Flux RSS

Le séjour à Kinosaki de Naoya Shiga

Publié le

Je vous présente aujourd’hui un auteur que je n’ai pas encore évoqué sur ce blog, avec l’un de ses textes les plus populaires : voici Le séjour à Kinosaki de Naoya Shiga.

Edition lue :
Éditeur : Editions Arfuyen
Publié en : 1996
Traduction par : Pascal Hervieu et Alain Gouvret
Édition originale en japonais : 1913, 1918
Nombre de pages : 47
Prix : 7,62€

Deux nouvelles sont présentées dans ce court livre : Le séjour à Kinosaki, qui est décrit comme un texte important dans l’oeuvre de Naoya Shiga, et Le Crime de Han, écrit quelques années plus tôt. Le séjour à Kinosaki est, comme son nom l’indique, écrit à Kinosaki, après que l’auteur ait été renversé par un train. Il passe donc sa convalescence à Kinosaki, un endroit réputé pour ses bains thermaux, les onsen. Et c’est une sorte de journal sur ce qu’il fait (pas grand chose) et ce qu’il voit (pas grand chose à part des animaux : une guêpe, un rat, une salamandre…). J’ai eu du mal à y trouver un intérêt.

« Être en vie, être mort n’étaient pas deux choses contraires. J’avais le sentiment qu’il n’y avait pas là une bien grande différence. »

On enchaîne avec Le Crime de Han, qui est un peu plus intéressante comme nouvelle. Lors d’un numéro de lancer de couteaux devant 300 personnes, le lanceur rate sa cible et tue -accidentellement ou non, c’est là tout l’objet de cette nouvelle- sa femme. On en apprend un peu plus sur les relations chaotiques qu’il entretenait avec celle-ci et on cherche nous aussi à savoir si son geste a été volontaire ou non… J’ai été pris dans cette nouvelle, mais elle se finit malheureusement bien trop vite et en perd un peu son intérêt. Ces deux nouvelles sont suivis de trois hommages par trois écrivains : Junichiro Tanizaki, Hideo Kobayashi et Ito Sei, qui vantent les mérites de Naoya Shiga, mais ne partageant pas leur excitation, là encore, j’ai été un peu laissé de côté…

« Un événement singulier s’est produit sur la scène du théâtre. Au beau milieu du spectacle, un jeune jongleur chinois nommé Han a tranché la gorge de sa femme avec un de ses larges couteaux de jet. »

Deux nouvelles trop courtes, même si la seconde a un réel potentiel. Une lecture aussi vite lue qu’oubliée, et c’est bien dommage pour une première approche avec cet auteur.

Ma note :

Publicités

Your name de Makoto Shinkai

Publié le

Vous avez sûrement entendu parler du phénomène Your Name, un film d’animation qui a battu tous les records au Japon et qui a connu un bon succès partout dans le monde. Aujourd’hui, je vais vous parler du roman du même nom, écrit par Makoto Shinkai, le réalisateur du film.

Edition lue :
Éditeur : Pika Roman
Publié le : 5 juillet 2017
Publié au Japon le : 18 juin 2016
Traduit par : Jean-Louis de la Couronne
Nombre de pages : 224
Prix : 14,95€

Mitsuha est une jeune fille de dix-sept ans qui vit à Hida, en pleine campagne. Elle rêve de partir vivre à Tokyo… jusqu’à ce qu’un matin, elle se réveille dans un corps qui lui semble étrange. C’est en effet le corps de Taki, un jeune homme de son âge, qui vit à Tokyo. Lui va se retrouver dans le corps de Mitsuha, et chacun de leur côté, ils vont tenter de faire de leur mieux pour ne pas faire trop de dégâts dans la vie de l’autre. Chaque matin, ils ne savent pas dans quel corps ils vont se réveiller, mais ils vont parvenir à communiquer, en laissant des messages sur leurs activités de la journée dans leurs téléphones. Cette histoire aurait pu continuer pendant longtemps, mais c’était sans compter l’arrivée d’une comète….

« Est-ce que je l’aime, ou est-ce que je le déteste, ce village ? Est-ce que je veux vraiment partir le plus loin possible d’ici, ou est-ce que je voudrais rester toute ma vie avec ma famille et mes amis ? »

J’avais envie de lire ce roman pour replonger dans l’ambiance, dans cette histoire que j’avais appréciée en film (sans que ce soit pour autant un énorme coup de coeur). Et j’ai bien fait. Le roman m’a vraiment beaucoup touché, plus que le film. Le pouvoir des mots est vraiment puissant. Il y a des passages vraiment beaux (quand Mitsuha découvre Tokyo par exemple) et forts. La postface de l’auteur/réalisateur est aussi intéressante puisqu’on apprend qu’il ne sait pas lui-même lequel du film ou du roman est l’oeuvre originale. Il a terminé le roman trois mois avant la sortie du film et le roman est sorti un peu moins de deux mois avant la sortie du film.

« Un jour, les échanges de nos corps avec Mitsuha ont commencé, et puis un autre jour, ils se sont soudain arrêtés. »

Une novellisation (mais pas vraiment) d’un très beau film qui m’a encore plus ému. Un plaisir de retrouver cette histoire et son atmosphère si particulière, ainsi que ses moments qui ont fait serrer mon petit coeur lors de quelques passages. Que vous ayez vu le film ou non, c’est un roman à lire absolument.

Ma note :

Le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki

Publié le

Après avoir découvert le Journal de Sarashina, je vous propose un autre célèbre texte de voyage : voici le Journal de Tosa de Ki no Tsurayuki.

Edition lue :
Éditeur : Editions Verdier
Publié le : 3 mai 2018
Traduit et présenté par : René Sieffert
Nombre de pages : 96
Prix : 13,50€

L’auteur va prétendre être une femme voulant imiter les journaux qu’écrivaient les hommes lors de leurs voyages. On va donc suivre ce gouverneur de la province de Tosa qui va quitter sa ville pour se rendre à Kyôto en l’an 935, un voyage durant cinquante-cinq jours. Il va ainsi nous parler, d’une écriture féminine, de ce voyage, mais aussi des moments d’ennui lors d’escales prolongées, toujours dans un environnement qui se prête à merveille à la poésie…

« Ce que font les hommes et qu’ils appellent « journal », une femme va tenter de le faire à sa façon. »

C’est toujours instructif et plaisant de découvrir ces journaux de voyage, qui nous font traverser le Japon en poésie. Ici, le récit de voyage n’est pas très excitant, la plupart du temps l’auteur et ses compagnons de voyage semblent s’ennuyer, mais l’intérêt se trouve dans la poésie. En effet, tout le monde autour de lui compose des poèmes sur les petits événements qui font ce voyage ou sur ce qui les entoure : des enfants, des femmes, des hommes, tout le monde s’y prête, et même lui (ou devrait-il on dire « elle »). Et si cela ne vous suffit pas, vous trouverez à la suite du journal des poèmes de Ki no Tsuruyaki classés par thèmes, que ce soit sur la beauté des saisons ou des thèmes plus durs comme la séparation.

« Plus que blanches bagues
qui se dressent devant vous
moi qui vais rester
je vais élever la voix
de mes pleurs couvrant leur bruit. »

Un journal ancien qui nous fait parcourir le Japon en nous dévoilant toute la poésie que peuvent créer des personnes d’horizons différents qui prennent le temps d’observer ce qui les entoure.

Ma note :

Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita

Publié le

Aujourd’hui, parcourons ensemble un roman qui nous fait découvrir ce que les pianos ont dans le ventre. Voici Une forêt de laine et d’acier de Natsu Miyashita.

Edition lue :
Éditeur : Stock
Publié le : 14 mars 2018
Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 272
Prix : 20,00€

Tomura, un jeune homme de 17 ans, va avoir une révélation lorsqu’il va rencontrer un accordeur de pianos qui va s’occuper de l’instrument de son lycée. Le son de ce piano fera naître en lui des paysages de forêts et il va prendre la décision de devenir lui aussi accordeur de pianos. On va ainsi suivre Tomura commencer sa carrière professionnelle en tant qu’accordeur et se rendre compte qu’il a choisi un métier bien particulier…

« Si le piano était capable, miraculeusement, de faire ressortir la beauté tapie dans l’ombre pour me la rendre audible, alors j’acceptais volontiers de m’en faire le serviteur. »

Tout comme le narrateur au début de ce roman, je ne connaissais que peu de choses sur les pianos. Je ne pensais pas m’y intéresser plus que cela, mais j’ai trouvé ce roman passionnant – et vraiment beau. On voit Tomura grandir, tout d’abord accompagner d’autres accordeurs, puis s’occuper de clients tout seul, en faisant des erreurs, en apprenant de tous ses collègues, et en comprenant que la technique ne fait pas tout.

« Je voulais reproduire cette forêt à l’aide du piano. »

Ce qui m’a surtout plu, c’est la façon dont les clients décrivent la musique, la façon dont ils décrivent le son qu’ils souhaitent trouver ou retrouver. Et comment cette description diffère selon les personnes. L’accordeur doit ainsi s’adapter aux images qu’évoquent ces clients et tenter de les retranscrire dans son travail. C’est ainsi que Tomura va essayer de retrouver lui aussi la forêt de laine et d’acier qu’il avait entendue lorsque, lycéen, il avait eu une révélation devant le travail de l’accordeur du piano de son lycée…

« À chaque humain sa place dans le monde, à chaque piano son écrin. »

Un roman qui nous emmène à l’intérieur du piano, dans un monde où chacun peut voir un paysage différent qui peut le marquer au plus profond de lui-même.

Ma note :

Instantanés d’Ambre de Yôko Ogawa

Publié le

Enfin ! Un nouveau roman de Yôko Ogawa traduit en français ! Découvrons ensemble ce que nous réserve Instantanés d’Ambre de cette très grande auteure.

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 4 avril 2018
Traduit par : Rose-Marie Makino Fayolle
Publié au Japon en : 2015
Nombre de pages : 304
Prix : 22,50€

Suite à la mort de la benjamine de la famille, une mère va emmener ses trois enfants vivre dans une villa et va leur dire que derrière le mur de leur terrain se trouve un chien maléfique qui leur veut du mal, tout comme il avait léché la petite fille avant qu’elle ne meure. Ambre, Opale et Agate, vont ainsi vivre coupés du monde avec leurs nouveaux prénoms qu’ils ont pioché au hasard dans les encyclopédies de leur père. Ils vont créer leur propre monde, seuls la plupart du temps puisque leur mère travaille beaucoup, et ils vont nous faire entrer dans leur univers où l’imaginaire occupe une place majeure.

« Lorsque leur mère, Opale et Agate se demandaient ce que devenait la quatrième de la fratrie et avaient envie de la voir, leurs pas les menaient à tout moment à l’intérieur du cabinet de lecture où ils feuilletaient les encyclopédies. »

Le point de départ de ce roman est tragique : une mère perd sa fille et va vouloir protéger ses enfants du monde en les isolant et en créant des règles pour qu’ils restent toujours auprès d’elle. Mais Yôko Ogawa parvient à créer encore une fois une atmosphère impressionnante où les enfants sortent tout droit d’un conte, avec leurs nouveaux prénoms et leurs vêtements, trop petits pour eux et agrémentés d’une crinière pour l’un, d’ailes et de queue en fourrure pour les autres. Pour eux, cette extravagance n’en est pas une, et nous, lecteurs, en venons à l’oublier et à ne plus nous étonner de leur apparence et de leurs activités.

« À l’intérieur d’une encyclopédie tout est calme. Alors qu’elle renferme en vrac toutes les choses du monde, dans les marges règne un silence surprenant. »

Ces enfants créent leur propre monde grâce aux encyclopédies laissées par leur père, qui vont également servir de renaissance pour la petite fille décédée. En effet, Ambre, l’un des enfants, voit son oeil gauche s’obscurcir et voit apparaître la benjamine qui va désormais vivre à l’intérieur de son oeil. Pour en faire profiter sa famille, il va la dessiner tous les jours dans les marges des encyclopédies, qu’il exposera des années plus tard sous le nom d’instantanés d’Ambre. Cela plus M. Signal, un petit personnage qui vit dans l’oreille d’un autre enfant pour lui apprendre des mots, et on en oublie les règles de notre monde et on ne se pose pas de questions sur la réalité ou non des événements du moment que toute cette famille y croit. J’ai personnellement eu l’impression d’être aussi dans cette maison tellement il était aisé pour moi de l’imaginer, chose que je ressens rarement à ce point pendant une lecture. On suit leur quotidien, et là où cela pourrait sembler ennuyeux, il n’en est en fait rien, tant la magie des mots et le pouvoir de créativité des enfants sont immenses.

« Ils ont beau paraître immobiles, les êtres vivants changent d’instant en instant. »

Yôko Ogawa nous livre ici un roman puissant où une famille recommence à zéro, coupée de tout, ou presque. On entre facilement dans ce monde si particulier que seule Madame Ogawa semble savoir construire. Du génie, tout simplement.

Ma note :

 

Le petit livre de l’Ikigaï de Ken Mogi

Publié le

Récemment, on voit fleurir en librairie des livres sur l’ikigaï. Intrigué, j’ai voulu en découvrir un peu plus grâce au Petit livre de l’Ikigaï (sous-titré La Méthode japonaise pour trouver un sens à sa vie) de Ken Mogi.

Edition lue :
Éditeur : Fayard/Mazarine
Publié le : 28 mars 2018
Traduction de l’anglais : Marion McGuinness
Édition originale en anglais : août 2017
Nombre de pages : 220
Prix : 16,00€

J’ai choisi ce livre-ci en particulier pour découvrir l’ikigaï, cette philosophie purement japonaise, car contrairement à la plupart des autres sur le même sujet, il est écrit par un japonais, même si directement en anglais. Cette philosophie n’est en réalité pas compliquée et repose sur cinq piliers : commencer petit, se libérer soi-même, harmonie et durabilité, la joie des petites choses et être ici et maintenant. L’ikigaï est différent pour chacun et on comprend que ça fait entièrement partie des Japonais. Pour faire court, avoir un ikigaï peut réellement changer la vie, vous apporter moins de stress, plus de bonheur, de créativité et de succès par exemple…

« L’ikigaï est, d’une certaine façon, un baromètre qui reflète la façon dont une personne voit la vie, d’une manière intégrée et représentative. »

Quiconque pose les pieds au Japon et côtoie des Japonais comprend cette notion d’ikigaï. Je ne connaissais pas le terme, et je ne savais même pas que c’était une philosophie à proprement parler, et c’est pour cela que j’ai trouvé ce livre intéressant. Avec les cinq piliers, on comprend rapidement de quoi il est question. Il y a dans ce livre beaucoup d’exemples. Au lieu d’une explication, c’est plutôt des illustrations qui remplissent ce petit livre de l’ikigaï : divers aspects du Japon et de sa culture sont donc vus sous l’angle de cette philosophie (la préparation des sushis, la poterie, l’animation avec Hayao Miyazaki, le whisky japonais, les sumos…). C’est intéressant et varié, même si parfois on se perd un peu en détails pas forcément utiles à la compréhension de l’ikigaï.

« Jouez donc de la musique quand personne n’écoute. Dessinez quand personne ne regarde. Écrivez une nouvelle que personne ne lira. La joie et la satisfaction intérieures seront largement suffisantes pour vous donner l’élan de continuer dans la vie. »

Un petit livre parfait pour se familiariser avec le concept purement japonais de l’ikigaï, à travers cinq piliers à mettre en oeuvre pour être plus heureux et des illustrations intéressantes pour toute personne curieuse du Japon et de sa culture.

Ma note :

Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp

Publié le

Un recueil de nouvelles du Japon d’une auteure française talentueuse : voici Cueillir les fleurs du silence d’Eva Kopp.


Edition lue :
Publié le : 22 mars 2018
Prix numérique : 0,99€ (ici)
Auto-édité

Ce court recueil de cinq nouvelles nous emmène dans un Japon rempli de tendresse, d’espoir, même dans les situations les plus tragiques. On rencontre notamment Momotaro, ce garçon trouvé dans une pêche géante par un couple âgé que l’on voit souvent dans le folklore japonais (que j’avais notamment croisé ici), Sadako Sasaki, dont j’avais entendu parler lors d’un voyage à Hiroshima, puisque cette jeune fille est tombée malade des suites du bombardement, Chizuko, dont le grand-père a connu deux terribles tsunamis, ou encore Emi-chan, qui vit à côté de la préfecture de Fukushima en 2011 et qui aimerait seulement goûter la pluie, bien que radioactive.

« L’interprétation du passé, son souvenir, peut sauver l’avenir. »

Toutes ces nouvelles sont très agréables à lire, j’aime beaucoup retomber sur des noms que j’ai déjà entendus, qui me ramènent à un endroit (Hiroshima) ou à une atmosphère particulière (le folklore japonais). L’écriture est vraiment belle et fluide, et la beauté ainsi que la pureté de certains personnages se ressent vraiment, malgré qu’ils aient pu vivre les événements les plus terribles que le Japon ait pu connaître ces dernières années. Bombardement, tsunami, radioactivité…

« Emi-chan, tu ne peux pas goûter la pluie. Elle est dangereuse, tu comprends ? »

Un recueil de nouvelles qui nous transporte en quelques pages dans un Japon qu’on aime découvrir et redécouvrir. En attendant le premier roman d’Eva Kopp à paraître en juin 2018.

Ma note :

 

L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka

Publié le

Dans cet article, je vais vous parler d’un roman d’un auteur que l’on connaît peu en France, et c’est bien dommage. Voici L’Ombre des fleurs de Shôhei Ôoka.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en grand format en : 1995
Format poche : 1998
Traduction : Anne Bayard-Sakai
Édition originale en japonais : 1958-1959
Nombre de pages : 168
Prix : 7,10€

On va suivre Yôko, une entraîneuse qui travaille dans le Ginza d’après-guerre, un quartier chic de Tokyo. Elle approche la quarantaine et va se séparer au début du roman de Matsuzaki, un homme marié père d’une fille. Son entourage s’inquiète pour elle car ils savent qu’elle n’est pas faite pour la solitude. Junko, la gérante d’un bar haut de gamme va ouvrir un nouveau bar pour une clientèle un peu moins importante, et Yôko va être entraîneuse là-bas. Elle va ainsi rencontrer plusieurs hommes, mais cela ne va plus la satisfaire : elle se sent vieille et n’a pas vraiment d’ambition…

« Des mains de sa grand-mère, elle avait directement été propulsée au cœur de la tourmente de Ginza, pour y être enfouie parmi toutes ces présences masculines : elle n’avait donc pas eu le temps de devenir adulte. »

J’ai été surpris par ce roman. Tout d’abord, je tiens à souligner la qualité de la traduction, il y a des passages vraiment magnifiques. J’ai été touché par l’histoire de cette femme, qui veut être aimée, mais pas n’importe comment, ni par n’importe qui. Elle veut être heureuse, elle semble vouloir s’élever sans savoir comment s’y prendre. Elle ne va pas hésiter à repousser certains hommes et va se tourner vers l’alcool, pour tenter d’oublier qu’à son âge, quand même, elle devrait au moins être gérante de bar et avoir un protecteur qui n’a d’yeux que pour elle et qui lui permette de vivre sans se préoccuper de l’argent… Et elle en devient touchante.

« Sa vie, dévorée par l’alcool et les hommes, se confondait en vérité avec la mort ; et l’on pouvait dire qu’aujourd’hui elle avait déjà cessé de vivre. »

Un excellent roman qui gagne à être lu. C’était un auteur que je ne connaissais pas, et je suis bien content de l’avoir découvert avec cette histoire qui est racontée avec brio et génialement traduite.

Ma note :

Hell de Yasutaka Tsutsui

Publié le

Aujourd’hui, je vous emmène en enfer ! Ou plutôt, c’est Yasutaka Tsutsui qui nous y emmène tous dans son roman Hell. Il fait pas un peu chaud par ici ?

Edition lue :
Éditeur : Wombat
Publié le : 5 septembre 2013
Traduction par : Jean-Christian Bouvier
Édition originale en japonais : 2003
Nombre de pages : 155
Prix : 17,00€

Comme son titre l’indique, on va plonger ici dans l’Enfer. Un enfer dans lequel va débarquer Takeshi dont l’handicap -il boitait depuis son enfance à cause de deux camarades de classe- disparaît quand il y pose le pied. Il va retrouver ces deux camarades qu’il n’avait pas vu depuis des années, et on  va rencontrer une multitude de personnages dans cet enfer, en apprenant leurs liens et en découvrant la façon dont ils sont décédés… en naviguant dans le passé et le futur, dans le monde des vivants et dans celui des morts…

« Quand on pensait à quelqu’un en Enfer, cette personne avait la fâcheuse tendance à apparaître aussitôt. »

L’idée du roman me plaisait beaucoup, et après avoir accroché aux loufoques Hommes salmonelle du même auteur, je me suis procuré celui-ci sans hésiter. Mais je n’ai pas été conquis. Beaucoup de personnages, beaucoup de scènes différentes qui se déroulent à des endroits différents et à une époque différente, qui font que j’ai été perdu. Cela contribue bien sûr à l’effet chaotique de l’enfer, mais je ne suis pas entré dans l’histoire. Il y a en revanche une scène que j’ai adorée : lorsqu’un avion est détourné et qu’on lit les derniers moments des passagers où la folie et surtout le désespoir prennent le dessus. Pour le reste, c’est malheureusement déjà oublié.

« La frontière entre la vie et la mort n’était-elle donc pas infranchissable ? Les deux mondes communiquaient-ils d’une manière aussi fluide que naturelle ? »

Un roman à l’idée de base intéressante, mais dont le côté brouillon m’a laissé de côté. Je suis resté aux portes de l’Enfer, alors que j’avais envie d’y pénétrer. Dommage.

Ma note :

Tokyo Décibels d’Hitonari Tsuji

Publié le

Pour la première fois aujourd’hui, je vais vous présenter un roman d’Hitonari Tsuji, un écrivain contemporain dont a la chance d’avoir plusieurs ouvrages traduits en France. Partons à la découverte de la capitale nippone avec Tokyo Décibels.

Edition lue :
Éditeur : naïve
Publié en : 2005
Traduction par : Corinne Atlan
Édition originale en japonais : 1996
Nombre de pages : 210

Arata, vingt-huit ans, est un employé de mairie chargé de contrôler les nuisances sonores de son arrondissement. Lors de son temps libre, il décide de réaliser une carte sonore de cette partie de Tokyo. Il va, parallèlement, retrouver un ami de lycée, Ikuo, qui passe la plupart de son temps à boire, et va partager sa vie entre Fumi, la femme qu’il aime qu’il voit chaque jour un peu plus s’éloigner de lui, et Mariko, une femme enjouée qui travaille en tant qu’interlocutrice de téléphone rose et avec qui il a des relations de temps en temps.

« Un réseau incroyable d’ondes toujours plus nombreuses se croise dans Tokyo. On dit que c’est une ville bruyante, mais le véritable vacarme, c’est celui qu’on n’entend pas… »

Le thème de ce roman est le son, sous toutes ses formes. Que ce soit les bruits du quotidien que l’on appelle « nuisances sonores » (le vacarme du trafic par exemple), le bruit de la nature (le vent qui fait trembler les feuilles sur les branches d’un arbre), le son de cloche du temple du coin ou encore la musique que joue Arata avec ses amis de lycée, comme au bon vieux temps. Et c’est vraiment une approche originale de découvrir Tokyo sous cet angle, en même temps que l’on découvre les difficultés du quotidien à travers les différents personnages, le tout avec une écriture fluide et efficace.

« Mes amis qui avaient tous des visages d’êtres malmenés par la vie en société, mais, une fois installés les instruments de musique qui faisaient leur fierté, leurs dos se redressaient et leur vivacité redevenait entière. »

C’est également rare que j’éprouve une affection particulière pour un personnage dans un roman japonais, mais cette fois-ci, c’est arrivé : j’ai adoré le personnage de Mariko. Déjà son métier : elle parle aux hommes qui appelent le téléphone rose et elle le fait d’une façon passionnée puisqu’elle aime discuter. Et puis, elle est très enjouée et drôle. Son passe-temps préféré ? Epier les conversations des gens à l’aide d’un appareil qui capte les mouchards que placent les gens chez eux quand ils ont des doutes sur la fidélité de leur conjoint par exemple. Elle réussit à apporter de la couleur et du bonheur dans ce texte, à Arata notamment, avec qui elle a une relation plutôt simple mais dont elle se soucie du bonheur. Et son personnage donne une bouffée d’air frais entre deux pages où on trouve un Ikuo ivre qui tente de communiquer en vain avec son fils ou un Arata qui doute de plus en plus de l’amour de sa femme.

« Comme la réalité me paraissait froide, triste et douloureuse ! Nourrir des fantasmes et des pensées vaines, ou même épier les conversations d’inconnus, c’était bien plus facile que la vraie vie. »

On enfile nos écouteurs, et c’est parti pour une ballade dans le Tokyo de l’ouïe ! Un personnage dont la vie tourne autour des sons, qui nous fait voir Tokyo sous un autre jour, tout en évoquant les problèmes du quotidien à travers les yeux de plusieurs personnages attachants.
Ma note :
%d blogueurs aiment cette page :