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Archives de Tag: séisme

Une vague inquiétude de Ryûnosuke Akutagawa

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Ce n’est pas quelque chose de nouveau, j’adore les nouvelles, et encore plus quand elles ont été écrites par des écrivains de renom. Je vous présente aujourd’hui trois nouvelles de Ryûnosuke Akutagawa regroupées dans un recueil intitulé Une vague inquiétude.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : février 2005
Traduction : Silvain Chupin
Publié au Japon en : 1914, 1919 & 1922
Nombre de pages : 84

On retrouve donc trois nouvelles de cet écrivain écorché vif. La première nouvelle s’intitule Le Masque et nous présente un homme ivre qui danse sur le pont d’un bateau en portant un masque hyottoko (un personnage comique). On revient sur la vie de cet homme qui aura dansé jusqu’à la fin. Dans la deuxième nouvelle, Un doute, un homme va raconter sa triste histoire à une homme qu’il prit d’abord pour un spectre : sa femme prise sous une poutre suite à un séisme, le feu arrivant, il frappe sa femme avec une tuile pour lui épargner de mourir brûlée vive. Et dans la dernière nouvelle, Le wagonnet, on suit un garçon qui va aider à pousser des wagonnets (celle-ci ne m’a laissé absolument aucun souvenir, donc il faudra vous contenter de cela !).

 

« D’entendre si soudainement une histoire comme celle-là, je fus moi-même saisi d’un frisson à la poitrine, comme si le froid de cette vaste pièce pénétrait jusque dans mon col. »

 

Hormis la dernière nouvelle que je n’ai pas très bien comprise, j’ai beaucoup apprécié ce recueil. Et plus particulièrement la deuxième nouvelle, qui est la réflexion d’un homme qui a commis le pire en pensant bien faire, mais qui se met à douter de ses réelles intentions. On plonge dans la psychologie d’un homme tourmenté, et c’est justement ce que j’aime chez Akutagawa, et c’est ce qui fait de cette nouvelle un texte vraiment réussi à mon sens. A noter que le recueil s’intitule selon le mot laissé par Akutagawa juste avant de se suicider, Vague inquiétude (Bonyari Toshita Fuan, ぼんやりとした不安).

 

Un recueil de nouvelles d’un grand auteur qui nous montre son talent sous différentes formes, en essayant de comprendre l’homme et ses actions qui peuvent parfois sembler contradictoires.

 

Ma note :
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Radio Imagination de Seikô Itô

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Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous présenter un roman décrit comme majeur dans la littérature post-séisme et tsunami du 11 mars 2011. Branchons-nous tous sur Radio Imagination de Seikô Itô !

radio-imagination-seiko-ito
Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 2 novembre 2016
Publié au Japon le : 2 mars 2013
Nombre de pages : 192
Prix : 21,00€

Ce roman nous introduit le personnage de DJ Ark, qui présente son émission de radio intitulée Radio Imagination. Pourquoi s’appelle-t-elle comme ça ? Et bien tout simplement, parce qu’elle n’existe que dans l’imagination des gens. Au moment où l’on lit et écoute son émission de radio, DJ Ark est perché au sommet d’un cyprès du Japon. Il s’est retrouvé là à cause du tsunami qui a ravagé sa région et qui l’a accroché tout en haut de cet arbre, face vers le ciel. Et à partir de là, ne sachant pas tout de suite ce qui lui est arrivé, ne sachant même pas s’il est vivant, il va animer son émission de radio et recevoir des retours des auditeurs.

« Bonsoir.
Ou bon matin.
Ou peut-être bonjour.
Vous écoutez Radio Imagination.
Si l’entrée en matière est quelque peu imprécise, cela est dû au fait que cette émission est diffusée exclusivement dans votre Imagination.
»

L’émission de radio est entrecoupée de personnages qui ont entendu parler de l’histoire de l’homme en haut du cyprès qui diffuse son émission de radio. Certains aimeraient l’entendre, mais ils ne le peuvent pas, celle-ci ne se passe que dans l’imagination de certaines personnes. À partir de là, on a une superbe réflexion sur les vivants et les morts. Notamment sur la voix des morts : faut-il les écouter ? peut-on en parler aux survivants ? est-ce que les morts peuvent exister sans les vivants ? Plusieurs personnages réfléchissent à s’ils aimeraient pouvoir entendre la voix de la personne qu’ils aimaient une fois celle-ci décédée, plusieurs personnages ne croient pas au fait que l’on puisse entendre les morts ou ne veulent pas y croire. Pour cela, les discussions des vivants, leurs échanges, leurs différents points de vue, ce roman est clairement à lire. Mais pas uniquement pour cela.

« Ne faudrait-il pas prendre le temps d’écouter la voix des morts, faire notre deuil dans la tristesse, et en même temps, petit à petit, aller de l’avant ? Avec les morts. »

Mais en plus de cette réflexion particulièrement forte et intéressante, causée par cette terrible catastrophe ainsi que par d’autres passées, comme les bombes à Hiroshima et Nagasaki, le personnage de DJ Ark est vraiment touchant. On suit son émission, on a l’impression au départ, même si on a été prévenu que l’émission ne se déroulait que dans l’imagination des gens, qu’il s’agit d’une vraie émission de radio : il passe des musiques, il reçoit des messages d’auditeurs, des appels. Grâce à ces auditeurs, il comprend petit à petit ce qu’il s’est passé : le séisme, l’alerte tsunami, les vagues rasant tout sur leur passage. On comprend avec lui et on est touché lorsqu’il comprend la catastrophe qui vient de s’abattre sur le Japon. Lorsqu’il pense à son épouse dont il n’a pas de nouvelles, à son fils vivant aux Etats-Unis. Il va raconter des anecdotes sur sa vie, sa jeunesse, sa femme, il va parler, parler et encore parler, tout en écoutant les voix des auditeurs. Parler comme pour combler le terrible silence qui suit cette catastrophe. Il est dans une sorte d’entre-deux monde, en attente de quelque chose, et le sentiment que l’on ressent à la lecture de ce roman est extrêmement fort, jusqu’à la fin.

« J’ai perdu toute mémoire du passé immédiat, j’ai simplement l’impression, mais alors une impression quasi physique, d’avoir flotté au-dessus du sol, après avoir été tiré et bousculé dans tous les sens. »

Un roman à la fois original et bouleversant qui nous apporte d’autres témoignages et une autre approche du séisme et du tsunami qui ont détruit une partie de la côte Pacifique du Tôhoku. Un texte puissant porté par des personnages qui tentent de comprendre ce qui vient de se passer et qui ouvrent une réflexion particulièrement intéressante sur le rapport que l’on entretient avec les personnes décédées des suites d’une catastrophe de ce genre. À lire.

Ma note :
8

Et puis après de Kasumiko Murakami

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Je vais vous parler aujourd’hui d’un roman qui vient de paraître en France et qui traite de l’après-tsunami du 11 mars 2011.

et-puis-apres-kasumiko-murakamiEdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 mai 2016
Nombre de pages : 112
Prix : 13,80€

Le roman s’ouvre sur un puissant séisme qui surprend des pêcheurs. Ils vont remarquer que la mer se retire dans un calme inquiétant, et, pour se protéger du tsunami qu’ils sentent approcher, ils ne vont pas courir vers les terres, mais vont prendre leurs bateaux et aller vers le large. Ils vont ainsi faire preuve de courage et vont jeter l’ancre à 10km de la côte, menés par le pêcheur Yasuo que l’on va suivre tout au long du roman.

« C’était comme s’il allait se jeter dans les bras d’un assassin pour l’affronter à mains nues et il aurait été faux de dire qu’il n’était pas tenaillé par la peur. »

Après trois jours passés en mer, et une fois la vague passée, ils rentrent et découvrent le paysage défiguré de la côte… La ville est détruite des dizaines de personnes sont portées disparues et Yasuo va devoir vivre avec sa femme dans un gymnase, en attendant de pouvoir obtenir un logement provisoire. À la place de leur maison ne se trouve en effet plus rien du tout.

« Il eut le sentiment que la terre, hors de portée des humains, avait remis son destin entre les mains du diable. »

C’est un récit vraiment très intéressant. On est confronté à la mort bien entendu, notamment via le récit d’un ami de Jôkichi qui a croisé des dizaines de cadavres sur sa route, mais Et puis après n’est pas tourné uniquement vers cela. Comme son titre l’indique, il nous propose le point de vue de ce qui se passe après, une fois la vague passée, une fois les proches disparus, une fois les maisons rasées. Comment ont dû survivre les rescapés de la tsunami qui avaient tout perdu ? Quel espoir ont-ils de retrouver une vie normale ?

« Si au fil des jours aucune solution ne se présentait, à quoi cela servait-il d’être encore en vie ? »

Le personnage de Yasuo passe par des étapes qu’ont dû traverser la majorité des rescapés et en vient à ne plus savoir quoi faire de ses journées, à ne plus savoir comment s’en sortir. Et pourtant, tous souhaitent rester et ne pas quitter cet endroit qui est leur endroit. Ils pourraient tenter d’aller se reconstruire ailleurs, mais il est impossible de quitter le lieu d’où l’on vient en des temps pareils, ils restent plus que jamais attachés à cet endroit et veulent tenter de s’y reconstruire en même temps que les villes rasées se reconstruisent.

C’est un roman dur, et qui permet de se rendre compte des conditions dans lesquelles ont dû vivre les populations qui ont survécu au tsunami mais qui ont tout perdu : des proches, leurs maisons, leurs objets personnels. Un texte important qui se concentre sur l’humain avant tout et sur sa façon dont il envisage la reconstruction sur plusieurs niveaux.

Ma note :
8

Sortie parc, gare d’Ueno de Yû Miri

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Je vais vous présenter aujourd’hui un roman sorti très récemment (novembre 2015), intitulé Sortie parc, gare d’Ueno (JR上野駅公園口, JR Ueno eki kouen guchi) et écrit par Yû Miri.

Sortie parc, gare d'Ueno - Yû Miri

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2014)
Nombre de pages : 170
Prix : 16,80€

Tout d’abord, lorsque l’on tient le livre entre ses mains, on ne peut que penser « Quel beau livre ! ». En effet, la couverture et ses cerisiers en fleur sont tout simplement magnifiques. Et lorsque l’on commence la lecture, on n’est pas déçu : le texte est tout aussi beau.

Ce roman parle des sans-abris au Japon, et plus particulièrement de l’un d’entre eux. Celui-ci va nous décrire son environnement et ce qu’implique la vie d’un sans-abri au Japon : la perte de leurs amis sans-abris, les « battues » qui les obligent à déguerpir pour la journée lorsqu’un membre de la famille de l’Empereur doit passer devant leur parc ou encore, et c’est là le thème principal de ce roman, l’incessant flot de souvenirs qui naviguent dans leurs esprits.

En effet, dès le départ, le narrateur nous fait comprendre qu’il va être question de sa vie et de tout ce qui l’a mené à devenir un sans-abri.

« Je croyais que la vie était comme un livre, on l’ouvrait à la première page, on passait à la deuxième, on continuait et on arrivait bientôt à la dernière, mais la vie n’a rien à voir avec ce que racontent les livres. Les lettres s’enchaînent, il y a des numéros de page, mais cela n’a ni queue ni tête. Même au-delà de la fin, il n’y a pas de fin. »

Ainsi, le narrateur va nous décrire les principaux éléments de sa vie, à savoir l’éloignement à sa famille à cause de son travail, la mort de sa femme ou encore la mort prématurée de son fils. Celle-ci occupe une place importante dans le roman, et le ressenti du narrateur, son incompréhension et sa douleur face à la mort de son fils, qui n’avait que la vingtaine, est une poésie douloureuse. Le tout peut être résumé dans la citation suivante, que je trouve très touchante :

« Chez nous, on félicite les gens qui viennent d’avoir un fils en leur disant que maintenant ils ont quelqu’un pour porter leur tablette funéraire. On peut se moquer de son fils en le traitant de mauvais porteur de tablette.
J’avais perdu le mien.
C’est moi qui portais sa tablette. »

J’ai été touché durant toute la lecture de ce roman, devant la difficulté de la vie de ce sans-abri, racontée avec une très belle langue. La fin est quant à elle très forte, mêlant à cette histoire le terrible séisme suivi du tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. Une très jolie découverte pour ma part et un très joli livre à avoir dans sa bibliothèque.

Ma note :
8

La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu

Publié le

Je vais vous parler d’un roman très dur : il s’agit de La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu. Il s’agit d’un roman vraiment bouleversant et plutôt effrayant, qui, comme son nom l’indique, raconte les derniers instants du Japon avant sa submersion totale. A noter que le livre date de 1973 et qu’il est donc bien antérieur aux événements du 11 mars 2011 qui ont causé la mort de nombreux de Japonais. Un point essentiel, puisque l’on a parfois l’impression que les vagues dévastatrices et les séismes qu’il décrit sont basées sur celles de l’an dernier. Et bien non, il a décrit tout cela presque 40 ans avant que cela n’arrive, espérons tout de même que la ressemblance entre cette fiction et la réalité s’arrête là.

La Submersion du Japon par Sakyo Komatsu

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2000 (édition originale en japonais : 1973)
Nombre de pages : 253
Prix : 8,10€

Ce roman est réellement intéressant puisqu’il ne se contente pas de décrire une catastrophe aussi importante. En effet, la submersion totale du Japon n’a lieu que pendant les 20 dernières pages du roman. On peut lire ici tout ce qui se passe avant cette terrible submersion, notamment d’un point de vue politique. On y lit les premières découvertes, le temps qu’il reste au Japon avant de ne plus être, et aussi le dilemme auquel est confronté le Premier Ministre et son équipe : à quel moment doit-on prévenir la population si les dires de ce scientifique s’avèrent être exacts ?

On a envie de répondre « MAINTENANT », mais le roman nous montre bien la panique que cela entraînerait d’annoncer cela sans avoir réfléchi à la façon dont on pourrait sauver des Japonais, et cela sauverait moins de Japonais. On assiste à différents points de vue, dont un particulièrement japonais et très fort : « Si le Japon disparaît, je disparaîtrais avec ». Le Japon ne semble former qu’un avec ses habitants. Pourtant, le Premier Ministre va lancer un programme pour développer ces recherches et va tenter de négocier avec des dirigeants d’autres pays pour qu’ils accueillent des Japonais. La réticence de certains est terrible : Amener trop de Japonais effacerait notre propre identité. Combien sont-ils capables d’en accepter sans que cela nuise à leur pays ? Est aussi soulevé dans ce livre l’avenir des Japonais qui auront été envoyés dans d’autres pays : discrimination et sentiment de n’être nulle part chez soi.

Entre tout ça sont aussi décrits avec une précision alarmante les îles englouties, les séismes (Kyoto et surtout Tokyo, décrit de façon vraiment effrayante), les tsunamis, jusqu’à l’éruption finale du Mont Fuji, qui marque la fin du Japon. Un passage est particulièrement troublant, surtout après le séisme de magnitude 9.0 de l’année dernière : l’auteur écrit « Même le séisme le plus violent ne peut dépasser théoriquement la magnitude 8,6 « , avant d’ajouter « Peut-être n’avons-nous jamais subi de séisme plus fort que ceux de magnitude 8,6 jusqu’à aujourd’hui. Mais, dans l’avenir, quelque chose qui ne s’est jamais produit une seule fois dans le passé pourrait très bien arriver. » On ne peut ici s’empêcher de penser à ce qu’il s’est passé l’année dernière et espérer que tout n’aille pas aussi loin que ce qui est décrit dans ce terrible livre.

Le Mont Fuji au bord de l’éruption dans le film Sinking of Japan

Pour ceux que ça intéresse, un film tiré du livre est sorti en 2006 (et un plus vieux en 1973) sous le nom « Sinking of Japan ». Je l’ai vu, il y a quelques différences par rapport au livre, mais le film est, malgré les images qui sont plus violentes que des phrases, moins fataliste, donc n’hésitez pas à le regarder si vous n’osez pas vous lancer dans le roman !

Ma note :
9

 

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