le sujet, puisqu’à la fois il nous parle des conséquences directes de ces bombes atomiques, des atrocités qu’elle a faites à ces villes et ces habitants (les explosions en elles-mêmes, les incendies… entre 110 000 et 250 000 victimes directes selon les sources), mais il nous parle aussi de l’après. Des maladies causées par les bombes atomiques, mais également le rejet de ces personnes malades, comme on peut le voir avec le personnage de Yasuko. On suit donc ce qui s’est passé de quelques heures avant les bombes, jusqu’à des années après que celles-ci aient détruit une partie du Japon, en passant par l’incompréhension totale des habitants d’Hiroshima et ses alentours, ne savant pas les spécificités de cette arme nouvelle.

En bref, il s’agit d’un roman fort qui ne pourra pas vous laisser indifférent. J’ai pour ma part eu beaucoup de mal à le lire, d’où ma note moyenne, mais il s’agit pourtant d’un roman que je ne regrette pas d’avoir lu et que je conseille à tous ceux qui n’ont pas peur de se lancer dans une lecture qui les marquera.

Ma note :
6
%d blogueurs aiment cette page :