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Archives de Tag: parc

Cinq nô modernes de Yukio Mishima

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C’est avec grand plaisir que j’ai relu Cinq nô modernes de mon écrivain préféré, Yukio Mishima, plusieurs années après ma première lecture pour pouvoir vous le présenter ici ! Plongeons dans ces cinq chefs-d’oeuvre du théâtre nô.


Edition lue :
Éditeur : Gallimard
Publié en : 24 janvier 1984 (1ère édition : 1970)
Publié au Japon en : 1950-1955
Nombre de pages : 176
Prix : 17,75€

C’est Marguerite Yourcenar qui a traduit ces pièces de nô, et comme elle l’explique dans le merveilleux avant-propos, tout en s’éloignant un peu du nô traditionnel, Mishima parvient tout de même à en faire ressort l’essence même, et c’est fantastique. Pas besoin d’être un expert en théâtre japonais ou en Mishima pour les lire et les apprécier. Je vais vous présenter ici mes deux pièces préférées, un choix difficile puisque toutes sont des bijoux. Ce sont la première et la dernière pièce du livre.

« C’est dans le miroir de notre laideur que nous voyons resplendir l’être aimé. »

Je commence donc par Sotoba Komachi, une pièce de Kanami Kiyotsugu remise au goût du jour par Mishima, et qui est la pièce la plus populaire parmi les cinq, puisqu’elle a été jouée un peu partout dans le monde. On est ici dans un parc et on assiste au dialogue entre une vieille femme de 99 ans, assiste sur un banc destiné aux amoureux, et un poète, qui ne comprend pas ce que fait cette femme fait ici et pourquoi elle méprise les jeunes couples. Cette femme va lui révéler que tous les hommes qui lui ont dit qu’elle était belle sont morts. Une sorte de malédiction à laquelle rit le poète, qui, la trouvant de toute façon laide, semble en sécurité. Mais en reconstituant dans ce parc une scène des 19 ans de la femme, il va la voir d’un œil entièrement différent… Une pièce simplement magique, on part d’une situation normale : une discussion dans un parc, on parle d’une malédiction qui semble absurde, on est transporté dans une autre époque via les souvenirs et la malédiction prend tout son sens.

« Quand les batailles du jour prennent fin, la guerre nocturne commence. Une lutte bien plus sauvage, bien plus effrénée. Les trompettes de la nuit qui proclament l’ouverture des hostilités sonnent en ce moment. »

Dans Hanjo, on découvre le personnage de Jitsuko, une artiste peintre d’une quarantaine d’années qui s’est éprise pour Hanako, qu’elle a accueilli chez elle et qui est une geisha qui a perdu la raison après que Yoshio, son amant avec qui elle prévoyait de se marier, soit parti. Hanako ne va vivre que pour le jour où elle reverra son fiancé, et va l’attendre. En parallèle, Jitsuko, terriblement jalouse, va redouter ce jour… qui finira bien évidemment par arriver dans la pièce. Hanjo est donc la dernière pièce de ce livre, et elle me plaît tout particulièrement, de par la symbolique qu’a su donner Mishima à cette pièce inspirée d’un nô ancien dont il a modifié le dénouement.

« Les cernes d’une femme sont bien charmants, n’est-ce pas ? Comme des nuages sous la lune. »

On connaît peu Yukio Mishima en tant que dramaturge, mais c’est pourtant un genre dans lequel il excelle. Il nous le montre ici en dépoussiérant le nô, tout en parvenant à ne pas dénaturer ce théâtre tellement japonais et à nous dévoiler une fois de plus son talent. On prend un réel plaisir à découvrir l’intrigue et à s’imprégner de cette atmosphère si particulière qui entoure ces pièces.

Ma note :

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Park Life de Shuichi Yoshida

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Puisqu’on est en plein milieu de l’été, je vous propose aujourd’hui une petite ballade dans un parc… Le tout raconté par Shuichi Yoshida dans son court mais appréciable roman intitulé Park Life !

park-life-shuichi-yoshidaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 6,10€

Park Life nous entraîne dans la vie du narrateur qui a l’habitude de passer un peu de temps sur son banc dans le parc de Hibiya. Un moment qu’il apprécie et un endroit qu’il rejoint quand il a un peu de temps libre, faisant d’ailleurs tout pour faire déguerpir ceux qui occupent son banc lorsqu’il veut s’y asseoir. On rencontre une poignée de personnages qui font partie de sa vie : son senpai (aîné) au travail, une amie qui vient d’avoir un enfant, un couple séparé chez qui il vit provisoirement pour s’occuper de leur singe, et surtout, une femme qu’il a rencontrée dans le métro et qu’il va retrouver dans ce parc où elle a également l’habitude de venir régulièrement. Ils vont ainsi s’y retrouver et discuter comme s’ils se connaissaient depuis longtemps…

« Les nombreux cercles concentriques décrits par les oiseaux aquatiques se propageaient sous nos yeux à la surface vert foncé de la mare. Les volatiles plongeaient parfois la tête sous l’eau, tremblaient de tout leur corps et déployaient leurs ailes. »

C’est un petit roman vraiment très agréable à lire. J’avais lu ici et là que c’était un roman un peu ennuyeux, mais j’ai personnellement trouvé qu’il se lisait très bien. La vie de ce parc de Tokyo y est animée et décrite avec une certaine poésie. Le roman ne se passe pas entièrement dans ce parc, on suit notre narrateur là où il va, mais le parc est bel et bien le personnage principal. Ce parc représente la vie, des relations qui se nouent, mais aussi des personnes qui se croisent sans jamais oser se parler.

Ce roman nous offre une lecture rafraîchissante pour un moment de lecture bien plaisant. J’ai déjà très envie de le relire, mais cette fois-ci dans un parc, au soleil, pour pouvoir me plonger encore plus dans cette ambiance si particulière qui est si bien décrite.

Ma note :
7

Sortie parc, gare d’Ueno de Yû Miri

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Je vais vous présenter aujourd’hui un roman sorti très récemment (novembre 2015), intitulé Sortie parc, gare d’Ueno (JR上野駅公園口, JR Ueno eki kouen guchi) et écrit par Yû Miri.

Sortie parc, gare d'Ueno - Yû Miri

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2014)
Nombre de pages : 170
Prix : 16,80€

Tout d’abord, lorsque l’on tient le livre entre ses mains, on ne peut que penser « Quel beau livre ! ». En effet, la couverture et ses cerisiers en fleur sont tout simplement magnifiques. Et lorsque l’on commence la lecture, on n’est pas déçu : le texte est tout aussi beau.

Ce roman parle des sans-abris au Japon, et plus particulièrement de l’un d’entre eux. Celui-ci va nous décrire son environnement et ce qu’implique la vie d’un sans-abri au Japon : la perte de leurs amis sans-abris, les « battues » qui les obligent à déguerpir pour la journée lorsqu’un membre de la famille de l’Empereur doit passer devant leur parc ou encore, et c’est là le thème principal de ce roman, l’incessant flot de souvenirs qui naviguent dans leurs esprits.

En effet, dès le départ, le narrateur nous fait comprendre qu’il va être question de sa vie et de tout ce qui l’a mené à devenir un sans-abri.

« Je croyais que la vie était comme un livre, on l’ouvrait à la première page, on passait à la deuxième, on continuait et on arrivait bientôt à la dernière, mais la vie n’a rien à voir avec ce que racontent les livres. Les lettres s’enchaînent, il y a des numéros de page, mais cela n’a ni queue ni tête. Même au-delà de la fin, il n’y a pas de fin. »

Ainsi, le narrateur va nous décrire les principaux éléments de sa vie, à savoir l’éloignement à sa famille à cause de son travail, la mort de sa femme ou encore la mort prématurée de son fils. Celle-ci occupe une place importante dans le roman, et le ressenti du narrateur, son incompréhension et sa douleur face à la mort de son fils, qui n’avait que la vingtaine, est une poésie douloureuse. Le tout peut être résumé dans la citation suivante, que je trouve très touchante :

« Chez nous, on félicite les gens qui viennent d’avoir un fils en leur disant que maintenant ils ont quelqu’un pour porter leur tablette funéraire. On peut se moquer de son fils en le traitant de mauvais porteur de tablette.
J’avais perdu le mien.
C’est moi qui portais sa tablette. »

J’ai été touché durant toute la lecture de ce roman, devant la difficulté de la vie de ce sans-abri, racontée avec une très belle langue. La fin est quant à elle très forte, mêlant à cette histoire le terrible séisme suivi du tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. Une très jolie découverte pour ma part et un très joli livre à avoir dans sa bibliothèque.

Ma note :
8

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