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Archives de Tag: suicide

Le Rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa

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L’an dernier, j’étais tombé amoureux des Délices de Tokyo, que ce soit du roman ou du film, alors quand j’ai vu qu’un nouveau roman du même auteur sortait en France, j’étais impatient de le lire ! Voici Le Rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa.


Edition lue :
Éditeur :
 Albin Michel
Publié en : Mai 2017
Traduction : Myriam Dartois-Ako
Publié au Japon en : 2014
Nombre de pages : 320
Prix : 19,50€

Dans ce roman, nous allons suivre Ryôsuke, 28 ans. C’est un ancien cuisinier sans situation stable, sans famille, ayant tenté de se donner la mort, tout comme son père lorsqu’il était enfant. Il va être embauché sur l’archipel d’Aburi pour aider à réaliser des travaux, avec deux inconnus qui vont devenir ses amis, Tachikawa, un ancien host un peu étrange, et Kaoru, une demoiselle. Ils vont donc vivre sur cette île coupée du monde, dans laquelle ils ne seront pas bien accueillis, mais Ryôsuke souhaite surtout rencontrer quelqu’un qui vit sur cette île, et il va donc s’embarquer pleinement dans cette nouvelle vie, puisqu’il n’a aucune attache en métropole.

« Vivait-il encore à Aburi ? Cet homme dont sa mère lui avait si souvent parlé, comme s’il avait été son seul espoir dans la vie. Arriverait-il à lui remettre le paquet enfoui au fond de son sac à dos, à percer le secret de sa naissance ? »

Une histoire un peu sombre : Ryôsuke a des penchants suicidaires et est déjà passé à l’acte, l’île sur laquelle il va débarquer et ses habitants sont plus qu’étranges et rejettent ces trois jeunes étrangers venus pour aider à faire avancer les travaux, et il a fait tout ce chemin pour rencontrer un homme dont on ne sait au départ peu de choses. On ne peut pas dire que leur séjour va bien se passer, puisqu’ils subissent la haine de certains habitants et on leur reproche sans arrêt de ne pas chercher à comprendre la culture de cette île, et de ne pas la respecter…

« Sous un ciel hésitant entre le bleu pâle et le gris s’étendaient à perte de vue les flots à la crête blanche. De cette immensité liquide, infinie, émergeait un relief abrupt. »

Alors que dans les Délices de Tokyo, l’auteur nous faisait envie avec ses dorayaki, ici, c’est le fromage, de chèvre plus précisément, qui est à l’honneur, puisque Ryôsuke va se prêter à sa confection. Et je regrette d’avoir lu ce livre en étant au Japon, puisqu’une fois encore Durian Sukegawa nous offre des descriptions splendides de ce fameux fromage qui m’ont mis l’eau à la bouche. Son écriture et la beauté de celle-ci sont toujours aussi efficaces, et c’est le point fort de ce roman, puisqu’au niveau de l’histoire, je ne suis pas autant entré dedans qu’avec les excellents Délices de Tokyo, hélas. Mais ça reste un auteur que je suivrai !

« Ryôsuke avait fait le voyage jusqu’ici pour dissiper un doute qui le taraudait depuis l’enfance. Même maintenant qu’il avait soif de vivre, ou justement parce qu’il en avait conscience depuis la nuit où il s’était tailladé la poitrine, il recherchait des réponses. »

Un réel plaisir de retrouver la plume de cet auteur, qui est toujours aussi belle et marquante, avec une histoire qui n’hésite pas à traiter de sujets de société complexes et dont il est nécessaire de parler. J’attends le prochain roman de cet auteur avec impatience.

Ma note :

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Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami

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Il est aujourd’hui temps de vous parler d’un recueil de nouvelles de l’auteur japonais le plus populaire en France, et qui, en plus, vient de sortir ! Partons à la rencontre Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami.

haruki-murakami-des-hommes-sans-femmesÉditeur : Belfond
Publié le : 2 mars 2017
Publié au Japon en : avril 2014
Nombre de pages : 304
Prix : 21,00€

Le titre dit tout : dans ce recueil, on retrouve des nouvelles dans lesquelles des hommes ont perdu une femme. Que celle-ci soit décédée, qu’elle les ait quittés, qu’ils aient divorcé ou que leurs chemins se soient séparés, tous vont raconter un moment de leur vie où une femme a été au centre. J’ai trouvé ce recueil très inégal, il y a une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (Yesterday), d’autres que j’ai trouvées moyennes, et enfin deux que j’ai beaucoup appréciées. Et c’est de celles-ci que je vais vous parler ici.

« La musique a le pouvoir de revivifier les souvenirs, avec une intensité et une clarté telles que l’on en est parfois blessé. »

La première nouvelle que j’ai beaucoup aimée s’intitule Un organe indépendant. Dans celle-ci, le narrateur, un écrivain, nous raconte tout ce qu’il sait sur le Dr. Tokai, un chirurgien plasticien de 52 ans qui ne s’est jamais marié. Il aura de nombreuses partenaires pendant une trentaine d’années, jusqu’au jour où tout va basculer et où il va tomber amoureux. Il va ainsi se confier à notre narrateur – et c’est là toute la partie qui m’a plu. En effet, on découvre tout ce que ce quinquagénaire va ressentir pour la première fois : ses pensées toujours tournées vers cette femme, la colère quand il ne peut pas la voir, la manifestation d’un amour sincère (puisqu’il a déjà goûté aux plaisirs de la chair avec cette femme). C’est très bien mené, et la fin de la nouvelle est surprenante – et puissante, aussi.

« Seuls les hommes sans femmes peuvent comprendre à quel point il est déchirant et horriblement triste d’être un homme sans femmes. »

Et la seconde nouvelle dont je vais vous parler est ma nouvelle préférée de ce recueil : Samsa amoureux. À noter que celle-ci n’est pas présente dans la version japonaise du recueil, mais qu’elle a été ajoutée dans des versions traduites. On découvre ici Gregor Samsa. Si vous avez lu La Métamorphose de Kafka, ce nom ne vous est pas inconnu. C’est en effet le personnage principal de la nouvelle de Kafka, qui se réveille un jour métamorphosé en un insecte répugnant. Et bien ici, Murakami commence sa nouvelle de la même façon : Gregor Samsa se réveille et découvre qu’il a été métamorphosé… en être humain ! Le tout, dans une chambre visiblement faite pour un insecte. On est donc dans la démarche inverse de Kafka, et Gregor va devoir apprendre à se servir d’un corps humain – et va faire la rencontre d’une mystérieuse femme qui va susciter un désir chez lui, à cause de son apparence particulière. J’aime beaucoup la nouvelle de Kafka et j’ai adoré ce que Murakami en a fait ici, c’est plaisant, drôle et intelligent.

« De tous les sentiments qui habitent les hommes, les pires sont la jalousie et la fierté. »

Quand je pense à des nouvelles en littérature japonaise, Haruki Murakami ne s’impose pas à moi. Je pense d’abord à Yôko Ogawa, Banana Yoshimoto, Yukio Mishima… Je suis un grand admirateur de nouvelles – et ce recueil m’a à la fois plu et déplu. Il contient du très bon – mais aussi du très moyen. À vous donc de piocher dedans et de vous en faire votre propre idée !

Ma note :
7

 

La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue

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Je vais vous parler aujourd’hui d’un court recueil de trois nouvelles d’un grand auteur japonais XXème siècle : La mort, l’amour et les vagues de Yasushi Inoue. 

mort-amour-vagues-yasushi-inoueEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 3 février 1999
Publié au Japon en : 1950-1951
Nombre de pages : 114
Prix : 5,60€

Trois nouvelles sensiblement différentes mais qui se rejoignent sur certains points. Dans la première nouvelle éponyme, on rencontre Sugi qui a trouvé un hôtel qui surplombe la mer où il pourra mettre fin à ses jours. Il rencontrera une jeune femme qui est venue dans cet endroit avec le même but. Dans Le jardin de pierres, Uomi emmène sa nouvelle femme à Kyoto, ville où il a fait ses études et a beaucoup de souvenirs – notamment amoureux. Enfin, dans Anniversaire de mariage, Shunkichi se rappelle d’un voyage à Hakone qu’il avait fait avec sa femme aujourd’hui décédée.

« Le crépuscule tombait sur la mer calme ; un crépuscule d’été sur Kumano, comme si rien de particulier n’allait s’y passer. Pourtant une jeune femme allait sans doute cesser de vivre. Dans très peu de temps… »

Ces trois nouvelles semblent avoir un thème commun : l’amour. En réalité, il est parfois difficile de qualifier les relations qu’entretiennent ces personnages. Ma nouvelle préférée est clairement la première : elle est bien développée et j’ai vraiment eu envie de découvrir la suite et ce qu’allaient devenir ces deux personnages. Allaient-ils se suicider ? Ou leur vie allait-elle prendre une tournure différente ? Les deux autres nouvelles m’ont un peu laissé perplexe. La deuxième nouvelle est plutôt cruelle, sans raison particulière. Elle est, à mon sens, un peu abrupte et pas assez développée. Je pense un peu la même chose de la dernière nouvelle, qui nous présente un couple pingre à un point assez incroyable, et, même s’il s’agit d’un couple marié, il est presque impossible de déceler de l’amour entre eux.

« Au crépuscule, plus un seul bateau ne voguait sur le lac ; les eaux sombres, ridées de vaguelettes, semblaient glacées. Le soleil se coucha et le vent fraîchit. »

Un recueil de nouvelles pour le moins particulier, qui semble au départ nous montrer différentes histoires d’amour complexes, mais qui, finalement, nous décrit plutôt des couples qui ne semblent pas réellement s’aimer. À lire tout de même, ne serait-ce que pour la première nouvelle qui m’a beaucoup plu !

Ma note :
7

La fleur de l’illusion de Keigo Higashino

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Partons aujourd’hui enquêter avec Keigo Higashino et son dernier roman paru récemment en France : La fleur de l’illusion !

keigo-higashino-la-fleur-de-l-illusionÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 5 octobre 2016
Édition originale en japonais : 18 avril 2013
Nombre de pages : 352
Prix : 21,80€

Le roman s’ouvre sur deux scènes distinctes qui se déroulent à des moments différents : un couple de jeunes parents est sauvagement assassiné par un homme avec un sabre dans la rue et deux adolescents vont se rencontrer et tomber amoureux. pour la première fois. Ensuite, l’intrigue principale va se dévoiler, qui ne va pas être sans rapport avec les deux incidents précédents : Naoto, un jeune homme de 22 ans s’est jeté par la fenêtre. Lino, sa cousine, va se rendre à l’enterrement et y voir son grand-père. Ils vont renouer contact et elle va décider de lui rendre visite régulièrement, notamment pour tenir un blog sur les fleurs qu’il cultive. Un jour, elle va le voir, et le trouve mort dans son salon, assassiné. Elle va, plus tard, remarquer qu’une mystérieuse fleur jaune que son grand-père lui avait interdit de poster sur le blog a disparu… et celle-ci va constituer la clé de ce roman.

« Il disait souvent que les fleurs, elles, ne mentent pas. Voilà pourquoi je pense que seules les fleurs savent ce qui s’est passé. »

Une enquête va se dessiner et plusieurs personnages vont y être mêlés : Lino, qui veut découvrir qui a tué son grand-père et pourquoi, Hayase, chargé de l’enquête, qui veut aussi arrêter ce meurtrier pour des raisons personnelles, puis Sôta et son frère Yôsuke. Les personnages sont très bien développés et c’est là l’un des points forts de ce roman. Leurs parcours se croisent, leurs motivations sont diverses et on les retrouve à plusieurs périodes de leur vie. Tout ça fait de ce roman une lecture plaisante, qui commence fort et puis, doucement, qui pose certaines questions et réflexions, notamment sur l’après-Fukushima ou sur les secrets de famille. Je reprocherais peut-être une certaine lenteur dans l’avancement de l’enquête et du récit, mais c’est aussi ce qui rend ce roman particulier. Les enjeux ne semblent pas si élevés (un grand-père qui a tout l’air de s’être fait cambrioler avant de se faire tuer), mais ils cachent pourtant un mal bien plus grand.

« Les pétales d’un beau jaune qui se déroulaient comme des tentacules lui donnaient un aspect presque grotesque. »

Un roman dans lequel Keigo Higashino exprime son talent avec une histoire bien ficelée, des secrets qui vont voir le jour, des destins croisés, et qui fait notamment réfléchir sur la notion d’héritage au sein d’une famille, que celui-ci soit positif ou négatif. Une enquête à la japonaise !

Ma note :
7

Bleu presque transparent de Ryû Murakami

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Attention les yeux, voici un roman dont vous avez certainement déjà entendu parler et/ou que vous avez déjà lu, qui nous décrit avec une (trop ?) grand précision la dépravation de certains jeunes dans les années 1970. Allons-y.

bleu-presque-transparent-ryu-murakamiEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 1999
Édition originale en japonais : 1976
Nombre de pages : 203
Prix : 6,60€

Ce roman nous propose de suivre un groupe d’amis, dont le narrateur s’appelle Ryû. On est dans la deuxième moitié des années 1970, période à laquelle Ryû Murakami a écrit ce roman. Celui-ci est d’ailleurs en partie autobiographique. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler : nous suivons plutôt cette bande, même pas 20 ans pour la plupart, qui passe ses journées et ses soirées à se droguer, à avoir des relations sexuelles à deux ou à plusieurs, à boire.

« À chaque respiration, j’oublie un peu plus qui je suis. Je sens toutes sortes de choses couler et fuir de mon corps ; je deviens une marionnette. »

C’est une lecture difficile. Comme souvent, Ryû Murakami n’hésite pas à être cru, parfois un peu trop. Mais cela est bien entendu volontaire et permet d’accentuer sur le côté sale de la chose, que ce soit par rapport à des relations sexuelles ou des tentatives de suicide. Ces jeunes sont des zombies, leurs jours se ressemblent. Ils peuvent faire des activités différentes, des concerts, prendre le métro, passer du temps entre amis, au final toutes ces activités se ressemblent puisqu’elles se font dans un état d’ivresse plus qu’avancé ou sous l’emprise de drogues diverses et variées.

« La sensation de me changer en marionnette est de plus en plus vive. Je n’ai qu’à bouger comme ils le veulent, je ne suis plus qu’un esclave ; immensément heureux d’être cela. »

Je n’ai pas pris de plaisir lors de cette lecture. J’ai parfois été pris de dégoût, chose qui ne me surprend même plus, tant je connais cette sensation à la lecture des romans de Ryû Murakami. J’ai à vrai dire tenté Chansons populaires de l’ère Showa, Miso Soup, Love & Pop. Toutes m’ont laissé un mauvais goût en bouche. Seul Kyoko m’a réellement plu. Mais pourtant je persiste. Parce que malgré tout, c’est un des rares auteurs à décrire cet univers sans faire preuve d’auto-censure, sans se limiter, sans nous épargner les côtés sales. Il décrit des faits de société obscurs, mais qui sont pourtant toujours là, même si bien cachés par la façade lisse que le Japon sait si bien mettre en avant. Pour ça, c’est un auteur à lire. De plus, dans ce roman, on retrouve des passages décrivant avec précision et parfois avec beauté la montée de la drogue ou de l’alcool dans l’esprit, qui nous coupent un peu des passages sordides, et ça fait du bien.

C’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Ryû Murakami nous fait plonger dans le monde de la drogue, du sexe et de l’alcool, le tout à fortes doses, prenant le dessus sur la réalité. Une lecture difficile, mais qui a le mérite de montrer une face de la société japonaise comme on ne la voit que rarement : l’auto-destruction d’une jeunesse désenchantée.

Ma note :
5

 

La Mort en été de Yukio Mishima

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Je vais vous parler d’un recueil de nouvelles absolument fantastique : j’ai nommé La Mort en été du très grand Yukio Mishima. Ce recueil contient pas moins de 10 nouvelles, aucune n’étant de trop, un recueil magistralement mené. Je vais ici détailler mon avis sur les nouvelles qui m’ont le plus marqué.

La Mort en été de Yukio Mishima

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (folio)
Publié en : 1988 (édition originale en japonais : 1953-1966)
Nombre de pages : 320
Prix : 8,00€

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle La Mort en été, une nouvelle particulièrement bouleversante. Comme son titre l’indique, la mort est très présente là où on ne l’attend pas forcément, sur une plage, un petit coin paisible où une famille est venue passer ses vacances. Le drame est décrit au début de la nouvelle, la suite laissant place à la tentative d’une mère de surmonter la perte de ceux qui lui étaient les plus chers. Entre volonté d’oublier, folie naissante et souvenirs persistants, la plume de Mishima est d’une force incroyable.

La deuxième nouvelle dont je vais vous parler est Les Sept Ponts. Ici, on entre dans l’un des domaines de prédilection de Mishima, à savoir la puissance de la culture japonaise, de ses rites et de tout ce qui rend ce pays si particulier. Il est question ici de geishas, qui vont devoir traverser sept ponts, en silence, si elles souhaitent que leur voeu se réalise. Une description particulièrement bien réalisée des geishas, pour une nouvelle à la fois très jolie, quelque fois amusante, et joyeusement cruelle à la fin. La fin m’a beaucoup plu !

Des geishas traversant un pont, toute l’intrigue de la nouvelle « Les Sept Ponts »

Nous trouvons ensuite la sublime nouvelle Patriotisme, encore une fois sur un thème particulièrement japonais : pendant ces quelques pages, un lieutenant se prépare à exécuter le suicide rituel, le seppuku (ou harakiri), avec sa femme pour échapper au déshonneur. C’est sans aucun doute la nouvelle la plus forte dans tous les sens du terme. La précision de la préparation, le calme gardé par le couple qui va se donner la mort, puis la description tout aussi détaillée du moment fatidique en font pour le moment ma nouvelle préférée de toute l’oeuvre de Mishima. Un très beau moment de littérature et d’esprit japonais.

Je finis sur Onnagata, une très jolie nouvelle ayant pour thème la Beauté, thème récurrent dans l’oeuvre de Mishima, et plus particulièrement la Beauté d’un Onnagata, un acteur de théâtre japonais ne jouant que des rôles féminins. On pénètre une fois encore dans le magnifique Japon traditionnel. La description de cet Onnagata est faite à travers le regard d’un homme, qui reste ébahi devant tant de beauté et de féminité, tant sur scène qu’en dehors. Une nouvelle qui fait également écho à la vie de Mishima, qui aurait eu une relation avec Akihiro Miwa, acteur Onnagata.

Un exemple d’Onnagata (acteur masculin jouant des rôles féminins) avec le jeune acteur Taichi Saotome

J’ai donc choisi ces quatre nouvelles que je trouve particulièrement fortes et touchantes, parfois dures. Mais tout le recueil vaut vraiment le coup d’oeil, surtout si vous souhaitez vous initier à Yukio Mishima, je pense que c’est un bon début. A noter que la plupart des nouvelles sont typiquement japonaises, à savoir que la fin reste dans le non-dit, dans l’implicite. Mishima nous laisse même parfois interpréter nous même une fin, comme dans la nouvelle Trois Millions de Yens par exemple, où l’on peut se douter de ce qu’il va se passer, sans en être totalement sûr cependant…

Ma note :
9

 

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