Flux RSS

Archives de Tag: parents

Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida

Publié le

Un livre particulier aujourd’hui, puisque ce n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais plutôt un témoignage d’un jeune autiste de 13 ans qui a voulu que les gens comprenne mieux ce qu’est vraiment l’autisme. Voici Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida. 


Edition lue :
Éditeur :
 J’ai lu
Publié le : 12 avril 2017
Grand format : Septembre 2014
Traduction (de l’anglais) : Daniel Roche
Publié au Japon en : 2007
Nombre de pages : 189
Prix : 6,00€

C’est un livre fait en questions-réponses, dans lequel Naoki Higashida va donc tenter de nous expliquer ce que cela signifie vraiment d’être autiste, ce qu’il vit tous les jours, pour que le regard que nous portons aux personnes atteintes d’autisme puisse changer, ne serait-ce qu’un peu. Les questions sont directes, sans détour : pourquoi les autistes parlent si fort et bizarrement ? Pourquoi répètent-ils la même question ? Aimerais-tu être normal ? Pourquoi sautes-tu ? Tant de questions que peuvent se poser les personnes se trouvant au contact d’autistes, auxquelles il répond simplement, pour tenter de nous faire comprendre tout ce qui se passe dans sa tête.

« La voix d’un autiste, c’est comme la respiration, je crois : elle sort de sa bouche qu’il le veuille ou non. »

J’ai déjà lu des romans avec des personnages autistes, mais c’est la première fois que je lis un livre entièrement consacré à ce sujet, et qui plus est écrit par un jeune garçon atteint d’autisme. Les questions posées franchement permettent d’aller droit au but, et m’ont permis de mieux comprendre tout ce que cela signifie vraiment d’être autiste. En plus, il a inséré dans ces questions-réponses des petites histoires qu’il a écrites lui-même, et une m’a particulièrement marqué : il s’agit de « Je suis ici », sur un petit garçon qui décède après avoir été renversé par une voiture, mais qui ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe. Il va donc rentrer chez lui, comme si de rien n’était, alors qu’il est devenu un esprit, et va tenter de communiquer avec sa mère qui ne le voit pas et qui ne l’entend pas. Et c’est en fait une histoire pour comprendre à quel point il est parfois difficile pour les autistes de communiquer avec leur entourage. C’est fort.

« L’autiste est prisonnier de lui-même et des gens qui l’entourent : tout ce qu’il peut faire, c’est piailler, agiter ses ailes et sautiller dans sa cage. »

Un petit livre que tout le monde devrait lire, pour pouvoir comprendre et changer le regard que l’on peut porter au premier abord aux personnes autistes.

Ma note :

La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto

Publié le

Dans ce nouvel article, je vais vous présenter un roman bien plaisant que j’ai découvert par hasard et que je ne regrette pas d’avoir lu. Voici La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 6 mai 2005
Publié au Japon en : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 16,20€

Dans ce roman, un homme d’une quarantaine d’années va évoquer des souvenirs de son enfance, et surtout de son grand-père, qui est réapparu devant la porte de la maison où il vivait avec sa mère. Ce grand-père, surnommé Tête-de-mule par toute la famille, parle peu, mais le garçon, alors âgé d’une dizaine d’années va apprendre des choses sur lui petit à petit, notamment grâce à son oncle, et va vouloir en découvrir plus sur ce mystérieux personnage qui semble le fasciner.

« Les nuages s’écartèrent en laissant apparaître lentement le disque gigantesque de la pleine lune. À cette vue, ma bouche s’ouvrit tout grande et le goût sucré et glacé du clair de lune s’épanouit sur ma langue. »

C’est un court roman, mais qui parvient avec brio à décrire ce moment particulier dans la vie du narrateur, moment où un mystérieux homme, son grand-père, vient vivre chez eux et bouleverse le quotidien que ce petit garçon entretenait avec sa mère. Ce qui est fort à mon sens dans ce roman, c’est qu’à l’époque du récit, il y a des scènes et des bribes de conversation que le jeune garçon perçoit, mais sans pour autant les comprendre. Et en écho à celles-ci, le narrateur, une trentaine d’années plus tard, nous explique ce qui réellement se passait mais qui était dans le monde des adultes à l’époque inaccessible pour lui.

Un roman japonais comme je les aime, centré sur les liens familiaux et les souvenirs d’un homme qui lui permettent de faire revivre les personnages qui ont compté pour lui et qui l’ont marqué à tout jamais.

Ma note :

Seins et Œufs de Mieko Kawakami

Publié le

Après vous avoir parlé d’Heaven, le dernier roman paru en France de Mieko Kawakami, je vous présente aujourd’hui son roman le plus célèbre par chez nous : Seins et Œufs ! Partons dès à présent pour Tokyo.

seins-et-oeufs-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mars 2014
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce court roman nous raconte l’histoire de Natsu, qui habite à Tokyo, et qui va recevoir pendant quelques jours la visite de sa sœur, Makiko, et de sa nièce, Midoriko. Makiko approche de la quarantaine et est hôtesse dans un bar. Elle vient à Tokyo avec sa fille pour visiter des cliniques puisqu’elle a pour obsession de se refaire les seins (sujet qui va prendre une bonne partie du récit), et elle a une relation pour le moins compliquée avec sa fille, puisque cette dernière ne parle plus depuis quelques mois déjà. Natsu va donc voir débarquer sa sœur exubérante et sa nièce muette dans son petit appartement tokyoïte…

« Depuis un moment, je ne peux me défendre de l’impression étrange bien que brumeuse, que si Makiko semble me parler, en réalité elle ne me voit même pas. »

Le roman est intéressant puisqu’il alterne deux types de récit : l’histoire à proprement parler, à travers les yeux de la narratrice qui entend parler sa sœur de poitrines et de chirurgie esthétique à longueur de temps,  et le journal intime de Midoriko. Ce dernier nous permet de comprendre ce personnage complexe, qui a en réalité peur de grandir, de devenir adulte, et d’avoir ses premières règles. C’est le sujet qui la préoccupe. Le roman contient des scènes drôles, notamment une que j’ai bien aimée lorsque Makiko et Natsu vont se laver aux bains publics et que Makiko va contempler les poitrines de toutes les femmes, rejointe par sa sœur qui, par mimétisme, va faire de même. La relation mère-fille conflictuelle en apparence est très bien abordée, et on se rend compte que les raisons qui poussent Midoriko à ne plus prononcer un seul mot sont en fait bien plus profondes que la simple crise d’adolescence envers sa mère. Et c’est pour moi ce qui en fait un très bon roman !

 

Mieko Kawakami parvient dans ce roman à nous plonger dans la tête de Japonaises de deux générations différentes, toutes deux insatisfaites de leurs corps. Elle aborde avec brio les relations conflictuelles que peuvent exister entre une mère et sa fille, et le tout, bien qu’il semble en apparence superficiel, est en réalité très profond.

Ma note :
7

Je veux devenir moine zen ! de Kiyohiro Miura

Publié le

Je vais vous parler aujourd’hui d’un roman on ne peut plus japonais, qui a obtenu le Prix Akutagawa en 1988 au Japon (le plus prestigieux des prix littéraires nippons !) : il s’agit de Je veux devenir moine zen ! de Kiyohiro Miura. Dirigeons-nous de ce pas vers le temple pour que je puisse vous parler de ce roman !

je-veux-devenir-moine-zen-kiyohiro-miura
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Sorti en : 2005
Nombre de pages : 142
Prix : 6,10€

Le titre vous dit tout : on va suivre Ryôta, jeune garçon qui a 8 ans lorsqu’il annonce à ses parents qu’il veut devenir moine zen. Pensant d’abord que c’était une simple lubie d’un garçon de son âge, les parents sont d’abord interloqués mais pensent ensuite que ça lui passera. Ryôta a développé cette envie de devenir moine grâce à son père, qui pratique le zazen (posture de méditation assise liée au bouddhisme zen) depuis l’année de naissance de son fils, qui a décidé un jour d’emmener ce dernier avec lui au temple pour ses séances de zazen.

« Le jour où mon fils m’a déclaré : « Je veux être moine ! », je suis tombé des nues. »

Pendant que son père médite au temple, Ryôta va jouer, s’amuser comme il peut. Il va être de plus en plus impatient tous les dimanches d’accompagner son père. Ryôta va devenir un élève turbulent et perturbateur au collège, qui n’arrive pas à rester en place et à se taire, ce qui est étonnant car il parvient à rester calme et silencieux tous les dimanches au temple pendant les deux heures que dure la méditation. Il ne va pas céder et l’abbesse du temple va le prendre sous son aile, pour réaliser le rêve de ce jeune garçon qui n’a pas changé depuis ses 8 ans.

« Le passage du collégien en uniforme et cheveux longs au garçon en vêtement blanc et crâne rasé est théâtral, comme au kabuki les changements de décors instantanés. »

J’ai beaucoup aimé ce petit roman, puisqu’on suit concrètement toutes les étapes qui vont amener ce jeune garçon à devenir un bonze : l’intérêt pour ce temple, le doute, l’intégration dans une école de fils de bonzes grâce à l’abbesse, le changement de nom, le rite de la rupture des liens entre l’enfant et ses parents, le déménagement vers le temple… Tout est très détaillé et on se place du point de vue des parents, ce qui rend la chose vraiment forte et touchante. La mère a beaucoup de mal à voir son fils partir si tôt, et les deux parents se sentent séparés de leur fils et démunis. Ils n’avaient visiblement pas réalisé tout ce que cela impliquait, même s’ils savent au fond d’eux que c’est la volonté de leur fils.

« Les liens qui unissent les parents et les enfants n’étaient-ils qu’une illusion ? »

C’est donc un roman qui explore les voies de l’ordination pour devenir moine zen, mais qui va également bien plus loin, notamment dans les relations parents-enfant au Japon qui donnent une réelle force à ce récit.

Ma note :
7

[Kokoro] de Delphine Roux

Publié le

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure française, mais qui a tout d’un roman japonais et qui va vous faire passer un très beau moment de lecture : ouvrons notre cœur à [Kokoro] de Delphine Roux.

kokoro-delphine-rouxEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 21 août 2015
Nombre de pages : 128
Prix : 12,50€

[Kokoro] est un livre particulier. Chaque « chapitre », souvent d’une page ou moins, est introduit par un mot en japonais et sa signification. Et le narrateur nous raconte son histoire et son quotidien en lien avec ce mot. Il vit seul et est marqué par le décès de ses parents, asphyxiés dans l’incendie d’un théâtre. Il aimait sa famille, il était très proche de ses parents – et de sa sœur, Seki. Il ne voit celle-ci qu’occasionnellement, souvent furtivement. La vie de cet homme est construite sur l’accident de ses parents, et il ne vit qu’avec leur souvenir et le souvenir de son enfance, et prend soin de sa grand-mère en maison de repos en lui apportant des gâteries interdites par le personnel infirmier. Il est également attaché à Kokoro, qui était la poupée que ne quittait pas sa sœur lorsqu’ils étaient enfants.

« Parfois, en riant de moi-même, je raconte ma journée à Kokoro, lui parle de grand-mère et bien sûr de Seki. Je raconte parce que j’aime à penser que Kokoro est survivante d’un hier heureux. Dans la connivence de nos vies, de nos cœurs. »

[Kokoro] est une lecture à savourer. Il faut prendre le temps de parcourir les pages, de se laisser porter par la vague de nostalgie, de naviguer entre le présent et les souvenirs heureux d’une famille. Le narrateur a beaucoup de mal à vivre dans le présent, il était heureux avec ses parents et sa sœur et souhaiterait retourner dans ce passé définitivement révolu. Il fait ce qu’il peut pour se raccrocher à cette période de sa vie dans laquelle il a été le plus heureux : il retourne à la maison où lui et sa sœur ont grandi, il s’occupe de sa grand-mère. Il semble également souffrir de ne plus partager de moments avec sa sœur, mais il a conscience que la sœur de son enfance a brûlé avec ses parents et qu’il ne pourra plus partager des moments comme il en a partagés avec elle par le passé. Seki adopte une attitude opposée, elle semble en effet ne plus vouloir penser aux moments de bonheur qu’elle a vécu, et construit sa vie en laissant son frère de côté – malgré le fait qu’elle ait été aussi détruite par la mort de leurs parents.

« Ma sœur, quinze ans. Corset diaphane à l’abdomen, stalagmites au cœur. Le début de l’ère glaciaire. L’oubli instantané de nos bras ouverts. »

Bien que ce récit soit écrit par une écrivain française (Delphine Roux est née à Amiens), c’est pourtant bien un livre tout ce qu’il y a de japonais. Il est doté d’une poésie incroyable, et d’une atmosphère comme on ne peut qu’en trouver dans la littérature japonaise. Quelques passages procurent les mêmes sensations qu’un joli haiku : on part d’un mot et autour de ce mot le narrateur nous narre un épisode de son quotidien, parfois très simple, pur et poétique – comme un haiku.

Ce roman est une douce poésie qui se savoure. On navigue entre un passé joyeux mais révolu et un présent nostalgique, difficile, mais parsemé de beaux moments. Si on me disait là, tout de suite, que Delphine Roux est en fait une japonaise n’ayant connu que le Japon, je n’en douterais pas une seule seconde. Un magnifique moment de lecture.

Ma note :
8

%d blogueurs aiment cette page :