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Archives de Tag: témoignage

Comme une feuille de thé à Shikoku de Marie-Édith Laval

Publié le

Je vais aujourd’hui vous parler d’un témoignage fort écrit par Marie-Édith Laval qui a fait le Pèlerinage de Shikoku et ses 88 temples entièrement à pied. Voici Comme une feuille de thé à Shikoku.

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié le : 15 juin 2016
Sorti en grand format le : 13 mai 2015
Nombre de pages : 320
Prix : 7,10€

On suit donc notre pèlerine sur l’île de Shikoku, qui va parcourir ce fameux chemin sacré qui va lui faire découvrir 88 temples situés dans quatre préfectures différentes. Marie-Édith va y aller sans à priori, sans avoir fait de recherche sur le Japon – mais elle a une expérience des pèlerinages, puisqu’elle a notamment fait celui de Compostelle. On va donc la suivre, elle qui, malgré la difficulté du chemin et la chaleur écrasante de l’été va toujours rester positive et voir la beauté partout sur ce chemin, qui est avant tout un voyage intérieur.

« J’évite de peu plusieurs chutes, tellement le sol est détrempé et glissant. Mon visage ruisselle de larmes et de pluie. Mon corps se ploie et souffre dans sa chair. Chaque  pas me coûte. J’accuse le coup. Nulle esquive n’est envisageable, nulle feinte n’est possible, nulle porte de sortie. »

On prend plaisir à la suivre dans cette épreuve, à la voir découvrir le Japon, sa culture et surtout ses habitants qui n’hésiteront pas à lui donner des osettai, ces cadeaux très utiles qu’ils donnent pour encourager les pèlerins, que ce soit une bouteille de thé frais, à manger ou encore un parapluie. Malgré la barrière de la langue, on voit bien à quel point les Japonais sont un peuple généreux et notre pèlerine va le découvrir à travers ces rencontres marquantes.

« Comme une feuille de thé, j’ai progressivement infusé sur ce chemin du bout du monde. Je me suis immergée dans la réalité de cette terre bordée d’eau et m’en suis laissé imprégner. »

De plus, on apprend beaucoup de choses sur ce pèlerinage consacré au moine Kûkai, sur les accessoires du pèlerins, le rite à suivre à chaque temple, et c’est un réel plaisir de lire l’émerveillement, mais aussi la philosophie, l’admiration et le respect incroyables qu’éprouve l’auteure de ce livre tout au long de ce chemin spirituel. Et pour ceux que cela aura motivé, il y a en fin de livre un annexe avec toutes les informations utiles si vous souhaitez vous aussi faire ce pèlerinage. Un ouvrage à la fois spirituel et pratique !

« Je suis partie découvrir une île, je ne savais pas que j’allais rencontrer un continent intérieur bien plus vaste que la Terre… »

Un témoignage marquant d’une courageuse pèlerine qui, au fil des semaines, a pu découvrir un Japon merveilleux à travers son paysage, sa culture et ses habitants, mais qui a, surtout, réalisé un chemin intérieur qui l’a profondément et durablement changée.

Ma note :

Radio Imagination de Seikô Itô

Publié le

Bonjour à tous. Aujourd’hui, je vais vous présenter un roman décrit comme majeur dans la littérature post-séisme et tsunami du 11 mars 2011. Branchons-nous tous sur Radio Imagination de Seikô Itô !

radio-imagination-seiko-ito
Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 2 novembre 2016
Publié au Japon le : 2 mars 2013
Nombre de pages : 192
Prix : 21,00€

Ce roman nous introduit le personnage de DJ Ark, qui présente son émission de radio intitulée Radio Imagination. Pourquoi s’appelle-t-elle comme ça ? Et bien tout simplement, parce qu’elle n’existe que dans l’imagination des gens. Au moment où l’on lit et écoute son émission de radio, DJ Ark est perché au sommet d’un cyprès du Japon. Il s’est retrouvé là à cause du tsunami qui a ravagé sa région et qui l’a accroché tout en haut de cet arbre, face vers le ciel. Et à partir de là, ne sachant pas tout de suite ce qui lui est arrivé, ne sachant même pas s’il est vivant, il va animer son émission de radio et recevoir des retours des auditeurs.

« Bonsoir.
Ou bon matin.
Ou peut-être bonjour.
Vous écoutez Radio Imagination.
Si l’entrée en matière est quelque peu imprécise, cela est dû au fait que cette émission est diffusée exclusivement dans votre Imagination.
»

L’émission de radio est entrecoupée de personnages qui ont entendu parler de l’histoire de l’homme en haut du cyprès qui diffuse son émission de radio. Certains aimeraient l’entendre, mais ils ne le peuvent pas, celle-ci ne se passe que dans l’imagination de certaines personnes. À partir de là, on a une superbe réflexion sur les vivants et les morts. Notamment sur la voix des morts : faut-il les écouter ? peut-on en parler aux survivants ? est-ce que les morts peuvent exister sans les vivants ? Plusieurs personnages réfléchissent à s’ils aimeraient pouvoir entendre la voix de la personne qu’ils aimaient une fois celle-ci décédée, plusieurs personnages ne croient pas au fait que l’on puisse entendre les morts ou ne veulent pas y croire. Pour cela, les discussions des vivants, leurs échanges, leurs différents points de vue, ce roman est clairement à lire. Mais pas uniquement pour cela.

« Ne faudrait-il pas prendre le temps d’écouter la voix des morts, faire notre deuil dans la tristesse, et en même temps, petit à petit, aller de l’avant ? Avec les morts. »

Mais en plus de cette réflexion particulièrement forte et intéressante, causée par cette terrible catastrophe ainsi que par d’autres passées, comme les bombes à Hiroshima et Nagasaki, le personnage de DJ Ark est vraiment touchant. On suit son émission, on a l’impression au départ, même si on a été prévenu que l’émission ne se déroulait que dans l’imagination des gens, qu’il s’agit d’une vraie émission de radio : il passe des musiques, il reçoit des messages d’auditeurs, des appels. Grâce à ces auditeurs, il comprend petit à petit ce qu’il s’est passé : le séisme, l’alerte tsunami, les vagues rasant tout sur leur passage. On comprend avec lui et on est touché lorsqu’il comprend la catastrophe qui vient de s’abattre sur le Japon. Lorsqu’il pense à son épouse dont il n’a pas de nouvelles, à son fils vivant aux Etats-Unis. Il va raconter des anecdotes sur sa vie, sa jeunesse, sa femme, il va parler, parler et encore parler, tout en écoutant les voix des auditeurs. Parler comme pour combler le terrible silence qui suit cette catastrophe. Il est dans une sorte d’entre-deux monde, en attente de quelque chose, et le sentiment que l’on ressent à la lecture de ce roman est extrêmement fort, jusqu’à la fin.

« J’ai perdu toute mémoire du passé immédiat, j’ai simplement l’impression, mais alors une impression quasi physique, d’avoir flotté au-dessus du sol, après avoir été tiré et bousculé dans tous les sens. »

Un roman à la fois original et bouleversant qui nous apporte d’autres témoignages et une autre approche du séisme et du tsunami qui ont détruit une partie de la côte Pacifique du Tôhoku. Un texte puissant porté par des personnages qui tentent de comprendre ce qui vient de se passer et qui ouvrent une réflexion particulièrement intéressante sur le rapport que l’on entretient avec les personnes décédées des suites d’une catastrophe de ce genre. À lire.

Ma note :
8

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