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Archives de Tag: vieillesse

Sémi d’Aki Shimazaki

Publié le

Retrouvons Aki Shimazaki pour son dernier roman en date : Sémi.

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Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mai 2021
Nombre de pages : 160
Prix : 15,00€

Tetsuo et Fujiko sont les deux personnages principaux de ce roman fort en émotions. Ils sont mariés depuis plus de quarante ans, mais un jour, Fujiko se réveille dans leur chambre en maison de retraite, et ne reconnaît pas son mari. Le verdict tombe : Fujiko souffre d’alzheimer.  De là, Tetsuo va tout faire pour tenter de continuer à vivre avec celle qu’il aime, en évitant pourtant de la brusquer au quotidien.

« J’étais préparé à ce qu’un jour Fujiko ne me reconnaisse plus, mas je n’imaginais pas redevenir son fiancé. A-t-elle vraiment perdu tout souvenir de notre mariage ? »

Sémi est le deuxième roman du nouveau cycle d’Aki Shimazaki, après Suzuran. Si ce n’est pas votre premier roman de cette auteure, vous savez que les romans sont liés entre eux ; ici, Tetsuo et Fujiko sont en fait les parents d’Anzu et Kyôko, les deux soeurs du roman précédent. Le thème d’alzheimer est quelque chose de très fort et je trouve qu’Aki Shimazaki le développe ici à la perfection.

« Notre vie d’un demi-siècle, où a-t-elle disparu ? »

En effet, on suit Tetsuo qui va redevenir le fiancé de Fujiko et non plus son mari, et qui va tout faire pour la protéger à tout prix. J’en ai également appris beaucoup sur cette terrible maladie ; Tetsuo ne doit en effet pas contredire sa femme, maus au contraire tenter de construire une nouvelle relation en partant de zéro. Et c’est ce qu’ils vont faire, et c’est très beau… mais c’est sans compter sur Aki Shimazaki qui va aussi faire remonter à la surface des souvenirs que Fujiko avait enfouis dans sa mémoire…

Un thème fort et touchant pour un roman très réussi. Aki Shimazaki explore une fois encore avec brio les relations familiales et les secrets sur lesquelles elles se construisent…

Ma note :

La vie du bon côté de Keisuke Hada

Publié le

Et oui, il y a aussi des romans japonais dans la rentrée littéraire ! Je vous propose aujourd’hui de voir La vie du bon côté grâce à Keisuke Hada !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 24 août 2017
Traduction par : Myriam Dartois-Ako
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Tout au long des pages de ce roman, on vit avec Kento, sa mère et son grand-père de 87 ans. On rencontre Kento qui, malgré ses 28 ans, est dans un état proche de celui de son grand-père : il souffre du dos et ne peut pas faire de sport et il est en pleine allergie et ne peut donc pas faire grand chose… Son grand-père, quant à lui, aime embêter sa fille, la mère de Kento donc, et son petit-fils. Il aime avoir une vie facile et se faire dorloter, et pour cela il n’hésite pas à faire preuve de fainéantise. Mais la façon dont va le voir Kento, ainsi que sa relation avec lui et même sa vie tout entière, va profondément changer lorsque le grand-père lui dit qu’il veut mourir et que Kento va finir par vouloir l’aider à accomplir son souhait, pour qu’il puisse encore partir dignement.

« Cette plainte de l’aïeul qui souhaitait mourir, il n’avait pas eu la sincérité de la prendre au pied de la lettre. »

C’est un roman sur la famille, mais qui apporte également une réflexion sur les personnes âgées, qui sont de plus en plus nombreuses au Japon. En effet, Kento, en voulant aider son grand-père à partir, va lui simplifier la vie pour que son corps ne fasse plus rien. Cela ouvre notamment une réflexion sur l’aide aux personnes âgées dans les centres spécialisées, où on fait tout pour eux et ils ne font plus rien par eux-mêmes.

« Autant accéder rapidement à ce vœu qu’il ressasse quotidiennement, ce sera mieux pour tout le monde. »

Quant à l’histoire en elle-même, j’ai pris plaisir à voir la façon qu’a le grand-père de totalement transformer la vie de Kento, sans le vouloir (ou c’est ce qu’il voudrait nous faire croire), même si le grand-père est très souvent irritant. Il répète tout au long du roman qu’il veut mourir, qu’il n’en peut plus, qu’il est un boulet, et c’est franchement désagréable à lire. Mais j’imagine que c’est aussi ce que ressentent Kento et sa mère, et dans ce cas-là, on peut dire qu’on partage leur agacement.

« Même au fond du trou, quand on n’arrive plus à s’en sortir, la seule chose à faire est de continuer à se battre. »

Malgré les apparences, c’est un roman sur le goût de la vie et sur l’impact que peut avoir un grand-père qui semble avoir perdu sa raison de vivre sur son petit-fils qui est dans une étape difficile de sa vie.

Ma note :

Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa

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Il est temps de vous parler d’un magnifique roman, adapté en un tout aussi magnifique film sorti en France en fin janvier 2016 : Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa. C’est parti pour la dégustation de dorayaki !

les-délices-de-tokyo-durian-sukegawaEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2016
Édition originale en japonais : 2013
Nombre de pages : 240
Prix : 17,50€

L’histoire nous emmène à la rencontre de Sentarô, un homme qui travaille dans une petite échoppe spécialisée dans la préparation et  la vente de dorayaki, une délicieuse pâtisserie japonaise consistant en deux sortes de pancakes avec au milieu de la pâte de haricots rouges. Un jour, une vieille femme, Tokue Yoshii, s’approche de cette boutique située en face d’immenses et magnifiques cerisiers en fleur et voit l’annonce sur la vitre : Sentarô cherche en effet à embaucher quelqu’un qui pourra lui venir en aide. Refusant d’abord, à cause de son âge avancé -elle a 76 ans- et ses doigts déformés par une maladie, il finira par accepter après qu’elle lui ait fait goûter sa pâte de haricots rouges, qu’elle confectionne depuis plus de 50 ans. À partir de là, la petite boutique va rencontrer un très grand succès grâce à la délicieuse nouvelle recette et au magnifique duo formé par Sentarô et Tokue. Pourtant, cela va être de courte durée puisque Tokue a un lourd secret qui va resurgir de son passé…

« Le vent souffla. Le cerisier frémit. Des pétales entrés par la vitre entrouverte se déposèrent sur la plaque chauffante. »

Et je ne vais pas vous en dire plus ! J’ai vu le film avant de lire le roman, et je ne savais pas exactement de quoi ça allait parler : je m’attendais à une belle petite histoire parsemée de pétales de cerisiers, légère et plaisante. Et bien ça va en réalité bien plus loin que ça : c’est une histoire d’une beauté incroyable mais aussi très émouvante, de par le sujet abordé. Le film est très proche du roman, la plupart des dialogues sont les mêmes, l’action aussi. La temporalité est en revanche un peu différente (le film semble se dérouler sur une période plus courte), et c’est surtout le passé des personnages qui est plus approfondi dans le roman, et qui permet de mieux se rendre compte pourquoi nos trois personnages principaux ont un lien si fort : Sentarô, Tokue et Wakana, une jeune lycéenne qui fréquente régulièrement l’échoppe de dorayaki.

« Il s’agit de bien observer la mine des haricots azuki. De s’ouvrir à ce qu’ils ont à nous dire. C’est, par exemple, imaginer les jours de pluie et de beau temps qu’ils ont connus. Écouter l’histoire de leur voyage, des vents qui les ont portés jusqu’à nous. »

La partie sur la préparation de la pâte de haricots rouges est vraiment magnifique. Tokue est délicate, prend son temps, ce que Sentarô ne comprend pas du tout au début. Ce roman est une sublime poésie, une ode à la liberté et à la beauté, représentée par les cerisiers en fleur et la confection de ces délicieuses pâtisseries. De plus, le secret de Tokue est incroyablement fort, c’est un sujet dont on parle très peu au Japon de nos jours, mais qui a pourtant bel et bien existé, et le placer dans cette histoire est un intelligent tour de force. Le Japon a beaucoup de côtés sombres dont il n’aime pas parler, mais grâce à des œuvres comme celles-ci, on parvient à les mettre en lumière et c’est une très bonne initiative, voire même un besoin pour que le Japon puisse évoluer et apprendre de ses erreurs.

« Ce jour-là, nous avons regardé la lune ensemble. La pleine lune était visible au-dessus du cerisier devant la boutique. Mme Yoshii m’a dit, elle est belle, admirons-la ensemble… »

Ce roman est une perle. Il regroupe tout ce que j’aime dans la littérature japonaise et ce qui en fait aussi une de ses spécificités : il est d’une immense beauté, la beauté du Japon, de ses saisons, des relations entre les hommes, de la nature, de l’écriture, et il incorpore un sujet particulièrement dur, qui ne peut que nous toucher. Un roman qui m’a profondément et durablement marqué et que je conseille à tous, et pas uniquement aux amateurs de littérature japonaise.

Ma note :
9

Merci Mélissa de m’avoir offert ce livre, tu es décidément la meilleure.

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata

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Je vais vous parler maintenant d’un classique de la littérature japonaise : Les Belles Endormies (眠れる美女, Nemureru Bijo) de Yasunari Kawabata. Cet auteur est un des auteurs japonais classiques les plus connus en dehors du Japon, et c’était le premier roman de lui que je lisais.

Kawabata

Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 1982 (édition originale en japonais : 1960-1961)
Nombre de pages : 124
Prix : 4,60€

Dans Les Belles Endormies, on suit Eguchi, un vieil homme de 67 ans, qui va vouloir essayer d’aller dans la maison des « Belles Endormies » dont un ami lui a parlé. Le principe de cette maison est simple : des hommes âgés peuvent dormir aux côtés d’une (ou plusieurs) jeune fille qui a été préalablement profondément endormie. Il n’y a aucun rapport sexuel, puisque les clients sont censés être des « clients de tout repos », qui n’éprouvent plus de désir sexuel, même si cela ne semble pas être le cas d’Eguchi…

Il va ainsi passer cinq nuits avec une fille différente (ou deux dans le dernier chapitre), et à partir de chacune de ces filles, qu’il va découvrir être vierges, des souvenirs de femmes différentes vont lui revenir. Ces souvenirs semblent venir à lui comme une vague de nostalgie d’une vie passée, comme un bilan des femmes qui ont compté dans sa vie… Les jeunes filles vont permettre à Eguchi, et à tous les clients de la maison, d’être confronté à la jeunesse, ne serait-ce qu’une dernière fois.

« Ce qui, du bras de la fille se communiquait aux paupières d’Eguchi, c’était le courant de la vie, le rythme de la vie, l’invitation de la vie et, pour un vieillard, un retour à la vie. »

Ce livre a inspiré plusieurs films, ici un film allemand de Vladim Glowna de 2005

Ce livre a inspiré plusieurs films, ici un film allemand de Vladim Glowna de 2005

On retrouve donc dans ce roman quelques thèmes récurrents de la littérature japonaise, à savoir : l’opposition vieillesse/jeunesse (souvent matérialisée par une jeune fille vierge), l’amour, mais aussi la mort. De plus, on retrouve un peu d’érotisme, avec les descriptions de ces jeunes filles vierges à côté desquelles dort Eguchi. Ce genre de description est chose courante dans cette littérature, et m’a un peu lassé personnellement.

Ce roman côtoie la mort de près, et on ne voit très vite qu’une issue possible à l’épilogue : la mort. Pourtant, et c’est là l’un des traits particuliers que j’ai apprécié chez cet auteur, la vie -et donc la mort- peut toujours nous surprendre…

« Une maison comme celle-ci ne serait-elle pas l’endroit idéal pour mourir ? »

Ma note :
7

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