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Archives de Tag: natsukashii

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

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Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

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[Kokoro] de Delphine Roux

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

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