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Archives de Tag: souvenirs

L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô

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Place aujourd’hui à un roman intrigant d’un auteur pas encore présenté sur le blog : voici L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 20 mars 2014
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 608
Prix : 28,00€

Dans ce roman on suit le mystérieux pèlerinage du personnage principal, Shizuto. Ce pèlerinage est plutôt spécial puisqu’il marche à travers tout le Japon afin de « pleurer les morts ». Il est ainsi à l’affût de tous les faits divers qui lui permettront d’identifier des victimes et de se rendre sur les lieux du drame afin de leur rendre hommage. Il exécute alors sur place le même rituel semblable à une prière en se remémorant qui ils ont aimé, de qui ils étaient aimés et de quoi peut-on leur être reconnaissants. Il n’est pas là pour le repos de leurs âmes mais uniquement pour graver leurs souvenirs, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

« Moi je veux me souvenir de la personne décédée comme d’une existence unique, qui ne peut être échangée avec aucune autre. »

Le roman alterne les différents points de vue narratifs puisqu’on suit le pèlerinage de Shizuto à travers trois personnages. Il y a d’abord Junko, l’attachante mère malade attendant désespérément le retour de son fils; Makino, un journaliste désabusé en quête de sensationnalisme pour ses articles et enfin, Yukiyo, une femme cherchant la rédemption suite à un crime

« Tu devrais lui parler avant qu’il ne soit réduit en cendres (…) on dit que l’ouïe est le dernier sens qui subsiste… même quand on est mort, il reste ce que l’on appelle l’oreille de l’âme… »

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a été le lauréat du prix Naoki en 2008, un des prix le plus convoité au Japon avec le prix Akutagawa. La narration est fluide et on prend plaisir à suivre les différents personnages. Le thème de la mort est un sujet de prédilection pour les auteurs japonais et cette œuvre ne fait pas exception. La disparition des êtres est au cœur de l’histoire mais sans jamais devenir trop pesante. Le roman aborde aussi le sujet du regret, de l’impuissance face à la perte de l’autre mais aussi de l’amour et des liens qui unissent les personnes entres elles. Il en découle au final une belle philosophie et ce roman nous fait nous interroger sur les traces que nous laisserons derrière nous quand nous partirons.

« Comment je vais faire … ? avait répondu Shizuto en sanglotant. Comment je vais faire pour me souvenir toujours de lui ? »

Ma note :

Un article écrit par Mélissa, la meilleure.
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La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto

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Dans ce nouvel article, je vais vous présenter un roman bien plaisant que j’ai découvert par hasard et que je ne regrette pas d’avoir lu. Voici La ville au crépuscule de Kazumi Yumoto.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 6 mai 2005
Publié au Japon en : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 16,20€

Dans ce roman, un homme d’une quarantaine d’années va évoquer des souvenirs de son enfance, et surtout de son grand-père, qui est réapparu devant la porte de la maison où il vivait avec sa mère. Ce grand-père, surnommé Tête-de-mule par toute la famille, parle peu, mais le garçon, alors âgé d’une dizaine d’années va apprendre des choses sur lui petit à petit, notamment grâce à son oncle, et va vouloir en découvrir plus sur ce mystérieux personnage qui semble le fasciner.

« Les nuages s’écartèrent en laissant apparaître lentement le disque gigantesque de la pleine lune. À cette vue, ma bouche s’ouvrit tout grande et le goût sucré et glacé du clair de lune s’épanouit sur ma langue. »

C’est un court roman, mais qui parvient avec brio à décrire ce moment particulier dans la vie du narrateur, moment où un mystérieux homme, son grand-père, vient vivre chez eux et bouleverse le quotidien que ce petit garçon entretenait avec sa mère. Ce qui est fort à mon sens dans ce roman, c’est qu’à l’époque du récit, il y a des scènes et des bribes de conversation que le jeune garçon perçoit, mais sans pour autant les comprendre. Et en écho à celles-ci, le narrateur, une trentaine d’années plus tard, nous explique ce qui réellement se passait mais qui était dans le monde des adultes à l’époque inaccessible pour lui.

Un roman japonais comme je les aime, centré sur les liens familiaux et les souvenirs d’un homme qui lui permettent de faire revivre les personnages qui ont compté pour lui et qui l’ont marqué à tout jamais.

Ma note :

Jeune Fille à l’ouvrage de Yôko Ogawa

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Ça y est, le nouveau livre de Yôko Ogawa est arrivé en librairie le 3 février ! Celui-ci s’intitule « Jeune fille à l’ouvrage » et contient pas moins de 10 nouvelles pour ravir tous les admirateurs de cette grande auteure, mais aussi pour permettre aux petits nouveaux de découvrir toute l’étendue de son talent.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 février 2016 (édition originale en japonais : 1996)
Nombre de pages : 224
Prix : 20,00€

Que ça fait plaisir de retrouver Yôko Ogawa dans des nouvelles, un genre dans lequel elle excelle ! Puisqu’il serait difficile de parler de toutes les nouvelles et que je vais pas tout vous dévoiler, je vais vous parler de mes trois nouvelles préférées. Et je peux vous dire que c’était très compliqué de les choisir, tant elles sont différentes et superbes.

Commençons par le commencement avec la première nouvelle, éponyme : Jeune fille à l’ouvrage. Dans cette nouvelle, on suit un jeune homme dont la mère est malade d’un cancer. Il va rester à ses côtés pour ses derniers mois, à l’hôpital. Cet homme va retrouver une amie d’enfance, avec qui il jouait vingt ans auparavant – même enfant, il se souvient d’elle en train de broder, et il la retrouve dans cet hôpital toujours en train de broder, un couvre-lit. Ils vont évoquer leurs souvenirs de jeunesse ensemble, il va admirer les doigts de cette jeune femme, son agilité, mais aussi sa boîte à ouvrage (qui contient son matériel de broderie), qui n’a pas changé après toutes ces années… Cette nouvelle est délicate et très forte. On plonge dans les souvenirs en commun de ces deux adultes, et on se rend compte que notre narrateur a retrouvé non pas une jeune femme, mais la petite fille qu’il avait connue. C’est comme si elle continuait de vivre dans sa mémoire pendant vingt ans, et qu’elle n’avait pas arrêté de broder à l’intérieur de lui. Une très belle nouvelle qui traite les thèmes de la mémoire, du souvenir, mais également de la mort et du côté éphémère de la vie. Du très bon Ogawa.

« Si cela avait été possible, j’aurais voulu regarder indéfiniment cette petite fille broder. J’aurais voulu m’enfermer dans la scène de notre mémoire où personne ne nous dérangeait. »

Continuons avec la seconde nouvelle du recueil, intitulée Ce qui brûle au fond de la forêt. Un homme arrive dans un centre d’hébergement. À l’accueil, on lui retire la « glande ressort » d’une de ses oreilles. Bien que ceci ne va en rien gêner son ouïe, il va pourtant être obnubilé par cette glande ressort qu’il n’a plus, ressentir un manque et il va se demander où sont conservées les boîtes de pétri dans lesquelles les glandes ressort des nouveaux arrivants sont déposées. On découvre que la glande ressort contient les informations temporelles des individus, et qu’elle est enlevée pour qu’ils se sentent plus légers dans ce mystérieux centre d’hébergement où il n’y a aucune notion du temps. J’ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle puisqu’on retrouve une ambiance particulière comme Yôko Ogawa sait si bien les mettre en place, elle m’a fait penser à L’Annulaire, où le centre d’hébergement remplace le laboratoire. On se retrouve dans un lieu qui semble naturel pour tous les personnages, excepté le narrateur, qui va se poser des questions, à juste titre, qui sont également les questions qu’on peut se poser nous, lecteurs.

« J’ai pensé qu’il y avait longtemps que je n’avais pas vu brûler quelque chose de cette couleur. Cela remontait à un passé lointain, un feu qui rougissait les joues, faisait fondre le silence et réchauffait le temps. »

Parlons maintenant de ce qui est, je pense, ma nouvelle préférée de ce recueil ! Il s’agit de L’Encyclopédie, la cinquième nouvelle. On suit une jeune femme qui a pour habitude, avant de retrouver son amant écrivain, de se rendre à la bibliothèque pour consulter une livre intitulé « L’Encyclopédie des vers parasites ». Elle a en effet une certaine fascination pour cette encyclopédie et pour les parasites qui vivent à l’intérieur des êtres vivants… Tout ceci occupe une place importante de ses pensées et, sans vous en dire plus, la fin est tout simplement majestueuse ! Ce que j’ai apprécié dans cette nouvelle, c’est l’ambiance très propre à Yôko Ogawa, l’objet de fascination également qui est pour le moins original, et la réflexion de la narratrice – qui en vient à se demander si en elle se trouve également un parasite ou si elle est elle-même un parasite se baladant dans le corps d’un être vivant… J’aurais aimé qu’elle soit plus longue, comme la plupart des nouvelles de ce recueil, mais c’était un excellent moment.

 C’est en résumé un excellent recueil. Chacune de ces nouvelles a fait naître une réflexion en moi. Une nouvelle étant terminée, j’avais besoin d’un petit temps pour y réfléchir et sortir doucement du monde dans lequel Yôko Ogawa m’avait plongé, avant de repartir dans un autre univers avec la nouvelle suivante. On retrouve les thèmes de prédilection de l’auteure, maniés avec talent (ce qui est étonnant vu que le recueil est sorti au Japon en 1996 : elle avait déjà un style bien à elle et bien maîtrisé), pour un voyage dans dix nouvelles qui vous feront vibrer à coup sûr, de dix façons différentes.

Ma note :
9

Tsubame d’Aki Shimazaki

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Aki Shimazaki est une auteure québécoise née au Japon. Elle écrit ses textes directement en français. Je n’ai pas encore eu l’occasion de parler d’elle,  alors je commence aujourd’hui avec Tsubame, qui est en réalité le troisième tome de sa pentalogie Le Poids des Secrets. Mais pas de panique ! Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédents pour apprécier cet article, puisque chacun de ces courts romans est indépendant. J’ai pour ma part lu les deux précédents, mais le dernier que j’ai lu étant Tsubame, j’ai décidé de faire un article sur celui-ci qui est encore frais dans ma mémoire ! C’est parti pour un voyage dans les souvenirs !

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : 2008
Nombre de pages : 118
Prix : 6,60€

Dans ce roman, Aki Shimazaki nous parle, comme à son habitude, d’un sujet tabou et dur à aborder dans la société japonaise : cette fois-ci, il est question des Coréens ayant dû se faire passer pour des Japonais pour éviter la discrimination (toujours bien réelle de nos jours), voire pire.

Pour cela, Aki Shimazaki nous fait nous plonger dans les souvenirs de Yonhi Kim, Coréenne ayant débarqué au Japon avec sa mère et son oncle, et ayant survécu au terrible tremblement de terre de 1923. Aujourd’hui, Yonhi Kim, ou plutôt Mariko Kanazawa, son nom japonais, est grand-mère et replonge dans ce grave épisode de sa vie : sa mère qui l’a confiée à un prêtre juste après le tremblement de terre pour qu’elle soit en sécurité pendant que sa mère cherche son propre frère. Pensant que c’était provisoire, Mariko Kanazawa ne dit mot, mais va rapidement constater que sa mère ne reviendra pas la chercher.

À partir de là, Mariko va tenter de construire sa vie et prendre son envol. Elle va construire une famille, mais par peur (puisque les Coréens pouvaient être froidement abattus au Japon lorsqu’elle était plus jeune) mais également par honte, elle va cacher son identité à son propre mari et à sa famille.

Un sujet donc très difficile mais, comme toujours avec Aki Shimazaki, la lecture coule toute seule. L’écriture de cette femme est tellement pure, et j’ai eu ce ressenti dans chacun des romans que j’ai pu lire d’elle. Je n’ai pas d’autres mots, c’est un beau et fort roman écrit avec une langue pure.

Ma note :

8

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