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All That’s Not Me de Kimiko Yoshida

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Je tenais aujourd’hui à vous présenter un livre d’art d’une photographe japonaise que j’apprécie tout particulièrement. Voici All That’s Not Me de Kimiko Yoshida.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mai 2007
Nombre de pages : 142
Prix : 29,50€

Quand je suis tombé par hasard sur ce beau livre, je l’ai ouvert, et la première photo qui m’est apparue m’a semblé familière. Et oui, puisque je l’avais déjà vu quelque part. « All That’s Not Me » est un recueil de photographies de Kimiko Yoshida, sorti suite à son exposition au Musée d’Israël de Jérusalem en 2006, avec un texte explicatif de Jean-Michel Ribettes, le mari de Kimiko Yoshida, à la fois en français et en anglais. Et il est publié par Actes Sud… la maison d’édition qui publie notamment l’oeuvre de Yôko Ogawa en français… et qui utlise occasionnellement pour les couvertures de cette auteure des photos de Kimiko Yoshida, comme par exemple pour « La Bénédiction inattendue » dont on retrouve la photographie en première page du livre :

La Mariée thé vert, Kimiko Yoshida

Les photos sont toutes des autoportraits et on découvre des représentations de mariées de cultures et de pays différents pour un livre d’art magnifique : des Mariées du Japon bien sûr, mais aussi du Nigéria, du Mali, de la Thaïlande, de la Chine… Le texte est également très intéressant et, malgré son côté parfois abstrait, permet de comprendre un peu l’intention et la façon de percevoir l’art de Kimiko Yoshida, à travers la notion d’autoportrait, du « je », de représentation ou encore d’identité.

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Un beau livre que j’ai adoré feuilleter, les photographies sont magnifiques et le thème me plaît beaucoup. Une jolie expérience artistique.

Ma note :

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Le Bureau des chats de Kenji Miyazawa

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La littérature japonaise est décidément très riche. Je vous propose aujourd’hui de continuer son exploration grâce à un recueil de contes : voici le Bureau des chats de Kenji Miyazawa.
Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Juin 2009
Traduit par : Elisabeth Suetsugu
Nombre de pages : 110
Prix : 6,10€

On a ici un recueil de cinq contes écrits dans les années 1910 et 1920 et décrits comme des contes « à la Andersen », pas uniquement pour les enfants mais destinés à tous. Ce n’est pas tous les jours que je lis des contes, encore moins japonais, donc c’est une lecture un peu particulière mais vraiment charmante. Je vais vous parler brièvement de deux contes, ceux qui m’ont le plus marqué, certainement grâce à leur poésie très bien retranscrite grâce au travail de la traductrice.

« L’émotion saisit la vigne sauvage qui exhale un souffle profond et cristallin, et l’une après l’autre, des gouttes transparentes glissent de ses feuilles. »

Je commence par le premier conte, Les Jumeaux du ciel, écrit en 1918. Il raconte deux petites histoires sur deux jumeaux, qui sont des étoiles et qui vivent dans deux petits palais sur la voie lactée. Dans la première de leurs aventures, on rencontre un corbeau et un scorpion, ce dernier tentant d’empoisonner le corbeau. Les frères étoiles vont tenter de sauver le corbeau et de ramener le scorpion chez lui, tout en étant attendus pour accompagner à la flûte la ronde des étoiles comme chaque soir…  Dans la seconde de leurs aventures, une comète va proposer aux jumeaux un tour et ils vont tomber et se retrouver dans l’eau et ainsi devenir des étoiles de mer… On est vraiment dans une atmosphère que je n’avais pas ressentie depuis longtemps, propre aux contes, on retombe en enfance et on s’émerveille de chacun des petits événements.

 « Quand j’aurai ouvert mon cœur, peu m’importe que le vent disperse mes fruits et mes feuilles, peu m’importe de me figer dans le sommeil blanc de l’hiver lumineux et glacé, peu m’importe d’y laisser ma vie. »

Quant au deuxième conte qui m’a beaucoup plu, il s’agit de La vigne sauvage et l’arc-en-ciel. C’est ici un conte très court et à l’intrigue simple : une vigne veut dévoiler ses sentiments à l’arc-en-ciel. On a ainsi dans ces quelques pages une déclaration d’amour et un dialogue sur l’éphémère, entre une vigne qui ne tient pas les saisons et un arc-en-ciel qui ne reste que quelques minutes dans le ciel… Ce conte est tellement beau !

 Un recueil de contes d’un auteur qui s’est principalement fait connaître après sa mort et qui nous envoie de la magie dans les yeux grâce à son atmosphère particulière et à la beauté de son écriture.

Ma note :

Retour sur l’année 2017 de Comaujapon

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Bonjour à tous !

Je tiens tout d’abord à vous souhaiter, avec un peu d’avance selon le moment où vous lirez cet article, une excellente année 2018 !
Comme je l’ai fait l’année dernière dans cet article, je voulais un peu revenir sur l’année qui vient de s’écouler !

Tout d’abord, je suis très content de cette deuxième année de Comaujapon. J’ai réussi à publier un article par semaine, soit plus d’une cinquantaine, et ce, chaque semaine sans exception. Heureusement que la littérature japonaise est riche et continue d’être régulièrement publiée en France, que ce soient les classiques ou les oeuvres plus contemporaines. Et je voulais vous remercier pour vos visites, vos commentaires, vos partages, vos e-mails, qui me font à chaque fois extrêmement plaisir.

Sur le plan personnel, 2017 fut encore une belle année. J’ai réalisé mon rêve de travailler au Japon et j’ai fait beaucoup de très belles lectures. Et comme l’an dernier, je vous propose un top 10 des articles que vous avez préférés en 2017…

Voici les 10 articles les plus visités du blog en 2016 : 

  1. Prendre soin de son intestin de Takanori Naganuma (▲+8)
  2. Le Bureau des Jardins et des Etangs de Didier Decoin
  3. La Voix des vagues de Jackie Copleton (▲+4)
  4. Fille de joie de Kiyoko Murata
  5. Les Mémoires d’un chat d’Hiro Arikawa
  6. Le tour de la prison de Marguerite Yourcenar
  7. Des hommes sans femmes d’Haruki Murakami
  8. Haiku érotiques
  9. Compléter les blancs de Keiichirô Hirano
  10. Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa (-4)

Encore merci pour votre fidélité, j’espère que vous serez toujours plus nombreux au rendez-vous chaque samedi en 2018 !

Edge of Tomorrow d’Hiroshi Sakurazaka

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un roman de science-fiction paru en France suite à son adaptation en film. Voici Edge of Tomorrow d’Hiroshi Sakurazaka, sous-titré en français Aujourd’hui à jamais. Soyez prêts.

Edition lue :
Éditeur : Kazé Manga
Publié en : Mai 2014
Traduction et adaptation : Jacques C. et Gilles Chassignol
Édition originale en japonais : 2004
Nombre de pages : 231
Prix : 13,29€

Le roman s’ouvre sur une scène de guerre. Keiji est sur un champ de bataille, il a perdu des alliés, et il va attaquer des Mimics, des monstres plus petits que les hommes mais plus larges et beaucoup plus forts, qui semblent vouloir envahir la Terre.  Keiji va se retrouver grièvement blesser et Rita, une femme, va l’accompagner jusqu’à ce qu’il meurt… Et puis, Keiji va se réveiller aux côtés d’un de ses camarades mort au combat et ce qu’il va prendre au départ pour un rêve va en fait être une boucle : il va revivre la même journée des dizaines de fois.

« Il y a des cauchemars dont tu ne peux pas te réveiller, quels que soient les efforts que tu fasses. Moi, j’étais prisonnier d’un cauchemar, et qu’importe le nombre de fois où je me réveillais, j’étais toujours piégé à l’intérieur. »

Tout d’abord, avec cette couverture qui n’est autre que l’affiche du film, je dois dire que je n’ai ni eu envie d’acheter le livre, ni de le lire. Mais je suis passé outre, parce que l’histoire me semblait intéressante, et qu’on n’a pas énormément de romans de science-fiction japonais traduits en français. Et puis, je lis, et je découvre un langage très cru, avec des clichés affligeants sur les militaires et le traitement qu’ils font aux femmes par exemple, en tant qu’objet pour assouvir leurs besoins pour se soulager avant de partir au combat. Je suis à deux doigts d’abandonner le livre, mais vu que je voulais en parler sur ce blog, je fais un effort. Et non, ça ne passe décidément pas. Le jour qui se repète n’apporte pas vraiment d’intérêt, il ne se passe quasiment rien pendant toute la première moitié du roman…

« Rita n’avait aucun regret. Elle ne voulait qu’une chose : tuer tous les Mimics qui avaient envahi sa planète, jusqu’au dernier. Elle savait qu’elle pouvait y arriver. »

Mais à partir de la moitié, on avance un peu, et on découvre plus en détails Rita, une femme réputée en tant que guerrière qui fascine tous les hommes de l’armée, et l’histoire va avancer. On va comprendre pourquoi Keiji est pris dans ces boucles, et comment il peut tenter d’y échapper, et surtout, à quel prix. On en apprend également un peu plus sur le passé des personnages, même si cela reste basique, ça aide à entrer pleinement dans l’histoire, et le roman bouge enfin, ce qui fait plaisir. De la moitié jusqu’à la fin, j’ai donc été pris dans cette histoire, je suis donc bien content de ne pas avoir abandonné, au moins pour ne pas rester sur une impression entièrement négative.

« S’il existe un paradis, ça doit être un endroit glacé. Un endroit sombre. Un endroit désolé. »

Un roman assez déplaisant au départ, mais qui parvient tout de même à être intéressant après avoir surmonté la première moitié et à nous faire entrer dans ce monde en guerre et dans ces terribles boucles temporelles.

Ma note :

Une poignée de sable de Takuboku

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Parlons poésie aujourd’hui avec un poète japonais très particulier que j’ai été ravi de découvrir : voici Une poignée de sable de Takuboku Ishikawa, connu sous son simple prénom Takuboku.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 2 juin 2016
Traduction : Yves-Marie Allioux
Publié au Japon en : 1910
Nombre de pages : 192
Prix : 20,00€

Une poignée de sable est un recueil de 551 tankas, des poèmes courts traditionnels, japonais, d’un auteur décédé très jeune mais qui a pourtant marqué l’histoire de la poésie. Ce recueil est divisé en plusieurs parties, et dans la première, on comprend clairement pourquoi il était aussi surnommé le « poète de la tristesse ». Il s’apitoie en effet sur son sort après son exil à Hokkaido par exemple. Dans les autres  parties, il nous parle aussi de là où il a grandi, avec une forte nostalgie qui ressort, mais également de la mort prématurée de son fils de 24 jours dans des tankas déchirants.

« Avec l’audace qu’il faut pour sauter d’une hauteur
Cette vie
n’y aurait-il pas un moyen de l’achever en beauté ? »

J’ai été grandement surpris par le début du recueil. J’ai rarement lu des poèmes aussi noirs, ça change des beaux poèmes comme on a l’habitude d’en lire. Il n’hésite pas à parler de la mort, à exprimer des pensées que l’on pourrait qualifier de suicidaires, et ça laisse une forte impression. Et puis, dans la suite, il y a des poèmes très agréables à lire, qui m’ont vraiment fait apprécier cette lecture. Notamment la partie sur son quotidien à Tokyo qui regroupe vraiment tout ce que j’aime dans la poésie japonaise.

« Au loin on entend le son d’une flûte
Est-ce parce que j’ai la tête baissée ?
Des larmes se mettent à couler… »

Et bien sûr, il faut noter la qualité de la traduction et des notes. J’ai rarement vu des notes d’une telle qualité, avec des explications, du contexte, tout au long du recueil qui permettent d’apprécier encore plus ces poèmes. Il y a près de 90 notes ! En plus de la postface qui nous explique en quoi ce poète était doué et tous les styles qu’il a pu traverser avec succès durant sa courte carrière.

« Comme un cerf-volant au fil cassé
l’âme de mes jeunes années légère
s’en est allée emportée par le vent »

Un recueil de tankas surprenants, qui navigue entre plusieurs registres, celui de la tristesse, celui de la nostalgie, celui de l’amour, toujours avec un style et une beauté comme j’en ai rarement lus dans la poésie japonaise.

Ma note :

L’arc-en-ciel blanc d’Akira Yoshimura

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J’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une nouvelle d’Akira Yoshimura que j’avais beaucoup aimée sur le blog, voici désormais le recueil dans lequel elle a ensuite été publiée en France : L’arc-en-ciel blanc.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 3 mars 2012
Traduction : Martin Vergne
Publié au Japon entre : 1953-1964
Nombre de pages : 192
Prix : 17,30€

Quatre nouvelles composent ce recueil, dans lequel Akira Yoshimura explore un milieu social le plus souvent défavorisé. On rencontre tout d’abord un jeune couple dont la femme ne semblait visiblement pas prête à se marier dans la nouvelle éponyme, puis on retrouve le fameux été en vêtements de deuil dont je vous ai déjà parlé sur le blog, ainsi qu’un jeune garçon qui assiste aux funérailles autour de lui, et d’un frère et d’une soeur qui décident de voler un cheval et de partir ensemble.

« Ayako était bien trop jeune pour devenir une épouse. Le fardeau bien trop lourd à porter. »

Et ce sont ces deux dernières nouvelles que j’ai envie de vous présenter, puisque j’ai pris un grand plaisir à les lire. Tout d’abord, Etoiles et funérailles, qui, dès le début m’a séduit. Dans la première scène, on découvre Jirô, un garçon de 16 ans déficient mentalement, qui suit un cortège funèbre. La scène, un cortège funèbre sous une forte pluie, et ce jeune garçon les suivant au loin, est très belle. Jirô assiste donc aux funérailles qui se déroulent autour de lui et s’assure que le rituel est respecté. On va même jusqu’à lui donner une petite enveloppe pour sa bienveillance, et il va vouloir aider une jeune fille déjà mère, qui vit avec son père qui la frappe. Une nouvelle forte, le lien qui tente de se créer entre eux, avec les funérailles omniprésentes, qui mènent à une fin puissante.

« Il faudrait vraiment avoir un papa ici. Toute seule, maman n’y arrive pas. »

Et la dernière nouvelle, Le mur de briques, m’a également beaucoup plu. Hisae et Kiyota, un frère et une soeur partent voler un cheval pour l’emmener quelque part. On comprend vite qu’ils vivent eux aussi dans des conditions de vie difficiles et que le cheval qu’ils emmènent est lié à leur nouveau beau-père, un scientifique qui fait des expériences sur des animaux… Le thème est fort, il y a des scènes dures à lire, mais le lien fraternel des deux personnages principaux est vraiment beau, ensemble pour défendre ce à quoi ils croient malgré leur faible niveau de vie.

« Hisae, qui sentait la paume de son frère lui serrer fortement la main, eut l’impression d’avoir mauvaise conscience. Emmener un cheval sans autorisation, n’était-ce pas la même chose que du vol ? »

Un très bon recueil de nouvelles qui explorent plusieurs thèmes, tous avec une symbolique forte, avec talent, et qui m’a donné envie de me plonger dans d’autres textes d’Akira Yoshimura.

Ma note :

La Lettre de Sagawa de Jûrô Kara

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Je vais aujourd’hui vous parler d’un livre qui a vu le jour suite à un terrible fait divers : Issei Sagawa a tué et mangé en partie une étudiante néerlandaise à Paris en 1981. Et Jûrô Kara a entretenu une correspondance avec lui. Voici La Lettre de Sagawa.


Edition lue :
Éditeur :  Robert Laffont
Publié en : 1983
Publié au Japon en : 1982
Traduit par : Tomoko Moëne et Marie-Lise Hieaux
Nombre de pages : 148

Issei Sagawa est donc un Japonais de 32 ans en 1981, lorsqu’il tue Renée Hartevelt, une Néerlandaise de 24 ans, avant de manger des parties de son corps (vous pouvez trouver plus de détails sur cette affaire sur sa page Wikipedia, sur laquelle vous pourrez découvrir qu’il a bénéficié d’un non-lieu à cause de sa santé mentale, et qu’il aurait notamment tourné dans une publicités pour des chaînes de restaurants de viande). Il décide d’écrire à Jûrô Kara, l’auteur de ce « roman », parce qu’il a entendu que ce dernier voulait faire un film sur son histoire, et qu’il veut l’aider dans sa réalisation. A partir de là, une correspondance va s’établir entre eux et Jûrô Kara va se rendre à Paris pour tenter de rencontrer ce « Japonais cannibale » comme il était surnommé dans la presse de l’époque.

« Pardonnez mon audace de vous écrire ainsi. Je suis celui qui a tué une jeune femme hollandaise, qui a mangé sa chair et qui a été arrêté par la police parisienne. Je suis maintenant à la prison de la Santé. »

Ce livre m’attirait beaucoup. Je ne connaissais pas ce fait divers, et je trouvais cela intéressant de découvrir la correspondance entre Sagawa et l’auteur, ce dernier cherchant à faire avouer des choses à Sagawa pour comprendre les raisons qui l’ont poussé à commettre son acte. Mais voilà, bien que le début fut intéressant, j’ai rapidement décroché. L’auteur va en effet être pris dans une sorte d’obsession que je qualifierais de malsaine, il va se rendre à Paris (mais il ne parviendra même pas à obtenir un droit de visite à Sagawa qui est en prison), visiter la chambre de l’étudiante, traduire le poème (alors qu’il ne parle pas un mot d’allemand) qu’elle lisait au moment où Sagawa l’a assassinée, va rencontrer une femme que Sagawa a apparemment fréquenté les jours avant le meurtre… et c’est d’un ennui profond. Je ne parlerais pas de l’épilogue, qui est soporifique et inintéressant au possible. Et c’est bien dommage.

« C’est avant de la découper en morceaux, au moment précis où je séparais avec un couteau la chair des os, que j’ai mangé ses lèvres, sa langue et le bout de son nez. »

 

Un livre qui aurait pu être excellent, les premières pages sont prometteuses, mais qui m’a vite fait décrocher. Je me suis ennuyé durant ma lecture et je n’ai pas vraiment compris pourquoi ce livre a été publié (même si j’imagine que le sujet et sa sortie rapide après le drame ont dû lui assurer de très bonnes ventes au Japon).

 

Ma note :

Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda

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Je vous propose aujourd’hui de prendre rendez-vous avec un docteur très particulier. Voici Les remèdes du docteur Irabu d’Hideo Okuda. Une petite piqûre ?

Edition lue :
Éditeur : Points
Publié le : 25 septembre 2014
Grand format publié le : 17 janvier 2013 (Wombat)
Traduction par : Silvain Chapuis
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 288
Prix : 7,30€

Ce livre nous présente plusieurs patients qui vont fréquenter le service psychiatrique de la clinique Irabu, et qui vont se retrouver face au docteur Irabu, fils du propriétaire de la clinique. Et ils vont être surpris ! Irabu est en effet un docteur grassouillet et totalemment loufoque. Il dit tout ce qui lui passe par la tête, propose des remèdes improbables et est excité par les piqûres que son infirmière (elle aussi très spéciale, en plus d’être exhibitionniste) prodigue à ses patients à chacune de leurs visites.

« Se faire piquer tous les jours n’était certes pas une partie de plaisir, mais, au fond de lui, ce désagrément était compensé par la vision des cuisses de l’infirmière. »

Il va donc tenter de soigner Kazuo, qui souffre de plusieurs maux apparemment causés par le stress, un autre patient qui a une érection permanente, une hôtesse qui se sent suivie tout le temps par des admirateurs dérangés, un adolescent accro à son téléphone ou encore un homme atteint de TOC. Et à chaque fois que ses patients le rencontrent pour la première fois, ils ressentent un certain mépris voire un dégoût pour cet homme extravagant. Mais en leur proposant une mystérieuse piqûre à chacune de leur visite, ils vont étonnement apprendre à accepter cet homme et revenir tous les jours à la clinique…

« Ma philosophie, vous savez, c’est de faire tout ce qui me passe par la tête. »

En voilà une lecture qui fait du bien ! Un livre très drôle, on prend plaisir à voir le schéma se répéter : aversion pour le docteur, remèdes loufoques, acceptation, et puis, une certaine intimité qui se crée entre Irabu et ses patients, même si ce n’est pas forcément du plein gré de ces derniers… Mais au final, ses patients semblent aller mieux, et d’une certaine façon, je crois qu’on peut dire que c’est, contre toute attente, un bon médecin.

Une lecture amusante sur un docteur qui se comporte comme un enfant et sur son infirmière exhibitionniste, pour un duo de choc (dans tous les sens du terme) qui va tenter d’aider les patients qui au départ regrettent d’avoir mis le pied dans cette clinique…

Ma note :

Une journée de début d’automne de Natsume Sôseki

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Aujourd’hui, parlons classique avec un livre de saison ! Voici Une journée de début d’automne, un très beau recueil de nouvelles de Natsume Sôseki.


Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : Février 2014
Grand format publié en : Février 2012
Traduit par : Elisabeth Suetsugu
Édition originale en japonais : 1907-1912
Nombre de pages : 144
Prix : 6,00€

Dans ce recueil, on trouve sept nouvelles, dans lesquelles Natsume Sôseki évoque avec poésie des scènes de son quotidien, parfois anodines. Que ce soit son arrivée à Kyoto, l’adoption d’un moineau au bec rose, sa rencontre avec un éminent professeur étranger ou ses séjours à l’hôpital, il parvient toujours à nous faire ressentir une certaine beauté dans des scènes à l’apparence banale.

« On aurait beau compter cent avenues, vivre mille ans, Kyôto restera immuablement une ville morne. »

Je dois dire que j’ai pris une claque avec la première nouvelle, « Le soir de mon arrivée à Kyoto », écrite en 1907, qui, bien que très courte, est vraiment magnifique. L’écriture et la traduction sont superbes, et j’ai pris un tel plaisir lors de ma lecture qu’une deuxième lecture s’est imposée. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé cette beauté dans les nouvelles suivantes. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, et, alors que cela ne me dérangeait pas avec la première nouvelle, je n’ai pas trop trouvé mon intérêt dans la suite, même si les nouvelles restent agréables à lire.

« Quittant la capitale aux simulations intenses, pour moi qui foulais soudain le sol de cette cité antique, c’était comme si je me retrouvais au fond d’un étang sombre où le ciel ne se reflète pas tant le vert est dense, telle une pierre brûlante sous la canicule. »

Un carnet de bord de Natsume Sôseki, que je conseillerais surtout pour sa première nouvelle, que j’ai tout simplement adorée et dont la beauté m’a frappé.

Ma note :

L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô

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Place aujourd’hui à un roman intrigant d’un auteur pas encore présenté sur le blog : voici L’homme qui pleurait les morts d’Arata Tendô.

Edition lue :
Éditeur : Seuil
Publié le : 20 mars 2014
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 608
Prix : 28,00€

Dans ce roman on suit le mystérieux pèlerinage du personnage principal, Shizuto. Ce pèlerinage est plutôt spécial puisqu’il marche à travers tout le Japon afin de « pleurer les morts ». Il est ainsi à l’affût de tous les faits divers qui lui permettront d’identifier des victimes et de se rendre sur les lieux du drame afin de leur rendre hommage. Il exécute alors sur place le même rituel semblable à une prière en se remémorant qui ils ont aimé, de qui ils étaient aimés et de quoi peut-on leur être reconnaissants. Il n’est pas là pour le repos de leurs âmes mais uniquement pour graver leurs souvenirs, pour qu’ils ne soient pas oubliés.

« Moi je veux me souvenir de la personne décédée comme d’une existence unique, qui ne peut être échangée avec aucune autre. »

Le roman alterne les différents points de vue narratifs puisqu’on suit le pèlerinage de Shizuto à travers trois personnages. Il y a d’abord Junko, l’attachante mère malade attendant désespérément le retour de son fils; Makino, un journaliste désabusé en quête de sensationnalisme pour ses articles et enfin, Yukiyo, une femme cherchant la rédemption suite à un crime

« Tu devrais lui parler avant qu’il ne soit réduit en cendres (…) on dit que l’ouïe est le dernier sens qui subsiste… même quand on est mort, il reste ce que l’on appelle l’oreille de l’âme… »

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a été le lauréat du prix Naoki en 2008, un des prix le plus convoité au Japon avec le prix Akutagawa. La narration est fluide et on prend plaisir à suivre les différents personnages. Le thème de la mort est un sujet de prédilection pour les auteurs japonais et cette œuvre ne fait pas exception. La disparition des êtres est au cœur de l’histoire mais sans jamais devenir trop pesante. Le roman aborde aussi le sujet du regret, de l’impuissance face à la perte de l’autre mais aussi de l’amour et des liens qui unissent les personnes entres elles. Il en découle au final une belle philosophie et ce roman nous fait nous interroger sur les traces que nous laisserons derrière nous quand nous partirons.

« Comment je vais faire … ? avait répondu Shizuto en sanglotant. Comment je vais faire pour me souvenir toujours de lui ? »

Ma note :

Un article écrit par Mélissa, la meilleure.