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Archives de Tag: sexe

Call-boy d’Ira Ishida

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Voici un roman qui ne vous laissera sûrement pas indifférents de par son thème cher à la littérature japonaise. Je vous présente Call-boy d’Ira Ishida, sorti récemment en format poche.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en poche le : 7 septembre 2017
Publié en grand format le : 4 mai 2016
Publié au Japon en : juillet 2001
Traduit par : Rémi Buquet
Nombre de pages : 304
Prix : 9,00€

On rencontre dans ce roman Ryô, 20 ans, un jeune homme désabusé et blasé de tout, même des femmes et du sexe. Il va être abordé par la gérante d’un club privé qui loue les services de jeunes hommes à des femmes ayant les moyens de se le permettre. Il va accepter de passer du temps avec celles-ci et se prostituer, et cette expérience va lui plaire et le changer profondément.

« J’ai compris avec le temps que les rêves, en effet, n’appartiennent pas à ceux qui les font. »

Clairement, j’ai beaucoup apprécié ce roman. Ce n’est pas un roman sur la prostitution, mais plutôt sur le désir féminin, dans sa diversité et dans la recherche sans honte de celui-ci. Il va ainsi rencontrer un grand nombre de femmes avec des désirs et des fantasmes divers et variés, de la jeune fille ne souhaitant que coucher avec des garçons s’ils sont observés par un vieil homme peu attirant, à celle qui veut qu’on la regarde uriner. Et il va se donner entièrement dans cette mission, en trouvant un charme à toutes ces femmes, qu’elles aient 20 ou 70 ans, et en faisant tout pour satisfaire leur désir.

« Rien n’échappait à mon ennui. Tout me blasait. Me pesait au plus haut point. J’étais las de tout. J’avais juste vingt ans. »

Un très bon roman, sur un sujet souvent traité dans la littérature japonaise, mais jamais de cette façon. J’ai beaucoup apprécié le narrateur, il est intelligent et ça se sent, et il a souvent de belles réfexions, à la fois surprenantes et profondes. J’ai été fasciné par la façon dont Ryô évolue dans ce milieu, lui qui n’avait pas un grand intérêt pour le sexe. Il va concrètement découvrir le désir féminin et va prendre plaisir à l’assouvir, et c’est un chemin qu’il est intéressant de prendre avec lui.

« Être jeune, c’est n’être encore rien et traîner l’amertume d’une existence encore désespérément vide.»

Un roman surprenant et addictif sur un jeune homme qui s’ennuie dans sa vie qui va se prostituer et prendre plaisir à plonger dans le monde bien méconnu du désir féminin.

Ma note :
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Fille de joie de Kiyoko Murata

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Kiyoko Murata est une auteure dont je n’ai pas encore parlé sur le blog. Je répare cela aujourd’hui avec son dernier roman paru en France : Fille de joie.


Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 avril 2017
Publié au Japon le : 1er avril 2013
Nombre de pages : 272
Prix : 21,80€

On est en 1903. Ichi, quinze ans, va devenir Kojika. Elle a en effet été vendue par ses parents pauvres à une maison close. Dès le premier jour, les nouvelles arrivantes sont « examinées » et vont devoir se soumettre aux règles strictes qui règnent dans ce genre d’endroits, sous la tutelle d’une oiran (prostituée de haut-rang). Ichi va donc devoir se débarrasser de son patois et devenir rapidement une femme pour rembourser sa dette grâce à des clients. Elle a pourtant un caractère bien particulier et un mode de pensée bien à elle qui vont la faire grandir dans ce monde des plaisirs qui peut parfois s’avérer très difficile…

« L’ambition de Hajima Mohei était de former des prostituées de classe supérieure, capables de conduire leurs clients au septième ciel grâce à leurs techniques secrètes et de les charmer, hors du lit, par leurs talents dans tous les domaines, de la lecture à la cérémonie du thé en lassant par la poésie et la danse. »

Je n’avais jamais lu un roman sur ce sujet et j’ai beaucoup aimé la façon dont le sujet est traité ici. On apprend beaucoup de choses. On suit Ichi au quotidien, mais ce que j’ai aimé, c’est qu’au détour d’une ligne, l’auteure ne nous épargne rien. Elle évoque des choses qui se passent dans ce monde-là, sans insister dessus, mais plutôt en arrière-plan, comme si c’était des choses normales dans ce milieu, auxquelles il fallait s’habituer : elle nous parle de la rivière dans laquelle les filles se suicident parfois, des jeunes filles qui meurent après s’être épuisées à la tâche pour rembourser rapidement leurs dettes, des meurtres passionnels, d’avortement ou de la grossesse perçue comme une maladie, des maladies sexuelles… Tout ça fait partie du décor et on est là, au milieu de tout ça, on apprend et on découvre ces éléments en même temps qu’Ichi, en se disant que, même si elle n’est pas tombée dans le pire établissement du quartier, cette vie est clairement rude. Un autre élément que j’ai apprécié, c’est qu’Ichi n’est jamais appelée par son nom de prostituée, Kojika, dans la narration. On entend ce nom que lorsqu’elle est appelée par le personnel de la maison close, mais sinon, pour nous, elle reste Ichi, cette adolescente venue d’une île du sud avant tout.

« Selon le patron, sa bouche du bas est de classe supérieure, mais on ne peut pas en dire autant de sa bouche du haut. »

Et dans ce roman, le rôle de l’éducation est essentiel. En effet, la loi oblige ces établissements à fournir une éducation à ces jeunes filles qui n’en avaient reçu aucune avant d’arriver là. Ichi profite de cela et l’école est très importante pour elle : elle y écrit son journal, d’une écriture d’abord maladroite, mais qui s’affine au fil du temps. On peut, tout comme la maîtresse qui est une ancienne prostituée, lire son journal et son écriture est simple, mais belle et imagée. La façon de penser d’Ichi est très intelligente et sa plume a la beauté d’un haiku. Son journal ne représente que des petits passages du roman, mais il est, je trouve, essentiel et donne une texture bien particulière à ce roman. Alors que l’école est faite pour apprendre à écrire des lettres à leurs clients et pouvoir calculer leurs dettes pour s’assurer que les tenanciers ne les arnaquent pas, Ichi, elle, se concentre principalement sur l’écriture de son journal dans cette école, « l’endroit où elle se sentait le mieux. » Et c’est grâce à l’éducation que les filles vont également pouvoir prendre conscience de leur condition et, peut-être, aspirer à un changement.

Un roman très instructif sur les quartiers de plaisirs et les filles de joie. On découvre à quoi ressemblait la vie de ces jeunes filles qui débarquent dans une maison close et tout ce à quoi elles pouvaient être confrontées. Une immersion dans un monde que l’on connaît peu au final et qui, grâce au regard à la fois naïf et malin d’Ichi, prend une saveur toute particulière.

Ma note :
8

Amère volupté d’Eimi Yamada

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Parlons aujourd’hui d’un premier roman autobiographique audacieux et qui a ou choqué ou ravi les Japonais lors de sa sortie en 1985. Il s’agit d’Amère volupté d’Eimi Yamada (aussi romanisée Amy Yamada). Immergeons-nous dans cette violente passion.

eimi-yamada-amere-volupteEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 5 janvier 2013 (grand format en 1994)
Publié au Japon en : 1985
Nombre de pages : 104
Prix : 5,00€

On suit ici Kim, une chanteuse japonaise dans un club, qui va tomber sous le charme de Spoon, un soldat noir américain qui s’est enfui de l’armée. Kim est une jeune femme qui a peur de s’engager et qui n’a pas hésité par le passé à partager ses conquêtes avec sa meilleure amie, Maria, pour éviter de trop s’accrocher à un homme. Ce court roman va raconter la passion qui va rapidement se développer entre Spoon et Kim, d’une façon parfois très crue. On parle librement de sexe avec un vocabulaire fleuri, mais aussi de violence, d’alcool, de drogue. Et d’amour.

« Le corps noir luisant de Spoon était comme du chocolat dont on aurait pu faire jaillir, en le croquant, la liqueur sirupeuse. »

J’avais lu beaucoup de critiques négatives sur ce roman, mais j’ai tout de même eu envie de le lire, intrigué. Et je ne regrette pas. La première partie du roman fait clairement penser à du Ryû Murakami. On a, en effet, tous les éléments d’un Bleu presque transparent : du sexe avec un noir américain, un langage très cru, des rails de coke, de l’alcool. Mais, à mon sens, on dépasse la simple description de personnages égarés dans une société qui les dépasse. On voit apparaître dans ce roman de l’amour – qui n’est pas forcément malsain, mais porté sur la passion. Du Ryû Murakami en mieux donc pour moi.

« Je ne pouvais pas supporter l’idée qu’il ait reposé le verre avant de m’avoir bue jusqu’à la lie. »

L’écriture est quant à elle variable : on a de très beaux passages, mais aussi des métaphores douteuses (qui doivent clairement être tout aussi douteuses dans la version originale), mais elle est toujours plaisante, tout comme l’histoire, et je suis facilement entré dans ce roman que je n’ai pas posé avant de l’avoir terminé.

« Été indien. La lumière est éblouissante. Quand je ferme les yeux, mes paupières se colorent comme des feuilles d’arbre dans un été naissant. »

Un roman très agréable à lire avec une narratrice pour le moins intrigante. On se croit au départ dans un Ryu Murakami, avant de voir apparaître une réelle passion et un amour puissant entre deux personnages qui semblent s’être clairement bien trouvés.

Ma note :
8

Nââândé!? d’Eriko Nakamura

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Mais que pense donc une Japonaise qui vit à Paris depuis des années ? C’est ce qu’Eriko Nakamura nous propose de découvrir dans Nââândé!?, un livre qui ne manque pas d’humour.

naaande-eriko-nakamuraEdition lue :
Éditeur : Pocket
Publié le : 7 mars 2013 (Grand format : 2012)
Nombre de pages : 128
Prix : 5,95€

Ces tribulations d’une Japonaise à Paris sont donc écrites par Eriko Nakamura, ancienne présentatrice à succès sur une grande chaîne japonaise, mais désormais mariée à Charles-san, un Français, avec qui elle vit à Paris depuis dix ans au moment de l’écriture de ce livre. Dans divers thèmes du quotidien que les Japonais et les Français traitent différemment -le métro, le mariage, la grève, l’éducation, la propreté, les toilettes, le sexe ou encore le couple-, elle va souvent exprimer intérieurement un Nââândé!?, une expression japonaise qui marque l’incompréhension.

« Personne ne fantasme autant sur Paris qu’un Japonais. Et personne n’est plus choqué par Paris qu’un Japonais. »

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteure, qui rend ce petit livre bien agréable à lire. Elle a des remarques vraiment drôles sur des choses qui sont parfois pour nous normales (comme par exemple les dîners entre amis qui s’éternisent où le dessert n’arrive qu’à minuit et qu’elle pense « C’était stupéfiant : on changeait de jour et on était toujours à table ! »), ou encore lorsqu’elle nous dit qu’elle a pu découvrir tout un pan de la littérature française en attendant les Français, souvent en retard à des rendez-vous.

« Je crois que c’est avec la grève qu’on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. »

Le sous-titre, Les tribulations d’une Japonaise à Paris, est à mon sens incomplet. Je rajouterais et de son mari français à Tokyo, puisqu’elle nous parle beaucoup des déboires de son mari dans la capitale nippone, qui sont souvent très amusants. En revanche, ce livre est grand public. C’est-à-dire qu’on n’apprend pas grand chose si on connaît déjà un minimum le Japon. Certes, c’est amusant, mais on a tout de même droit à des clichés qu’on entend depuis des années, repris à toutes les sauces (sur le quartier Harajuku pour ne citer qu’un exemple). C’est évidemment ce qui fait vendre et ce qui plaît, elle exagère les traits du Japon que les Français trouvent loufoques, et elle grossit les traits des Français, en les mettant tous dans le même panier. Un point négatif qui n’est tout de même pas négligeable.

« Parfois, je me demande si les Parisiens n’aiment pas aller à la campagne pour se prendre quelques petites doses de gentillesse et d’attentions avant de recommencer une semaine… »

Un petit livre amusant qui vous fera passer certainement un très bon moment ! Il faut le lire pour ce qu’il est : un concentré de petites anecdotes drôles du quotidien, parfois un peu poussées et exagérées, mais qui parviennent tout de même à mettre en évidence les différences entre nos deux pays.

Ma note :
7

 

La clef de Junichirô Tanizaki

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Il sera aujourd’hui question d’un roman très particulier. Il s’agit de La clef de Junichirô Tanizaki, dont le sous-titre en dit long sur ce qui vous attend : La confession impudique.

la-clef-junichiro-tanizakiEdition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 20 mars 2003
Publié au Japon en : 1956
Nombre de pages : 195
Prix : 7,20€

Dans La clef, on suit un couple mature. Lui a 56 ans, elle 45. Il se fait vieux et se plaint de la libido de sa femme qu’il n’arrive plus à satisfaire. Sa femme est en effet très demandeuse sexuellement et n’hésite pas à épuiser son mari. Ce dernier va découvrir un stimulant comme il n’en avait jamais connu auparavant : la jalousie. Pour cela, il va tenir un journal intime pour que sa femme le lise. Elle va en faire de même. Ils vont donc chacun lire le journal de l’autre, sans pour autant en parler et se l’avouer. De là va commencer une aventure pour le moins perverse…

« Alors que nous sommes mariés depuis plus de vingt ans, que notre fille est en âge de se marier à son tour, formons-nous vraiment un couple, nous qui, au lit, nous contentons d’accomplir la chose en silence, sans jamais échanger aucun tendre aveu ? »

Mais voilà, pour se rendre jaloux, il y a besoin d’une troisième personne. Et c’est là que le roman devient tordu à mon sens. En effet, ce couple a une fille qui a un prétendant : un certain Kimura. Mais le vieil homme va se rendre compte que ce Kimura ne convoite pas sa fille, mais plutôt sa femme. Celle-ci semble aussi être attirée par Kimura (plus par lui que par son mari d’ailleurs, qui le dégoûte, lui et ses pratiques fétichistes), et cette jalousie va exciter son mari au plus haut point. Leur fille va même devenir en quelque sorte complice de cette histoire plutôt malsaine.

« Dire que j’ai épousé quelqu’un d’aussi détestable, qui me convient si peu ! Ah ! Si seulement à la place j’avais pu avoir M. Kimura pour mari, ne puis-je m’empêcher de soupirer chaque jour. »

Ce roman pose donc la question des limites : jusqu’où peut-on aller pour faire renaître le désir dans son couple ? À mon avis, ce couple va bien trop loin et cette histoire m’a grandement mis mal à l’aise. Le problème, c’est qu’ils écrivent chacun dans le but d’être lu par l’autre, et non par nous. Je ne voulais pas en savoir autant, je ne voulais pas lire leurs journaux intimes ! Et pourtant, on est là, au milieu, en train de voir ce couple pris dans un tourbillon de jalousie et d’actions qui vont finir par aller trop loin. Même si le roman est intéressant sur un point de vue psychologique et de couple, j’étais bien content quand j’ai pu le refermer, d’autant plus que la dernière partie est ennuyeuse au possible.

« Tout en sachant pertinemment que l’autre nous lirait, nous nous arrangions ainsi, mon mari et moi, pour rendre le parcours tortueux, en érigeant des barrières, en dressant des obstacles, de façon à ne jamais être sûr que l’autre soit parvenu à ses fins. »

Si vous voulez être mal à l’aise, n’hésitez vraiment pas à lire ce roman ! En revanche, si vous ne voulez pas spécialement entrer dans l’intimité d’un couple prêt à tout pour faire évoluer leur désir, ce n’est pas une lecture que je vous conseillerais.

Ma note :
6

L’école de la chair de Yukio Mishima

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vais vous présenter L’école de la chair, un roman de mon auteur japonais préféré : Yukio Mishima ! Plongeons ensemble dans cette lecture charnelle.

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Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 mars 1995
Publié au Japon en : 1963
Nombre de pages : 288
Prix : 8,20€

L’action de l’école de la chair se déroule dans les années 1960, quelques années après la défaite du Japon. Dans ce roman, on va suivre principalement Taeko Asano, 39 ans, une femme divorcée, riche, libérée et indépendante, comme son groupe d’amies. Avec celles-ci, elle va se rendre dans un bar pour homosexuels et va tomber sous le charme du barman, Senkichi, 21 ans, qui est aussi gigolo. Elle va l’aimer passionnément, ils vont entretenir une relation ensemble pour le moins étrange : elle, va tenter de rentrer dans son monde, de faire des efforts pour ne pas être jalouse, d’essayer de lui laisser de la liberté, et lui, va simplement vivre, sans réellement lui porter un amour ni un respect incroyables. Ils sont mal assortis, il ne prend pas toujours soin de son apparence, il a des loisirs opposés à ceux de Taeko, mais, pourtant, ils vont partager un bout de chemin ensemble dans cette société qui semble s’être perdue avec l’évolution de ses mœurs.

« Pour Taeko, le sourire hautain des femmes occidentales, qu’elle était pratiquement une des seules au Japon à pouvoir si bien imiter, n’avait plus de secret. »

Je vais commencer par préciser que Yukio Mishima est mon auteur préféré. J’en ai parlé quelques fois sur ce blog, mais je n’ai pas parlé de toutes mes lectures de cet auteur, parce que justement, j’ai du mal à en parler (comme pour Le Pavillon d’or qui est un chef-d’oeuvre et qui n’est pas sur mon blog). Ici encore, Mishima nous propose un roman fort et intéressant, pour plusieurs points. On assiste en effet à une réelle émancipation des femmes dans cette société d’après-guerre, le trio d’amies est composé de femmes qui travaillent dur et qui sont entièrement indépendantes. Elles s’habillent avec des marques venues de l’Occident, sont libérées financièrement et sexuellement. C’est une partie de l’histoire du Japon et de cette frange de la société très intéressante tant elle contraste avec la société japonaise traditionnelle.

« Sur la toile de fond de ces néons, dans la musique des haut-parleurs et le klaxon des voitures, il y avait un pachinko lumineux, où un jeune garçon, seul et beau, était entièrement absorbé par une machine insensée. »

Cette société a aussi dû s’ouvrir aux étrangers et ceux-ci sont omniprésents dans ce roman, en arrière-plan de nombreuses scènes. Ces étrangers exercent tantôt une attraction folle et tantôt un mépris non caché. Et tout cela fait en fait partie des thèmes chers à Yukio Mishima, et sa plume est ici encore très plaisante et le roman se lit étonnement tout seul (contrairement à d’autres un peu plus complexes à lire qu’il a pu faire). On a notamment cette scène fantastique, totalement mishimesque lorsque le couple est à l’auberge et que Taeko pense au bonheur que cela serait s’ils se donnaient la mort ensemble à ce moment-là ! C’est tout lui, et cette folle histoire d’amour – ou de passion – est intelligente et parvient à surprendre, on est derrière Taeko qui va absolument être prête à tout pour ne pas perdre ce jeune homme qui lui fait tourner la tête.

Un roman de Mishima dans lequel il parle de l’amour, mais aussi, et surtout, de la société japonaise des années 1960. Il décrit avec précision, avec humour parfois, et toujours avec sa vision si particulière qu’il a de son pays, ces femmes indépendantes et leur passion pour tout ce qui sort du lot et qui ne leur ôtera pas leur liberté.

Ma note :
8

Haiku érotiques

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Ce samedi, je vous propose un peu d’érotisme à la japonaise ! Le tout en haiku, écrit à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, voici les « Haiku érotiques » !

haiku-erotiquesEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Mai 2000
Nombre de pages : 192
Prix : 6,50€

Ce petit recueil d’haiku est pour le moins original ! Il est difficile d’en parler, mais ce que je peux vous dire, c’est que le recueil est divisé en six parties, selon ceux concernés par les haikus : les moines, les dames du palais, la vie conjugale, les domestiques, les veuves et les courtisanes. On peut de plus y trouver des petites illustrations érotiques de temps en temps, pour accompagner les haiku qui n’y vont parfois pas par quatre chemins (on peut notamment être surpris par la place importante que prenaient ce qu’on appelle aujourd’hui les « sex toys » qui pouvaient être réalisés de bien diverses façons pour plaire aux dames du palais).

Ce qui est également intéressant et qui aide à la compréhension, c’est qu’il y a presque toujours avant un haiku ou une série de haikus, une petite phrase ou un petit paragraphe pour expliquer certaines choses, certains termes, et en faire une sorte d’histoire qui rend la lecture très agréable !

Et voici, pour que vous puissiez vous en faire une petite idée, trois petits haiku que j’ai sélectionnés pour vous :

« Quand il dresse son mât
l’épouse s’empresse alors
de prendre la barre 
»

« Ne serait-ce qu’une fois
laisse-moi passer en dessous
insiste l’épouse »

« Quand on a d’un buffle
retiré les cornes, deux dames
s’en trouvent fort bien 
»

Un recueil qui saura ravir les amateurs d’haiku et de coquineries, et qui permet en plus de découvrir comment s’exprimait l’érotisme il y a de cela un peu plus de deux siècles. Une lecture qui ne vous laissera pas indifférents !

Ma note :
7

Bleu presque transparent de Ryû Murakami

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Attention les yeux, voici un roman dont vous avez certainement déjà entendu parler et/ou que vous avez déjà lu, qui nous décrit avec une (trop ?) grand précision la dépravation de certains jeunes dans les années 1970. Allons-y.

bleu-presque-transparent-ryu-murakamiEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 1999
Édition originale en japonais : 1976
Nombre de pages : 203
Prix : 6,60€

Ce roman nous propose de suivre un groupe d’amis, dont le narrateur s’appelle Ryû. On est dans la deuxième moitié des années 1970, période à laquelle Ryû Murakami a écrit ce roman. Celui-ci est d’ailleurs en partie autobiographique. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler : nous suivons plutôt cette bande, même pas 20 ans pour la plupart, qui passe ses journées et ses soirées à se droguer, à avoir des relations sexuelles à deux ou à plusieurs, à boire.

« À chaque respiration, j’oublie un peu plus qui je suis. Je sens toutes sortes de choses couler et fuir de mon corps ; je deviens une marionnette. »

C’est une lecture difficile. Comme souvent, Ryû Murakami n’hésite pas à être cru, parfois un peu trop. Mais cela est bien entendu volontaire et permet d’accentuer sur le côté sale de la chose, que ce soit par rapport à des relations sexuelles ou des tentatives de suicide. Ces jeunes sont des zombies, leurs jours se ressemblent. Ils peuvent faire des activités différentes, des concerts, prendre le métro, passer du temps entre amis, au final toutes ces activités se ressemblent puisqu’elles se font dans un état d’ivresse plus qu’avancé ou sous l’emprise de drogues diverses et variées.

« La sensation de me changer en marionnette est de plus en plus vive. Je n’ai qu’à bouger comme ils le veulent, je ne suis plus qu’un esclave ; immensément heureux d’être cela. »

Je n’ai pas pris de plaisir lors de cette lecture. J’ai parfois été pris de dégoût, chose qui ne me surprend même plus, tant je connais cette sensation à la lecture des romans de Ryû Murakami. J’ai à vrai dire tenté Chansons populaires de l’ère Showa, Miso Soup, Love & Pop. Toutes m’ont laissé un mauvais goût en bouche. Seul Kyoko m’a réellement plu. Mais pourtant je persiste. Parce que malgré tout, c’est un des rares auteurs à décrire cet univers sans faire preuve d’auto-censure, sans se limiter, sans nous épargner les côtés sales. Il décrit des faits de société obscurs, mais qui sont pourtant toujours là, même si bien cachés par la façade lisse que le Japon sait si bien mettre en avant. Pour ça, c’est un auteur à lire. De plus, dans ce roman, on retrouve des passages décrivant avec précision et parfois avec beauté la montée de la drogue ou de l’alcool dans l’esprit, qui nous coupent un peu des passages sordides, et ça fait du bien.

C’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Ryû Murakami nous fait plonger dans le monde de la drogue, du sexe et de l’alcool, le tout à fortes doses, prenant le dessus sur la réalité. Une lecture difficile, mais qui a le mérite de montrer une face de la société japonaise comme on ne la voit que rarement : l’auto-destruction d’une jeunesse désenchantée.

Ma note :
5

 

Install de Risa Wataya

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Il est aujourd’hui temps de découvrir une auteure que je n’ai pas encore évoqué sur ce blog : Risa Wataya. C’est une jeune romancière née en 1984 qui a sorti son premier roman à l’âge de 17 ans. Et c’est justement de ce roman dont je vais vous parler maintenant, qui se nomme Install (インストール), et dont la couverture ne donne peut-être pas très envie. 

install-risa-wataya

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier (Format poche)
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 108
Prix : 5,60€

Dans ce court roman, on va suivre Asako, une jeune fille ayant déserté son lycée pour ne pas avoir à subir les examens, et Kazuyoshi, un jeune geek de 10 ans qui habite dans le même immeuble qu’Asako. Ces deux personnages vont un jour se croiser, puis vont faire affaire ensemble… en gérant un site pour adultes. Ils vont ainsi se faire passer, à tour de rôle, pour une jeune mère célibataire rémunérée pour discuter avec des hommes sur Internet et, bien entendu, pour les exciter…

Ce roman est assez troublant. On suit un bref épisode de la vie de deux jeunes Japonais (dont Kazuyoshi, un peu jeune à mon goût pour pratiquer ce genre d’activités) qui s’évadent à leur façon de ce que leur impose la société japonaise, et notamment le stress provoqué par le système scolaire et ses examens, en ce qui concerne notre héroïne Asako. Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est que c’est celle-ci qui va être formée par le jeune garçon, qui va l’initier à ce monde étonnant, où discuter avec des hommes peut assouvir une part de leurs désirs quand on sait s’y prendre. Asako va ainsi découvrir comment parler à ces hommes et tenter de comprendre leurs attentes pour pouvoir être efficace et leur donner envie de revenir… Même si cela peut être un problème lorsque deux personnes différentes se font passer pour cette même mère célibataire en manque d’affection.

Le roman est cependant plaisant à lire et ne bascule pas dans la vulgarité. Il permet de montrer en une centaine de pages seulement une jeunesse japonaise qui souhaite s’évader et se couper du monde extérieur, et qui ne semble plus dialoguer avec leurs parents – préférant discuter avec des inconnus sous une fausse identité pour de l’argent, ce qui semble moins contraignant pour eux. Un petit moment de lecture pour le moins original !

Ma note :
7

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