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Archives de Tag: tokyo

Your name de Makoto Shinkai

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Vous avez sûrement entendu parler du phénomène Your Name, un film d’animation qui a battu tous les records au Japon et qui a connu un bon succès partout dans le monde. Aujourd’hui, je vais vous parler du roman du même nom, écrit par Makoto Shinkai, le réalisateur du film.

Edition lue :
Éditeur : Pika Roman
Publié le : 5 juillet 2017
Publié au Japon le : 18 juin 2016
Traduit par : Jean-Louis de la Couronne
Nombre de pages : 224
Prix : 14,95€

Mitsuha est une jeune fille de dix-sept ans qui vit à Hida, en pleine campagne. Elle rêve de partir vivre à Tokyo… jusqu’à ce qu’un matin, elle se réveille dans un corps qui lui semble étrange. C’est en effet le corps de Taki, un jeune homme de son âge, qui vit à Tokyo. Lui va se retrouver dans le corps de Mitsuha, et chacun de leur côté, ils vont tenter de faire de leur mieux pour ne pas faire trop de dégâts dans la vie de l’autre. Chaque matin, ils ne savent pas dans quel corps ils vont se réveiller, mais ils vont parvenir à communiquer, en laissant des messages sur leurs activités de la journée dans leurs téléphones. Cette histoire aurait pu continuer pendant longtemps, mais c’était sans compter l’arrivée d’une comète….

« Est-ce que je l’aime, ou est-ce que je le déteste, ce village ? Est-ce que je veux vraiment partir le plus loin possible d’ici, ou est-ce que je voudrais rester toute ma vie avec ma famille et mes amis ? »

J’avais envie de lire ce roman pour replonger dans l’ambiance, dans cette histoire que j’avais appréciée en film (sans que ce soit pour autant un énorme coup de coeur). Et j’ai bien fait. Le roman m’a vraiment beaucoup touché, plus que le film. Le pouvoir des mots est vraiment puissant. Il y a des passages vraiment beaux (quand Mitsuha découvre Tokyo par exemple) et forts. La postface de l’auteur/réalisateur est aussi intéressante puisqu’on apprend qu’il ne sait pas lui-même lequel du film ou du roman est l’oeuvre originale. Il a terminé le roman trois mois avant la sortie du film et le roman est sorti un peu moins de deux mois avant la sortie du film.

« Un jour, les échanges de nos corps avec Mitsuha ont commencé, et puis un autre jour, ils se sont soudain arrêtés. »

Une novellisation (mais pas vraiment) d’un très beau film qui m’a encore plus ému. Un plaisir de retrouver cette histoire et son atmosphère si particulière, ainsi que ses moments qui ont fait serrer mon petit coeur lors de quelques passages. Que vous ayez vu le film ou non, c’est un roman à lire absolument.

Ma note :

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L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka

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Dans cet article, je vais vous parler d’un roman d’un auteur que l’on connaît peu en France, et c’est bien dommage. Voici L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : 1995
Format poche : 1998
Traduction : Anne Bayard-Sakai
Édition originale en japonais : 1958-1959
Nombre de pages : 168
Prix : 7,10€

On va suivre Yôko, une entraîneuse qui travaille dans le Ginza d’après-guerre, un quartier chic de Tokyo. Elle approche la quarantaine et va se séparer au début du roman de Matsuzaki, un homme marié père d’une fille. Son entourage s’inquiète pour elle car ils savent qu’elle n’est pas faite pour la solitude. Junko, la gérante d’un bar haut de gamme va ouvrir un nouveau bar pour une clientèle un peu moins importante, et Yôko va être entraîneuse là-bas. Elle va ainsi rencontrer plusieurs hommes, mais cela ne va plus la satisfaire : elle se sent vieille et n’a pas vraiment d’ambition…

« Des mains de sa grand-mère, elle avait directement été propulsée au cœur de la tourmente de Ginza, pour y être enfouie parmi toutes ces présences masculines : elle n’avait donc pas eu le temps de devenir adulte. »

J’ai été surpris par ce roman. Tout d’abord, je tiens à souligner la qualité de la traduction, il y a des passages vraiment magnifiques. J’ai été touché par l’histoire de cette femme, qui veut être aimée, mais pas n’importe comment, ni par n’importe qui. Elle veut être heureuse, elle semble vouloir s’élever sans savoir comment s’y prendre. Elle ne va pas hésiter à repousser certains hommes et va se tourner vers l’alcool, pour tenter d’oublier qu’à son âge, quand même, elle devrait au moins être gérante de bar et avoir un protecteur qui n’a d’yeux que pour elle et qui lui permette de vivre sans se préoccuper de l’argent… Et elle en devient touchante.

« Sa vie, dévorée par l’alcool et les hommes, se confondait en vérité avec la mort ; et l’on pouvait dire qu’aujourd’hui elle avait déjà cessé de vivre. »

Un excellent roman qui gagne à être lu. C’était un auteur que je ne connaissais pas, et je suis bien content de l’avoir découvert avec cette histoire qui est racontée avec brio et génialement traduite.

Ma note :

Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

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Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :

Nââândé!? d’Eriko Nakamura

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Mais que pense donc une Japonaise qui vit à Paris depuis des années ? C’est ce qu’Eriko Nakamura nous propose de découvrir dans Nââândé!?, un livre qui ne manque pas d’humour.

naaande-eriko-nakamuraEdition lue :
Éditeur : Pocket
Publié le : 7 mars 2013 (Grand format : 2012)
Nombre de pages : 128
Prix : 5,95€

Ces tribulations d’une Japonaise à Paris sont donc écrites par Eriko Nakamura, ancienne présentatrice à succès sur une grande chaîne japonaise, mais désormais mariée à Charles-san, un Français, avec qui elle vit à Paris depuis dix ans au moment de l’écriture de ce livre. Dans divers thèmes du quotidien que les Japonais et les Français traitent différemment -le métro, le mariage, la grève, l’éducation, la propreté, les toilettes, le sexe ou encore le couple-, elle va souvent exprimer intérieurement un Nââândé!?, une expression japonaise qui marque l’incompréhension.

« Personne ne fantasme autant sur Paris qu’un Japonais. Et personne n’est plus choqué par Paris qu’un Japonais. »

J’ai beaucoup aimé l’humour de l’auteure, qui rend ce petit livre bien agréable à lire. Elle a des remarques vraiment drôles sur des choses qui sont parfois pour nous normales (comme par exemple les dîners entre amis qui s’éternisent où le dessert n’arrive qu’à minuit et qu’elle pense « C’était stupéfiant : on changeait de jour et on était toujours à table ! »), ou encore lorsqu’elle nous dit qu’elle a pu découvrir tout un pan de la littérature française en attendant les Français, souvent en retard à des rendez-vous.

« Je crois que c’est avec la grève qu’on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. »

Le sous-titre, Les tribulations d’une Japonaise à Paris, est à mon sens incomplet. Je rajouterais et de son mari français à Tokyo, puisqu’elle nous parle beaucoup des déboires de son mari dans la capitale nippone, qui sont souvent très amusants. En revanche, ce livre est grand public. C’est-à-dire qu’on n’apprend pas grand chose si on connaît déjà un minimum le Japon. Certes, c’est amusant, mais on a tout de même droit à des clichés qu’on entend depuis des années, repris à toutes les sauces (sur le quartier Harajuku pour ne citer qu’un exemple). C’est évidemment ce qui fait vendre et ce qui plaît, elle exagère les traits du Japon que les Français trouvent loufoques, et elle grossit les traits des Français, en les mettant tous dans le même panier. Un point négatif qui n’est tout de même pas négligeable.

« Parfois, je me demande si les Parisiens n’aiment pas aller à la campagne pour se prendre quelques petites doses de gentillesse et d’attentions avant de recommencer une semaine… »

Un petit livre amusant qui vous fera passer certainement un très bon moment ! Il faut le lire pour ce qu’il est : un concentré de petites anecdotes drôles du quotidien, parfois un peu poussées et exagérées, mais qui parviennent tout de même à mettre en évidence les différences entre nos deux pays.

Ma note :
7

 

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

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Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

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Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

Daido Tokyo de Daido Moriyama

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Aujourd’hui, je vous propose de sortir de la littérature pour passer à un autre art : celui de la photographie ! Je vais vous présenter Daido Tokyo, le livre qui a accompagné l’exposition de Daido Moriyama, l’un des plus grands photographes japonais contemporains, qui s’est déroulée du 6 février au 5 juin 2016 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain !daido-tokyo-daido-moriyama

Edition lue :
Éditeur : Fondation Cartier pour l’art contemporain
Publié en : Février 2016
Nombre de pages : 248
Prix : 35€

Commençons par l’objet livre… Quel bel objet ! Une couverture dure, le titre est troué pour faire apparaître les photos de la première page, et le livre est séparé en deux parties : Tokyo Color, qui contient des photos couleur de Shinjuku prises entre 2008 et 2015 et Dog and Mesh Tights, qui contient des photos en noir et blanc imprimées sur un papier plus fin et prises en 2014 et 2015. Le tout accompagné d’un texte de l’auteur qui est puissant et passionné… Il s’est attaqué ici à Shinjuku après avoir passé un an à photographier Osaka. Et il nous explique son lien avec ce quartier de Tokyo si particulier, et c’est tout simplement fascinant. Il éprouve en effet une immense attirance pour ce quartier, qui est pour lui un « gigantesque faubourg » et qui est incomparable aux autres quartiers de la capitale nippone. Le lien qu’il entretient avec Shinjuku est très bien décrit et permet d’être encore plus touché et marqué par les photos.

« Comparable peut-être à un laideron hystérique, Shinjuku tantôt vous aguiche par ses mines doucereuses, tantôt vous déconcerte par ses caprices de dévergondée, changeant de visage et d’humeur à toute heure du jour.»

Quant aux photos, elles sont dans un style urbain (bien évidemment, puisque Shinjuku est bel et bien le « personnage » principal sur chacune des photos), et pleins de choses sont juxtaposées : des paysages, des passants, des devantures de magasins, des objets… et c’est magnifique puisque ça retranscrit à merveille l’ambiance de ce quartier qui me fascine également… Shinjuku est en effet un quartier où tout se mélange, où on trouve de tout selon où l’on marche et l’étrangeté de Shinjuku, toutes ses couleurs, en bref, l’essence même de ce quartier est retranscrite à merveille dans ces photos.

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Daido Moriyama Tokyo Color, 2008-2015 Tirage chromogène, 111,5 x 149 cm Courtesy of the artist / Daido Moriyama Photo Foundation

Daido Tokyo est un brillant recueil de photographies de Daido Moriyama sur le thème de la ville et principalement de Shinjuku. L’ambiance et toute la particularité de ce quartier est très bien retranscrite dans ces photos d’une grande diversité. Un réel plaisir pour les yeux !

Ma note :
8

Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi

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Ce samedi, je vais vous parler d’Une langue venue d’ailleurs. Il s’agit d’un roman d’Akira Mizubayashi, qu’il a écrit directement en français et dans lequel il nous parle de son apprentissage et surtout de sa relation avec la langue de Molière…

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Edition lue :
Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié en : 2013 (grand format en 2011)
Nombre de pages : 272
Prix : 7,10€

Ce roman est séparé en trois parties : la première s’intitule Tokyo, lorsque l’auteur nous raconte sa découverte de la langue française et son intérêt grandissant pour celle-ci, la seconde Montpellier, lorsqu’il partira étudier dans cette ville, et la troisième et dernière Paris-Tokyo, sur la fin de ses études et le début de sa vie professionnelle entre ces deux villes. Akira Mizubayashi a 19 ans lorsqu’il découvre le français et va souhaiter apprendre cette langue (qui est bien plus qu’une langue pour lui et qui va tracer un nouveau chemin dans sa vie), en commençant à enregistrer sur un magnétophone des cours de français qui passaient à la radio au Japon et à les écouter en boucle… Il va par la suite avoir une relation particulière avec Rousseau (que l’on va voir apparaître tout au long du roman), mais aussi avec la musique (Mozart notamment), deux domaines qui vont jouer un rôle dans son approche de la langue française.

« Dans le métro et l’autobus, personne n’avait d’écouteurs dans ses oreilles, sauf moi ; je me bourrais de musique française ; j’étais sous perfusion linguistique de façon quasi permanente. »

C’est un roman au départ assez difficile à lire, j’ai mis un peu de temps à entrer dedans, mais plus les pages se tournaient et plus le récit se construisait et on comprenait pourquoi l’auteur avait écrit ce roman. On découvre la place qu’a la langue française dans la vie de ce Japonais qui va aller vivre son rêve à Montpellier, puis à Paris, toujours en étant en perpétuelle immersion avec la langue française, la musique et nos grands écrivains et philosophes. Alors, certes, comme je l’ai précisé plus haut, je n’ai pas été tout de suite pris dans le roman et j’ai mis pas mal de temps à le lire. En fait, je dirais que dans sa globalité, c’est un roman intéressant, mais surtout pour certains passages et certaines anecdotes qui sont plaisantes à lire : par exemple quand il explique qu’au Japon, à la caisse des supermarchés on ne dit pas merci ; je le fais en général, mais je constate que la plupart des Japonais ne le font pas. Ou lorsqu’avec sa femme française, il y a toute la réflexion sur la langue dans laquelle chacun doit parler pour éduquer leur fille (Japonais ? Français ? Chacun sa langue ?) ou même pour parler à leur chienne. Ce sont pour moi ces petits passages, plus anodins, plus ancrés dans le quotidien, et d’un certain côté moins intellectuels que le reste du roman, qui m’ont tout de même fait passer une lecture plaisante.

Un roman qui va en détail dans le parcours étudiant d’Akira Mizubayashi et dans sa relation avec la langue française depuis qu’il l’a découverte. Un texte qui m’a été d’un intérêt variable selon les passages, mais qui est toujours écrit dans une langue parfaitement maîtrisée et littéraire, et ça, c’est si agréable que je ne peux que le souligner !

Ma note :
6

Seins et Œufs de Mieko Kawakami

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Après vous avoir parlé d’Heaven, le dernier roman paru en France de Mieko Kawakami, je vous présente aujourd’hui son roman le plus célèbre par chez nous : Seins et Œufs ! Partons dès à présent pour Tokyo.

seins-et-oeufs-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mars 2014
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce court roman nous raconte l’histoire de Natsu, qui habite à Tokyo, et qui va recevoir pendant quelques jours la visite de sa sœur, Makiko, et de sa nièce, Midoriko. Makiko approche de la quarantaine et est hôtesse dans un bar. Elle vient à Tokyo avec sa fille pour visiter des cliniques puisqu’elle a pour obsession de se refaire les seins (sujet qui va prendre une bonne partie du récit), et elle a une relation pour le moins compliquée avec sa fille, puisque cette dernière ne parle plus depuis quelques mois déjà. Natsu va donc voir débarquer sa sœur exubérante et sa nièce muette dans son petit appartement tokyoïte…

« Depuis un moment, je ne peux me défendre de l’impression étrange bien que brumeuse, que si Makiko semble me parler, en réalité elle ne me voit même pas. »

Le roman est intéressant puisqu’il alterne deux types de récit : l’histoire à proprement parler, à travers les yeux de la narratrice qui entend parler sa sœur de poitrines et de chirurgie esthétique à longueur de temps,  et le journal intime de Midoriko. Ce dernier nous permet de comprendre ce personnage complexe, qui a en réalité peur de grandir, de devenir adulte, et d’avoir ses premières règles. C’est le sujet qui la préoccupe. Le roman contient des scènes drôles, notamment une que j’ai bien aimée lorsque Makiko et Natsu vont se laver aux bains publics et que Makiko va contempler les poitrines de toutes les femmes, rejointe par sa sœur qui, par mimétisme, va faire de même. La relation mère-fille conflictuelle en apparence est très bien abordée, et on se rend compte que les raisons qui poussent Midoriko à ne plus prononcer un seul mot sont en fait bien plus profondes que la simple crise d’adolescence envers sa mère. Et c’est pour moi ce qui en fait un très bon roman !

 

Mieko Kawakami parvient dans ce roman à nous plonger dans la tête de Japonaises de deux générations différentes, toutes deux insatisfaites de leurs corps. Elle aborde avec brio les relations conflictuelles que peuvent exister entre une mère et sa fille, et le tout, bien qu’il semble en apparence superficiel, est en réalité très profond.

Ma note :
7

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous parle d’un court roman d’un écrivain français que je connaissais de nom, mais que je n’avais pas encore lu : Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt ! 


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Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 2014 (grand format : 2009)
Nombre de pages : 96
Prix : 4,90€

Jun est un garçon qui a fui sa mère et qui se retrouve dans les rues de Tokyo à vendre des pacotilles et à manger les poubelles. Mais un vieil homme, Shomintsu, qui s’avère être un entraîneur de sumo, va le croiser à maintes reprises et lui dire « Je vois un gros en toi », phrase pour le moins amusante puisque Jun n’a que la peau sur les os. Il va insister, insister, et offrir un billet à Jun pour qu’il aille voir un match de sumo. Après avoir refusé, Jun va céder et s’y rendre.

« Tokyo, quatre heures du matin… Peut-être le seul moment où la vie humaine s’offrait un répit, où la ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s’étageaient et s’enroulaient telles des lianes, redevenait une forêt où les animaux allaient boire, se nourrir. »

Contre toute attente, il va avoir une sorte de révélation : alors qu’au départ il ne voyait que des boudins, il va finit par voir des athlètes et des combattants. À partir de là, il va rejoindre l’école de Shomintsu et va tout faire pour s’engraisser et se muscler, mais ce sera plus compliqué que prévu… Et c’est là que c’est intéressant, puisque ce roman a une dimension spirituelle non négligeable. Le personnage principal va être initié au bouddhisme zen, et va découvrir qu’il ne suffit pas de manger, manger et manger pour grossir et atteindre son objectif, mais qu’il va falloir d’abord être en paix avec soi-même et affronter ses démons, qu’il avait plutôt tendance à cacher bien profondément en lui.

« Au fur et à mesure que chaque lutteur tentait d’éjecter son adversaire du cercle de jeu, je luttais, moi, contre mes préjugés, puis les éjectais un par un. »

C’est donc un roman court, mais l’évolution de Jun va être impressionnante. Il ne s’entête pas et accepte les changements qui se font en lui, au fur et à mesure qu’il découvre l’art des sumo, et qu’il se découvre lui-même. Une histoire avec une petite morale qui est très bien menée et qui n’y va pas par quatre chemins, ça m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur, même dans un contexte non-japonais (et oui, je ne lis pas que des romans en lien avec le Japon !).

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est en bref une lecture très plaisante, une petite histoire qui nous présente un garçon qui va apprendre à se connaître lui-même en traversant différentes épreuves et en gardant surtout l’esprit ouvert. Un très bon moment de lecture qui permet de se poser aussi des questions sur soi-même.

Ma note :
8

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

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Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

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