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Archives de Tag: vie

Compléter les blancs de Keiichirô Hirano

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Aujourd’hui, un sujet dur pour un roman nécessaire. Voici Compléter les blancs de Keiichirô Hirano qui est paru il y a quelques jours chez nous.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2017
Publié au Japon le : 27 novembre 2012
Nombre de pages : 448
Prix : 23,00€

Tetsuo Tsuchiya s’est suicidé trois ans plus tôt. Seulement voilà, le roman s’ouvre sur le retour à la vie de Tetsuo, qui ignore ce qui s’est passé il y a trois ans. Il ignore qu’il s’est jeté du toit de son entreprise. Il n’est d’ailleurs pas le seul à « ressusciter », le phénomène s’étend au monde entier. Tetsuo va ainsi retrouver sa femme et son fils Riku, qui a aujourd’hui quatre ans, alors qu’il n’en avait  qu’un la dernière fois où il l’a vu. Quand il va apprendre qu’il s’est suicidé, il ne va pas y croire une seule seconde. Et durant tout le roman, il va partir à la recherche de celui qui l’a assassiné, et tenter de comprendre pourquoi.

« Les êtres humains ne reviennent pas à la vie, vous savez. Vous le comprenez, n’est-ce pas ? »

Un roman centré sur le suicide, c’est un pari osé. Mais il est relevé avec beaucoup de brio ici. On ressent la douleur de sa femme qui n’arrive pas reprendre là où ils s’étaient arrêtés, parce qu’en apprenant son suicide, elle a terriblement culpabilisé. On comprend la douleur que Tetsuo ressent en voyant l’attitude de son fils qui ne comprend pas qui est cet homme qu’il doit appeler « papa ». Tetsuo et nous, lecteurs, avons la possibilité de voir la tristesse, l’incompréhension, et tout ce qui va avec ces sentiments chez ceux dont un proche s’est donné la mort. Et c’est bouleversant.

« Tu as sauté du toit de ton entreprise ! Tu nous as abandonnés, Riku et moi ! Pourquoi ? Pourquoi tu t’es suicidé ? Dis-le moi, pourquoi ? »

 En partant à la recherche de son meurtrier, dont il pense connaître l’identité, Tetsuo va aussi se découvrir lui-même, à un point qu’il ne soupçonnait pas. Et cela va être possible grâce à des conversations avec deux personnages, conversations que j’ai trouvées incroyablement remplies de sens et fascinantes. L’une avec Radek, un Polonais qui est aussi revenu à la vie après être mort en héros, et avec un psychiatre qui va explorer avec lui son (ou plutôt « ses ») moi intérieur. Tetsuo va être profondément bouleversé par ces échanges, et on le ressent également. Les derniers chapitres sont aussi extrêmement touchants. Et la traduction de Corinne Atlan, l’une des traductrices les plus talentueuses dans le domaine de la littérature japonaise, rend le tout extrêmement puissant.

« Il n’était pas seulement revenu à la vie. Il était revenu dans un monde dévasté par sa disparition. Peut-être était-ce justement pour réparer ce désastre qu’il était ressuscité ? »

Un roman qui n’hésite pas à nous mettre face à la douleur, à la culpabilité, à l’incompréhension des proches d’un être qu’ils pensent s’être suicidé. Un moment de lecture dont il est difficile de sortir indemne, mais qui montre un aspect du Japon malheureusement bien présent.

Ma note :

Park Life de Shuichi Yoshida

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Puisqu’on est en plein milieu de l’été, je vous propose aujourd’hui une petite ballade dans un parc… Le tout raconté par Shuichi Yoshida dans son court mais appréciable roman intitulé Park Life !

park-life-shuichi-yoshidaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 6,10€

Park Life nous entraîne dans la vie du narrateur qui a l’habitude de passer un peu de temps sur son banc dans le parc de Hibiya. Un moment qu’il apprécie et un endroit qu’il rejoint quand il a un peu de temps libre, faisant d’ailleurs tout pour faire déguerpir ceux qui occupent son banc lorsqu’il veut s’y asseoir. On rencontre une poignée de personnages qui font partie de sa vie : son senpai (aîné) au travail, une amie qui vient d’avoir un enfant, un couple séparé chez qui il vit provisoirement pour s’occuper de leur singe, et surtout, une femme qu’il a rencontrée dans le métro et qu’il va retrouver dans ce parc où elle a également l’habitude de venir régulièrement. Ils vont ainsi s’y retrouver et discuter comme s’ils se connaissaient depuis longtemps…

« Les nombreux cercles concentriques décrits par les oiseaux aquatiques se propageaient sous nos yeux à la surface vert foncé de la mare. Les volatiles plongeaient parfois la tête sous l’eau, tremblaient de tout leur corps et déployaient leurs ailes. »

C’est un petit roman vraiment très agréable à lire. J’avais lu ici et là que c’était un roman un peu ennuyeux, mais j’ai personnellement trouvé qu’il se lisait très bien. La vie de ce parc de Tokyo y est animée et décrite avec une certaine poésie. Le roman ne se passe pas entièrement dans ce parc, on suit notre narrateur là où il va, mais le parc est bel et bien le personnage principal. Ce parc représente la vie, des relations qui se nouent, mais aussi des personnes qui se croisent sans jamais oser se parler.

Ce roman nous offre une lecture rafraîchissante pour un moment de lecture bien plaisant. J’ai déjà très envie de le relire, mais cette fois-ci dans un parc, au soleil, pour pouvoir me plonger encore plus dans cette ambiance si particulière qui est si bien décrite.

Ma note :
7

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous parle d’un court roman d’un écrivain français que je connaissais de nom, mais que je n’avais pas encore lu : Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt ! 


le-sumo-qui-ne-pouvait-pas-grossir-schmitt
Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 2014 (grand format : 2009)
Nombre de pages : 96
Prix : 4,90€

Jun est un garçon qui a fui sa mère et qui se retrouve dans les rues de Tokyo à vendre des pacotilles et à manger les poubelles. Mais un vieil homme, Shomintsu, qui s’avère être un entraîneur de sumo, va le croiser à maintes reprises et lui dire « Je vois un gros en toi », phrase pour le moins amusante puisque Jun n’a que la peau sur les os. Il va insister, insister, et offrir un billet à Jun pour qu’il aille voir un match de sumo. Après avoir refusé, Jun va céder et s’y rendre.

« Tokyo, quatre heures du matin… Peut-être le seul moment où la vie humaine s’offrait un répit, où la ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s’étageaient et s’enroulaient telles des lianes, redevenait une forêt où les animaux allaient boire, se nourrir. »

Contre toute attente, il va avoir une sorte de révélation : alors qu’au départ il ne voyait que des boudins, il va finit par voir des athlètes et des combattants. À partir de là, il va rejoindre l’école de Shomintsu et va tout faire pour s’engraisser et se muscler, mais ce sera plus compliqué que prévu… Et c’est là que c’est intéressant, puisque ce roman a une dimension spirituelle non négligeable. Le personnage principal va être initié au bouddhisme zen, et va découvrir qu’il ne suffit pas de manger, manger et manger pour grossir et atteindre son objectif, mais qu’il va falloir d’abord être en paix avec soi-même et affronter ses démons, qu’il avait plutôt tendance à cacher bien profondément en lui.

« Au fur et à mesure que chaque lutteur tentait d’éjecter son adversaire du cercle de jeu, je luttais, moi, contre mes préjugés, puis les éjectais un par un. »

C’est donc un roman court, mais l’évolution de Jun va être impressionnante. Il ne s’entête pas et accepte les changements qui se font en lui, au fur et à mesure qu’il découvre l’art des sumo, et qu’il se découvre lui-même. Une histoire avec une petite morale qui est très bien menée et qui n’y va pas par quatre chemins, ça m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur, même dans un contexte non-japonais (et oui, je ne lis pas que des romans en lien avec le Japon !).

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est en bref une lecture très plaisante, une petite histoire qui nous présente un garçon qui va apprendre à se connaître lui-même en traversant différentes épreuves et en gardant surtout l’esprit ouvert. Un très bon moment de lecture qui permet de se poser aussi des questions sur soi-même.

Ma note :
8

Le Dernier Jour de Banana Yoshimoto

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Dans ce recueil de sept nouvelles, Banana Yoshimoto nous propose un petit voyage en Amérique du Sud, le plus souvent en Argentine, avec un thème bien précis : celui de la mort, mais aussi, en miroir celui de la vie…

le-dernier-jour-banana-yoshimotoEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2001 (édition originale en japonais : 2000)
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ces sept nouvelles ont donc plusieurs points communs : le décor, à savoir l’Amérique du Sud, mais aussi la narratrice. Bien que celle-ci soit différente dans chaque nouvelle, elle va penser à son passé, à des personnes qui l’ont quittée, à la mort, mais aussi à sa vie présente et future. Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles, mais j’en ai choisi trois que j’ai plutôt appréciées.

« Pourquoi donc y a-t-il toujours dans les cimetières de grands arbres dont les branches touchent presque terre ? Est-ce pour consoler les disparus, ou bien grandissent-ils en aspirant l’énergie des morts ? »

La première nouvelle que je vais évoquer ici est la troisième nouvelle de ce recueil, intitulée Un coup de téléphone. Il s’agit d’ailleurs de ma nouvelle préférée. On suit une femme qui débarque à Buenos Aires pour la première fois de sa vie (comme la plupart des narratrices du recueil), pour son travail. Après un éprouvant voyage, elle rentre à son hôtel et reçoit un coup de téléphone de la femme de Masahiko, son amant, qui lui annonce que ce dernier est décédé. Le lendemain, la narratrice va travailler, mais son esprit est ailleurs : elle repense à la dernière nuit qu’elle a passée avec son amant, elle réalise que personne ne l’accueillera à son retour au Japon et qu’elle aimait vraiment cet homme. J’ai apprécié cette nouvelle parce qu’elle nous réserve quelques surprises, qu’on ressent bien la tristesse de la narratrice, mais qu’il y a cependant un espoir certain. C’est l’une des nouvelles les plus optimistes (si on peut dire ça), les autres étant quelque peu déprimantes. Un petit passage que j’ai bien aimé, après qu’elle ait raccroché le téléphone porteur de la mauvaise nouvelle :

« L’un après l’autre, chaque mot, avec une vibration limpide comme s’il s’écoulait d’une enceinte au son pur, a pénétré à l’intérieur de mon corps par mon tympan et y a résonné avec toute la puissance de sa signification. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler est la quatrième de ce recueil, qui se nomme Les Platanes. Ici, la narratrice de 35 ans est en couple avec un homme de 60 ans. Ce couple visite une ville d’Argentine ensemble et passe de très bons moments. La femme va voyager dans ses souvenirs et revenir sur leur mariage et d’autres beaux épisodes de leur amour. Cette nouvelle évoque encore une fois la mort, mais avec une petite pointe de courage et d’espoir. En effet, alors que la narratrice songe au fait que son mari décèdera très probablement avant elle, elle en vient à ne plus avoir peur de la mort, à se dire que la vie les quittera de toute façon, mais qu’il restera toujours des choses fixes dans la vie, comme le même vent d’automne qui balaiera toujours les feuilles pour l’éternité (ce qui est d’ailleurs la même morale que la première nouvelle).

« Lorsque le cœur est habité par des sentiments différents, les choses qui se reflètent dans le regard n’y ont pas la même teinte. »

Enfin, la troisième nouvelle dont je vais vous parler est toujours dans le même esprit. Il s’agit de la dernière nouvelle du recueil, Par la fenêtre. La grand-mère de la narratrice (décédée bien évidemment, c’est le thème du recueil, ne l’oublions pas) lui avait prédit qu’elle allait mourir un jour précis. Toujours en Argentine, le jour fatidique arrive, mais la jeune femme n’a pas peur de mourir et se dit qu’elle accueillera la mort quand celle-ci viendra. En attendant, elle repense à sa vie, son ancien amant, son mari… Il y a un mini-suspense, on se demande si elle va mourir ou non, mais on se rend également compte qu’elle se voile un peu la face et que la mort l’effraie.

Vous l’aurez compris, la mort est au centre de ces nouvelles. Et même si cela permet aux différents narratrices de se célébrer leur propre vie et d’être heureuses d’être en vie, il n’empêche que ces nouvelles sont plutôt déprimantes. La mort est un thème que j’apprécie en général chez Banana Yoshimoto, surtout lorsqu’elle y mêle un peu de surnaturel, mais cette fois, c’est peut-être un peu trop dans un même recueil, tout comme c’est un peu trop de placer toutes ces narratrices dans un même décor. Il y a néanmoins de beaux passages, mais je n’ai pas retrouvé l’atmosphère que j’ai toujours ressentie en lisant Banana Yoshimoto – cela peut également venir de la traductrice, qui n’est pas la même que les autres œuvres de l’auteure (les autres œuvres ont été traduites par Dominique Palmé et Kyôko Satô et sont magnifiques). En bref, lisez plutôt les autres romans et nouvelles de Banana Yoshimoto, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note :
6

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