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Archives de Tag: voyage

Les Mémoires d’un chat d’Hiro Arikawa

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Un article félin aujourd’hui ! Entrez dans Les mémoires d’un chat, un roman plein de tendresse d’Hiro Arikawa qui vient de paraître en France !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 juin 2017
Publié au Japon le : 15 novembre 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

Dans ce roman, on rencontre Satoru Miyawaki, mais surtout son chat, Nana. De la première fois où Satoru s’occupera de lui, jusqu’à aujourd’hui, cinq ans plus tard, où Satoru doit se séparer de son fidèle compagnon pour des raisons que l’on découvrira au fil du roman. Ils vont ainsi partir en voyage ensemble, pour s’arrêter chez des amis de Satoru qui ont compté dans sa vie, en espérant que l’un d’entre eux accepte de s’occuper de Nana, ce chat terriblement attachant.

 « Ce préjugé humain selon lequel les chats ne comprennent pas votre langage est tout simplement idiot. »

C’est donc un roman sur la relation entre un chat et son propriétaire. Mais je dirais que c’est avant tout un roman sur l’amitié. On va en effet découvrir les amis de Satoru qui ont tous compté à un moment de sa vie, Kôsuke, avec qui il avait adopté un chat lorsqu’ils étaient enfants, Yoshimine, un élève arrivé en cours d’année avec qui il s’était immédiatement lié d’amitié, ou encore Sugi et Chikako, avec qui il était au lycée. Toutes ces rencontres se font dans le cadre de ce beau voyage pour trouver un nouveau propriétaire à Nana, voyage qui leur permettra de créer de nouveaux souvenirs ensemble.

« Combien de paysages existent en ce monde qu’un chat ne verra jamais ? »

J’ai commencé ce roman sans avoir trop d’attentes. L’écriture est plutôt simple, le ton est parfois drôle, notamment quand le chat devient narrateur, c’est plaisant à lire. Je l’ai d’ailleurs pris un peu trop à la légère. Parce que ce roman m’a beaucoup touché, peut-être justement car je ne m’y attendais pas. À partir d’un certain moment, le ton devient tendre et extrêmement touchant, et un passage m’a beaucoup ému, jusqu’à me procurer des frissons dans tout le corps alors que j’étais en train de lire dans un train bondé à Tokyo. Et j’ai été marqué par la relation entre Satoru et ses amis, mais aussi par celle entre lui et son chat qui ne peut clairement pas nous laisser indifférents.

Un roman qui m’a beaucoup surpris puisque je ne m’attendais pas à ce qu’il me touche autant. On part en voyage avec Satoru et Nana, dans ce Monospace dans lequel nous aussi, nous pouvons nous sentir comme chez nous. Un grand et fort moment de lecture qui m’a marqué.
Ma note :

Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar

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Je vais aujourd’hui vous présenter un livre qui m’a fasciné, écrit par l’une des plus grandes écrivaines en langue française. Parcourons ensemble Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar.

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Éditeur : Gallimard (Folio)
Publié le : 23 avril 2013
Publié en grand format en : 1991
Nombre de pages : 240
Prix : 7,20€

Le tour de la prison est un recueil de notes de voyages que Marguerite Yourcenar voulait publier, mais elle n’en a malheureusement pas eu le temps, comme le montre d’ailleurs le dernier texte, inachevé. On y retrouve donc des passages sur ses voyages aux Etats-Unis, au Canada, mais surtout au Japon, qui est bien entendu la partie dont je vais vous parler ici, qui est d’ailleurs la plus importante (elle représente environ les trois quarts du livre).

« Quand on lit Bashô, on est frappé de voir combien les saisons, si attentivement suivies dans leur cycle, sont ressenties par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté. »

On m’a offert ce livre avant mon départ au Japon, en me disant qu’avec ça, je n’avais plus besoin de partir. N’y croyant pas vraiment, je réalise maintenant à quel point j’avais tort. J’ai été simplement fasciné et grandement intéressé par ce livre. Marguerite Yourcenar nous parle du Japon d’une façon tellement passionnée, de façon tellement intelligente, de façon tellement belle, qu’on ne peut qu’être touché et être transporté avec elle. Sans parler de son écriture, qui est un pur régal. Le premier texte nous met déjà dans de bonnes conditions puisqu’elle y évoque Bashô, et notamment la fin de sa vie. À partir de là, on va passer par le Canada et les Etats-Unis, avant de revenir au Japon et de découvrir des aspects incroyables de ce pays à travers les yeux de Marguerite Yourcenar.

« Dans nos vies, bonheur et malheur sont séparés l’un de l’autre par des creux ou des pans d’ombre ; le kabuki les fait suivre comme la nuit et le jour dans les pays sans crépuscule. »

Elle y parle d’énormément de choses : une description absolument fabuleuse du Tokyo de l’époque, la légende des quarante-sept rônins, le mariage japonais, le goût des Japonais pour les carpes, et deux choses qu’elle développe et qui m’ont ébloui. La première, c’est Yukio Mishima. Marguerite Yourcenar est en effet une spécialiste de cet auteur que j’admire (elle y a notamment consacré un livre, Mishima ou la vision du vide, vous pouvez voir une interview sur cet ouvrage ici, et a traduit quelques uns de ses textes) et il apparaît ici par petites touches tout au long du livre jusqu’à la visite de la maison où Mishima a vécu dans laquelle elle trouve une édition anglaise d’un de ses romans, Mémoires d’Hadrien. La deuxième chose qu’elle développe, c’est le théâtre. Le nô, le bunraku, mais surtout le kabuki. On a là un des plus beaux textes que j’ai lus sur ce sujet, un texte vivant, animé, et, surtout, qui vient du cœur. Magique.

« Le kabuki regorge de splendeurs, mais l’image la plus saisissante qui surnage est peut-être celle de ces figures tout en noir, impersonnelles et agissantes, qui au moment voulu apportent aux personnages les accessoires de leur rôle, et les leur reprennent à l’instant où ils ne s’en servent plus. »

Un livre tout simplement incroyable, qui a réussi à me montrer des aspects du Japon que j’ignorais, dont j’ignorais la beauté. Des textes à la fois captivants, magnifiques, intéressants, bref, en un mot : passionnants. À lire absolument.

Ma note :
9

Le Bureau des Jardins et des Étangs de Didier Decoin

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Pour débuter cette année 2017, je vais vous présenter le nouveau roman de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977, qui se déroule dans un Japon ancien : voici le Bureau des Jardins et des Étangs.

le-bureau-des-jardins-et-des-etangs-didier-decoinEdition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 2 janvier 2017
Nombre de pages : 396
Prix : 20,50€

Ce roman, qui se déroule au Japon au milieu du XIIème siècle, peut se diviser en deux parties. Dans la première, Miyuki apprend la mort de son mari Katsuro, noyé. Il était un pêcheur de carpes réputé et en livrait régulièrement au Bureau des Jardins et des Étangs, pour peupler les étangs et les lacs des temples sacrés. Pour honorer la mémoire de son mari, elle va devoir aller livrer elle-même au Bureau les dernières carpes que son mari a pêchées, et va donc entreprendre seule ce voyage durant lequel elle rencontrera de nombreux obstacles. Une fois arrivée, la deuxième partie du roman débute, et Miyuki va se retrouver mêlée à un concours d’encens auquel participe également le jeune Empereur de l’époque.

« Elle sentit que la vie sans son mari allait être une suite de questions lancinantes auxquelles elle serait seule à tenter de répondre. »

Déjà, il faut noter que ce roman est particulièrement bien écrit et parfaitement documenté. L’auteur nous propose une immersion totale dans ce Japon du XIIème siècle, avec ses particularités, ses traditions, et ses personnages. On en apprend beaucoup sur ce Japon, notamment sur le rituel des 49 jours quand un proche décède, l’ohaguro, c’est-à-dire la coutume de se noircir les dents, le takimono awase, le concours d’encens auquel il est question dans la deuxième partie du roman ou encore le yobai, qui est le mariage par « intrusion nocturne ». Tant de choses que j’ignorais et qui apparaissent avec fluidité tout au long du texte.

« Les sommets émergeaient des torsades de valeur nées du contact de la rosée matinale avec le sol attiédi par le réseau souterrain des eaux chaudes qu’on entendait gargouiller sous la terre. »

Enfin, c’est également un puissant roman d’amour. Dit comme ça, c’est étrange, puisque Katsuro n’est plus de ce monde dès le début du roman, mais en réalité, il accompagne sa femme à chaque instant durant le périple de celle-ci. Elle se souvient en effet des descriptions de certains endroits que lui avait faites Katsuro, elle passe par des endroits où il était passé autrefois, elle semble encore connectée à son mari, même d’un point de vue charnel puisqu’elle fait des rêves érotiques dans lequel son mari est présent. La mort ne semble pas les avoir séparés, et dans ce roman des sens (l’odorat et le toucher principalement), leur relation est bel et bien au centre.

« Le regard de Katsuro fendait comme une lame la profondeur des eaux, il voyait à travers le limon, il pressentait ce qu’il y avait dessous les pierres, il les retournait par la pensée pour débusquer la carpe qu’il désirait, et c’était bien celle qu’il attrapait, oui, celle-là et pas une autre. »

Un très beau roman qui nous montre un aspect du Japon qu’on ne lit pas souvent. À travers le périple de l’héroïne, on en apprend beaucoup sur ce Japon de la fin de l’Époque de Heian, en même temps que Mizuki elle-même, qui semble découvrir le monde en dehors de son village. 

Ma note :
7

Journaux de voyage de Bashô

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Je vous propose aujourd’hui un petit voyage en compagnie de Matsuo Bashô, qui fait partie des grands maîtres du haiku, grâce au recueil Journaux de voyage qui vient de sortir dans une nouvelle édition. 

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Edition lue :
Éditeur : Verdier
Publié le : 28 octobre 2016
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ce livre regroupe plusieurs notes et journaux de voyage qu’a tenus Bashô tout au long de sa vie. Il s’ouvre sur une introduction que j’ai trouvée très intéressante. On en apprend beaucoup sur l’évolution de la poésie à l’époque de Bashô et un peu avant, et on apprend également que deux tiers de l’oeuvre de Bashô était en fait de la prose. On le connait principalement pour ses haiku (haikai et hokku) et on peut découvrir ici une autre facette de ce grand maître de la poésie japonaise. L’introduction est très riche et nous donne des clés pour pouvoir mieux apprécier et comprendre les sept notes de voyage qui vont la suivre.

« Les hokku qu’il compose dans les moments d’intense émotion sont aujourd’hui encore dans la mémoire de tous les Japonais, et nombreux sont les pèlerins qui l’été partent à la recherche des derniers vestiges de ce qu’avait vu Bashô, et dont seule parfois une stèle portant un vers du poète conserve encore le souvenir, dans un paysage définitivement défiguré par la laideur industrielle. »

J’ai trouvé ces notes de voyage particulièrement géniales. Il n’y a donc pas uniquement des poèmes, une grande part est accordée à la prose, des passages dans lesquels il raconte son parcours et précise aussi les contextes d’écriture des haiku qui se glissent entre ces lignes. Et cette prose est également très poétique, on a donc l’impression de lire une poésie sous différentes formes, et le tout coule tout seul. Ce n’est pas un recueil de poèmes, ce n’est pas un récit de voyages, mais ce sont ces deux choses en même temps. On le suit dans ses voyages et on admire les paysages qu’il traverse, on suit ses aventures et les personnes qu’il croise. Un vrai petit plaisir de lecture.

« Brouillard et bruine
dissimulent le Fuji
charme de ce jour 
»

C’est un recueil à savourer, à grignoter petit à petit quand on a envie de s’évader, puisqu’en quelque sorte, on accompagne Bashô dans ses voyages et sa plume poétique nous fait découvrir de sublimes paysages et nous fait passer un moment très agréable.

Ma note :
7

 

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

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Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

Spice & Wolf (Tome 1) d’Isuna Hasekura

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Ce vendredi, je vais vous parler d’un light novel, roman japonais destiné aux jeunes adultes, qui a été adapté en manga puis en anime. Il s’agit du premier tome de Spice & Wolf d’Isuna Hasekura. Partons sur les routes avec Lawrence et Holo !

spice-&-wolf-isuna-hasekura-ofelbeÉdition lue :
Éditeur : Éditions Ofelbe
Publié en : 2015 (édition originale en japonais : 2006)
Nombre de pages : 480
Prix : 19,90€

Nous voyageons ici avec Lawrence qui est un marchand itinérant. Il transporte ses marchandises de ville en ville pour honorer ses dettes et, seul, dans sa carriole, il aimerait beaucoup avoir de la compagnie pour égayer ses voyages et  sa vie. C’est alors qu’un jour, dans sa carriole, il va découvrir une jeune fille avec des oreilles et une queue de loup, en train de dormir. Il s’agit d’Holo, la déesse de la moisson, une louve pouvant prendre l’apparence d’une fille. Elle éprouve le désir de voyager et de retourner d’où elle vient, au nord. Lawrence va ainsi l’accepter à ses côtés et apprendre à vivre sur la route avec elle…

« Saluées par les hennissements du cheval, les aventures de ce couple si particulier venaient de débuter. »

Ils vont ainsi apprendre à se connaître et à s’apprécier. Le personnage d’Holo est très intéressant puisque bien qu’elle soit en apparence une jeune fille frêle, elle a en réalité vécu des dizaines et des dizaines d’années et a une intelligence hors norme et comprend les choses très vite. Ce qui d’ailleurs peut agacer Lawrence qui a mis des années à comprendre certains rouages économiques, et ça nous donne des scènes très amusantes. Ils vont donc voyager ensemble et rencontrer d’autres marchands qui vont leur apporter quelques difficultés… Ce tome regroupe en réalité deux tomes de la version japonaise, et dans les deux histoires, Lawrence et Holo vont se faire avoir d’une façon ou d’une autre et vont devoir y faire face ensemble.

« Avoir un apprenti aussi doué était à la fois une bénédiction et une malédiction : il faisait la fierté de n’importe quel marchand, mais l’humiliation n’était jamais loin. »

Tout d’abord, il faut souligner que les éditions Ofelbe ont une fois encore réalisé un excellent travail d’édition. L’objet-livre est magnifique, la couverture, les illustrations à l’intérieur, bref, c’est un plaisir de l’avoir dans sa bibliothèque. Ensuite, Spice & Wolf est un roman très appréciable. Le sujet est vraiment original, on suit un marchand itinérant, et il est traité de façon intelligente. On pourrait s’attendre à quelque chose d’un peu simplet, mais on a en réalité des passages très précis qui m’ont rappelé certains cours d’économie… En voulant se faire de l’argent sur un rumeur de dévaluation d’une monnaie, on en apprend beaucoup sur le système économique, la création d’une monnaie et ce qui fait qu’une monnaie fonctionne dans un pays, et on rentre vraiment dans beaucoup de détails. Même si au bout d’un moment on peut trouver ça longuet (ou si certaines explications étaient un peu obscures), c’est un aspect du roman que j’ai tout de même apprécié. À côté de ça, on a des moments plus légers à lire, sur la relation de Lawrence et Holo qui grandit au fil des pages et qui est très bien abordée. Malgré leurs différences apparentes, ils sont parvenus à se trouver et à toujours sortir la tête haute des problèmes qu’ils ont pu rencontrer. Et ça, c’est beau.

« Il aurait beau parcourir le monde et amasser des fortunes, la seule chose que Lawrence ne pourrait jamais posséder était juste devant lui. »

C’est un premier tome qui nous introduit le mode de vie d’un marchand itinérant, qui avait l’habitude d’être seul mais qui va construire une relation forte avec une déesse louve qui l’aidera tant dans sa mission commerciale que dans sa vie personnelle. On entre aisément dans la carriole avec ces deux personnages, pour un moment de lecture très sympathique qui nous donne envie de passer aux tomes 2 et 3, tous deux déjà disponibles.

Ma note :
7

 

Le Dernier Jour de Banana Yoshimoto

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Dans ce recueil de sept nouvelles, Banana Yoshimoto nous propose un petit voyage en Amérique du Sud, le plus souvent en Argentine, avec un thème bien précis : celui de la mort, mais aussi, en miroir celui de la vie…

le-dernier-jour-banana-yoshimotoEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : 2001 (édition originale en japonais : 2000)
Nombre de pages : 128
Prix : 14,50€

Ces sept nouvelles ont donc plusieurs points communs : le décor, à savoir l’Amérique du Sud, mais aussi la narratrice. Bien que celle-ci soit différente dans chaque nouvelle, elle va penser à son passé, à des personnes qui l’ont quittée, à la mort, mais aussi à sa vie présente et future. Je ne vais pas détailler toutes les nouvelles, mais j’en ai choisi trois que j’ai plutôt appréciées.

« Pourquoi donc y a-t-il toujours dans les cimetières de grands arbres dont les branches touchent presque terre ? Est-ce pour consoler les disparus, ou bien grandissent-ils en aspirant l’énergie des morts ? »

La première nouvelle que je vais évoquer ici est la troisième nouvelle de ce recueil, intitulée Un coup de téléphone. Il s’agit d’ailleurs de ma nouvelle préférée. On suit une femme qui débarque à Buenos Aires pour la première fois de sa vie (comme la plupart des narratrices du recueil), pour son travail. Après un éprouvant voyage, elle rentre à son hôtel et reçoit un coup de téléphone de la femme de Masahiko, son amant, qui lui annonce que ce dernier est décédé. Le lendemain, la narratrice va travailler, mais son esprit est ailleurs : elle repense à la dernière nuit qu’elle a passée avec son amant, elle réalise que personne ne l’accueillera à son retour au Japon et qu’elle aimait vraiment cet homme. J’ai apprécié cette nouvelle parce qu’elle nous réserve quelques surprises, qu’on ressent bien la tristesse de la narratrice, mais qu’il y a cependant un espoir certain. C’est l’une des nouvelles les plus optimistes (si on peut dire ça), les autres étant quelque peu déprimantes. Un petit passage que j’ai bien aimé, après qu’elle ait raccroché le téléphone porteur de la mauvaise nouvelle :

« L’un après l’autre, chaque mot, avec une vibration limpide comme s’il s’écoulait d’une enceinte au son pur, a pénétré à l’intérieur de mon corps par mon tympan et y a résonné avec toute la puissance de sa signification. »

La seconde nouvelle dont je vais vous parler est la quatrième de ce recueil, qui se nomme Les Platanes. Ici, la narratrice de 35 ans est en couple avec un homme de 60 ans. Ce couple visite une ville d’Argentine ensemble et passe de très bons moments. La femme va voyager dans ses souvenirs et revenir sur leur mariage et d’autres beaux épisodes de leur amour. Cette nouvelle évoque encore une fois la mort, mais avec une petite pointe de courage et d’espoir. En effet, alors que la narratrice songe au fait que son mari décèdera très probablement avant elle, elle en vient à ne plus avoir peur de la mort, à se dire que la vie les quittera de toute façon, mais qu’il restera toujours des choses fixes dans la vie, comme le même vent d’automne qui balaiera toujours les feuilles pour l’éternité (ce qui est d’ailleurs la même morale que la première nouvelle).

« Lorsque le cœur est habité par des sentiments différents, les choses qui se reflètent dans le regard n’y ont pas la même teinte. »

Enfin, la troisième nouvelle dont je vais vous parler est toujours dans le même esprit. Il s’agit de la dernière nouvelle du recueil, Par la fenêtre. La grand-mère de la narratrice (décédée bien évidemment, c’est le thème du recueil, ne l’oublions pas) lui avait prédit qu’elle allait mourir un jour précis. Toujours en Argentine, le jour fatidique arrive, mais la jeune femme n’a pas peur de mourir et se dit qu’elle accueillera la mort quand celle-ci viendra. En attendant, elle repense à sa vie, son ancien amant, son mari… Il y a un mini-suspense, on se demande si elle va mourir ou non, mais on se rend également compte qu’elle se voile un peu la face et que la mort l’effraie.

Vous l’aurez compris, la mort est au centre de ces nouvelles. Et même si cela permet aux différents narratrices de se célébrer leur propre vie et d’être heureuses d’être en vie, il n’empêche que ces nouvelles sont plutôt déprimantes. La mort est un thème que j’apprécie en général chez Banana Yoshimoto, surtout lorsqu’elle y mêle un peu de surnaturel, mais cette fois, c’est peut-être un peu trop dans un même recueil, tout comme c’est un peu trop de placer toutes ces narratrices dans un même décor. Il y a néanmoins de beaux passages, mais je n’ai pas retrouvé l’atmosphère que j’ai toujours ressentie en lisant Banana Yoshimoto – cela peut également venir de la traductrice, qui n’est pas la même que les autres œuvres de l’auteure (les autres œuvres ont été traduites par Dominique Palmé et Kyôko Satô et sont magnifiques). En bref, lisez plutôt les autres romans et nouvelles de Banana Yoshimoto, si ce n’est pas déjà fait.

Ma note :
6

Une nuit au mont Fuji d’Aurélie Conti

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Je vous propose aujourd’hui un roman qui vous fera voyager au Japon à coup sûr : il s’agit d’Une nuit au mont Fuji, le premier roman d’Aurélie Conti, écrit à la suite de son voyage au Pays du Soleil Levant en 2013. Votre valise est prête ? On décolle !

une-nuit-au-mont-fuji-aurelie-contiÉdition lue :
Version numérique : cliquez ici pour lire un extrait et l’acheter
Publié le : 27 décembre 2015
Nombre de pages : 91
Prix : 2,99€

« Le Mont Fuji, une montagne magique, écrêtée d’un coup de sabre par un samouraï en colère. »

Nous suivons une jeune femme, trentenaire, qui se décide à partir au Japon après en avoir rêvé pendant des années. Seule ? Oui, seule, pour pouvoir profiter pleinement de son voyage et à son propre rythme. Celle-ci va dès le départ se rendre compte de l’hospitalité et du sens du service des Japonais, toujours prêts à aider les touristes égarés, quitte à se mettre en retard. Après être arrivée à son hôtel, on suit notre narratrice dans Akihabara, qui va s’émerveiller dans ce quartier technologique, et qui va surtout flâner dans les rayons de ces grands magasins de l’électronique qui peuvent nous faire perdre la tête lorsque l’on y entre pour la première fois… Cinq jours de découverte de Tokyo et de ses alentours, comme Kamakura où se trouve un Bouddha géant et où elle sera accompagné par un mystérieux Japonais, avant de partir là où le titre nous emmène : au Mont Fuji, pour une ascension difficile, durant laquelle la narratrice connaîtra le doute, le regret, l’envie d’abandonner – mais qui éprouvera une grande fierté lorsqu’elle sera au sommet et pourra admirer ce que le Japon a de plus beau à lui offrir.

« La beauté lave de tout. Cet or naissant qui éclaire le monde efface bêtise, laideur et violence. En haut du mont Fuji brille l’espérance, plus forte que tout. »

 

Pour se ressourcer après cette épreuve, elle découvrira à Hakone les onsens, ces bains chauds japonais où aucun vêtement n’est autorisé, puis Kyoto et ses temples, Nara, avant d’être happée par le tourbillon d’Osaka. Tout en évoquant Yukio Mishima à quelques reprises, pour mon plus grand plaisir.

Le tout est décrit de façon très juste et belle, une écriture de qualité qui nous permet de nous évader très facilement dans une douce mélodie. Il y a de plus des éléments qu’ont connu tous ceux qui sont déjà partis au Japon, des situations qu’ils ont forcément dû vivre, tout comme moi, qui fait sourire et nous fait en même temps voguer nostalgiquement dans nos souvenirs. Comme je me souviens si bien du zoo d’Ueno et de ses pandas qui étaient l’attraction principale mais qui nous tournaient le dos, des daims nous suivant de près pour croquer tout papier qu’on laisserait dépasser d’une poche ou d’un sac, de l’étourdissement en sortant du onsen bien plus chaud que mon corps ne pouvait le supporter, ou encore des distributeurs ne permettant pas de retirer d’argent malgré notre carte de crédit censée être internationale !

Il s’agit, en résumé, d’un très beau récit de voyage que je conseillerai à tout le monde. À ceux qui sont déjà partis au Japon – cela leur permettra de repenser à leur séjour et à reconnaître des paysages et des situations. Mais aussi à ceux qui ne sont pas encore partis – grâce à l’écriture raffinée et les justes précisions, ce roman vous permettra vous aussi de découvrir cet étonnant pays qu’est le Japon et de vous balader dans les rues de Tokyo, Kyoto ou Osaka, ou de gravir le Mont Fuji pour les plus aventureux d’entre vous !

Ma note :
8

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