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Archives de Tag: solitude

Tony Takitani d’Haruki Murakami

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Aujourd’hui, il sera question d’une nouvelle d’Haruki Murakami présente dans la version originale du recueil Saules aveugles, femmes endormies mais pas dans la version française. Tony Takitani est en effet une nouvelle sortie plus tard, dans un fascicule lors de la sortie du film inspiré de celle-ci. Partons à sa rencontre.

tony-takitani-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : Belfond
Publié en : 2006
Publié au Japon en : 1990
Nombre de pages : 53
Prix : Hors commerce

Dans cette nouvelle, on va suivre la vie de Tony Takitani, à partir de sa naissance (et même d’avant celle-ci grâce à une partie de la vie de son père, musicien de jazz). On découvre, un enfant, un adolescent, un jeune homme, puis un homme, toujours indépendant et qui a peur de la solitude. Il a dû s’occuper de lui-même dès l’école primaire, son père étant rarement présent et sa mère décédée juste après sa naissance, et a construit sa vie de cette façon. Il va, un jour, rencontrer l’amour. Cette femme, accro au shopping, va le rendre heureux et il va se demander régulièrement au début de leur relation ce qu’il se passerait si elle le quittait, ne souhaitant pas se retrouver à nouveau seul. Mais il va comprendre que c’est du sérieux et simplement vivre  heureux avec elle. Mais la vie peut parfois être cruelle…

« Il ne comprenait pas très bien ce qui le touchait tant chez cette fille. Et même s’il l’avait su, il aurait été incapable de le formuler. »

C’est une nouvelle qui se lit toute seule. On a plaisir à suivre la vie de Tony Takitani et de découvrir ce qui va lui arriver. On découvre en fait que la solitude a une place bien trop importante dans la vie de Tony. On nous le présente comme quelqu’un qui y est habitué, qui s’est renfermé sur lui dès son plus jeune âge, et qui accepte donc de vivre de cette façon, mais on comprend vraiment à quel point cela l’a peiné lorsqu’il rencontre enfin quelqu’un avec qui partager sa vie. Et c’est assez touchant. Par contre, la nouvelle se termine un peu abruptement, alors que j’étais prêt à en lire plus sur la suite de sa vie, je suis donc resté sur ma faim…

« Sur cette fille, les vêtements acquéraient un naturel et une fluidité qui évoquaient l’atmosphère subtile enveloppant l’oiseau prêt à s’envoler vers de lointains horizons. »

Une nouvelle fluide et touchante sur la vie d’un homme confronté à la solitude pour la plus grande partie de sa vie, jusqu’à ce qu’une femme vienne lui montrer le chemin de l’amour et de la vie à deux.

Ma note :
7

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Un cri d’amour au centre du monde de Kyoichi Katayama

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Aujourd’hui, écoutons le Cri d’amour au centre du monde, un roman à la fois magnifique et bouleversant écrit par Kyoichi Katayama. Découvrons ensemble cette sublime et tragique histoire d’amour entre deux adolescents japonais.

un-cri-damour-au-centre-du-monde-kyoichi-katayama
Edition lue :
Éditeur : Presses de la cité
Publié en : 2006 (édition originale en japonais : 2001)
Nombre de pages : 240
Prix : 18,80€
(Existe aussi en format poche à 6,10€)

Sakutaro et Aki sont deux jeunes japonais qui se connaissent depuis le collège. Le destin va les rapprocher au fil du temps : alors qu’ils sont dans des classes séparées au collège, ils vont tout de même se côtoyer et développer une amitié, qui évoluera en amour au lycée, alors qu’ils se retrouveront enfin dans la même classe. Les deux adolescents connaissent un amour très fort et pur : ils parlent d’éternité, de mariage, savent qu’ils vont vieillir ensemble. C’était sans compter sur la maladie d’Aki. Celle-ci va développer une leucémie, essayer traitements après traitements, mais rien ne marchera : elle va décéder très rapidement, laissant Sakutaro seul et détruit.

« Je ne songeais pas un instant à faire le lien entre la mort et les adolescents de mon âge. La mort était réservée aux personnes âgées. »

Ce roman était un magnifique coup de cœur pour moi. L’histoire est bien évidemment touchante, mais l’écriture et la profondeur de certains passages rendent ce roman incroyablement beau, mais aussi incroyablement triste. L’auteur a fait un choix plutôt audacieux : le début du roman se déroule après la mort d’Aki. Puis on retourne dans le passé et à l’histoire entre elle et Sakutaro, mais on revient à l’après-mort en début de chaque gros chapitre. De cette façon, il est certain qu’en tant que lecteur on soit moins touché lorsqu’Aki décède (aucune surprise, on le savait dès la première page), mais en revanche je trouve que ça sublime le roman. En effet, l’auteur insiste ainsi non pas sur la mort, mais sur l’amour et la vie.

« Je fus alors saisi d’une certitude terrible. Aussi longtemps que je vivrais, je ne voulais pas être plus heureux que maintenant. Je ne voulais aspirer qu’à une chose : tenter de conserver ce bonheur précieusement aussi longtemps que possible. »

Parce que ce roman est un roman d’amour, et quel roman d’amour ! On voit la relation entre ces deux adolescents évoluer : l’amitié, qui est déjà belle, qui va se transformer en amour incommensurable. Ils vont vivre de belles choses ensemble, se rendre sur une île désertée pour passer un beau moment ensemble, coupés du monde. Ils vont avoir de fortes conversations, parfois initiées par celles qu’entretient Sakutaro avec son grand-père, qui a perdu la femme qu’il aimait et qui va demander à son petit-fils un service qui va mener à une réflexion sur l’amour et la mort. Et ils vont vivre ce que deux adolescents ne devraient jamais vivre : la maladie. Aki qui découvre au fur et à mesure que les jours passent et qu’elle ne guérit pas qu’elle a une leucémie. La perte de cheveux liée à la chimiothérapie. La faiblesse de son corps. La réalisation pour elle et Sakutaro qu’elle va bientôt disparaître. La tentative (et quelle tentative !) de passer un dernier moment ensemble, loin de l’hôpital et du traitement qui l’affaiblit de jour en jour.

« Je n’étais pas vraiment là. Je n’étais ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans la vie, ni dans la mort. J’errais je ne sais où. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais venu là. En faisant un effort, je pouvais bien constater que j’étais là. Mais je ne savais pas où j’étais vraiment. Je ne savais pas qui j’étais vraiment. »

On ressent vraiment que c’est un roman japonais, et cela m’a touché. On va très loin dans les sentiments, dans le ressenti. L’expression de la solitude de Sakutaro une fois Aki partie est bouleversante. On suit le processus : il pense à cette solitude avant de la perdre, mais aussi pendant qu’il la perd et après qu’il l’ait perdu. C’est, pour conclure, un roman extrêmement puissant qui ne vous laissera pas indifférent. Et je crois que jamais un titre n’aura été aussi bien trouvé pour un roman.

Ma note :
9

Kitchen de Banana Yoshimoto

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Voici une auteure que j’apprécie énormément et que j’avais découvert un peu par hasard en librairie. Elle n’est pas très connue en France (et c’est bien dommage) : Banana Yoshimoto (よしもとばなな).

BananaYoshimoto

Qui est Banana Yoshimoto ?

Elle a commencé à écrire en 1987, avec Kitchen, dont je vais vous parler, qui s’est vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires au Japon ! Sept ans plus tard, ce recueil a été édité en France. Pour notre plus grand plaisir.

Ne vous fiez pas à son pseudonyme qui peut vous faire sourire, Banana Yoshimoto ne fait pas vraiment dans la comédie. Elle est surtout connue pour parler de la société actuelle et de choses dont on parle peu en général, surtout dans la littérature japonaise. Elle a un style d’écriture vraiment très agréable : certains passages sont de vraies perles qui arrivent à se mêler à merveille avec un quotidien qui peut paraître  banal… Mais elle parvient à le rendre beau. Tout simplement.

Je vais donc vous parler de Kitchen, qui contient deux nouvelles qui m’ont beaucoup touché.

Kitchen

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1996 (édition originale en japonais : 1988)
Nombre de pages : 180
Prix : 8,00€

Kitchen

Kitchen raconte l’histoire de Mikage, jeune fille de vingt ans, qui vient de perdre sa grand-mère, qui était sa seule famille. Mikage, qui éprouve un certain culte pour les cuisines (d’où le titre de la nouvelle), se retrouve donc toute seule, à dormir dans la cuisine, seul endroit qui semble la rassurer… Sa solitude va cependant être troublée par Yuichi Tanabe, jeune garçon que sa grand-mère appréciait, qui va lui proposer de venir habiter avec lui et sa mère. Mikage est rapidement séduite, tant par la cuisine des Tanabe, que par Eriko, cette mère à la beauté transcendante, qui était autrefois un homme. Mikage va être heureuse avec sa nouvelle famille et va s’habituer à cette vie.

Hélas, la mort, qui semble accompagner la vie de nos deux jeunes, va frapper, et Yuichi et Mikage vont se retrouver seuls.

Banana Yoshimoto a un réel don pour décrire le sentiment de solitude qu’éprouve Mikage tout au long de la nouvelle, sentiment que va rejoindre Yuichi. La relation que ces deux personnages principaux entretiennent est réellement touchante, je me suis laissé porter par l’écriture de Banana. Leur relation est difficilement définissable tout au long de l’histoire. Pourtant, l’auteure n’insiste pas sur le type de leur relation, sur les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre : il découle de cette écriture une certaine évidence.

« Les mots sont toujours trop abrupts, ils éteignent ce qu’il y a de plus précieux dans ces fragiles étincelles. »

De mon côté, je ne vois pas leur relation comme de l’amour, mais comme quelque chose d’encore plus fort, même si je n’ai pas de mots pour décrire cela. Ils tentent de survivre dans ce monde où la solitude est omniprésente, où la mort semble vouloir les rendre malheureux, tout en étant tiraillés dans leurs sentiments : accepter de rester ensemble, et donc de rester en quelque sorte dans le passé, à se ressasser les personnes décédées, ou avancer, séparément, pour pouvoir continuer à vivre.

En bref, cette nouvelle m’a touché. D’autres le liront de façon anodine, mais je suis rentré totalement dedans, je me suis laissé porter, j’étais réellement spectateur de la vie des trois personnages, que je n’avais aucun mal à imager. De plus, l’écriture de Banana Yoshimoto est réellement agréable, et, comme je l’ai déjà dit, sa beauté, parfois simple, rend le tout encore meilleur.

Moonlight Shadow

La seconde nouvelle de ce livre s’appelle Moonlight Shadow et elle fait à peu près la moitié de la première.
Le sujet est globalement le même : on suit Satsuki, dont le petit-ami vient de décéder dans un accident de voiture… Sa solitude et le manque de ce dernier vont être présents dans presque chaque page de la nouvelle. Mais elle non plus n’est pas seule : elle voit de temps en temps Hiiragi, qui, en plus d’avoir perdu sa petite-amie dans ce même accident, a également perdu son frère (le petit-ami de Satsuki).

Chacun vit la perte d’une façon différente… Mais, un matin, en faisant son jogging, Satsuki va rencontrer une fille étrange qui va installer une atmosphère mystique à la nouvelle et une touche de surnaturel.

« Depuis le soir de sa mort, mon coeur avait glissé dans un autre espace, et ne pouvait plus revenir. »

Je dois dire que j’ai un petit peu moins accroché à cette nouvelle. En effet, le thème de départ étant le même que Kitchen, la comparaison est inévitable, et j’ai tellement apprécié Kitchen que, forcément, celle-ci me touche moins. La nouvelle reste cependant vraiment intéressante, le style d’écriture de Banana Yoshimoto est toujours aussi appréciable. La façon de traiter le sujet est quant à elle plutôt originale, même si je dois avouer que le côté « surnaturel » était peut-être de trop.

En conclusion, un livre que je conseille à tout le monde, principalement pour la nouvelle éponyme, qui, je suis sûr, pourra vous étonner à plus d’un titre ! De plus, même si le thème semble être plutôt pessimiste, il faut savoir que l’espoir est bel et bien présent dans ces nouvelles… ce qui les rend encore plus belles.

Sur ce, je m’en vais acheter d’autres oeuvres de Banana Yoshimoto… A très vite !

Ma note :
10

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