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Archives de Tag: mont fuji

Le troisième sumo de Marie Havard

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Je vais aujourd’hui vous parler d’une jolie nouvelle d’une auteure française : préparez-vous à rencontrer Le troisième sumo de Marie Havard.

Edition lue :
Auto-édition
Publié le : 1er avril 2017
Nombre de pages : 52
Prix : 0,99€ en numérique / 3,50€ en format papier

 Dans cette nouvelle, on suit Hataro, qui a toujours été fasciné par les sumos. Il rencontra un premier sumo à l’âge de 6 ans et lui posera beaucoup de questions, très intrigué. Il ira le voir combattre et va souhaiter devenir comme ces « demi-dieux ». Malheureusement, il se rendra compte que tout le monde ne peut pas devenir sumo et va donc reprendre l’entreprise de son père qui fabrique des fundoshi, les sous-vêtements traditionnels japonais. Et c’est lors d’un voyage d’affaires qu’il va rencontrer un deuxième sumo dans une situation pour le moins cocasse. Celui-ci va changer sa vie, mais ne sera pas le dernier qu’il va rencontrer… d’où le nom de la nouvelle.

« Hataro avait donc déjà eu la chance de croiser deux sumos dans sa vie. C’était très peu finalement, mais assez exceptionnel à chaque fois pour en faire un moment clé de son existence. Il savait qu’il était destiné à en voir un troisième. Alors il pourrait dire qu’il avait bien vécu. »

J’ai passé un excellent moment de lecture avec cette nouvelle. Elle est très bien écrite et elle contient de nombreux passages intéressants. Cet attrait pour les sumos est prenant, on en apprend un peu plus sur eux, mais aussi sur les fundoshi et sur l’ascension du Mont Fuji, qui est certainement mon passage préféré. La fin est également inattendue et a une forte symbolique qui sublime le tout. On prend vraiment plaisir à être pris dans cette atmosphère nippone remplie de beauté, de joie et de bonne humeur.

« Une légende disait que ceux qui avaient quitté ce monde gravissaient des montagnes afin de devenir des dieux au sommet, et de pouvoir sous cette forme, protéger le reste de leur famille. Ainsi, le Fuji, la plus haute cime du Japon, était la plus vénérable des demeures des dieux. »

Une nouvelle sur l’univers des sumotoris et la fascination qu’ils exercent sur un homme durant toute sa vie. Un réel plaisir de lecture !

Ma note :

Les huit chiens des Satomi de Fûtarô Yamada

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Aujourd’hui, je vais vous présenter un double roman à la fois épique et littéraire : Les huit chiens des Satomi de Futaro Yamada, qui vous fera entrer dans une aventure folle de laquelle vous pourrez difficilement décrocher !

huit-chiens-de-satomi-futaro-yamada
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2016
Édition originale en japonais : 1983
Nombre de pages : 754
Prix : 13,00€

Un peu de contexte tout d’abord ! Kyokutei Bakin est un écrivain très prolifique des XVIIIème et XIXème siècles. Il a notamment écrit l’Histoire des huit chiens du Satomi de Nansou (Nansou Satomi Hakkenden, 南総里見八犬伝), une œuvre  impressionnante en 106 volumes, écrite pendant 28 ans, de 1814 à 1842. Et bien, dans le roman que je vous présente aujourd’hui, Fûtarô Yamada nous raconte cette célèbre histoire (en version résumée bien entendu, mais qui fait tout de même près de 800 pages), avec en parallèle, un chapitre sur deux, l’histoire de son écriture par Bakin. Un pari littéraire osé – et réussi !

« La tête tomba de la gueule de chien, roula sur le plancher puis s’immobilisa, la face tournée précisément vers les occupants de la pièce. »

 Nous avons donc d’un côté l’histoire de ces huit chiens : au début du roman, en 1458, le clan Satomi est prêt à se donner la mort pour éviter d’être assiégé. Le Seigneur du clan va offrir la main de sa fille à celui qui lui ramènera la tête de son ennemi. Désespéré, il proposera même cela à Yatsufusa (littéralement « Huit pétales »), son énorme chien qui tuera son ennemi et lui ramènera sa tête (cf. citation). Tout commence là. La fille du Seigneur, Fusehime, va se rendre compte qu’après cela Yatsufusa devient boudeur et malheureux : il avait pris les paroles du Seigneur au sérieux, et Fusehime se dit donc qu’elle se devait d’épouser ce chien pour ne pas salir la parole de son père. Après la « communion de leurs âmes » (par l’action du Saint-Esprit pourrions-nous dire), Fusehime se retrouve enceinte de son chien et elle va accoucher de 8 chiens avant de se donner la mort par éventrement. Ce seront en fait des guerriers chiens à l’apparence humaine.

« Méchant vaurien, tu as donc envie de tâter toi aussi de mon sabre ? »

Onze ans plus tard, on retrouve Shino, qui va s’avérer être le premier guerrier chien, fils de Fusehime, qui s’en rendra compte lorsqu’il apercevra une marque de pivoine sur son bras et qu’il possèdera un grain de chapelet, deux signes communs à tous ces guerriers. À partir de là, une folle aventure va se dérouler : entre tentatives de meurtres, suicides, mariages forcés, histoires de vengeances, Shino va découvrir qu’il n’est pas le seul à avoir cette marque de pivoine et ce grain de chapelet. Il va ainsi rencontrer les sept autres chiens, avec son mystérieux sabre Murasame (qu’il va lui être dérobé pendant un temps), et le plus souvent grâce à de fortes coïncidences. Son ami d’enfance va en être un, tout comme le frère de la fille qu’aime Shino ou encore un homme ayant pour mission de tuer Shino lors de sa visite chez le Shogun. Et même un petit garçon de quatre ans va s’avérer être un guerrier chien. Au fur et à mesure de sa fuite et de son périple, Shino va former son équipe avec ses nouveaux frères (qui vont se perdre et se retrouver), en ayant rapidement conscience qu’ils ont une grande mission à accomplir.

« Se mettre à imaginer un récit comme celui que vous venez de me soumettre, avec une accorte jouvencelle enceinte des œuvres d’un chien ! Je vous avouerai que, pour moi, c’est un tissu d’affabulations plus extravagantes les unes que les autres et qui font fi de la réalité historique. »

Et en parallèle de cela, un chapitre sur deux, nous suivons donc une autre aventure extraordinaire : celle de l’écriture de cette histoire des Huit chiens des Satomi. En effet, Bakin va raconter son histoire bout par bout, au même rythme que nous, lecteurs, la lisons, à Hokusai le peintre d’ukiyo-e le plus célèbre (auteur notamment de La Grande Vague de Kanagawa). Bakin souhaite durant tout le long du roman qu’Hokusai lui dessine des scènes marquantes de ses Huit chiens, mais, bien qu’Hokusai réalisera quelques esquisses après l’écoute de l’histoire, il les jettera tout de suite après et dit à Bakin qu’il ne souhaitait plus travailler avec lui de cette façon, en raison des trop fortes exigences de Bakin. Le beau-fils d’Hokusai, Shigenobu Yanagawa, va illustrer le roman de Bakin sous forte recommandation d’Hokusai, Bakin et Hokusai sachant pertinemment que son talent est bien plus faible que celui d’Hokusai.

« L’idée m’est venue de représenter le mont Fuji sous toutes ses coutures. Pour ça, j’aurai besoin de parcourir tous les pays d’où on l’aperçoit. Et les pays de ce genre, il y en a facilement cinq ou six… Car on le voit aussi depuis l’océan. »
– Hokusai, évoquant ses futures Trente-six vues du Mont Fuji

J’ai apprécié plusieurs choses dans ce roman. Tout d’abord, je l’ai aimé pour son côté épique. Il est vrai qu’en prenant le livre si imposant entre mes mains et en commençant la lecture, j’ai eu peur. Peur de rester sur le côté. Mais en réalité, j’ai été aspiré dans cette histoire et j’ai totalement accroché. On ne s’ennuie pas une seconde, ça bouge dans tous les sens. C’est peut-être un peu difficile au départ avec tous les noms différents qu’on peut avoir du mal à retenir, mais on passe vite au-dessus, et c’est que du plaisir ! Un roman épique et surprenant, il se passe des milliards de choses – et on est pris dedans, à se demander comment va être rencontré le guerrier-chien suivant et quelle mission doivent-ils accomplir ensemble. On suit aussi l’histoire de ce puissant et mystérieux sabre, et on a parfois une touche de surnaturel avec des fantômes qui reviennent dans le monde des humains pour s’unir à leur bien-aimée… Bref, c’est une histoire simplement folle et addictive.

Une autre chose qui m’a fait apprécier ce roman est bien entendu le récit de la création de cette œuvre, entretenu par les échanges de Bakin et d’Hokusai. On en apprend également beaucoup sur Bakin, sa vie, son enfance ou ses relations avec sa famille, ainsi que sur Hokusai (qui est d’ailleurs un personnage qui me fascine !) et sa façon de vivre. Cela permet à la fois de reprendre son souffle de l’action du chapitre précédent, mais également d’avoir l’avis d’Hokusai sur ce que l’on vient de lire. Il fait parfois des remarques que l’on peut se faire nous aussi en tant que lecteur en 2016, et c’est amusant. C’est aussi très intéressant et plaisant de voir Hokusai et Bakin prendre de l’âge au fur et à mesure des chapitres, cela permet de se rendre compte du temps (28 ans !) qu’a pris Bakin pour écrire son roman. S’il fallait noter un point noir, ce serait peut-être la manière dont la fin est racontée. En effet, l’auteur ne rentre plus dans les détails de l’histoire. Mais c’est à nuancer, puisqu’on a tout de même les éléments finaux de l’histoire, et on se concentre aussi sur la manière dont Bakin a terminé d’écrire son épopée, à savoir aveugle en la dictant à sa belle-fille.

C’est en bref un moment de lecture épique et intéressant que l’auteur nous propose ici, en retranscrivant la célèbre histoire des Huit chiens des Satomi ainsi que l’histoire de sa création et de son écriture. Un très bon moment grâce à un excellent roman qu’il est difficile de lâcher.

Ma note :
8

 

 

Une nuit au mont Fuji d’Aurélie Conti

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Je vous propose aujourd’hui un roman qui vous fera voyager au Japon à coup sûr : il s’agit d’Une nuit au mont Fuji, le premier roman d’Aurélie Conti, écrit à la suite de son voyage au Pays du Soleil Levant en 2013. Votre valise est prête ? On décolle !

une-nuit-au-mont-fuji-aurelie-contiÉdition lue :
Version numérique : cliquez ici pour lire un extrait et l’acheter
Publié le : 27 décembre 2015
Nombre de pages : 91
Prix : 2,99€

« Le Mont Fuji, une montagne magique, écrêtée d’un coup de sabre par un samouraï en colère. »

Nous suivons une jeune femme, trentenaire, qui se décide à partir au Japon après en avoir rêvé pendant des années. Seule ? Oui, seule, pour pouvoir profiter pleinement de son voyage et à son propre rythme. Celle-ci va dès le départ se rendre compte de l’hospitalité et du sens du service des Japonais, toujours prêts à aider les touristes égarés, quitte à se mettre en retard. Après être arrivée à son hôtel, on suit notre narratrice dans Akihabara, qui va s’émerveiller dans ce quartier technologique, et qui va surtout flâner dans les rayons de ces grands magasins de l’électronique qui peuvent nous faire perdre la tête lorsque l’on y entre pour la première fois… Cinq jours de découverte de Tokyo et de ses alentours, comme Kamakura où se trouve un Bouddha géant et où elle sera accompagné par un mystérieux Japonais, avant de partir là où le titre nous emmène : au Mont Fuji, pour une ascension difficile, durant laquelle la narratrice connaîtra le doute, le regret, l’envie d’abandonner – mais qui éprouvera une grande fierté lorsqu’elle sera au sommet et pourra admirer ce que le Japon a de plus beau à lui offrir.

« La beauté lave de tout. Cet or naissant qui éclaire le monde efface bêtise, laideur et violence. En haut du mont Fuji brille l’espérance, plus forte que tout. »

 

Pour se ressourcer après cette épreuve, elle découvrira à Hakone les onsens, ces bains chauds japonais où aucun vêtement n’est autorisé, puis Kyoto et ses temples, Nara, avant d’être happée par le tourbillon d’Osaka. Tout en évoquant Yukio Mishima à quelques reprises, pour mon plus grand plaisir.

Le tout est décrit de façon très juste et belle, une écriture de qualité qui nous permet de nous évader très facilement dans une douce mélodie. Il y a de plus des éléments qu’ont connu tous ceux qui sont déjà partis au Japon, des situations qu’ils ont forcément dû vivre, tout comme moi, qui fait sourire et nous fait en même temps voguer nostalgiquement dans nos souvenirs. Comme je me souviens si bien du zoo d’Ueno et de ses pandas qui étaient l’attraction principale mais qui nous tournaient le dos, des daims nous suivant de près pour croquer tout papier qu’on laisserait dépasser d’une poche ou d’un sac, de l’étourdissement en sortant du onsen bien plus chaud que mon corps ne pouvait le supporter, ou encore des distributeurs ne permettant pas de retirer d’argent malgré notre carte de crédit censée être internationale !

Il s’agit, en résumé, d’un très beau récit de voyage que je conseillerai à tout le monde. À ceux qui sont déjà partis au Japon – cela leur permettra de repenser à leur séjour et à reconnaître des paysages et des situations. Mais aussi à ceux qui ne sont pas encore partis – grâce à l’écriture raffinée et les justes précisions, ce roman vous permettra vous aussi de découvrir cet étonnant pays qu’est le Japon et de vous balader dans les rues de Tokyo, Kyoto ou Osaka, ou de gravir le Mont Fuji pour les plus aventureux d’entre vous !

Ma note :
8

La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu

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Je vais vous parler d’un roman très dur : il s’agit de La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu. Il s’agit d’un roman vraiment bouleversant et plutôt effrayant, qui, comme son nom l’indique, raconte les derniers instants du Japon avant sa submersion totale. A noter que le livre date de 1973 et qu’il est donc bien antérieur aux événements du 11 mars 2011 qui ont causé la mort de nombreux de Japonais. Un point essentiel, puisque l’on a parfois l’impression que les vagues dévastatrices et les séismes qu’il décrit sont basées sur celles de l’an dernier. Et bien non, il a décrit tout cela presque 40 ans avant que cela n’arrive, espérons tout de même que la ressemblance entre cette fiction et la réalité s’arrête là.

La Submersion du Japon par Sakyo Komatsu

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2000 (édition originale en japonais : 1973)
Nombre de pages : 253
Prix : 8,10€

Ce roman est réellement intéressant puisqu’il ne se contente pas de décrire une catastrophe aussi importante. En effet, la submersion totale du Japon n’a lieu que pendant les 20 dernières pages du roman. On peut lire ici tout ce qui se passe avant cette terrible submersion, notamment d’un point de vue politique. On y lit les premières découvertes, le temps qu’il reste au Japon avant de ne plus être, et aussi le dilemme auquel est confronté le Premier Ministre et son équipe : à quel moment doit-on prévenir la population si les dires de ce scientifique s’avèrent être exacts ?

On a envie de répondre « MAINTENANT », mais le roman nous montre bien la panique que cela entraînerait d’annoncer cela sans avoir réfléchi à la façon dont on pourrait sauver des Japonais, et cela sauverait moins de Japonais. On assiste à différents points de vue, dont un particulièrement japonais et très fort : « Si le Japon disparaît, je disparaîtrais avec ». Le Japon ne semble former qu’un avec ses habitants. Pourtant, le Premier Ministre va lancer un programme pour développer ces recherches et va tenter de négocier avec des dirigeants d’autres pays pour qu’ils accueillent des Japonais. La réticence de certains est terrible : Amener trop de Japonais effacerait notre propre identité. Combien sont-ils capables d’en accepter sans que cela nuise à leur pays ? Est aussi soulevé dans ce livre l’avenir des Japonais qui auront été envoyés dans d’autres pays : discrimination et sentiment de n’être nulle part chez soi.

Entre tout ça sont aussi décrits avec une précision alarmante les îles englouties, les séismes (Kyoto et surtout Tokyo, décrit de façon vraiment effrayante), les tsunamis, jusqu’à l’éruption finale du Mont Fuji, qui marque la fin du Japon. Un passage est particulièrement troublant, surtout après le séisme de magnitude 9.0 de l’année dernière : l’auteur écrit « Même le séisme le plus violent ne peut dépasser théoriquement la magnitude 8,6 « , avant d’ajouter « Peut-être n’avons-nous jamais subi de séisme plus fort que ceux de magnitude 8,6 jusqu’à aujourd’hui. Mais, dans l’avenir, quelque chose qui ne s’est jamais produit une seule fois dans le passé pourrait très bien arriver. » On ne peut ici s’empêcher de penser à ce qu’il s’est passé l’année dernière et espérer que tout n’aille pas aussi loin que ce qui est décrit dans ce terrible livre.

Le Mont Fuji au bord de l’éruption dans le film Sinking of Japan

Pour ceux que ça intéresse, un film tiré du livre est sorti en 2006 (et un plus vieux en 1973) sous le nom « Sinking of Japan ». Je l’ai vu, il y a quelques différences par rapport au livre, mais le film est, malgré les images qui sont plus violentes que des phrases, moins fataliste, donc n’hésitez pas à le regarder si vous n’osez pas vous lancer dans le roman !

Ma note :
9

 

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