Flux RSS

Les Terriens de Sayaka Murata

Publié le

Après Konbini, Sayaka Murata est de retour en français avec Les Terriens. Je vous en parle dans cet article.

les-terriens-sayaka-murata

Edition lue :
Éditeur : Denoël
Publié le : 12 mai 2021
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Publié au Japon en : Août 2018
Nombre de pages : 256
Prix : 20,00€

Natsuki est une jeune fille qui se réjouit chaque été de retrouver sa famille à la montagne, et surtout son cousin Yû. Elle lui confie qu’elle est une magical girl, et lui qu’il est un extraterrestre à la recherche de son vaisseau. Il est clair qu’ils ont du mal à comprendre la société et le monde des adultes, et c’est cela qui va les rapprocher. Jusqu’à ce qu’ils ne se rapprochent trop et que leur famille fasse tout pour les séparer.

« Quoi qu’il arrive, on doit survivre. »

Après Konbini, qui était un roman qui m’avait particulièrement marqué, Sayaka Murata va ici encore plus loin. On retrouve le thème de la difficulté à trouver sa place dans la société japonaise; en tant qu’enfant, mais aussi en tant qu’adulte, puisque le roman est divisée en deux parties. Mais cette fois-ci, l’auteure ne s’arrête pas là.

« Avoir une poubelle dans une maison, c’est pratique. Chez nous, ce rôle m’a été attribué. Lorsque mon père, ma mère ou ma soeur ne peuvent plus supporter ce qu’ils ressentent, ils s’en débarrassent sur moi, tout simplement. »

En effet, j’ai beaucoup aimé le début du roman -la relation entre les cousins et leurs étés en famille, le chant des cigales, la célébration des ancêtres et tout ce qui se déroule autour de ces moments-, mais on arrive rapidement dans une partie bien plus sombre. En bref, puisque je pense qu’il est important d’être avertis avant de commencer cette lecture, les thèmes de l’inceste, du viol ou encore du suicide sont ouvertement développés. Des thèmes difficiles, qui sont d’ailleurs rarement traités dans la littérature japonaise (du moins de cette façon) qui rendent le roman parfois difficile à lire, même si j’ai été pris dans cette histoire.

Un roman abordant des thèmes difficiles, mais nécessaires. Sayaka Murata parvient une fois encore à nous montrer une facette de la société japonaise que beaucoup refusent de voir et donne une voix à ces personnes qui ne rentrent pas dans le moule. 

Ma note :
7

Au prochain arrêt d’Hiro Arikawa

Publié le

Après les excellentes Mémoires d’un chat, Hiro Arikawa est de retour en français avec Au prochain arrêt.

au-prochain-arret-hiro-arikawa

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mai 2021
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Janvier 2008
Nombre de pages : 192
Prix : 18,50€

Nous embarquons avec Hiro Arikawa sur la ligne de train Hankyu Imazu (dans la région du Kansai). Huit arrêts composent cette ligne – et chaque chapitre nous transporte jusqu’à l’arrêt suivant, jusqu’à ce que nous arrivons au terminal et que le train reparte en sens inverse. Chaque chapitre nous présente différents personnages qui vont se croiser, qui vont pour certains créer des liens, et qui vont parfois aller jusqu’à changer la vie d’autres passagers.

« Dans ce hall, ils pressent tous le pas, qu’ils voyagent seuls, avec des petits amis ou des amis tout court, en famille, pour le travail ou pour le plaisir. Ils sont les seuls à savoir ce à quoi ils pensent en le traversant. »

Hiro Arikawa est de ces auteurs qui font du bien. J’ai encore une fois pris un grand plaisir à lire ce roman, en ayant lu d’ailleurs quelques passages dans le train japonais, et à suivre nos différents personnages qui ont tous une chose en commun : cette ligne de train qu’ils vont partager pour quelques minutes. De Shôko, qui revient d’un mariage où elle a pu se venger à sa façon, à Misa qui va devoir faire un choix face à son violent petit-ami ou encore Masashi qui va rencontrer une femme avec qui il partage une passion pour les bons livres, tous ces personnages montent dans ce train avec leurs bagages personnels qui peuvent parfois être lourds à porter seuls.

« Quels récits habitaient ses passagers ? Ils étaient les seuls à le savoir. Le train se lança avec sa cargaison d’histoires sur son parcours qui n’était pas infini. »

J’ai également beaucoup aimé les détails des petites gares qui se trouvent entre de grandes gares animées qui sont fréquentées par des milliers de personnes chaque jour, en plus des tranches de vie des passagers – qui n’a jamais regardé autour de soi dans le train en tentant de s’imaginer la vie des autres passagers ? Même si je doute qu’en réalité beaucoup de Japonais soient prêts à adresser la parole à leurs voisins de train, c’est un très beau et touchant roman que nous offre Hiro Arikawa.

Un voyage en train, des passagers qui vont se croiser et se recroiser pour la plupart, des vies changées, pour un agréable moment de lecture qui, gare après gare, nous réchauffe le coeur. 

Ma note :

Le Fantôme de Suzuko de Vincent Brault

Publié le

Je vous propose aujourd’hui un roman d’un auteur québécois : voici « Le Fantôme de Suzuko » de Vincent Brault.

Edition lue :
Éditeur : Editions Héliotrope
Publié le : 17 février 2021
Nombre de pages : 204

Nous rencontrons dans ce roman Vincent, de retour au Japon. On apprend qu’il aimait Suzuko. Suzuko, cette artiste plutôt excentrique que tout le monde semblait connaître. Celle-ci étant récemment décédée, Vincent va tenter de survivre au milieu de ses souvenirs et des moments qu’il a passés avec la femme qu’il aimait. On découvre donc le début de sa relation avec Suzuko, son côté loufoque, et on comprend pourquoi Vincent a du mal à tourner la page, surtout alors qu’il vit dans l’appartement qu’il avait partagé avec Suzuko et qu’il est entouré d’amis de l’artiste qui semblent également vivre avec son fantôme.

« Je roule lentement dans la rue et sur les trottoirs, j’observe, je regarde, je scrute, c’est plus fort que moi, je me dis que Suzuko finira bien par apparaître au coin d’une rue. »

Un court roman légèrement déroutant, principalement à cause de l’écriture. On entre directement dans un texte saccadé, des phrases courtes, parfois incomplètes… Je n’étais pas sûr d’apprécier au départ, mais finalement le style colle bien à l’histoire et à son rythme. Pour un court roman, cela ne dérange pas tellement. Quant à l’histoire, j’ai beaucoup aimé le fait qu’on soit plongé dans le milieu bien loufoque de l’art contemporain tokyoïte. Le personnage de Suzuko, qui est clairement au centre de ce roman, apporte une touche de folie, de fraîcheur, et on prend un réel plaisir à apprendre à connaître celle qui n’est plus, et qui était parvenue à faire de sa vie une réelle performance artistique. 

« Je me sens perdu, seul, désemparé. Des tonnes d’impressions. Par à-coups. Des phrases les unes après les autres. Syncopées. Son nom souvent. Son nom partout. Dans chaque mot. Dans chaque paysage. »

En un mot, Le Fantôme de Suzuko est un roman unique. Des personnages pour le moins intéressants, une plume qui intrigue (ajoutons à cela que l’auteur est québecois) et un décor original pour un roman différent de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent.

Ma note :

Lune de papier de Mitsuyo Kakuta

Publié le

C’est un roman récemment traduit en français dont je veux vous parler aujourd’hui ! Voici Lune de papier de Mitsuyo Kakuta.

lune-de-papier-mitsuyo-kakuta

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 7 avril 2021
Traduction : Sophie Refle
Publié au Japon en : Février 2012
Nombre de pages : 336
Prix : 22,00€

On suit dans ce roman Rika, femme au foyer qui se sent dévalorisée, qui va commencer à travailler en tant que responsable de clientèle dans une banque. D’abord à temps partiel, puis à temps plein, elle va évoluer dans ce nouvel environnement tout en continuant de subir des remarquantes humiliantes de la part de son mari qui veut garder la main et rester le mâle dominant sans qui sa femme n’est rien. Cela va changer lorsque Rika commence à détourner de l’argent que ses clients lui remettent. De là l’engrenage va se mettre en route… alors qu’elle croit possible qu’elle va pouvoir rembourser les clients qu’elle a trompés tout au long du roman (et c’est aussi ça qui est fou !!).

« Elle avait le sentiment d’avoir enfin trouvé la liberté. Sans aucune culpabilité ou la moindre inquiétude, elle savoura seule sur ce quai désert le plaisir de cette toute-puissance qu’elle ne s’expliquait pas. »

Un roman qui m’a tenu en haleine tout le long et qui est très intéressant pour plusieurs raisons. J’ai beaucoup apprécié suivre Rika tout au long de sa réflexion, de découvrir le moment où le déclic se fait et où elle se rend compte qu’elle manipule chaque jour des centaines de milliers de yens qui peuvent être dépensés très (trop ?) facilement dans cette terrible société de consommation japonaise (les prix exorbitants de certains endroits constituent un mystère énorme pour moi, tout comme lorsque je vois régulièrement des jeunes étudiants, voire lycéens, porter des vêtements ou des sacs de marques de luxe…). Découvrir les détails de ce qui a poussé cette femme pourtant normale à passer de l’autre côté de la loi, ce qu’elle ressent à chaque étape, sont des éléments qui m’ont totalement conquis.

« Rika avait vraiment l’intention de rendre à ses clients l’argent qu’elle leur avait « emprunté ». Elle ne doutait pas non plus que cela soit possible. »

Un autre point intéressant est que l’on suit en parallèle d’autres personnages qui ont connu Rika de près ou de loin, pour la plupart plusieurs années auparavant. On participe ainsi à de petits passages de leur vie, et on prend note de leurs réactions et de leurs réflexions lorsqu’ils apprennent ce qu’a fait Rika. Comment en est-elle arrivée là ? Que fait-elle avec tout cet argent ? Que se passe-t-il dans son esprit ? Alors qu’ils tentent eux-mêmes de survivre tant bien que mal dans une société complexe, on peut penser qu’un rien suffit pour qu’eux aussi tombent dans un mode de vie basé dans l’illégalité.

De femme au foyer à détourneuse de fonds, rencontre avec une femme dont la vie va basculer dans ce roman qu’il est extrêmement difficile de lâcher.

Ma note :

Komorebi de Roger Raynal

Publié le

C’est un excellent recueil de nouvelles que je vous propose aujourd’hui : Komorebi de Roger Raynal.

komorebi-roger-raynal

Détails :
Éditeur : Editions de la Rémanence
Publié le : 3 février 2021
Nombre de pages : 132
Prix : 12,00€ (physique) / 4,99€ (numérique)

Dans ce recueil de nouvelles, Roger Raynal nous parle du sentiment amoureux à travers sept histoires qui se déroulent au Japon. Sept nouvelles très différentes les unes des autres, écrites d’une plume magnifique et poétique qui va droit au cœur du lecteur. Moi qui suis un grand fan de nouvelles en littérature japonaise, je dois dire que j’ai pris un immense plaisir à découvrir ce recueil. J’étais déchiré entre une lecture sans m’arrêter, et une lecture en prenant le temps. J’ai finalement opté pour la deuxième option, en ne savourant qu’une ou deux nouvelles par jour pour faire durer le plaisir.

« Dans cette nuit commençante, je respirai son odeur, son parfum, âpre, lourd, sensuel. Il rappelait la terre, l’humus, la réalité du monde, mais aussi la promesse d’un printemps, lorsque l’on retourne la terre ou que l’on repique le riz. »

Si j’avais à choisir mes nouvelles préférées, je dirais que ce sont celles qui m’ont le plus touché. Il y a tout d’abord Lettre à l’absente, qui ouvre ce recueil d’une sublime façon. On suit ici deux personnages qui vont tenter de découvrir et d’exprimer leurs sentiments en suivant le son qui résonne dans leurs coeurs. Une nouvelle très poétique, entrecoupée d’haiku qui accentuent la beauté de ce texte. Enfin, j’ai beaucoup apprécié Première étreinte, une nouvelle où l’on suit un garçon et une fille d’une quinzaine d’années, chacun de leur côté, du réveil jusqu’au moment où ils vont pouvoir se voir et s’aimer, même si cela ne dure que quelques secondes. Mention spéciale également pour Le Doigt, une nouvelle censée avoir été écrite par l’un des personnages d’un roman de Mishima (ou comment me faire apprécier un texte) ainsi que pour La Joueuse de Shamisen, nouvelle qui m’a beaucoup fait penser au Pavillon d’Or (de Mishima, là aussi).

« Ce jeune homme possédait une âme d’artiste, ce qui me ravissait et m’attristait à la fois. Chez lui, la beauté était toujours présente et s’écoulait naturellement de son corps, alors que je devais la créer de moi-même, en m’inspirant d’un idéal qui me resterait à jamais étranger. »

Un recueil de nouvelles époustouflant, qui nous emmène au plus profond du coeur de multiples personnages qui ne souhaitent qu’une seule chose : aimer et être aimés, si possible avec passion puisqu’on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Ma note :
9

Destin d’un homme remarquable de Marc Petitjean

Publié le

Après nous avoir présenté son Ami japonais, Marc Petitjean nous parle ici du Destin d’un homme remarquable

destin-dun-homme-remarquable-hiroshima-fukushima-marc-petitjean

Edition lue :
Éditeur : Arléa
Publié en : Mars 2021
Nombre de pages : 224
Prix : 10,00€

Marc Petitjean a rencontré le Docteur Shuntaro Hida, qui a consacré sa vie aux irradiés des bombes atomiques de 1945 et à la dénonciation du mensonge atomique, et nous fait le portrait de cet homme incroyable. Le Docteur Hida a en effet été lui-même irradié lors de l’explosion de la bombe à Hiroshima et nous décrit les horreurs qu’il a vues de ses propres yeux, des horreurs qui l’auront marqué à vie, mais dans lesquelles il puisera le courage, la force et la détermination de s’occuper de ces victimes durant toute sa vie.

« Ce survivant de la bombe d’Hiroshima, qui se trouvait à quelques kilomètres du point d’impact au moment de l’explosion, avait été l’un des premiers médecins à constater l’horreur absolue de la dévastation. »

J’ai parfois du mal avec les livres parlant d’Hiroshima ou de Nagasaki, mais le point de vue de celui-ci est profondément intéressant. On suit un homme qui a également été victime de cette bombe, et qui va tout faire pour venir en aide aux victimes, malgré les mensonges et les tentatives de dissimulation des effets de l’irradiation interne, que ce soit de la part des Etats-Unis ou même du Japon. On suit les 100 années qu’a vécues le Docteur Hida : son enfance, son choix de devenir médecin, l’explosion d’Hiroshima, l’incompréhension des maladies liées à l’irradiation, l’accopagnement des victimes vers une vie saine, jusqu’à l’accident nucléaire de Fukushima qui montre que le combat est loin d’être fini alors que tout semble recommencer à commencer par la négation de l’irradiation interne…

« Il incarnait pour moi un héros incontestable, celui qui avait vu le diable et lui avait tenu tête assez longtemps pour se souvenir de son apparence et en faire le récit. »

Un livre puissant qui va plus loin qu’une simple descriptions des horreurs des bombes atomiques. On suit de près un homme qui a consacré sa vie à venir en aide à ces victimes et à tout faire pour qu’elles ne soient pas ignorées. Un homme remarquable, c’est le mot.

Ma note :

Cette lumière qui vient de la mer d’Hiromi Kawakami

Publié le

Je vous propose un peu de fraîcheur aujourd’hui. Voici Cette lumière qui vient de la mer d’Hiromi Kawakami.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : Février 2005
Publié en format poche : Avril 2008
Traduction : Elisabeth Suetsugu
Publié au Japon en : 2003
Nombre de pages (poche) : 374
Prix : 8,60€

Midori, 17 ans, nous invite ici dans son monde. Que ce soit à la maison, avec sa mère un peu irresponsable, sa grand-mère qui ne lui cache rien, et son père biologique qui fait son apparition de temps à autre, ou au lycée, avec son meilleur ami Hanada, qui décidé un jour de vouloir s’habiller en femme, ou Mizue, sa petite amie qui l’intrigue, Midori est dans un perpétuel questionnement et commence à voir le monde avec des yeux différents, des yeux d’adulte.

« En vertu de quoi a-t-on décidé que c’était un malheur de ne pas avoir de père ? »

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre lorsque j’ai pris ce roman en main, j’ai simplement trouvé le titre poétique. Alors oui, il y a des passages poétiques, mais dans la plupart du roman, on est dans un langage parlé, populaire. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, puisqu’on suit un adolescent pour le moins attachant, qui ne semble pas être surpris par grand chose. Un vent de fraîcheur littéraire, on prend plaisir à suivre tous les personnages et leurs relations, avec pour seul fil conducteur Midori, entre enfant et adulte.

« Mizue sait toujours exactement ce qu’elle pense. Je suis certain que les contours du monde vu par ses yeux sont infiniment plus nets que le monde que moi je vois. Sans doute l’espèce de brume grisâtre qui vient parfois recouvrir mon champ visuel ne fait-elle qu’effleurer le monde de Mizue. »

Un roman qui m’a ramené à cet âge où l’on tente de se découvrir et où l’on comprend enfin qu’être unique et différent n’est pas une mauvaise chose : c’est ce qui nous définit.

Ma note :

Okuribi : Renvoyer les morts d’Hiroki Takahashi

Publié le

Parlons aujourd’hui d’Okuribi d’Hiroki Takahashi qui a récemment reçu le Prix Akutagawa, un grand prix littéraire japonais.

Edition lue :
Éditeur : Belfond
Publié le : 1er octobre 2020
Traduction : Miyako Slocombe
Publié au Japon en : 2018
Nombre de pages : 128
Prix : 20,00€

A cause du travail de son père, Ayumu déménage souvent, et cette fois-ci il va quitter Tokyo pour se retrouver au milieu de la campagne nippone. Nouveau décor, nouveau collège, nouveaux amis. Ils ne sont que 6 garçons en 3ème année, et il va vite comprendre la dynamique entre ses camarades, et notamment l’acharnement sur Minoru. Alors que le village se prépare à célèbre ses morts lors d’un festival, cet harcèlement va se poursuivre sous diverses formes, jusqu’à amener le groupe d’amis vers une situation effrayante le jour du festival Okuribi.

« Il comprit enfin la situation dans laquelle il se trouvait, et son coeur se mit à cogner à toute vitesse. Des gouttes de sueur froide coulaient le long de ses joues. »

Commençons par les points positifs de ce roman. C’est un roman court à l’écriture agréable. Les sujets abordés ne sont pas d’une originalité folle dans la littérature japonaise, l’harcèlement scolaire et la désertification des campagnes, mais ils sont traités d’une façon efficace et intéressante. Le roman se lit très vite et on est rapidement pris dans l’histoire, en attendant un moment décisif où tout va basculer. Parce que oui, c’est ce que nous promet le résumé de l’éditeur (qu’il vaut parfois mieux ne pas lire).

« Il n’y avait personne pour arrêter ce déchaînement de violence. »

C’est un petit coup de gueule aussi envers l’éditeur que je veux passer ici, qui décrit ce livre comme « un roman impressionnant dans la lignée de Battle Royale ». Euh ? Non. Ou alors il me manque la moitié du roman. Passons le fait qu’on est également censé être « loin des clichés ». Je sais que le sensationnalisme fait vendre, mais mentionner Battle Royale, c’est non. Ce n’est pas une critique envers le roman – c’est un bon roman de littérature japonaise, sans pour autant être incroyable -, mais ne vous attendez pas à un roman où les personnages vont s’entretuer dans un « jeu ». On est ici dans la réalité pure et dure.

Ma note :

Un court roman qui intrigue rapidement, mais qui préfère une fin abrupte à un réel développement. Dommage.

Tout peut s’oublier d’Olivier Adam

Publié le

Olivier Adam renoue avec le Japon dans son dernier roman en date : Tout peut s’oublier. Découvrons-le ensemble.

Edition lue :
Éditeur : Flammarion
Publié le : 6 janvier 2021
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Nathan et Jun sont séparés. Ils ont ensemble un fils, Léo, dont ils partagent la garde là où ils ont construit leur famille, en France. Jusqu’à ce que Jun, sans prévenir Nathan, décide de retourner dans son pays d’origine, le Japon, en emportant Léo avec elle. Nathan perd la trace de son fils, se rend au Japon à plusieurs reprises, contacte des parents dans la même situation, engage un détective… Des semaines s’écoulent sans qu’il n’ait aucune piste, des semaines s’écoulent sans qu’il ne puisse voir son fils. Il va tout tenter pour le retrouver et tenter de trouver une solution à l’amiable avec son ex-femme. Mais c’est sans compter sur la législation japonaise.

« Ça faisait maintenant deux mois qu’il n’avait pas vu son fils. Qu’il ne l’avait pas tenu dans ses bras. Qu’il n’avait pas entendu le son de sa voix ni embrassé ses cheveux. Jamais ils n’avaient été séparés si longtemps avant ça. »

En voilà un roman intéressant ! J’avais vu passé ce terrible sujet dans des articles sur Internet (comme celui-ci) et ce roman raconte avec précision les différentes étapes et le mur auquel se confrontent de nombreux parents. J’ai apprécié le fait qu’on ait l’histoire en entier : on revient sur l’histoire d’amour entre Nathan et Jun, leur rencontre huit ans plus tôt à Kyôto, leur vie en France. On a au passage de très belles (et originales !) descriptions de plusieurs endroits du Kansai, et on suit volontiers Nathan lors de ses nombreux voyages.

« Une fois là-bas elle aurait la loi pour elle. Et lui n’aurait aucun droit. Une fois là-bas ce serait terminé. »

Parce que oui, il va devoir faire de nombreux voyages. Le moment où il apprend que Jun a quitté la France, et qu’il va essayer de la retrouver directement à Kyôto, en vain. Puis, un voyage quelques mois plus tard, lorsqu’il apprend la location exacte de son fils. C’était un roman fort et difficile, je me suis mis à la place de Nathan, et je reste dans l’incompréhension. Le traitement réservé à ces parents (qui n’ont pourtant rien fait de mal) est brutal et injuste, et Olivier Adam parvient à raconter tout cela à la perfection dans ce roman.

Un roman sur une dure réalité dans lequel on suit le cheminement d’un père qui ne souhaite qu’une chose : retrouver son fils et le voir grandir.

Ma note :

Dans les eaux profondes d’Akira Mizubayashi

Publié le

Que diriez-vous de partager ensemble un bain japonais ? C’est le moment de plonger Dans les eaux profondes avec Akira Mizubayashi.

Edition lue :
Éditeur : Arléa
Publié en grand format en : Mars 2018
Publié en format poche en : Janvier 2021
Nombre de pages : 272
Prix : 10,00€

Akira Mizubayashi, toujours de sa splendide plume, nous explique ici la place qu’occupe le bain au Japon, que ce soit le bain public, ou sentô, ou le bain privé qui l’a petit à petit remplacé dans la société japonaise. On le suit dans ses souvenirs, ses réflexions, ses illustrations – jusqu’à se laisser porter dans une réelle analyse profonde et pertinente de la société japonaise actuelle.

« La parole, on le voit, se libère dans le bain. »

Dans la première partie (que je pensais être le seul sujet du roman), Akira Mizubayashi nous parle donc du bain japonais. Et, même en vivant au Japon, c’est un élément essentiel de la culture japonaise auquel je n’avais jamais réellement pris le temps de réfléchir. J’ai pris un très grand plaisir à lire les souvenirs de l’auteur lorsqu’il était enfant et qu’il prenait le bain avec son père ou sa mère, lorsqu’il le prend avec son frère quand ils souhaitaient avoir une discussion sérieuse, jusqu’à ce qu’il perpétue la tradition en faisant prendre le bain à sa fille. On a beaucoup de références littéraires et cinématographiques, qui prennent naturellement leur place dans cette discussion – et on comprend le rôle important qu’occupe le bain dans la société japonaise.

« La démocratie est mourante au Japon. »

Mais voilà, le bain n’est qu’un infime exemple du changement de la société japonaise, et la seconde partie du livre prend un tournant plus politique et complexe. Alors qu’on se détendait dans un bain chaud dans les premières pages, Akira Mizubayashi nous développe ensuite une analyse d’un Japon ancien et du Japon actuel. Au programme : la Constitution du Japon, la « démocratie » (qui n’en est pas vraiment une selon l’auteur), le manque de débat – le tout comparé à la France, pays d’adoption d’Akira Mizubayashi. Une partie très différente de la première mais qui trouve sa place et qui m’a tout autant intéressé, n’ayant que peu l’habitude de lire des analyses pertinentes de la politique japonaise en français.

Un livre doublement intéressant, ou comment passer du bain japonais à une critique de la société japonaise sans pour autant perturber le lecteur. 

Ma note :

%d blogueurs aiment cette page :