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Archives de Tag: mort

Une poignée de sable de Takuboku

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Parlons poésie aujourd’hui avec un poète japonais très particulier que j’ai été ravi de découvrir : voici Une poignée de sable de Takuboku Ishikawa, connu sous son simple prénom Takuboku.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 2 juin 2016
Traduction : Yves-Marie Allioux
Publié au Japon en : 1910
Nombre de pages : 192
Prix : 20,00€

Une poignée de sable est un recueil de 551 tankas, des poèmes courts traditionnels, japonais, d’un auteur décédé très jeune mais qui a pourtant marqué l’histoire de la poésie. Ce recueil est divisé en plusieurs parties, et dans la première, on comprend clairement pourquoi il était aussi surnommé le « poète de la tristesse ». Il s’apitoie en effet sur son sort après son exil à Hokkaido par exemple. Dans les autres  parties, il nous parle aussi de là où il a grandi, avec une forte nostalgie qui ressort, mais également de la mort prématurée de son fils de 24 jours dans des tankas déchirants.

« Avec l’audace qu’il faut pour sauter d’une hauteur
Cette vie
n’y aurait-il pas un moyen de l’achever en beauté ? »

J’ai été grandement surpris par le début du recueil. J’ai rarement lu des poèmes aussi noirs, ça change des beaux poèmes comme on a l’habitude d’en lire. Il n’hésite pas à parler de la mort, à exprimer des pensées que l’on pourrait qualifier de suicidaires, et ça laisse une forte impression. Et puis, dans la suite, il y a des poèmes très agréables à lire, qui m’ont vraiment fait apprécier cette lecture. Notamment la partie sur son quotidien à Tokyo qui regroupe vraiment tout ce que j’aime dans la poésie japonaise.

« Au loin on entend le son d’une flûte
Est-ce parce que j’ai la tête baissée ?
Des larmes se mettent à couler… »

Et bien sûr, il faut noter la qualité de la traduction et des notes. J’ai rarement vu des notes d’une telle qualité, avec des explications, du contexte, tout au long du recueil qui permettent d’apprécier encore plus ces poèmes. Il y a près de 90 notes ! En plus de la postface qui nous explique en quoi ce poète était doué et tous les styles qu’il a pu traverser avec succès durant sa courte carrière.

« Comme un cerf-volant au fil cassé
l’âme de mes jeunes années légère
s’en est allée emportée par le vent »

Un recueil de tankas surprenants, qui navigue entre plusieurs registres, celui de la tristesse, celui de la nostalgie, celui de l’amour, toujours avec un style et une beauté comme j’en ai rarement lus dans la poésie japonaise.

Ma note :
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L’arc-en-ciel blanc d’Akira Yoshimura

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J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une nouvelle d’Akira Yoshimura que j’avais beaucoup aimée sur le blog, voici désormais le recueil dans lequel elle a ensuite été publiée en France : L’arc-en-ciel blanc.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mars 2012
Traduction : Martin Vergne
Publié au Japon entre : 1953-1964
Nombre de pages : 192
Prix : 17,30€

Quatre nouvelles composent ce recueil, dans lequel Akira Yoshimura explore un milieu social le plus souvent défavorisé. On rencontre tout d’abord un jeune couple dont la femme ne semblait visiblement pas prête à se marier dans la nouvelle éponyme, puis on retrouve le fameux été en vêtements de deuil dont je vous ai déjà parlé sur le blog, ainsi qu’un jeune garçon qui assiste aux funérailles autour de lui, et d’un frère et d’une soeur qui décident de voler un cheval et de partir ensemble.

« Ayako était bien trop jeune pour devenir une épouse. Le fardeau bien trop lourd à porter. »

Et ce sont ces deux dernières nouvelles que j’ai envie de vous présenter, puisque j’ai pris un grand plaisir à les lire. Tout d’abord, Etoiles et funérailles, qui, dès le début m’a séduit. Dans la première scène, on découvre Jirô, un garçon de 16 ans déficient mentalement, qui suit un cortège funèbre. La scène, un cortège funèbre sous une forte pluie, et ce jeune garçon les suivant au loin, est très belle. Jirô assiste donc aux funérailles qui se déroulent autour de lui et s’assure que le rituel est respecté. On va même jusqu’à lui donner une petite enveloppe pour sa bienveillance, et il va vouloir aider une jeune fille déjà mère, qui vit avec son père qui la frappe. Une nouvelle forte, le lien qui tente de se créer entre eux, avec les funérailles omniprésentes, qui mènent à une fin puissante.

« Il faudrait vraiment avoir un papa ici. Toute seule, maman n’y arrive pas. »

Et la dernière nouvelle, Le mur de briques, m’a également beaucoup plu. Hisae et Kiyota, un frère et une soeur partent voler un cheval pour l’emmener quelque part. On comprend vite qu’ils vivent eux aussi dans des conditions de vie difficiles et que le cheval qu’ils emmènent est lié à leur nouveau beau-père, un scientifique qui fait des expériences sur des animaux… Le thème est fort, il y a des scènes dures à lire, mais le lien fraternel des deux personnages principaux est vraiment beau, ensemble pour défendre ce à quoi ils croient malgré leur faible niveau de vie.

« Hisae, qui sentait la paume de son frère lui serrer fortement la main, eut l’impression d’avoir mauvaise conscience. Emmener un cheval sans autorisation, n’était-ce pas la même chose que du vol ? »

Un très bon recueil de nouvelles qui explorent plusieurs thèmes, tous avec une symbolique forte, avec talent, et qui m’a donné envie de me plonger dans d’autres textes d’Akira Yoshimura.

Ma note :

L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô

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Place aujourd’hui à un roman intrigant d’un auteur pas encore présenté sur le blog : voici L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 20 mars 2014
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 608
Prix : 28,00€

Dans ce roman on suit le mystérieux pèlerinage du personnage principal, Shizuto. Ce pèlerinage est plutôt spécial puisqu’il marche à travers tout le Japon afin de « pleurer les morts ». Il est ainsi à l’affût de tous les faits divers qui lui permettront d’identifier des victimes et de se rendre sur les lieux du drame afin de leur rendre hommage. Il exécute alors sur place le même rituel semblable à une prière en se remémorant qui ils ont aimé, de qui ils étaient aimés et de quoi peut-on leur être reconnaissants. Il n’est pas là pour le repos de leurs âmes mais uniquement pour graver leurs souvenirs, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

« Moi je veux me souvenir de la personne décédée comme d’une existence unique, qui ne peut être échangée avec aucune autre. »

Le roman alterne les différents points de vue narratifs puisqu’on suit le pèlerinage de Shizuto à travers trois personnages. Il y a d’abord Junko, l’attachante mère malade attendant désespérément le retour de son fils; Makino, un journaliste désabusé en quête de sensationnalisme pour ses articles et enfin, Yukiyo, une femme cherchant la rédemption suite à un crime

« Tu devrais lui parler avant qu’il ne soit réduit en cendres (…) on dit que l’ouïe est le dernier sens qui subsiste… même quand on est mort, il reste ce que l’on appelle l’oreille de l’âme… »

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a été le lauréat du prix Naoki en 2008, un des prix le plus convoité au Japon avec le prix Akutagawa. La narration est fluide et on prend plaisir à suivre les différents personnages. Le thème de la mort est un sujet de prédilection pour les auteurs japonais et cette œuvre ne fait pas exception. La disparition des êtres est au cœur de l’histoire mais sans jamais devenir trop pesante. Le roman aborde aussi le sujet du regret, de l’impuissance face à la perte de l’autre mais aussi de l’amour et des liens qui unissent les personnes entres elles. Il en découle au final une belle philosophie et ce roman nous fait nous interroger sur les traces que nous laisserons derrière nous quand nous partirons.

« Comment je vais faire … ? avait répondu Shizuto en sanglotant. Comment je vais faire pour me souvenir toujours de lui ? »

Ma note :

Un article écrit par Mélissa, la meilleure.

Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa

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Ce n’est pas quelque chose de nouveau, j’adore les nouvelles, et encore plus quand elles ont été écrites par des écrivains de renom. Je vous présente aujourd’hui trois nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa regroupées dans un recueil intitulé Une vague inquiétude.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : février 2005
Traduction : Silvain Chupin
Publié au Japon en : 1914, 1919 & 1922
Nombre de pages : 84

On retrouve donc trois nouvelles de cet écrivain écorché vif. La première nouvelle s’intitule Le Masque et nous présente un homme ivre qui danse sur le pont d’un bateau en portant un masque hyottoko (un personnage comique). On revient sur la vie de cet homme qui aura dansé jusqu’à la fin. Dans la deuxième nouvelle, Un doute, un homme va raconter sa triste histoire à une homme qu’il prit d’abord pour un spectre : sa femme prise sous une poutre suite à un séisme, le feu arrivant, il frappe sa femme avec une tuile pour lui épargner de mourir brûlée vive. Et dans la dernière nouvelle, Le wagonnet, on suit un garçon qui va aider à pousser des wagonnets (celle-ci ne m’a laissé absolument aucun souvenir, donc il faudra vous contenter de cela !).

 

« D’entendre si soudainement une histoire comme celle-là, je fus moi-même saisi d’un frisson à la poitrine, comme si le froid de cette vaste pièce pénétrait jusque dans mon col. »

 

Hormis la dernière nouvelle que je n’ai pas très bien comprise, j’ai beaucoup apprécié ce recueil. Et plus particulièrement la deuxième nouvelle, qui est la réflexion d’un homme qui a commis le pire en pensant bien faire, mais qui se met à douter de ses réelles intentions. On plonge dans la psychologie d’un homme tourmenté, et c’est justement ce que j’aime chez Akutagawa, et c’est ce qui fait de cette nouvelle un texte vraiment réussi à mon sens. A noter que le recueil s’intitule selon le mot laissé par Akutagawa juste avant de se suicider, Vague inquiétude (Bonyari Toshita Fuan, ぼんやりとした不安).

 

Un recueil de nouvelles d’un grand auteur qui nous montre son talent sous différentes formes, en essayant de comprendre l’homme et ses actions qui peuvent parfois sembler contradictoires.

 

Ma note :

Le Musée du silence de Yôko Ogawa

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Ah ! Cela faisait bien trop longtemps que je ne vous avais pas parlé de Yôko Ogawa ! Je répare cela aujourd’hui en vous présentant un autre très bon roman de cette formidable auteure, Le Musée du silence. Que la visite guidée commence !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Avril 2005
Grand format : Août 2003
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : Septembre 2000
Nombre de pages : 320
Prix : 8,70€

Notre narrateur est un expert en musée qui se rend chez  sa nouvelle cliente, une femme très âgée qui vit avec sa fille adoptive. Cette vieille femme l’a choisi pour concevoir un musée très particulier sur sa propriété, puisqu’il contiendra uniquement des objets qu’elle a stockés depuis des années, des objets volés peu de temps après le décès de leur propriétaire. Grâce à l’aide du jardinier et de sa femme qui habitent sur la propriété, mais aussi de la vieille femme et de sa fille, le narrateur va tenter de créer ce musée du silence pour lequel il devra, à son tour, récolter des objets à chaque fois qu’une personne décède au village.

« Ce que je vise, c’est un musée qui transcende l’existence humaine. »

Dès les premières lignes, j’ai été très heureux de retrouver Yôko Ogawa. Son style, admirablement retranscrit par la traductrice, est vraiment unique, et elle arrive à nous plonger dans des atmosphères dont elle seule détient le secret. En plus de l’intrigue principale du musée, d’autres événements vont se produire qui vont rendre le roman riche : un meurtrier s’en prend à des jeunes femmes, le frère du narrateur qui va devenir père, le monastère près de la propriété où les prédicateurs ont fait voeux de silence… autant d’éléments qui vont, et on le sent, à un moment ou à un autre, tomber sur notre narrateur comme une épée de Damoclès.
 

 « Oui, presque tous les objets qui se trouvent ici ont été subtilisés. Ce sont des objets volés, voyez-vous. »



Et une scène m’a beaucoup marqué, puisqu’elle entre en résonance avec la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est dans la première moitié du roman, alors que le narrateur et la jeune fille se promènent devant les boutiques du village, une bombe va exploser. Un attentat décrit de façon terriblement réaliste, de l’incompréhension initiale jusqu’à ce que le narrateur comprenne petit à petit ce qu’il s’est passé et la blessure de la jeune fille. Un passage marquant et particulièrement dur, qui nous montre une fois encore tout le talent de cette auteur.

« Un après midi, il neigea. C’était la première neige que je voyais depuis mon arrivée au village. Entraînée par le vent, fondant dès qu’elle touchait le sol, elle n’allait sans doute pas tenir, mais c’était néanmoins de la neige. »



Un roman où Yôko Ogawa parvient une fois de plus à nous entraîner dans son univers si particulier. J’ai ressenti beaucoup de choses à la lecture, des émotions qui restent et des sensations qui m’ont rappelé celles éprouvées à la lecture d’autres de ses textes. Décidémment, une auteure qui ne déçoit jamais.
Ma note :

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui une courte nouvelle d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog mais qui a pourtant quelques titres parus en France. Voici Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Juin 2010
Publié au Japon en : 1958
Nombre de pages : 52
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle offerte en 2010 pour deux livres de la collection Babel achetés, inédite à sa sortie mais depuis parue dans le recueil « L’arc-en-ciel blanc », il ne faut pas se fier à la mignonne couverture (spoiler alert : un poussin est maltraité au début de l’histoire). En effet, on découvre dans cette histoire Kiyoshi, un petit garçon qui vit chez sa grand-mère, alitée, depuis que la mère de Kiyoshi s’est suicidée. Ce garçon va jouer avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui habite aussi dans cette grande propriété. La famille de cette Tokiko, et surtout son père, ont hâte que la grand-mère décède pour pouvoir récupérer la propriété et le terrain. Dans ce contexte estival, on découvre en même temps que Kiyoshi la dureté des hommes ainsi qu’un événement marquant dont il va être témoin, une nuit…

« Kiyoshi s’amusait à toucher du bout des doigts le corps du poussin pour en goûter la sensation. Il en éprouvait de la satisfaction comme s’il avait un objet précieux entre les mains. »

En voilà une nouvelle bien mystérieuse ! Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’en dégage. Le titre en dit long, mais en même temps, il ne dévoile pas l’intensité, ni la signification de ce qu’il va se passer dans cette maison. L’élément final est à la fois surprenant, compréhensible, et fort. Il est, de plus, vu par des yeux d’enfant, un enfant qui ne comprend pas toute la complexité du monde et qui, donc, ne juge pas et constate simplement.

Une nouvelle qui m’a donné très envie de découvrir plus de textes d’Akira Yoshimura, parce que, mine de rien, elle m’a beaucoup marqué. N’hésitez pas à la lire (elle est trouvable d’occasion dans cette édition ou dans le recueil mentionné plus haut) pour découvrir un petit bout de l’univers de ce grand auteur.

Ma note :
8

 

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

Publié le

Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

Le vent se lève de Tatsuo Hori

Publié le

Ce samedi, je vais vous parler d’un roman de Tatsuo Hori dont le titre vous dira peut-être quelque chose : Le vent se lève. C’est en effet également le titre d’un film d’animation d’Hayao Miyazaki, même si l’histoire est différente, Miyazaki s’étant principalement inspiré du roman pour l’histoire d’amour entre les deux personnages. Découvrons donc ce beau roman !

le-vent-se-leve-tatsuo-horiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (L’Arpenteur)
Publié en : Mai 1993
Publié au Japon en : 1938
Nombre de pages : 128
Prix : 11,90€

Ce roman nous présente un jeune couple qui vient de se fiancer. Au départ, ils sont à la montagne et semblent heureux, Setsuko peint, son fiancé la regarde. Mais on va découvrir que Setsuko est malade : elle a la tuberculose. Ils vont décider d’aller passer quelques temps dans un établissement spécialisé, un sanatorium, pour qu’elle puisse se reposer au grand air et guérir. Son fiancé l’accompagnera et les saisons défileront, dans un incroyable bonheur, en attendant la guérison de la jeune fille.

« Je fixais intensément ces lointaines arêtes montagneuses jusqu’à en retenir les moindres détails, et cependant affleurait à ma conscience la certitude que je venais seulement de percer le secret, jusqu’à présent enfoui au fond de mon être, de ce que la nature m’avait par avance réservé. »

Le titre de ce roman est tiré d’une citation de Paul Valéry qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Et c’est aussi un beau résumé de ce roman. Je vais commencer par vous parler de l’écriture. Ce roman est comme une poésie. Les descriptions, les paysages, l’amour, on se laisse conduire par la magnifique plume de l’auteur, on est émerveillé devant la puissance de la nature, mais aussi devant la puissance de leur relation.

« Je ne sais pourquoi, soudain j’ai tellement envie de vivre… »

Le thème principal est donc l’amour. Un amour jeune, mais puissant, beau, et confronté à une épreuve difficile : la maladie. Mais, malgré cela, ils passent un séjour tout ce qu’il y a de plus heureux au milieu de la nature, ils sont en quelque sorte seuls au monde et profitent de ce bonheur. Mais voilà, la maladie ne guérit pas aussi vite que prévu, et, même s’ils ne veulent pas y penser, l’inquiétude va aussi prendre le dessus et dévoiler un autre aspect fort du roman.

« C’étaient des journées comme en avance sur la vie, pleines d’une exaltation, d’un bonheur poignant, plus intenses que ceux de la vie. »

Un magnifique roman sur une belle et poignante histoire d’amour qui ne peut pas vous laisser indifférent. Une ode à l’amour, à la nature, mais surtout, à la vie. Je ne peux que conclure sur ces mots. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Ma note :
8

 

 

La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue

Publié le

Je vais vous parler aujourd’hui d’un court recueil de trois nouvelles d’un grand auteur japonais XXème siècle : La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue. 

mort-amour-vagues-yasushi-inoueEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 3 février 1999
Publié au Japon en : 1950-1951
Nombre de pages : 114
Prix : 5,60€

Trois nouvelles sensiblement différentes mais qui se rejoignent sur certains points. Dans la première nouvelle éponyme, on rencontre Sugi qui a trouvé un hôtel qui surplombe la mer où il pourra mettre fin à ses jours. Il rencontrera une jeune femme qui est venue dans cet endroit avec le même but. Dans Le jardin de pierres, Uomi emmène sa nouvelle femme à Kyoto, ville où il a fait ses études et a beaucoup de souvenirs – notamment amoureux. Enfin, dans Anniversaire de mariage, Shunkichi se rappelle d’un voyage à Hakone qu’il avait fait avec sa femme aujourd’hui décédée.

« Le crépuscule tombait sur la mer calme ; un crépuscule d’été sur Kumano, comme si rien de particulier n’allait s’y passer. Pourtant une jeune femme allait sans doute cesser de vivre. Dans très peu de temps… »

Ces trois nouvelles semblent avoir un thème commun : l’amour. En réalité, il est parfois difficile de qualifier les relations qu’entretiennent ces personnages. Ma nouvelle préférée est clairement la première : elle est bien développée et j’ai vraiment eu envie de découvrir la suite et ce qu’allaient devenir ces deux personnages. Allaient-ils se suicider ? Ou leur vie allait-elle prendre une tournure différente ? Les deux autres nouvelles m’ont un peu laissé perplexe. La deuxième nouvelle est plutôt cruelle, sans raison particulière. Elle est, à mon sens, un peu abrupte et pas assez développée. Je pense un peu la même chose de la dernière nouvelle, qui nous présente un couple pingre à un point assez incroyable, et, même s’il s’agit d’un couple marié, il est presque impossible de déceler de l’amour entre eux.

« Au crépuscule, plus un seul bateau ne voguait sur le lac ; les eaux sombres, ridées de vaguelettes, semblaient glacées. Le soleil se coucha et le vent fraîchit. »

Un recueil de nouvelles pour le moins particulier, qui semble au départ nous montrer différentes histoires d’amour complexes, mais qui, finalement, nous décrit plutôt des couples qui ne semblent pas réellement s’aimer. À lire tout de même, ne serait-ce que pour la première nouvelle qui m’a beaucoup plu !

Ma note :
7

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