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Archives de Tag: société

L’île de Tokyo de Natsuo Kirino

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure que j’aime beaucoup. Après avoir lu OUT, Monstrueux et Le vrai monde, j’ai embarqué sur L’île de Tokyo ! Partons avec Natsuo Kirino sur cette île si particulière.

ile-de-tokyo-natsuo-kirinoEdition lue :
Éditeur : Seuil
Publié en : 2013 (édition originale en japonais : 2008)
Nombre de pages : 281
Prix : 22,50€

Dans ce roman, Natsuo Kirino nous emmène donc sur une île déserte sur laquelle se trouvent des naufragés japonais. Trente-et-un hommes de tous âges. Et une femme : Kiyoko, 46 ans. En étant la seule femme de l’île, celle-ci est en quelque sorte la reine de cette société qui tente de se reconstruire. Les hommes vont prendre soin d’elle et la chérir, et, bien qu’elle doive se marier avec un nouvel homme tous les deux ans, Kiyoko doit également assouvir les besoins de ses concitoyens. Ils attendent tous qu’un navire vienne les sauver, mais ils sont déjà là depuis de longs mois… Tout pourrait continuer ainsi, mais l’arrivée de Chinois sur l’île va quelque peu bouleverser leur quotidien.

« Son existence était précieuse, objet de convoitises effrayantes, qu’on ne voulait toutefois pas mettre en danger. »

Les Chinois vont très vite mieux se débrouiller que les Japonais. Ils vont mieux organiser leur survie, ils vont mieux s’occuper de la nourriture, se construire ce dont ils ont besoin. Et un jour, ils vont construire un radeau et demander à Kiyoko de venir avec eux. Kiyoko ne va pas hésiter et va vouloir retrouver la terre ferme. Malheureusement, cela ne va pas se passer comme prévu et ils vont atterrir à nouveau sur l’île de Tokyo. Mais à leur retour, les choses ont changé. Les Japonais, et notamment son mari du moment, n’ont pas apprécié que Kiyoko les trahisse et s’en aille avec les Chinois et ne vont plus vraiment la respecter. Kiyoko, d’abord dépitée, va ensuite tenter de trouver un autre moyen de redevenir le centre de cette île et de ses habitants. Et elle a en elle un élément qui va pouvoir l’aider dans sa misson.

« Six coquillages avaient été déposés sur le sol. Les participants devaient les ouvrir, du plus âgé au plus jeune : celui qui trouvait une inscription à l’intérieur était désigné comme nouveau mari. »

J’ai un avis très mitigé sur ce roman. Je dois dire que Natsuo Kirino m’a déçu. Autant j’avais adoré les romans que j’avais pu lire d’elle, autant là, durant toute la première moitié du livre, j’étais dans l’incompréhension. En effet, le sujet de base est intéressant, mais on se perd et on s’ennuie royalement. On nous décrit la vie sur l’île, le pouvoir qu’a Kiyoko, et aussi certains personnages dont on ne comprend pas trop pourquoi elle nous en parle. C’est de l’ennui total. J’ai failli refermer le livre après une centaine de pages, mais j’ai pourtant persisté. Et ce n’était finalement pas une si mauvaise idée que ça.

« Peut-être devrait-elle essayer de trouver d’autres raisons d’exister sur cette île que le sexe ? »

En effet, à partir de la moitié, le roman prend une tournure très intéressante. J’ai eu l’envie de tourner les pages, de connaître la suite. Le récit est très bien construit (un peu tardivement, certes), puisqu’on revient dans le passé, on suit des personnages qui ne nous semblaient pas intéressants au premier abord, on navigue entre le moment présent, leur arrivée sur l’île et tous les événements qui les ont conduit jusqu’ici. Les histoires se croisent et le sort et la psychologie des personnages prennent enfin une tournure qui donnent envie de lire, d’en apprendre plus sur eux, et ça c’est très plaisant ! L’évolution des personnages de Kiyoko et de Watanabe notamment est bien développée, et le développement de leur société suite à l’arrivée d’un autre peuple est aussi très bien construit. Voilà une bonne raison de ne pas lâcher le roman malgré un début déplaisant.

Un roman de Natsuo Kirino très différent des précédents parus en France. Le début m’a malheureusement ennuyé, ce qui est rare avec cette auteure, mais la seconde moitié du roman relève le niveau et devient intéressante, si intéressante que j’ai voulu enchaîner les chapitres. Un avis mitigé sur ce roman, mais grâce à une fin plus que réussie, je reste sur une note positive !

Ma note :
6

Le Jour de la Gratitude au Travail d’Akiko Itoyama

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Parlons travail en ce vendredi, avec un recueil de deux nouvelles portées par une narratrice féminine sur ce sujet : j’ai nommé Le Jour de la Gratitude au Travail d’Akiko Itoyama !

le-jour-de-la-gratitude-au-travail-akiko-itoyamaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Sorti en : 2010
Nombre de pages : 120
Prix : 5,60€

La première nouvelle est éponyme et notre narratrice est une femme sans emploi et célibataire de 36 ans. Au Japon, ce pays en retard sur la condition des femmes, ça coince un peu, et c’est pourquoi sa vieille voisine veut lui faire aller à une rencontre arrangée avec un homme un peu enrobé et amoureux de son entreprise. C’est une nouvelle plaisante, principalement grâce au caractère de la narratrice. En effet, on a accès à ses pensées directes, sans filtre, et elle a un grand sens de l’humour. On connaît ses pensées, amusantes le plus souvent, en réaction à ce que lui disent les différents personnages et on apprend à connaître la façon de pensée de cette femme qui s’est retrouvée au chômage après avoir frappé son patron qui avait les mains baladeuses. Suite au rendez-vous arrangé, assez hilarant grâce au portrait que dresse la narratrice de son prétendant, on suit également un échange de cette narratrice avec une de ses anciennes collègues. C’est intéressant sur le principe, puisqu’elles parlent notamment de la condition des femmes dans le monde du travail au Japon et de leur évolution, mais ça reste plutôt en surface, ce qui est un peu dommage…

« M. Nobeyama, s’il faut le décrire, faisait penser pour le visage à un pain rond fourré à la pâte de haricots qu’on aurait frappé du poing au beau milieu. »

La deuxième nouvelle de ce court recueil s’intitule « J’attendrai au large » et a été récompensée du Prix Akutagawa en 2005 (contrairement à ce que raconte la 4ème de couverture qui dit que c’est la nouvelle éponyme qui a obtenu le Prix, mais passons…). On suit deux collègues qui débutent leur carrière professionnelle en étant mutés à Fukuoka après des études à Tokyo : la narratrice, Oikawa, et son collègue masculin Futo. Ils vont s’apprécier et traverser différentes étapes ensemble. Ce qui est intéressant dans cette nouvelle est l’évolution de leur carrière, la place qu’ils vont avoir, comment va évoluer leur travail, notamment après l’éclatement de la bulle économique. Après que Futo soit muté, nos deux personnages vont se retrouver pour se faire une promesse, qui m’a un peu glissé dessus et dont on aurait à mon avis pu se passer.

Un petit recueil qui nous présente le monde du travail au Japon du côté des femmes, en restant plutôt en surface. On a donc affaire à deux histoires plutôt légères qui se lisent bien, même si un peu plus de profondeur n’aurait pas été de refus, puisqu’il y a énormément de choses à dire sur ce sujet !

Ma note :
7

Bleu presque transparent de Ryû Murakami

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Attention les yeux, voici un roman dont vous avez certainement déjà entendu parler et/ou que vous avez déjà lu, qui nous décrit avec une (trop ?) grand précision la dépravation de certains jeunes dans les années 1970. Allons-y.

bleu-presque-transparent-ryu-murakamiEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 1999
Édition originale en japonais : 1976
Nombre de pages : 203
Prix : 6,60€

Ce roman nous propose de suivre un groupe d’amis, dont le narrateur s’appelle Ryû. On est dans la deuxième moitié des années 1970, période à laquelle Ryû Murakami a écrit ce roman. Celui-ci est d’ailleurs en partie autobiographique. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler : nous suivons plutôt cette bande, même pas 20 ans pour la plupart, qui passe ses journées et ses soirées à se droguer, à avoir des relations sexuelles à deux ou à plusieurs, à boire.

« À chaque respiration, j’oublie un peu plus qui je suis. Je sens toutes sortes de choses couler et fuir de mon corps ; je deviens une marionnette. »

C’est une lecture difficile. Comme souvent, Ryû Murakami n’hésite pas à être cru, parfois un peu trop. Mais cela est bien entendu volontaire et permet d’accentuer sur le côté sale de la chose, que ce soit par rapport à des relations sexuelles ou des tentatives de suicide. Ces jeunes sont des zombies, leurs jours se ressemblent. Ils peuvent faire des activités différentes, des concerts, prendre le métro, passer du temps entre amis, au final toutes ces activités se ressemblent puisqu’elles se font dans un état d’ivresse plus qu’avancé ou sous l’emprise de drogues diverses et variées.

« La sensation de me changer en marionnette est de plus en plus vive. Je n’ai qu’à bouger comme ils le veulent, je ne suis plus qu’un esclave ; immensément heureux d’être cela. »

Je n’ai pas pris de plaisir lors de cette lecture. J’ai parfois été pris de dégoût, chose qui ne me surprend même plus, tant je connais cette sensation à la lecture des romans de Ryû Murakami. J’ai à vrai dire tenté Chansons populaires de l’ère Showa, Miso Soup, Love & Pop. Toutes m’ont laissé un mauvais goût en bouche. Seul Kyoko m’a réellement plu. Mais pourtant je persiste. Parce que malgré tout, c’est un des rares auteurs à décrire cet univers sans faire preuve d’auto-censure, sans se limiter, sans nous épargner les côtés sales. Il décrit des faits de société obscurs, mais qui sont pourtant toujours là, même si bien cachés par la façade lisse que le Japon sait si bien mettre en avant. Pour ça, c’est un auteur à lire. De plus, dans ce roman, on retrouve des passages décrivant avec précision et parfois avec beauté la montée de la drogue ou de l’alcool dans l’esprit, qui nous coupent un peu des passages sordides, et ça fait du bien.

C’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Ryû Murakami nous fait plonger dans le monde de la drogue, du sexe et de l’alcool, le tout à fortes doses, prenant le dessus sur la réalité. Une lecture difficile, mais qui a le mérite de montrer une face de la société japonaise comme on ne la voit que rarement : l’auto-destruction d’une jeunesse désenchantée.

Ma note :
5

 

Heaven de Mieko Kawakami

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Ce vendredi, je vous propose de découvrir le nouveau roman de Mieko Kawakami traduit en français qui se nomme Heaven, et qui vous fera suivre l’amitié de deux adolescents victimes d’harcèlement au collège… C’est parti !

heaven-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 6 avril 2016
Édition originale en japonais : 2009
Nombre de pages : 256
Prix : 21,00€

Le narrateur est un collégien victime d’harcèlement de la part d’une bande de camarades de classe. Il est violemment maltraité, que ce soit physiquement ou verbalement. À cause de son strabisme, ils l’appellent Paris-Londres (lorsqu’un œil regarde à Paris, l’autre est sur Londres), et lui en font voir de toutes les couleurs : ils lui font manger des craies, l’enferment dans un casier, le frappent… Un jour, il va recevoir un mot étrange, suivi d’autres, dont un qui lui donne rendez-vous après les cours. Bien qu’il pensait qu’il allait encore se faire frapper, il en est tout autre : c’est Kojima, une camarade de classe qui lui a donné rendez-vous. Elle est également victime d’harcèlement par des filles de la classe, puisqu’elle a une très mauvaise hygiène (volontairement cependant). À partir de cette rencontre, les deux adolescents vont nouer une amitié forte et particulière, vont s’écrire de nombreuses lettres et se voir quelques fois en dehors des cours.

« C’était la première fois que j’écrivais des lettres à quelqu’un, je ne savais pas quoi dire ni comment, mais après avoir minutieusement taillé mon crayon, j’écrivais ce qui me passait par la tête, puis je gommais, puis je recommençais, et au bout du compte ça arrivait à faire quelque chose. »

C’est un roman sur l’amitié, mais surtout sur l’ijime, l’harcèlement scolaire que subissent des milliers d’adolescents au Japon. Il y a tout d’abord de beaux passages apportés par le rapprochement de ces deux collégiens, qui, par leurs tristes similitudes vont se comprendre comme personne d’autre ne les avait compris auparavant. Ils s’écrivent beaucoup, parlent de leur quotidien, mais jamais de leur maltraitance. Ils apprennent à se connaître de cette façon et ce mode de communication prend une grande importance pour eux. Un passage est notamment très beau : lorsque Kojima dit au narrateur qu’elle aime ses yeux. Une chose simple en apparence, mais vraiment forte et poétique pour ce jeune homme qui n’a jamais entendu ces mots à son égard. Kojima va de plus emmener le narrateur dans un musée pour lui montrer un tableau qu’elle a renommé Heaven, que chacun peut interpréter comme il le souhaite.

« À la fin du semestre, en fait j’aimerais te montrer un endroit. Si on laisse passer ces vacances, après ce sera trop tard. Tu veux savoir où c’est ? C’est Heaven. »

Mais à côté de ce lien si beau et si fort qui se crée, la réalité n’est que plus dure. On a un certain décalage entre la douceur et la relation qu’entretiennent ces adolescents, et la violence qu’ils doivent supporter au quotidien. La scène la plus difficile est sans aucun doute lorsque le narrateur est forcé de mettre sa tête dans un ballon de volley pour que ses bourreaux puissent jouer au « football humain » avec sa tête comme balle. Et cela est encore plus difficile à supporter pour nous, lecteurs occidentaux, puisque ce livre présente l’essence même d’un aspect difficilement concevable pour nous de la philosophie de vie japonaise. En effet, alors qu’on a envie de crier au narrateur « fais quelque chose, parles-en, rebelle-toi, ne te laisse pas faire, n’y va pas », lui n’en fera rien et adoptera le mode de pensée japonais du « shouganai » (しょうがない), qui signifie « on ne peut rien y faire », « c’est inévitable ». Et cela rend la lecture encore plus difficile pour nous et elle ne peut que nous toucher encore plus.

« Au collège, nous étions impuissants, mais je me souvenais que souvent rien que la voir de dos m’avait sauvé du désespoir. »

Avec Heaven, Mieko Kawakami parvient une fois de plus à nous décrire un aspect difficile de la société japonaise, et le mode de pensée si particulier de son peuple dans certaines situations. C’est certes un roman dur et violent, mais il apporte aussi une certaine beauté grâce aux deux personnages principaux, qui, même s’ils n’y peuvent rien, ne sont plus seuls face à la violence qu’ils doivent subir.

Ma note :
7

Le vrai monde de Natsuo Kirino

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Après avoir épuisé les centaines de pages de Natsuo Kirino avec OUT (chroniqué ici) puis Monstrueux, je suis passé à un format plus court de cette auteure, qui procure cependant (presque) autant de plaisir que ces deux œuvres. Direction : Le vrai monde.

le-vrai-monde-natsuo-kirinoEdition lue :
Éditeur : Points
Publié en : 2011
Édition originale en japonais : 2003
Nombre de pages : 254
Prix : 6,60€

Il est vrai qu’on peut être surpris lorsque l’on tient ce roman entre les mains : il ne fait « que » 254 pages, contre les 655 pages du best-seller Out ou les 716 pages du délicieux Monstrueux. Natsuo Kirino reste pourtant fidèle à elle-même et à ses thèmes de prédilection, à savoir le meurtre et une psychologie des personnages développée à merveille.

« Il faut s’y faire : le monde est tordu. »

Tout commence lorsque « le lombric », surnommé ainsi à cause de son apparence peu attirante, décide de violemment tuer sa mère – à coup de batte de baseball. Toshi, sa voisine, a entendu un bruit étrange lors du meurtre, sans pour autant s’inquiéter. Malgré cela, elle va se retrouver impliquée avec trois de ses amies dans la fuite du lombric. Chaque chapitre a droit à son narrateur : Toshi, la voisine, Yuzan, qui a perdu sa mère et qui est secrètement (ou presque) lesbienne, Kirarin, qui aime jouer avec les hommes mais qui est marquée par la tromperie de son ex petit-ami, Terauchi, l’élève sérieuse en apparence, et le fameux lombric, un jeune voyeur méprisant ses parents. Le lombric va être une sorte de fascination pour ces quatre amies, qui vont se sentir attirées par lui et surtout par son acte. Alors qu’il est recherché par tout le Japon et qu’on parle de lui dans tous les médias, ces jeunes filles vont devenir ses complices, chacune à sa façon.

« Tu n’aurais pas envie de revenir dans le monde réel ?
– Je ne peux pas, dit-il calmement. Maintenant, ma réalité, c’est ça. »

Mais ce qui est fort dans ce roman, et pour ça Natsuo Kirino nous dévoile encore une fois son talent (dont on ne doute plus), c’est que la pire personne n’est pas forcément le lombric – chacune des jeunes filles a sa part d’ombre qu’elle exprime plus ou moins explicitement. Ces amies semblent cependant ne pas être dans une relation amicale comme on pourrait l’entendre – on retrouve ici le même type de relation que dans le roman OUT, où quatre femmes travaillent ensemble sans forcément s’apprécier. Peut-être ces adolescentes sont-elles les mêmes femmes que l’on retrouve des années plus tard dans OUT ? Chacune a ici ses secrets, même si souvent chacune sait tout sur les trois autres et ne se gêne pas pour donner son avis, souvent méprisant et méprisable. Natsuo Kirino fait donc, comme à son habitude, preuve d’une grande violence, que ce soit lorsque le lombric parle de ses parents, lorsque les filles nous disent sans barrière ce qu’elles ont sur le cœur, ou lors du meurtre de la mère.

« Ses cheveux collaient, trempés de sang, tandis qu’elle rampait vers la cuisine. »

Il est, de plus, très intéressant de suivre l’action et la fascination de ses filles pour ce tueur, qui n’éprouve aucun remord et qui semble se croire au-dessus de tout et surtout en dehors du monde. Pourtant, Natsuo Kirino pousse encore plus loin en en profitant pour aborder et dénoncer des thèmes qui lui sont chers, que l’on peut notamment retrouver dans ses autres romans. La société japonaise en prend encore pour son grade, avec ses pervers, ses salarymen qui ne voient presque plus leur famille, le système scolaire et les écoles de bachotage dont elle compare le travail nécessaire à la mort, ou encore la place des femmes dans le monde du travail.

En conclusion, on est en présence d’un roman de Natsuo Kirino différent des plus longs qu’elle a pu écrire, mais dont l’essence est la même. Le talent de cette auteure se ressent toujours autant, et elle parvient à nous faire nous questionner sur une chose : Quel est le vrai monde ? La normalité en apparence -quatre lycéennes- ne serait-elle pas au final plus difficile à regarder que la réalité montrée par les marginaux et les criminels ?

Ma note :
8

Log Horizon (Tome 1) de Mamare Touno

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un light novel que j’ai lu récemment : le premier tome de Log Horizon de Mamare Touno ! « Mais qu’est-ce qu’un light novel ? », entends-je. Et bien il s’agit tout simplement d’un roman japonais destiné à un public de jeunes adultes, souvent liée à un manga ou un anime, ou les deux (le light novel est souvent le format de départ, mais pas toujours). Maintenant que les bases sont posées, préparez vos manettes et rentrons ensemble dans le monde virtuel de Log Horizon !

log-horizon-t1-mamare-touno
Édition lue :
Éditeur : Éditions Ofelbe
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2000)
Nombre de pages : 473
Prix : 19,90€

Sachez tout d’abord pour ceux que ça intéresse qu’il existe un manga et un anime de Log Horizon, qui ont été fait après cette série de light novels (qui est d’ailleurs toujours en cours au Japon). Je ne connaissais pas l’histoire avant de commencer à lire ce premier tome, qui contient en fait les deux premiers tomes japonais, et en lisant le résumé, cela me faisait penser à Sword Art Online, un classique pour ce qui est de personnages coincés dans un jeu vidéo. Et bien, Log Horizon est en fait très différent !

On suit en effet Shiroe, un très grand joueur du jeu Elder Tale. Il est au niveau maximum (90) et a une certaine réputation dans le jeu. Seulement, un jour, après une mise à jour, lui et tous les autres joueurs vont se retrouver coincés à l’intérieur du jeu. Il va retrouver Naotsugu, un ami de jeu qu’il avait aussi rencontré dans la vie réelle, un brin pervers. Ensemble, ils vont essayer de comprendre ce qui se passe, et vont vite réaliser qu’il ne semble pas y avoir de façon de retourner au monde réel et qu’ils sont bloqués dans ce monde virtuel et qu’ils vont donc devoir apprendre à y vivre, avec tout ce que ça implique : logement, nourriture, mais aussi stratégies et combats. Et sur leur route, Shiroe va retrouver et rencontrer de nouveaux alliés, comme Akatsuki, jeune fille à l’air frêle et innocent mais qui est en réalité un Assassin redoutable. Et on va donc pouvoir suivre leurs aventures dans ce double-roman !

« Cet endroit, il l’avait déjà vu, mais il n’aurait pas dû y être réellement. La seule explication qui lui venait à l’esprit : ils avaient été transportés à l’intérieur du jeu Elder Tale et leurs avatars étaient devenus leurs vrais corps. »

Première chose que j’ai aimé : le livre est vraiment beau et c’est un vrai bonheur de l’avoir dans sa bibliothèque. Les Éditions Ofelbe ont en effet réalisé un très bon travail sur ce livre, que ce soit sur les deux rabats intérieurs (de très beaux dessins et une carte bien sympathique d’Akiba), sur la mise en page, sur les illustrations qui ponctuent le texte et nous permettent de mieux imaginer certains passages, bref, c’est un livre à avoir !

Ensuite, l’originalité de Log Horizon réside dans les détails qui nous sont donnés. Il n’est pas du tout nécessaire de s’y connaître en MMORPG (je n’en ai d’ailleurs jamais joué) – et surtout l’auteur répond à toutes les questions qu’on peut se poser sur ce monde virtuel : le budget dont ils ont besoin pour dormir, pour manger, pour s’acheter des vêtements, etc… Tout le côté pratique qui est souvent laissé de côté dans d’autres séries est ici bien expliqué et rend le roman plus réaliste et plus prenant. À ce propos, j’ai aussi vraiment apprécié le décor : on se trouve en fait dans un monde très proche du Japon réel (avec pour centre le quartier d’Akihabara -Akiba pour les intimes- bien qu’il soit plus sauvage) et les voyages (pour aller à Susukino par exemple, qui se trouve au nord du Japon) deviennent ainsi réalistes et on peut se représenter facilement le trajet qu’ils ont à parcourir. Les personnages sont aussi vraiment sympathiques. Que ce soit Shiroe, Naotsugu, Akatsuki, nos trois héros principaux dotés d’une force extrême et de personnalités très attachantes, ou tous ceux qu’ils vont rencontrer, c’est un vrai bonheur de les suivre, de les voir interagir et de les voir s’acclimater à ce nouveau monde.

« Nous ignorons complètement comment faire pour revenir dans le monde d’où nous venons. Aussi cruelle et brutale que soit cette réalité, c’est désormais la nôtre. »

Et enfin, j’ai beaucoup aimé la tournure que prennent les événements. Je ne veux pas trop vous en dire non plus, mais la société n’évoluera pas d’une façon très saine, et cela touchera Shiroe, qui pourtant pense qu’il ne pourra rien faire pour l’améliorer, puisqu’il n’est qu’une joueur solo, n’appartenant à aucune guilde. À partir de là, le développement de son personnage va être très intéressant (et intelligent) et tout ce qui va se passer va être superbement mis en scène ! J’ai beaucoup adoré cette partie qui clôt ce roman.

Pour faire court, c’est une lecture agréable à plusieurs niveaux : le décor, qui est très bien expliqué, détaillé et cohérent, les personnages, attachants et parfois drôles, et l’histoire, qui va être riche en rebondissements et qui est très bien menée. Un réel plaisir de lecture, les pages se tournent toutes seules, et une fois le roman refermé on n’a qu’une hâte : que le mois de mai arrive très vite pour pouvoir lire le tome 2 !

Ma note :
8

Install de Risa Wataya

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Il est aujourd’hui temps de découvrir une auteure que je n’ai pas encore évoqué sur ce blog : Risa Wataya. C’est une jeune romancière née en 1984 qui a sorti son premier roman à l’âge de 17 ans. Et c’est justement de ce roman dont je vais vous parler maintenant, qui se nomme Install (インストール), et dont la couverture ne donne peut-être pas très envie. 

install-risa-wataya

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier (Format poche)
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 108
Prix : 5,60€

Dans ce court roman, on va suivre Asako, une jeune fille ayant déserté son lycée pour ne pas avoir à subir les examens, et Kazuyoshi, un jeune geek de 10 ans qui habite dans le même immeuble qu’Asako. Ces deux personnages vont un jour se croiser, puis vont faire affaire ensemble… en gérant un site pour adultes. Ils vont ainsi se faire passer, à tour de rôle, pour une jeune mère célibataire rémunérée pour discuter avec des hommes sur Internet et, bien entendu, pour les exciter…

Ce roman est assez troublant. On suit un bref épisode de la vie de deux jeunes Japonais (dont Kazuyoshi, un peu jeune à mon goût pour pratiquer ce genre d’activités) qui s’évadent à leur façon de ce que leur impose la société japonaise, et notamment le stress provoqué par le système scolaire et ses examens, en ce qui concerne notre héroïne Asako. Ce qui est d’ailleurs étonnant, c’est que c’est celle-ci qui va être formée par le jeune garçon, qui va l’initier à ce monde étonnant, où discuter avec des hommes peut assouvir une part de leurs désirs quand on sait s’y prendre. Asako va ainsi découvrir comment parler à ces hommes et tenter de comprendre leurs attentes pour pouvoir être efficace et leur donner envie de revenir… Même si cela peut être un problème lorsque deux personnes différentes se font passer pour cette même mère célibataire en manque d’affection.

Le roman est cependant plaisant à lire et ne bascule pas dans la vulgarité. Il permet de montrer en une centaine de pages seulement une jeunesse japonaise qui souhaite s’évader et se couper du monde extérieur, et qui ne semble plus dialoguer avec leurs parents – préférant discuter avec des inconnus sous une fausse identité pour de l’argent, ce qui semble moins contraignant pour eux. Un petit moment de lecture pour le moins original !

Ma note :
7

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