Flux RSS

Archives de Tag: tokyo

Nââândé!? d’Eriko Nakamura

Publié le

Mais que pense donc une Japonaise qui vit à Paris depuis des années ? C’est ce qu’Eriko Nakamura nous propose de découvrir dans Nââândé!?, un livre qui ne manque pas d’humour.

naaande-eriko-nakamuraEdition lue :
Éditeur : Pocket
Publié le : 7 mars 2013 (Grand format : 2012)
Nombre de pages : 128
Prix : 5,95€

Ces tribulations d’une Japonaise à Paris sont donc écrites par Eriko Nakamura, ancienne présentatrice à succès sur une grande chaîne japonaise, mais désormais mariée à Charles-san, un Français, avec qui elle vit à Paris depuis dix ans au moment de l’écriture de ce livre. Dans divers thèmes du quotidien que les Japonais et les Français traitent différemment -le métro, le mariage, la grève, l’éducation, la propreté, les toilettes, le sexe ou encore le couple-, elle va souvent exprimer intérieurement un Nââândé!?, une expression japonaise qui marque l’incompréhension.

« Personne ne fantasme autant sur Paris qu’un Japonais. Et personne n’est plus choqué par Paris qu’un Japonais. »

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteure, qui rend ce petit livre bien agréable à lire. Elle a des remarques vraiment drôles sur des choses qui sont parfois pour nous normales (comme par exemple les dîners entre amis qui s’éternisent où le dessert n’arrive qu’à minuit et qu’elle pense « C’était stupéfiant : on changeait de jour et on était toujours à table ! »), ou encore lorsqu’elle nous dit qu’elle a pu découvrir tout un pan de la littérature française en attendant les Français, souvent en retard à des rendez-vous.

« Je crois que c’est avec la grève qu’on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. »

Le sous-titre, Les tribulations d’une Japonaise à Paris, est à mon sens incomplet. Je rajouterais et de son mari français à Tokyo, puisqu’elle nous parle beaucoup des déboires de son mari dans la capitale nippone, qui sont souvent très amusants. En revanche, ce livre est grand public. C’est-à-dire qu’on n’apprend pas grand chose si on connaît déjà un minimum le Japon. Certes, c’est amusant, mais on a tout de même droit à des clichés qu’on entend depuis des années, repris à toutes les sauces (sur le quartier Harajuku pour ne citer qu’un exemple). C’est évidemment ce qui fait vendre et ce qui plaît, elle exagère les traits du Japon que les Français trouvent loufoques, et elle grossit les traits des Français, en les mettant tous dans le même panier. Un point négatif qui n’est tout de même pas négligeable.

« Parfois, je me demande si les Parisiens n’aiment pas aller à la campagne pour se prendre quelques petites doses de gentillesse et d’attentions avant de recommencer une semaine… »

Un petit livre amusant qui vous fera passer certainement un très bon moment ! Il faut le lire pour ce qu’il est : un concentré de petites anecdotes drôles du quotidien, parfois un peu poussées et exagérées, mais qui parviennent tout de même à mettre en évidence les différences entre nos deux pays.

Ma note :
7

 

Publicités

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

Publié le

Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

le-tour-de-la-prison-marguerite-yourcenar

Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

Daido Tokyo de Daido Moriyama

Publié le

Aujourd’hui, je vous propose de sortir de la littérature pour passer à un autre art : celui de la photographie ! Je vais vous présenter Daido Tokyo, le livre qui a accompagné l’exposition de Daido Moriyama, l’un des plus grands photographes japonais contemporains, qui s’est déroulée du 6 février au 5 juin 2016 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain !daido-tokyo-daido-moriyama

Edition lue :
Éditeur : Fondation Cartier pour l’art contemporain
Publié en : Février 2016
Nombre de pages : 248
Prix : 35€

Commençons par l’objet livre… Quel bel objet ! Une couverture dure, le titre est troué pour faire apparaître les photos de la première page, et le livre est séparé en deux parties : Tokyo Color, qui contient des photos couleur de Shinjuku prises entre 2008 et 2015 et Dog and Mesh Tights, qui contient des photos en noir et blanc imprimées sur un papier plus fin et prises en 2014 et 2015. Le tout accompagné d’un texte de l’auteur qui est puissant et passionné… Il s’est attaqué ici à Shinjuku après avoir passé un an à photographier Osaka. Et il nous explique son lien avec ce quartier de Tokyo si particulier, et c’est tout simplement fascinant. Il éprouve en effet une immense attirance pour ce quartier, qui est pour lui un « gigantesque faubourg » et qui est incomparable aux autres quartiers de la capitale nippone. Le lien qu’il entretient avec Shinjuku est très bien décrit et permet d’être encore plus touché et marqué par les photos.

« Comparable peut-être à un laideron hystérique, Shinjuku tantôt vous aguiche par ses mines doucereuses, tantôt vous déconcerte par ses caprices de dévergondée, changeant de visage et d’humeur à toute heure du jour.»

Quant aux photos, elles sont dans un style urbain (bien évidemment, puisque Shinjuku est bel et bien le « personnage » principal sur chacune des photos), et pleins de choses sont juxtaposées : des paysages, des passants, des devantures de magasins, des objets… et c’est magnifique puisque ça retranscrit à merveille l’ambiance de ce quartier qui me fascine également… Shinjuku est en effet un quartier où tout se mélange, où on trouve de tout selon où l’on marche et l’étrangeté de Shinjuku, toutes ses couleurs, en bref, l’essence même de ce quartier est retranscrite à merveille dans ces photos.

tokyocolor

Daido Moriyama Tokyo Color, 2008-2015 Tirage chromogène, 111,5 x 149 cm Courtesy of the artist / Daido Moriyama Photo Foundation

Daido Tokyo est un brillant recueil de photographies de Daido Moriyama sur le thème de la ville et principalement de Shinjuku. L’ambiance et toute la particularité de ce quartier est très bien retranscrite dans ces photos d’une grande diversité. Un réel plaisir pour les yeux !

Ma note :
8

Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi

Publié le

Ce samedi, je vais vous parler d’Une langue venue d’ailleurs. Il s’agit d’un roman d’Akira Mizubayashi, qu’il a écrit directement en français et dans lequel il nous parle de son apprentissage et surtout de sa relation avec la langue de Molière…

une-langue-venue-d-ailleurs-akira-mizubayashi

Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2013 (grand format en 2011)
Nombre de pages : 272
Prix : 7,10€

Ce roman est séparé en trois parties : la première s’intitule Tokyo, lorsque l’auteur nous raconte sa découverte de la langue française et son intérêt grandissant pour celle-ci, la seconde Montpellier, lorsqu’il partira étudier dans cette ville, et la troisième et dernière Paris-Tokyo, sur la fin de ses études et le début de sa vie professionnelle entre ces deux villes. Akira Mizubayashi a 19 ans lorsqu’il découvre le français et va souhaiter apprendre cette langue (qui est bien plus qu’une langue pour lui et qui va tracer un nouveau chemin dans sa vie), en commençant à enregistrer sur un magnétophone des cours de français qui passaient à la radio au Japon et à les écouter en boucle… Il va par la suite avoir une relation particulière avec Rousseau (que l’on va voir apparaître tout au long du roman), mais aussi avec la musique (Mozart notamment), deux domaines qui vont jouer un rôle dans son approche de la langue française.

« Dans le métro et l’autobus, personne n’avait d’écouteurs dans ses oreilles, sauf moi ; je me bourrais de musique française ; j’étais sous perfusion linguistique de façon quasi permanente. »

C’est un roman au départ assez difficile à lire, j’ai mis un peu de temps à entrer dedans, mais plus les pages se tournaient et plus le récit se construisait et on comprenait pourquoi l’auteur avait écrit ce roman. On découvre la place qu’a la langue française dans la vie de ce Japonais qui va aller vivre son rêve à Montpellier, puis à Paris, toujours en étant en perpétuelle immersion avec la langue française, la musique et nos grands écrivains et philosophes. Alors, certes, comme je l’ai précisé plus haut, je n’ai pas été tout de suite pris dans le roman et j’ai mis pas mal de temps à le lire. En fait, je dirais que dans sa globalité, c’est un roman intéressant, mais surtout pour certains passages et certaines anecdotes qui sont plaisantes à lire : par exemple quand il explique qu’au Japon, à la caisse des supermarchés on ne dit pas merci ; je le fais en général, mais je constate que la plupart des Japonais ne le font pas. Ou lorsqu’avec sa femme française, il y a toute la réflexion sur la langue dans laquelle chacun doit parler pour éduquer leur fille (Japonais ? Français ? Chacun sa langue ?) ou même pour parler à leur chienne. Ce sont pour moi ces petits passages, plus anodins, plus ancrés dans le quotidien, et d’un certain côté moins intellectuels que le reste du roman, qui m’ont tout de même fait passer une lecture plaisante.

Un roman qui va en détail dans le parcours étudiant d’Akira Mizubayashi et dans sa relation avec la langue française depuis qu’il l’a découverte. Un texte qui m’a été d’un intérêt variable selon les passages, mais qui est toujours écrit dans une langue parfaitement maîtrisée et littéraire, et ça, c’est si agréable que je ne peux que le souligner !

Ma note :
6

Seins et Œufs de Mieko Kawakami

Publié le

Après vous avoir parlé d’Heaven, le dernier roman paru en France de Mieko Kawakami, je vous présente aujourd’hui son roman le plus célèbre par chez nous : Seins et Œufs ! Partons dès à présent pour Tokyo.

seins-et-oeufs-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mars 2014
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce court roman nous raconte l’histoire de Natsu, qui habite à Tokyo, et qui va recevoir pendant quelques jours la visite de sa sœur, Makiko, et de sa nièce, Midoriko. Makiko approche de la quarantaine et est hôtesse dans un bar. Elle vient à Tokyo avec sa fille pour visiter des cliniques puisqu’elle a pour obsession de se refaire les seins (sujet qui va prendre une bonne partie du récit), et elle a une relation pour le moins compliquée avec sa fille, puisque cette dernière ne parle plus depuis quelques mois déjà. Natsu va donc voir débarquer sa sœur exubérante et sa nièce muette dans son petit appartement tokyoïte…

« Depuis un moment, je ne peux me défendre de l’impression étrange bien que brumeuse, que si Makiko semble me parler, en réalité elle ne me voit même pas. »

Le roman est intéressant puisqu’il alterne deux types de récit : l’histoire à proprement parler, à travers les yeux de la narratrice qui entend parler sa sœur de poitrines et de chirurgie esthétique à longueur de temps,  et le journal intime de Midoriko. Ce dernier nous permet de comprendre ce personnage complexe, qui a en réalité peur de grandir, de devenir adulte, et d’avoir ses premières règles. C’est le sujet qui la préoccupe. Le roman contient des scènes drôles, notamment une que j’ai bien aimée lorsque Makiko et Natsu vont se laver aux bains publics et que Makiko va contempler les poitrines de toutes les femmes, rejointe par sa sœur qui, par mimétisme, va faire de même. La relation mère-fille conflictuelle en apparence est très bien abordée, et on se rend compte que les raisons qui poussent Midoriko à ne plus prononcer un seul mot sont en fait bien plus profondes que la simple crise d’adolescence envers sa mère. Et c’est pour moi ce qui en fait un très bon roman !

 

Mieko Kawakami parvient dans ce roman à nous plonger dans la tête de Japonaises de deux générations différentes, toutes deux insatisfaites de leurs corps. Elle aborde avec brio les relations conflictuelles que peuvent exister entre une mère et sa fille, et le tout, bien qu’il semble en apparence superficiel, est en réalité très profond.

Ma note :
7

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt

Publié le

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous parle d’un court roman d’un écrivain français que je connaissais de nom, mais que je n’avais pas encore lu : Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt ! 


le-sumo-qui-ne-pouvait-pas-grossir-schmitt
Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 2014 (grand format : 2009)
Nombre de pages : 96
Prix : 4,90€

Jun est un garçon qui a fui sa mère et qui se retrouve dans les rues de Tokyo à vendre des pacotilles et à manger les poubelles. Mais un vieil homme, Shomintsu, qui s’avère être un entraîneur de sumo, va le croiser à maintes reprises et lui dire « Je vois un gros en toi », phrase pour le moins amusante puisque Jun n’a que la peau sur les os. Il va insister, insister, et offrir un billet à Jun pour qu’il aille voir un match de sumo. Après avoir refusé, Jun va céder et s’y rendre.

« Tokyo, quatre heures du matin… Peut-être le seul moment où la vie humaine s’offrait un répit, où la ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s’étageaient et s’enroulaient telles des lianes, redevenait une forêt où les animaux allaient boire, se nourrir. »

Contre toute attente, il va avoir une sorte de révélation : alors qu’au départ il ne voyait que des boudins, il va finit par voir des athlètes et des combattants. À partir de là, il va rejoindre l’école de Shomintsu et va tout faire pour s’engraisser et se muscler, mais ce sera plus compliqué que prévu… Et c’est là que c’est intéressant, puisque ce roman a une dimension spirituelle non négligeable. Le personnage principal va être initié au bouddhisme zen, et va découvrir qu’il ne suffit pas de manger, manger et manger pour grossir et atteindre son objectif, mais qu’il va falloir d’abord être en paix avec soi-même et affronter ses démons, qu’il avait plutôt tendance à cacher bien profondément en lui.

« Au fur et à mesure que chaque lutteur tentait d’éjecter son adversaire du cercle de jeu, je luttais, moi, contre mes préjugés, puis les éjectais un par un. »

C’est donc un roman court, mais l’évolution de Jun va être impressionnante. Il ne s’entête pas et accepte les changements qui se font en lui, au fur et à mesure qu’il découvre l’art des sumo, et qu’il se découvre lui-même. Une histoire avec une petite morale qui est très bien menée et qui n’y va pas par quatre chemins, ça m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur, même dans un contexte non-japonais (et oui, je ne lis pas que des romans en lien avec le Japon !).

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est en bref une lecture très plaisante, une petite histoire qui nous présente un garçon qui va apprendre à se connaître lui-même en traversant différentes épreuves et en gardant surtout l’esprit ouvert. Un très bon moment de lecture qui permet de se poser aussi des questions sur soi-même.

Ma note :
8

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

Publié le
Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

La Petite Boutique japonaise d’Isabelle Artus

Publié le

Ce vendredi, je vais vous parler d’un premier roman français pour le moins original : La Petite Boutique japonaise d’Isabelle Artus. Au programme : une histoire d’amour entre une geisha de région parisienne et un samouraï breton !

la-petite-boutique-japonaise-isabelle-artusEdition lue :
Éditeur : Flammarion
Publié le : 27 avril 2016
Nombre de pages : 311
Prix : 17,00€

Cette histoire, joliment loufoque, nous fait croiser le chemin de Pam, une jeune femme originaire de Melun, souhaitant être geisha depuis toute petite et qui n’hésite pas à s’habiller et se maquiller comme une geisha dès qu’elle sort. Elle va travailler dans une petite boutique qui vend des bonsaïs et qui est tenu par un couple de Japonais dont l’homme va entretenir la jeune geisha française. Mais un jour, un jeune homme, Thad, va entrer dans la petite boutique et ce Breton, ayant vécu au Japon par le passé et souhaitant suivre la Voie du Samouraï, va tomber amoureux de Pam…

« Après y avoir longuement réfléchi, Pamela décida qu’elle serait geisha, sans pour autant savoir s’il existait une filière professionnelle qui puisse l’y préparer. »

Mais voilà, nos deux amoureux vont vivre une histoire d’amour passionnelle, mais cela ne va pas durer… Thad en effet, bouleversé par les puissants sentiments qu’il ressent, va quitter Pam, du jour au lendemain. Cette dernière va comprendre qu’il est parti au Japon et se décide à partir à sa recherche dans ce pays qu’elle admire tant… À partir de là une folle aventure va se mettre en place, où Thad va tenter de trouver sa voie, et où Pam va être confronté à un Japon qui, bien trop moderne, ne correspond pas du tout à ce qu’elle s’était imaginé… Le tout raconté avec humour !

« À quoi bon être une geisha quand son samouraï se fait la malle ? »

Parce que oui, le point fort de ce récit est l’humour. Il est bien dosé, bien maîtrisé et nous fait passer un très bon moment de lecture. On ne voit pas le temps passer, on tourne les pages. Il faut avoir du second degré, c’est certain, et j’en ai peut-être manqué par moment, lorsque j’ai trouvé des passages quelque peu maladroits (notamment lorsque le maquillage d’une geisha est comparé à la « figure du clown blanc » ou lorsque la musique du shamisen, un instrument japonais que j’apprécie énormément, est quelque peu dégradé), mais ces petits passages collent totalement à l’ambiance du récit, donc c’est tout pardonné.

« Face aux deux maikos, elle eut le sentiment, bien plus violent qu’à Tokyo, d’être une imposture, comme une ombre portée se heurte à la réalité de son modèle. »

Et le roman nous plonge dans une ambiance japonaise, poussée à l’extrême dans des figures de style et des expressions qui font sourire, alors que l’on suit deux personnages qui se rencontrent en France. Pour moi, le roman décolle lorsque Pam décolle elle aussi pour le Japon et qu’elle est confrontée à un Japon qu’elle ne connaît pas et ne souhaite pas réellement connaître. C’est en effet très intéressant de la voir débarquer, elle et son idée du Japon, très traditionnel, et la voir (ou plutôt la lire) en train de se balader habillée et maquillée en geisha dans les quartiers animés et ultra-modernes de Tokyo est très étonnant. Elle est déçue de ce Japon qui évolue si vite, et va pourtant tenter de trouver un Japon qui correspond à ses attentes mais sans jamais oublier la raison première de sa venue : retrouver son samouraï breton.

Un roman aux personnages colorés et ayant une vision traditionnelle du Japon qui vont se rencontrer et s’aimer, avant de se quitter et de s’envoler pour ce pays qui va les surprendre sur différents aspects. Une lecture agréable et amusante, comme on n’en voit pas souvent !

Ma note :
7

Une nuit au mont Fuji d’Aurélie Conti

Publié le

Je vous propose aujourd’hui un roman qui vous fera voyager au Japon à coup sûr : il s’agit d’Une nuit au mont Fuji, le premier roman d’Aurélie Conti, écrit à la suite de son voyage au Pays du Soleil Levant en 2013. Votre valise est prête ? On décolle !

une-nuit-au-mont-fuji-aurelie-contiÉdition lue :
Version numérique : cliquez ici pour lire un extrait et l’acheter
Publié le : 27 décembre 2015
Nombre de pages : 91
Prix : 2,99€

« Le Mont Fuji, une montagne magique, écrêtée d’un coup de sabre par un samouraï en colère. »

Nous suivons une jeune femme, trentenaire, qui se décide à partir au Japon après en avoir rêvé pendant des années. Seule ? Oui, seule, pour pouvoir profiter pleinement de son voyage et à son propre rythme. Celle-ci va dès le départ se rendre compte de l’hospitalité et du sens du service des Japonais, toujours prêts à aider les touristes égarés, quitte à se mettre en retard. Après être arrivée à son hôtel, on suit notre narratrice dans Akihabara, qui va s’émerveiller dans ce quartier technologique, et qui va surtout flâner dans les rayons de ces grands magasins de l’électronique qui peuvent nous faire perdre la tête lorsque l’on y entre pour la première fois… Cinq jours de découverte de Tokyo et de ses alentours, comme Kamakura où se trouve un Bouddha géant et où elle sera accompagné par un mystérieux Japonais, avant de partir là où le titre nous emmène : au Mont Fuji, pour une ascension difficile, durant laquelle la narratrice connaîtra le doute, le regret, l’envie d’abandonner – mais qui éprouvera une grande fierté lorsqu’elle sera au sommet et pourra admirer ce que le Japon a de plus beau à lui offrir.

« La beauté lave de tout. Cet or naissant qui éclaire le monde efface bêtise, laideur et violence. En haut du mont Fuji brille l’espérance, plus forte que tout. »

 

Pour se ressourcer après cette épreuve, elle découvrira à Hakone les onsens, ces bains chauds japonais où aucun vêtement n’est autorisé, puis Kyoto et ses temples, Nara, avant d’être happée par le tourbillon d’Osaka. Tout en évoquant Yukio Mishima à quelques reprises, pour mon plus grand plaisir.

Le tout est décrit de façon très juste et belle, une écriture de qualité qui nous permet de nous évader très facilement dans une douce mélodie. Il y a de plus des éléments qu’ont connu tous ceux qui sont déjà partis au Japon, des situations qu’ils ont forcément dû vivre, tout comme moi, qui fait sourire et nous fait en même temps voguer nostalgiquement dans nos souvenirs. Comme je me souviens si bien du zoo d’Ueno et de ses pandas qui étaient l’attraction principale mais qui nous tournaient le dos, des daims nous suivant de près pour croquer tout papier qu’on laisserait dépasser d’une poche ou d’un sac, de l’étourdissement en sortant du onsen bien plus chaud que mon corps ne pouvait le supporter, ou encore des distributeurs ne permettant pas de retirer d’argent malgré notre carte de crédit censée être internationale !

Il s’agit, en résumé, d’un très beau récit de voyage que je conseillerai à tout le monde. À ceux qui sont déjà partis au Japon – cela leur permettra de repenser à leur séjour et à reconnaître des paysages et des situations. Mais aussi à ceux qui ne sont pas encore partis – grâce à l’écriture raffinée et les justes précisions, ce roman vous permettra vous aussi de découvrir cet étonnant pays qu’est le Japon et de vous balader dans les rues de Tokyo, Kyoto ou Osaka, ou de gravir le Mont Fuji pour les plus aventureux d’entre vous !

Ma note :
8

Sortie parc, gare d’Ueno de Yû Miri

Publié le

Je vais vous présenter aujourd’hui un roman sorti très récemment (novembre 2015), intitulé Sortie parc, gare d’Ueno (JR上野駅公園口, JR Ueno eki kouen guchi) et écrit par Yû Miri.

Sortie parc, gare d'Ueno - Yû Miri

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2014)
Nombre de pages : 170
Prix : 16,80€

Tout d’abord, lorsque l’on tient le livre entre ses mains, on ne peut que penser « Quel beau livre ! ». En effet, la couverture et ses cerisiers en fleur sont tout simplement magnifiques. Et lorsque l’on commence la lecture, on n’est pas déçu : le texte est tout aussi beau.

Ce roman parle des sans-abris au Japon, et plus particulièrement de l’un d’entre eux. Celui-ci va nous décrire son environnement et ce qu’implique la vie d’un sans-abri au Japon : la perte de leurs amis sans-abris, les « battues » qui les obligent à déguerpir pour la journée lorsqu’un membre de la famille de l’Empereur doit passer devant leur parc ou encore, et c’est là le thème principal de ce roman, l’incessant flot de souvenirs qui naviguent dans leurs esprits.

En effet, dès le départ, le narrateur nous fait comprendre qu’il va être question de sa vie et de tout ce qui l’a mené à devenir un sans-abri.

« Je croyais que la vie était comme un livre, on l’ouvrait à la première page, on passait à la deuxième, on continuait et on arrivait bientôt à la dernière, mais la vie n’a rien à voir avec ce que racontent les livres. Les lettres s’enchaînent, il y a des numéros de page, mais cela n’a ni queue ni tête. Même au-delà de la fin, il n’y a pas de fin. »

Ainsi, le narrateur va nous décrire les principaux éléments de sa vie, à savoir l’éloignement à sa famille à cause de son travail, la mort de sa femme ou encore la mort prématurée de son fils. Celle-ci occupe une place importante dans le roman, et le ressenti du narrateur, son incompréhension et sa douleur face à la mort de son fils, qui n’avait que la vingtaine, est une poésie douloureuse. Le tout peut être résumé dans la citation suivante, que je trouve très touchante :

« Chez nous, on félicite les gens qui viennent d’avoir un fils en leur disant que maintenant ils ont quelqu’un pour porter leur tablette funéraire. On peut se moquer de son fils en le traitant de mauvais porteur de tablette.
J’avais perdu le mien.
C’est moi qui portais sa tablette. »

J’ai été touché durant toute la lecture de ce roman, devant la difficulté de la vie de ce sans-abri, racontée avec une très belle langue. La fin est quant à elle très forte, mêlant à cette histoire le terrible séisme suivi du tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. Une très jolie découverte pour ma part et un très joli livre à avoir dans sa bibliothèque.

Ma note :
8

%d blogueurs aiment cette page :