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Archives de Tag: mort

Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa

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Ce n’est pas quelque chose de nouveau, j’adore les nouvelles, et encore plus quand elles ont été écrites par des écrivains de renom. Je vous présente aujourd’hui trois nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa regroupées dans un recueil intitulé Une vague inquiétude.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : février 2005
Traduction : Silvain Chupin
Publié au Japon en : 1914, 1919 & 1922
Nombre de pages : 84

On retrouve donc trois nouvelles de cet écrivain écorché vif. La première nouvelle s’intitule Le Masque et nous présente un homme ivre qui danse sur le pont d’un bateau en portant un masque hyottoko (un personnage comique). On revient sur la vie de cet homme qui aura dansé jusqu’à la fin. Dans la deuxième nouvelle, Un doute, un homme va raconter sa triste histoire à une homme qu’il prit d’abord pour un spectre : sa femme prise sous une poutre suite à un séisme, le feu arrivant, il frappe sa femme avec une tuile pour lui épargner de mourir brûlée vive. Et dans la dernière nouvelle, Le wagonnet, on suit un garçon qui va aider à pousser des wagonnets (celle-ci ne m’a laissé absolument aucun souvenir, donc il faudra vous contenter de cela !).

 

« D’entendre si soudainement une histoire comme celle-là, je fus moi-même saisi d’un frisson à la poitrine, comme si le froid de cette vaste pièce pénétrait jusque dans mon col. »

 

Hormis la dernière nouvelle que je n’ai pas très bien comprise, j’ai beaucoup apprécié ce recueil. Et plus particulièrement la deuxième nouvelle, qui est la réflexion d’un homme qui a commis le pire en pensant bien faire, mais qui se met à douter de ses réelles intentions. On plonge dans la psychologie d’un homme tourmenté, et c’est justement ce que j’aime chez Akutagawa, et c’est ce qui fait de cette nouvelle un texte vraiment réussi à mon sens. A noter que le recueil s’intitule selon le mot laissé par Akutagawa juste avant de se suicider, Vague inquiétude (Bonyari Toshita Fuan, ぼんやりとした不安).

 

Un recueil de nouvelles d’un grand auteur qui nous montre son talent sous différentes formes, en essayant de comprendre l’homme et ses actions qui peuvent parfois sembler contradictoires.

 

Ma note :
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Le Musée du silence de Yôko Ogawa

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Ah ! Cela faisait bien trop longtemps que je ne vous avais pas parlé de Yôko Ogawa ! Je répare cela aujourd’hui en vous présentant un autre très bon roman de cette formidable auteure, Le Musée du silence. Que la visite guidée commence !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Avril 2005
Grand format : Août 2003
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : Septembre 2000
Nombre de pages : 320
Prix : 8,70€

Notre narrateur est un expert en musée qui se rend chez  sa nouvelle cliente, une femme très âgée qui vit avec sa fille adoptive. Cette vieille femme l’a choisi pour concevoir un musée très particulier sur sa propriété, puisqu’il contiendra uniquement des objets qu’elle a stockés depuis des années, des objets volés peu de temps après le décès de leur propriétaire. Grâce à l’aide du jardinier et de sa femme qui habitent sur la propriété, mais aussi de la vieille femme et de sa fille, le narrateur va tenter de créer ce musée du silence pour lequel il devra, à son tour, récolter des objets à chaque fois qu’une personne décède au village.

« Ce que je vise, c’est un musée qui transcende l’existence humaine. »

Dès les premières lignes, j’ai été très heureux de retrouver Yôko Ogawa. Son style, admirablement retranscrit par la traductrice, est vraiment unique, et elle arrive à nous plonger dans des atmosphères dont elle seule détient le secret. En plus de l’intrigue principale du musée, d’autres événements vont se produire qui vont rendre le roman riche : un meurtrier s’en prend à des jeunes femmes, le frère du narrateur qui va devenir père, le monastère près de la propriété où les prédicateurs ont fait voeux de silence… autant d’éléments qui vont, et on le sent, à un moment ou à un autre, tomber sur notre narrateur comme une épée de Damoclès.
 

 « Oui, presque tous les objets qui se trouvent ici ont été subtilisés. Ce sont des objets volés, voyez-vous. »



Et une scène m’a beaucoup marqué, puisqu’elle entre en résonance avec la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est dans la première moitié du roman, alors que le narrateur et la jeune fille se promènent devant les boutiques du village, une bombe va exploser. Un attentat décrit de façon terriblement réaliste, de l’incompréhension initiale jusqu’à ce que le narrateur comprenne petit à petit ce qu’il s’est passé et la blessure de la jeune fille. Un passage marquant et particulièrement dur, qui nous montre une fois encore tout le talent de cette auteur.

« Un après midi, il neigea. C’était la première neige que je voyais depuis mon arrivée au village. Entraînée par le vent, fondant dès qu’elle touchait le sol, elle n’allait sans doute pas tenir, mais c’était néanmoins de la neige. »



Un roman où Yôko Ogawa parvient une fois de plus à nous entraîner dans son univers si particulier. J’ai ressenti beaucoup de choses à la lecture, des émotions qui restent et des sensations qui m’ont rappelé celles éprouvées à la lecture d’autres de ses textes. Décidémment, une auteure qui ne déçoit jamais.
Ma note :

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura

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Je vous présente aujourd’hui une courte nouvelle d’un auteur dont je n’ai pas encore parlé sur le blog mais qui a pourtant quelques titres parus en France. Voici Un été en vêtements de deuil d’Akira Yoshimura.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Juin 2010
Publié au Japon en : 1958
Nombre de pages : 52
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle offerte en 2010 pour deux livres de la collection Babel achetés, inédite à sa sortie mais depuis parue dans le recueil « L’arc-en-ciel blanc », il ne faut pas se fier à la mignonne couverture (spoiler alert : un poussin est maltraité au début de l’histoire). En effet, on découvre dans cette histoire Kiyoshi, un petit garçon qui vit chez sa grand-mère, alitée, depuis que la mère de Kiyoshi s’est suicidée. Ce garçon va jouer avec Tokiko, la fille de la nièce de la grand-mère qui habite aussi dans cette grande propriété. La famille de cette Tokiko, et surtout son père, ont hâte que la grand-mère décède pour pouvoir récupérer la propriété et le terrain. Dans ce contexte estival, on découvre en même temps que Kiyoshi la dureté des hommes ainsi qu’un événement marquant dont il va être témoin, une nuit…

« Kiyoshi s’amusait à toucher du bout des doigts le corps du poussin pour en goûter la sensation. Il en éprouvait de la satisfaction comme s’il avait un objet précieux entre les mains. »

En voilà une nouvelle bien mystérieuse ! Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’en dégage. Le titre en dit long, mais en même temps, il ne dévoile pas l’intensité, ni la signification de ce qu’il va se passer dans cette maison. L’élément final est à la fois surprenant, compréhensible, et fort. Il est, de plus, vu par des yeux d’enfant, un enfant qui ne comprend pas toute la complexité du monde et qui, donc, ne juge pas et constate simplement.

Une nouvelle qui m’a donné très envie de découvrir plus de textes d’Akira Yoshimura, parce que, mine de rien, elle m’a beaucoup marqué. N’hésitez pas à la lire (elle est trouvable d’occasion dans cette édition ou dans le recueil mentionné plus haut) pour découvrir un petit bout de l’univers de ce grand auteur.

Ma note :
8

 

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

Le vent se lève de Tatsuo Hori

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Ce samedi, je vais vous parler d’un roman de Tatsuo Hori dont le titre vous dira peut-être quelque chose : Le vent se lève. C’est en effet également le titre d’un film d’animation d’Hayao Miyazaki, même si l’histoire est différente, Miyazaki s’étant principalement inspiré du roman pour l’histoire d’amour entre les deux personnages. Découvrons donc ce beau roman !

le-vent-se-leve-tatsuo-horiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (L’Arpenteur)
Publié en : Mai 1993
Publié au Japon en : 1938
Nombre de pages : 128
Prix : 11,90€

Ce roman nous présente un jeune couple qui vient de se fiancer. Au départ, ils sont à la montagne et semblent heureux, Setsuko peint, son fiancé la regarde. Mais on va découvrir que Setsuko est malade : elle a la tuberculose. Ils vont décider d’aller passer quelques temps dans un établissement spécialisé, un sanatorium, pour qu’elle puisse se reposer au grand air et guérir. Son fiancé l’accompagnera et les saisons défileront, dans un incroyable bonheur, en attendant la guérison de la jeune fille.

« Je fixais intensément ces lointaines arêtes montagneuses jusqu’à en retenir les moindres détails, et cependant affleurait à ma conscience la certitude que je venais seulement de percer le secret, jusqu’à présent enfoui au fond de mon être, de ce que la nature m’avait par avance réservé. »

Le titre de ce roman est tiré d’une citation de Paul Valéry qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » Et c’est aussi un beau résumé de ce roman. Je vais commencer par vous parler de l’écriture. Ce roman est comme une poésie. Les descriptions, les paysages, l’amour, on se laisse conduire par la magnifique plume de l’auteur, on est émerveillé devant la puissance de la nature, mais aussi devant la puissance de leur relation.

« Je ne sais pourquoi, soudain j’ai tellement envie de vivre… »

Le thème principal est donc l’amour. Un amour jeune, mais puissant, beau, et confronté à une épreuve difficile : la maladie. Mais, malgré cela, ils passent un séjour tout ce qu’il y a de plus heureux au milieu de la nature, ils sont en quelque sorte seuls au monde et profitent de ce bonheur. Mais voilà, la maladie ne guérit pas aussi vite que prévu, et, même s’ils ne veulent pas y penser, l’inquiétude va aussi prendre le dessus et dévoiler un autre aspect fort du roman.

« C’étaient des journées comme en avance sur la vie, pleines d’une exaltation, d’un bonheur poignant, plus intenses que ceux de la vie. »

Un magnifique roman sur une belle et poignante histoire d’amour qui ne peut pas vous laisser indifférent. Une ode à l’amour, à la nature, mais surtout, à la vie. Je ne peux que conclure sur ces mots. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Ma note :
8

 

 

La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue

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Je vais vous parler aujourd’hui d’un court recueil de trois nouvelles d’un grand auteur japonais XXème siècle : La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue. 

mort-amour-vagues-yasushi-inoueEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 3 février 1999
Publié au Japon en : 1950-1951
Nombre de pages : 114
Prix : 5,60€

Trois nouvelles sensiblement différentes mais qui se rejoignent sur certains points. Dans la première nouvelle éponyme, on rencontre Sugi qui a trouvé un hôtel qui surplombe la mer où il pourra mettre fin à ses jours. Il rencontrera une jeune femme qui est venue dans cet endroit avec le même but. Dans Le jardin de pierres, Uomi emmène sa nouvelle femme à Kyoto, ville où il a fait ses études et a beaucoup de souvenirs – notamment amoureux. Enfin, dans Anniversaire de mariage, Shunkichi se rappelle d’un voyage à Hakone qu’il avait fait avec sa femme aujourd’hui décédée.

« Le crépuscule tombait sur la mer calme ; un crépuscule d’été sur Kumano, comme si rien de particulier n’allait s’y passer. Pourtant une jeune femme allait sans doute cesser de vivre. Dans très peu de temps… »

Ces trois nouvelles semblent avoir un thème commun : l’amour. En réalité, il est parfois difficile de qualifier les relations qu’entretiennent ces personnages. Ma nouvelle préférée est clairement la première : elle est bien développée et j’ai vraiment eu envie de découvrir la suite et ce qu’allaient devenir ces deux personnages. Allaient-ils se suicider ? Ou leur vie allait-elle prendre une tournure différente ? Les deux autres nouvelles m’ont un peu laissé perplexe. La deuxième nouvelle est plutôt cruelle, sans raison particulière. Elle est, à mon sens, un peu abrupte et pas assez développée. Je pense un peu la même chose de la dernière nouvelle, qui nous présente un couple pingre à un point assez incroyable, et, même s’il s’agit d’un couple marié, il est presque impossible de déceler de l’amour entre eux.

« Au crépuscule, plus un seul bateau ne voguait sur le lac ; les eaux sombres, ridées de vaguelettes, semblaient glacées. Le soleil se coucha et le vent fraîchit. »

Un recueil de nouvelles pour le moins particulier, qui semble au départ nous montrer différentes histoires d’amour complexes, mais qui, finalement, nous décrit plutôt des couples qui ne semblent pas réellement s’aimer. À lire tout de même, ne serait-ce que pour la première nouvelle qui m’a beaucoup plu !

Ma note :
7

Le Bureau des Jardins et des Étangs de Didier Decoin

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Pour débuter cette année 2017, je vais vous présenter le nouveau roman de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977, qui se déroule dans un Japon ancien : voici le Bureau des Jardins et des Étangs.

le-bureau-des-jardins-et-des-etangs-didier-decoinEdition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 2 janvier 2017
Nombre de pages : 396
Prix : 20,50€

Ce roman, qui se déroule au Japon au milieu du XIIème siècle, peut se diviser en deux parties. Dans la première, Miyuki apprend la mort de son mari Katsuro, noyé. Il était un pêcheur de carpes réputé et en livrait régulièrement au Bureau des Jardins et des Étangs, pour peupler les étangs et les lacs des temples sacrés. Pour honorer la mémoire de son mari, elle va devoir aller livrer elle-même au Bureau les dernières carpes que son mari a pêchées, et va donc entreprendre seule ce voyage durant lequel elle rencontrera de nombreux obstacles. Une fois arrivée, la deuxième partie du roman débute, et Miyuki va se retrouver mêlée à un concours d’encens auquel participe également le jeune Empereur de l’époque.

« Elle sentit que la vie sans son mari allait être une suite de questions lancinantes auxquelles elle serait seule à tenter de répondre. »

Déjà, il faut noter que ce roman est particulièrement bien écrit et parfaitement documenté. L’auteur nous propose une immersion totale dans ce Japon du XIIème siècle, avec ses particularités, ses traditions, et ses personnages. On en apprend beaucoup sur ce Japon, notamment sur le rituel des 49 jours quand un proche décède, l’ohaguro, c’est-à-dire la coutume de se noircir les dents, le takimono awase, le concours d’encens auquel il est question dans la deuxième partie du roman ou encore le yobai, qui est le mariage par « intrusion nocturne ». Tant de choses que j’ignorais et qui apparaissent avec fluidité tout au long du texte.

« Les sommets émergeaient des torsades de valeur nées du contact de la rosée matinale avec le sol attiédi par le réseau souterrain des eaux chaudes qu’on entendait gargouiller sous la terre. »

Enfin, c’est également un puissant roman d’amour. Dit comme ça, c’est étrange, puisque Katsuro n’est plus de ce monde dès le début du roman, mais en réalité, il accompagne sa femme à chaque instant durant le périple de celle-ci. Elle se souvient en effet des descriptions de certains endroits que lui avait faites Katsuro, elle passe par des endroits où il était passé autrefois, elle semble encore connectée à son mari, même d’un point de vue charnel puisqu’elle fait des rêves érotiques dans lequel son mari est présent. La mort ne semble pas les avoir séparés, et dans ce roman des sens (l’odorat et le toucher principalement), leur relation est bel et bien au centre.

« Le regard de Katsuro fendait comme une lame la profondeur des eaux, il voyait à travers le limon, il pressentait ce qu’il y avait dessous les pierres, il les retournait par la pensée pour débusquer la carpe qu’il désirait, et c’était bien celle qu’il attrapait, oui, celle-là et pas une autre. »

Un très beau roman qui nous montre un aspect du Japon qu’on ne lit pas souvent. À travers le périple de l’héroïne, on en apprend beaucoup sur ce Japon de la fin de l’Époque de Heian, en même temps que Mizuki elle-même, qui semble découvrir le monde en dehors de son village. 

Ma note :
7

Radio Imagination de Seikô Itô

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Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous présenter un roman décrit comme majeur dans la littérature post-séisme et tsunami du 11 mars 2011. Branchons-nous tous sur Radio Imagination de Seikô Itô !

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 2 novembre 2016
Publié au Japon le : 2 mars 2013
Nombre de pages : 192
Prix : 21,00€

Ce roman nous introduit le personnage de DJ Ark, qui présente son émission de radio intitulée Radio Imagination. Pourquoi s’appelle-t-elle comme ça ? Et bien tout simplement, parce qu’elle n’existe que dans l’imagination des gens. Au moment où l’on lit et écoute son émission de radio, DJ Ark est perché au sommet d’un cyprès du Japon. Il s’est retrouvé là à cause du tsunami qui a ravagé sa région et qui l’a accroché tout en haut de cet arbre, face vers le ciel. Et à partir de là, ne sachant pas tout de suite ce qui lui est arrivé, ne sachant même pas s’il est vivant, il va animer son émission de radio et recevoir des retours des auditeurs.

« Bonsoir.
Ou bon matin.
Ou peut-être bonjour.
Vous écoutez Radio Imagination.
Si l’entrée en matière est quelque peu imprécise, cela est dû au fait que cette émission est diffusée exclusivement dans votre Imagination.
»

L’émission de radio est entrecoupée de personnages qui ont entendu parler de l’histoire de l’homme en haut du cyprès qui diffuse son émission de radio. Certains aimeraient l’entendre, mais ils ne le peuvent pas, celle-ci ne se passe que dans l’imagination de certaines personnes. À partir de là, on a une superbe réflexion sur les vivants et les morts. Notamment sur la voix des morts : faut-il les écouter ? peut-on en parler aux survivants ? est-ce que les morts peuvent exister sans les vivants ? Plusieurs personnages réfléchissent à s’ils aimeraient pouvoir entendre la voix de la personne qu’ils aimaient une fois celle-ci décédée, plusieurs personnages ne croient pas au fait que l’on puisse entendre les morts ou ne veulent pas y croire. Pour cela, les discussions des vivants, leurs échanges, leurs différents points de vue, ce roman est clairement à lire. Mais pas uniquement pour cela.

« Ne faudrait-il pas prendre le temps d’écouter la voix des morts, faire notre deuil dans la tristesse, et en même temps, petit à petit, aller de l’avant ? Avec les morts. »

Mais en plus de cette réflexion particulièrement forte et intéressante, causée par cette terrible catastrophe ainsi que par d’autres passées, comme les bombes à Hiroshima et Nagasaki, le personnage de DJ Ark est vraiment touchant. On suit son émission, on a l’impression au départ, même si on a été prévenu que l’émission ne se déroulait que dans l’imagination des gens, qu’il s’agit d’une vraie émission de radio : il passe des musiques, il reçoit des messages d’auditeurs, des appels. Grâce à ces auditeurs, il comprend petit à petit ce qu’il s’est passé : le séisme, l’alerte tsunami, les vagues rasant tout sur leur passage. On comprend avec lui et on est touché lorsqu’il comprend la catastrophe qui vient de s’abattre sur le Japon. Lorsqu’il pense à son épouse dont il n’a pas de nouvelles, à son fils vivant aux Etats-Unis. Il va raconter des anecdotes sur sa vie, sa jeunesse, sa femme, il va parler, parler et encore parler, tout en écoutant les voix des auditeurs. Parler comme pour combler le terrible silence qui suit cette catastrophe. Il est dans une sorte d’entre-deux monde, en attente de quelque chose, et le sentiment que l’on ressent à la lecture de ce roman est extrêmement fort, jusqu’à la fin.

« J’ai perdu toute mémoire du passé immédiat, j’ai simplement l’impression, mais alors une impression quasi physique, d’avoir flotté au-dessus du sol, après avoir été tiré et bousculé dans tous les sens. »

Un roman à la fois original et bouleversant qui nous apporte d’autres témoignages et une autre approche du séisme et du tsunami qui ont détruit une partie de la côte Pacifique du Tôhoku. Un texte puissant porté par des personnages qui tentent de comprendre ce qui vient de se passer et qui ouvrent une réflexion particulièrement intéressante sur le rapport que l’on entretient avec les personnes décédées des suites d’une catastrophe de ce genre. À lire.

Ma note :
8

La Voix des vagues de Jackie Copleton

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Aujourd’hui, je vous présente un roman qui vient de paraître en France : La Voix des vagues, le premier roman particulièrement fort de Jackie Copleton, une auteure britannique ayant notamment vécu à Nagasaki.

la-voix-des-vagues-jackie-copletonÉdition lue :
Éditeur : Les Escales
Publié le: 13 octobre 2016
Nombre de pages : 304
Prix : 21,90€

Le roman s’ouvre sur Amaterasu Takahashi qui ouvre sa porte à un inconnu défiguré. Celui-ci se présente en tant qu’Hideo et prétend être son petit-fils, venu jusqu’aux Etats-Unis pour retrouver sa grand-mère. Sauf qu’Amaterasu a perdu son petit-fils et sa fille lors de l’explosion nucléaire qui a détruit la ville de Nagasaki le 9 août 1945. Elle ne va pas réussir  à croire qu’il s’agit de son petit-fils, et on va découvrir ce qu’il s’est passé ce fameux jour. L’horreur de la bombe, la destruction de la ville, les dures descriptions des victimes, les corps brûlés, les dévisagés, les plaintes de ceux qui allaient bientôt mourir, et enfin, la terrible question que lui a posée son mari en rentrant vivant à la maison ce soir-là sans être au courant de la terrible nouvelle : « Ils dorment ? » en parlant de leur fille et de leur petit-fils qui n’ont pas survécu.

« J’avais pleuré Hideo pendant trop d’années pour le croire ressuscité. »

Ce mystérieux homme qui débarque chez elle des décennies après qu’elle ait quitté Nagasaki et le Japon pour échapper aux horreurs et tenter d’oublier, va permettre à Amaterasu de justement y repenser, de repenser à son histoire, de faire revivre sa fille et son petit-fils dans son cœur. On va donc replonger dans ses souvenirs, dans sa propre enfance, puis dans l’enfance de leur fille, son adolescence, son amour qu’elle éprouvera pour une homme plus vieux que son père, puis son mariage et la naissance d’Hideo. Jusqu’à ce terrible jour pour lequel Amaterasu se sent terriblement coupable chaque jour qui passe, puisqu’elle avait donné rendez-vous à sa fille dans un endroit détruit par la bombe. Et on découvre aussi l’après, la fuite avec son mari vers les Etats-Unis, comment ils ont tenté de se reconstruire dans un pays qui n’était pas le leur, jusqu’à ce qu’Hideo apparaisse et vienne lui faire remonter tous ces souvenirs. Elle ne veut pas y croire, elle ne peut pas y croire, ça ne peut pas être lui, se dit-elle. Hideo est mort dans son cœur.

« J’eus l’impression que le cœur du monde venait d’exploser. »

C’est un roman particulièrement fort que j’ai beaucoup apprécié. L’écriture est très belle, l’histoire est touchante, et elle n’est pas uniquement concentrée sur ce terrible événement, et c’est tant mieux. Je dirais que, même si la bombe -et donc la mort- a une place énorme dans ce roman, il s’agit aussi d’un roman sur la vie, la vie d’une famille sur plusieurs générations avec tous ses secrets, la vie de couple, le premier amour… On ne sait pas si Hideo est réellement son petit-fils ou non, mais ce n’est pas l’essentiel, c’est en quelque sorte un prétexte pour Amaterasu, désormais seule, pour repenser à ses fantômes, sa fille, son petit-fils, son mari. C’est son cœur qui va devoir choisir s’il souhaite à nouveau s’ouvrir pour laisser entrer un peu d’espoir et de bonheur, ou s’il souhaite rester dans le passé, focalisé sur la souffrance qu’a causée la mort de son petit-fils.

« Avec le temps, j’ai appris à porter cette culpabilité avec légèreté de manière à ce que personne ne découvre le monstre vivant parmi eux, mais parfois, lorsque je baissais ma garde, je disais à Kenzo que je regrettais que la bombe ne m’ait pas réclamée, moi, au lieu d’elle. »

Un roman très fort qui se base sur le tragique événement de la bombe ayant rasé Nagasaki le 9 août 1945. Il nous raconte l’histoire d’une famille et la façon dont chacun de ses membres côtoie la vie, les amours, la famille, la culpabilité, la mort, mais surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là.

Ma note :
8

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