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Archives de Tag: musique

Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita

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Aujourd’hui, parcourons ensemble un roman qui nous fait découvrir ce que les pianos ont dans le ventre. Voici Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita.

Edition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 14 mars 2018
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Tomura, un jeune homme de 17 ans, va avoir une révélation lorsqu’il va rencontrer un accordeur de pianos qui va s’occuper de l’instrument de son lycée. Le son de ce piano fera naître en lui des paysages de forêts et il va prendre la décision de devenir lui aussi accordeur de pianos. On va ainsi suivre Tomura commencer sa carrière professionnelle en tant qu’accordeur et se rendre compte qu’il a choisi un métier bien particulier…

« Si le piano était capable, miraculeusement, de faire ressortir la beauté tapie dans l’ombre pour me la rendre audible, alors j’acceptais volontiers de m’en faire le serviteur. »

Tout comme le narrateur au début de ce roman, je ne connaissais que peu de choses sur les pianos. Je ne pensais pas m’y intéresser plus que cela, mais j’ai trouvé ce roman passionnant – et vraiment beau. On voit Tomura grandir, tout d’abord accompagner d’autres accordeurs, puis s’occuper de clients tout seul, en faisant des erreurs, en apprenant de tous ses collègues, et en comprenant que la technique ne fait pas tout.

« Je voulais reproduire cette forêt à l’aide du piano. »

Ce qui m’a surtout plu, c’est la façon dont les clients décrivent la musique, la façon dont ils décrivent le son qu’ils souhaitent trouver ou retrouver. Et comment cette description diffère selon les personnes. L’accordeur doit ainsi s’adapter aux images qu’évoquent ces clients et tenter de les retranscrire dans son travail. C’est ainsi que Tomura va essayer de retrouver lui aussi la forêt de laine et d’acier qu’il avait entendue lorsque, lycéen, il avait eu une révélation devant le travail de l’accordeur du piano de son lycée…

« À chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin. »

Un roman qui nous emmène à l’intérieur du piano, dans un monde où chacun peut voir un paysage différent qui peut le marquer au plus profond de lui-même.

Ma note :
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Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

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Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :

1969 de Ryû Murakami

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Ryû Murakami ! Un auteur qui ne laisse jamais indifférent ! Je vais vous présenter ici un roman qui se démarque de ses romans habituels, en général plus sombres et crus, voici 1969 !

1969-ryu-murakami
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2013
Édition originale en japonais : 1987
Nombre de pages : 252
Prix : 6,50€

Ce roman, en grande partie autobiographique, se déroule en 1969, année où les mouvements contestataires sont encore bien actifs au Japon. On suit Kensuke Yazaki, 17 ans, dans cette année riche en rebondissements et en ébats adolescents. Kensuke est entouré de ses amis et va monter plusieurs projets avec eux : un festival, un film et aussi la mise en place d’une barrière sur le toit du lycée (ce que Ryû Murakami a réellement fait) pour protester contre la Guerre du Vietnam qui fait rage. Enfin, ça c’est la façade, la réalité est différente, ces jeunes ont une préoccupation principale : les filles. Alors certes, on apprécie le cinéma, on lit du Rimbaud, on veut affirmer des positions tranchées, mais c’est encore mieux quand les filles regardent. Kazuko va jouer dans ce roman le rôle de la plus belle fille du lycée et nos adolescents vont tout faire pour attirer son attention, en n’hésitant pas à s’attirer des ennuis.

« C’est ainsi que commença pour moi l’année 1969, l’une des plus intéressantes parmi les trente-deux que j’ai vécues jusqu’à ce jour. Nous avions dix-sept ans. »

À chaque fois que je commence un roman de Ryû Murakami, je serre les dents. En effet, j’ai eu beaucoup de mal avec ses romans durs et crus (comme Bleu presque transparent, Miso Soup, Love & Pop), mais là, on a affaire à un roman tellement différent ! Il s’agit d’une chronique d’un adolescent dans une société complexe, marquée par la présence américaine et la Guerre du Vietnam, dans laquelle il tentera de laisser sa trace, tout en tentant de profiter un maximum de cette jeunesse éphémère. Et le narrateur est drôle – oui, DRÔLE ! Je ne pensais jamais sourire en lisant du Ryû Murakami, mais là, ça m’est arrivé plusieurs fois durant ma lecture. Et qu’est-ce que ça fait du bien ! On suit le narrateur, on l’écoute, et on gobe tout ce qu’il nous dit, même lorsque cela paraît énorme – jusqu’à ce qu’il se rattrape avec une sorte de « non c’est pas vrai, vous vous doutez bien que je n’aurais pas pu faire ça ». Il est vraiment à lire pour tous ceux qui s’intéressent à l’auteur, c’est peut-être le seul roman traduit en France qui ne soit pas pessimiste et noir. Alors certes, ça va décontenancer ceux qui l’appréciaient dans un genre plus dur, mais moi, ça me fait plaisir !

« J’aurais voulu que le chemin qui montait vers l’école ne s’arrête jamais. Parler avec Kazuko Matsui jusqu’à la fin des temps et mourir… »

Un roman en plein cœur de l’adolescence et de ses tourments qui est un réel plaisir à lire. C’est en effet agréable de plonger dans cette société japonaise de la fin des années 1960, marquée par l’influence américaine et la volonté des adolescents de s’affirmer – mais aussi de s’instruire via le cinéma, la littérature ou encore la musique. 

Ma note :
8

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