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Haiku érotiques

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Ce samedi, je vous propose un peu d’érotisme à la japonaise ! Le tout en haiku, écrit à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, voici les « Haiku érotiques » !

haiku-erotiquesEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié en : Mai 2000
Nombre de pages : 192
Prix : 6,50€

Ce petit recueil d’haiku est pour le moins original ! Il est difficile d’en parler, mais ce que je peux vous dire, c’est que le recueil est divisé en six parties, selon ceux concernés par les haikus : les moines, les dames du palais, la vie conjugale, les domestiques, les veuves et les courtisanes. On peut de plus y trouver des petites illustrations érotiques de temps en temps, pour accompagner les haiku qui n’y vont parfois pas par quatre chemins (on peut notamment être surpris par la place importante que prenaient ce qu’on appelle aujourd’hui les « sex toys » qui pouvaient être réalisés de bien diverses façons pour plaire aux dames du palais).

Ce qui est également intéressant et qui aide à la compréhension, c’est qu’il y a presque toujours avant un haiku ou une série de haikus, une petite phrase ou un petit paragraphe pour expliquer certaines choses, certains termes, et en faire une sorte d’histoire qui rend la lecture très agréable !

Et voici, pour que vous puissiez vous en faire une petite idée, trois petits haiku que j’ai sélectionnés pour vous :

« Quand il dresse son mât
l’épouse s’empresse alors
de prendre la barre 
»

« Ne serait-ce qu’une fois
laisse-moi passer en dessous
insiste l’épouse »

« Quand on a d’un buffle
retiré les cornes, deux dames
s’en trouvent fort bien 
»

Un recueil qui saura ravir les amateurs d’haiku et de coquineries, et qui permet en plus de découvrir comment s’exprimait l’érotisme il y a de cela un peu plus de deux siècles. Une lecture qui ne vous laissera pas indifférents !

Ma note :
7

Seins et Œufs de Mieko Kawakami

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Après vous avoir parlé d’Heaven, le dernier roman paru en France de Mieko Kawakami, je vous présente aujourd’hui son roman le plus célèbre par chez nous : Seins et Œufs ! Partons dès à présent pour Tokyo.

seins-et-oeufs-mieko-kawakamiÉdition lue :
Éditeur : Actes Sud
Publié le : 5 mars 2014
Édition originale en japonais : 2008
Nombre de pages : 112
Prix : 6,50€

Ce court roman nous raconte l’histoire de Natsu, qui habite à Tokyo, et qui va recevoir pendant quelques jours la visite de sa sœur, Makiko, et de sa nièce, Midoriko. Makiko approche de la quarantaine et est hôtesse dans un bar. Elle vient à Tokyo avec sa fille pour visiter des cliniques puisqu’elle a pour obsession de se refaire les seins (sujet qui va prendre une bonne partie du récit), et elle a une relation pour le moins compliquée avec sa fille, puisque cette dernière ne parle plus depuis quelques mois déjà. Natsu va donc voir débarquer sa sœur exubérante et sa nièce muette dans son petit appartement tokyoïte…

« Depuis un moment, je ne peux me défendre de l’impression étrange bien que brumeuse, que si Makiko semble me parler, en réalité elle ne me voit même pas. »

Le roman est intéressant puisqu’il alterne deux types de récit : l’histoire à proprement parler, à travers les yeux de la narratrice qui entend parler sa sœur de poitrines et de chirurgie esthétique à longueur de temps,  et le journal intime de Midoriko. Ce dernier nous permet de comprendre ce personnage complexe, qui a en réalité peur de grandir, de devenir adulte, et d’avoir ses premières règles. C’est le sujet qui la préoccupe. Le roman contient des scènes drôles, notamment une que j’ai bien aimée lorsque Makiko et Natsu vont se laver aux bains publics et que Makiko va contempler les poitrines de toutes les femmes, rejointe par sa sœur qui, par mimétisme, va faire de même. La relation mère-fille conflictuelle en apparence est très bien abordée, et on se rend compte que les raisons qui poussent Midoriko à ne plus prononcer un seul mot sont en fait bien plus profondes que la simple crise d’adolescence envers sa mère. Et c’est pour moi ce qui en fait un très bon roman !

 

Mieko Kawakami parvient dans ce roman à nous plonger dans la tête de Japonaises de deux générations différentes, toutes deux insatisfaites de leurs corps. Elle aborde avec brio les relations conflictuelles que peuvent exister entre une mère et sa fille, et le tout, bien qu’il semble en apparence superficiel, est en réalité très profond.

Ma note :
7

Park Life de Shuichi Yoshida

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Puisqu’on est en plein milieu de l’été, je vous propose aujourd’hui une petite ballade dans un parc… Le tout raconté par Shuichi Yoshida dans son court mais appréciable roman intitulé Park Life !

park-life-shuichi-yoshidaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Édition originale en japonais : 2002
Nombre de pages : 124
Prix : 6,10€

Park Life nous entraîne dans la vie du narrateur qui a l’habitude de passer un peu de temps sur son banc dans le parc de Hibiya. Un moment qu’il apprécie et un endroit qu’il rejoint quand il a un peu de temps libre, faisant d’ailleurs tout pour faire déguerpir ceux qui occupent son banc lorsqu’il veut s’y asseoir. On rencontre une poignée de personnages qui font partie de sa vie : son senpai (aîné) au travail, une amie qui vient d’avoir un enfant, un couple séparé chez qui il vit provisoirement pour s’occuper de leur singe, et surtout, une femme qu’il a rencontrée dans le métro et qu’il va retrouver dans ce parc où elle a également l’habitude de venir régulièrement. Ils vont ainsi s’y retrouver et discuter comme s’ils se connaissaient depuis longtemps…

« Les nombreux cercles concentriques décrits par les oiseaux aquatiques se propageaient sous nos yeux à la surface vert foncé de la mare. Les volatiles plongeaient parfois la tête sous l’eau, tremblaient de tout leur corps et déployaient leurs ailes. »

C’est un petit roman vraiment très agréable à lire. J’avais lu ici et là que c’était un roman un peu ennuyeux, mais j’ai personnellement trouvé qu’il se lisait très bien. La vie de ce parc de Tokyo y est animée et décrite avec une certaine poésie. Le roman ne se passe pas entièrement dans ce parc, on suit notre narrateur là où il va, mais le parc est bel et bien le personnage principal. Ce parc représente la vie, des relations qui se nouent, mais aussi des personnes qui se croisent sans jamais oser se parler.

Ce roman nous offre une lecture rafraîchissante pour un moment de lecture bien plaisant. J’ai déjà très envie de le relire, mais cette fois-ci dans un parc, au soleil, pour pouvoir me plonger encore plus dans cette ambiance si particulière qui est si bien décrite.

Ma note :
7

Les attaques de la boulangerie d’Haruki Murakami

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Ce samedi (qui est désormais le jour où sera publié un nouvel article, au lieu du vendredi), c’est Haruki Murakami ! Et je vous parle aujourd’hui de deux nouvelles loufoques comme il aime tant en faire : Les attaques de la boulangerie !

les-attaques-de-la-boulangerie-haruki-murakamiEdition lue :
Éditeur : 10/18
Publié le : 7 novembre 2013
Nombre de pages : 72
Prix : 8,40€

Ce joli petit livre contient donc deux nouvelles d’Haruki Murakami : « L’attaque de la boulangerie » a été publiée en 1981 et raconte l’histoire d’un couple qui ressent un jour une énorme faim. Ils vont donc décider d’aller braquer une boulangerie pour avoir non pas l’argent de la caisse-enregistreuse, mais tout simplement du pain. Ils arrivent armés, mais le boulanger ne va pas se laisser faire et va leur proposer un marché : ils doivent écouter Wagner avec lui et après il leur donnera autant de pain qu’ils veulent.

« Il faut dire que nous avions faim. Non, en fait, c’était plutôt comme si nous avions englouti un vide cosmique. »

La seconde nouvelle est sortie quant à elle en 1985 et s’intitule « La seconde attaque de la boulangerie ». L’homme du couple de la nouvelle précédente est désormais marié à une autre femme et une nuit il va ressentir une faim insupportable et il va raconter à sa femme la fois où il a braqué une boulangerie (l’histoire de la première nouvelle donc). Il pense qu’il est sous l’emprise d’une malédiction puisqu’il avait à l’époque obtenu ce pain d’une façon non criminelle, mais via un simple échange (écouter Wagner = du pain gratuit). Sa femme pense que pour conjurer le mauvais sort il va donc devoir attaquer à nouveau une boulangerie…

« C’est ainsi que nous emportâmes des couteaux de cuisine et nous dirigeâmes vers la boulangerie. »

Ce sont deux nouvelles pour le moins étrange ! La première est vraiment très courte et il est difficile de s’en faire un avis. En revanche, grâce à la seconde nouvelle, on obtient une petite histoire à la cohérence relative, mais déjà plus intéressante. On est toujours dans une atmosphère loufoque et avec des personnages aux idées pour le moins surprenantes. Ce n’est pas une lecture qui m’a spécialement plu ou marqué, mais j’ai tout de même apprécié la folie de la femme de la deuxième nouvelle, qui semble étonnement expérimentée quand il s’agit de braquage. Ce livre est, comme pour L’Étrange bibliothèque et Sommeil, illustré par l’artiste allemande Kat Menschik, mais je dois dire que j’ai eu plus de mal avec les illustrations des Attaques de la boulangerie. Le style est plus étrange et elles n’apportent pas grand chose à mon sens… Mais ça reste un bel objet. Un petit exemple d’illustration :

les-attaques-de-la-boulangerie-kat-menschik

C’est un petit livre intéressant pour tous ceux qui veulent se plonger dans le côté loufoque d’Haruki Murakami, qui ne lésine pas sur la folie de ses personnages. Ce ne sont pas des nouvelles mémorables, mais elles font passer un moment de lecture pour le moins original.

Ma note :
6

L’île de Tokyo de Natsuo Kirino

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un roman d’une auteure que j’aime beaucoup. Après avoir lu OUT, Monstrueux et Le vrai monde, j’ai embarqué sur L’île de Tokyo ! Partons avec Natsuo Kirino sur cette île si particulière.

ile-de-tokyo-natsuo-kirinoEdition lue :
Éditeur : Seuil
Publié en : 2013 (édition originale en japonais : 2008)
Nombre de pages : 281
Prix : 22,50€

Dans ce roman, Natsuo Kirino nous emmène donc sur une île déserte sur laquelle se trouvent des naufragés japonais. Trente-et-un hommes de tous âges. Et une femme : Kiyoko, 46 ans. En étant la seule femme de l’île, celle-ci est en quelque sorte la reine de cette société qui tente de se reconstruire. Les hommes vont prendre soin d’elle et la chérir, et, bien qu’elle doive se marier avec un nouvel homme tous les deux ans, Kiyoko doit également assouvir les besoins de ses concitoyens. Ils attendent tous qu’un navire vienne les sauver, mais ils sont déjà là depuis de longs mois… Tout pourrait continuer ainsi, mais l’arrivée de Chinois sur l’île va quelque peu bouleverser leur quotidien.

« Son existence était précieuse, objet de convoitises effrayantes, qu’on ne voulait toutefois pas mettre en danger. »

Les Chinois vont très vite mieux se débrouiller que les Japonais. Ils vont mieux organiser leur survie, ils vont mieux s’occuper de la nourriture, se construire ce dont ils ont besoin. Et un jour, ils vont construire un radeau et demander à Kiyoko de venir avec eux. Kiyoko ne va pas hésiter et va vouloir retrouver la terre ferme. Malheureusement, cela ne va pas se passer comme prévu et ils vont atterrir à nouveau sur l’île de Tokyo. Mais à leur retour, les choses ont changé. Les Japonais, et notamment son mari du moment, n’ont pas apprécié que Kiyoko les trahisse et s’en aille avec les Chinois et ne vont plus vraiment la respecter. Kiyoko, d’abord dépitée, va ensuite tenter de trouver un autre moyen de redevenir le centre de cette île et de ses habitants. Et elle a en elle un élément qui va pouvoir l’aider dans sa misson.

« Six coquillages avaient été déposés sur le sol. Les participants devaient les ouvrir, du plus âgé au plus jeune : celui qui trouvait une inscription à l’intérieur était désigné comme nouveau mari. »

J’ai un avis très mitigé sur ce roman. Je dois dire que Natsuo Kirino m’a déçu. Autant j’avais adoré les romans que j’avais pu lire d’elle, autant là, durant toute la première moitié du livre, j’étais dans l’incompréhension. En effet, le sujet de base est intéressant, mais on se perd et on s’ennuie royalement. On nous décrit la vie sur l’île, le pouvoir qu’a Kiyoko, et aussi certains personnages dont on ne comprend pas trop pourquoi elle nous en parle. C’est de l’ennui total. J’ai failli refermer le livre après une centaine de pages, mais j’ai pourtant persisté. Et ce n’était finalement pas une si mauvaise idée que ça.

« Peut-être devrait-elle essayer de trouver d’autres raisons d’exister sur cette île que le sexe ? »

En effet, à partir de la moitié, le roman prend une tournure très intéressante. J’ai eu l’envie de tourner les pages, de connaître la suite. Le récit est très bien construit (un peu tardivement, certes), puisqu’on revient dans le passé, on suit des personnages qui ne nous semblaient pas intéressants au premier abord, on navigue entre le moment présent, leur arrivée sur l’île et tous les événements qui les ont conduit jusqu’ici. Les histoires se croisent et le sort et la psychologie des personnages prennent enfin une tournure qui donnent envie de lire, d’en apprendre plus sur eux, et ça c’est très plaisant ! L’évolution des personnages de Kiyoko et de Watanabe notamment est bien développée, et le développement de leur société suite à l’arrivée d’un autre peuple est aussi très bien construit. Voilà une bonne raison de ne pas lâcher le roman malgré un début déplaisant.

Un roman de Natsuo Kirino très différent des précédents parus en France. Le début m’a malheureusement ennuyé, ce qui est rare avec cette auteure, mais la seconde moitié du roman relève le niveau et devient intéressante, si intéressante que j’ai voulu enchaîner les chapitres. Un avis mitigé sur ce roman, mais grâce à une fin plus que réussie, je reste sur une note positive !

Ma note :
6

Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vous parle d’un court roman d’un écrivain français que je connaissais de nom, mais que je n’avais pas encore lu : Le sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric-Emmanuel Schmitt ! 


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Edition lue :
Éditeur : Le Livre de Poche
Publié en : 2014 (grand format : 2009)
Nombre de pages : 96
Prix : 4,90€

Jun est un garçon qui a fui sa mère et qui se retrouve dans les rues de Tokyo à vendre des pacotilles et à manger les poubelles. Mais un vieil homme, Shomintsu, qui s’avère être un entraîneur de sumo, va le croiser à maintes reprises et lui dire « Je vois un gros en toi », phrase pour le moins amusante puisque Jun n’a que la peau sur les os. Il va insister, insister, et offrir un billet à Jun pour qu’il aille voir un match de sumo. Après avoir refusé, Jun va céder et s’y rendre.

« Tokyo, quatre heures du matin… Peut-être le seul moment où la vie humaine s’offrait un répit, où la ville de goudron, de pierre, de béton dont les échangeurs routiers s’étageaient et s’enroulaient telles des lianes, redevenait une forêt où les animaux allaient boire, se nourrir. »

Contre toute attente, il va avoir une sorte de révélation : alors qu’au départ il ne voyait que des boudins, il va finit par voir des athlètes et des combattants. À partir de là, il va rejoindre l’école de Shomintsu et va tout faire pour s’engraisser et se muscler, mais ce sera plus compliqué que prévu… Et c’est là que c’est intéressant, puisque ce roman a une dimension spirituelle non négligeable. Le personnage principal va être initié au bouddhisme zen, et va découvrir qu’il ne suffit pas de manger, manger et manger pour grossir et atteindre son objectif, mais qu’il va falloir d’abord être en paix avec soi-même et affronter ses démons, qu’il avait plutôt tendance à cacher bien profondément en lui.

« Au fur et à mesure que chaque lutteur tentait d’éjecter son adversaire du cercle de jeu, je luttais, moi, contre mes préjugés, puis les éjectais un par un. »

C’est donc un roman court, mais l’évolution de Jun va être impressionnante. Il ne s’entête pas et accepte les changements qui se font en lui, au fur et à mesure qu’il découvre l’art des sumo, et qu’il se découvre lui-même. Une histoire avec une petite morale qui est très bien menée et qui n’y va pas par quatre chemins, ça m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur, même dans un contexte non-japonais (et oui, je ne lis pas que des romans en lien avec le Japon !).

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est en bref une lecture très plaisante, une petite histoire qui nous présente un garçon qui va apprendre à se connaître lui-même en traversant différentes épreuves et en gardant surtout l’esprit ouvert. Un très bon moment de lecture qui permet de se poser aussi des questions sur soi-même.

Ma note :
8

Hôzuki d’Aki Shimazaki

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Bonjour à tous ! Aujourd’hui je vous parle du dernier roman paru d’Aki Shimazaki, cette auteure japonaise qui vit au Canada et qui écrit directement en français que j’apprécie tant ! Il sera ici question d’Hôzuki, la suite d’Azami dont j’ai parlé sur le blog ici, même s’il n’est pas indispensable de l’avoir lu pour lire Hôzuki. On admire la magnifique couverture, et c’est parti !

hozuki-aki-shimazakiEdition lue :
Éditeur : Leméac/Actes Sud
Publié en : 2015 (Canada) / Mai 2016 (France)
Nombre de pages : 144
Prix : 14,50€

On retrouve dans ce très joli roman Mitsuko, qui était présente dans le roman Azami en tant qu’entraîneuse dans un bar très sélect. Ici, l’histoire se déroule quelques mois après Azami. On redécouvre Mitsuko, qui vit avec sa mère et son fils sourd-muet et métisse de 7 ans, Tarô. Elle tient une librairie de livres d’occasion, et le vendredi soir, elle est toujours entraîneuse dans le bar X. Un jour, une cliente va entrer avec sa fille, Hanako, 4 ans, qui va de suite développer une amitié forte avec Tarô, bien qu’ils ne puissent pas communiquer ensemble par la parole. Une belle relation va se créer entre les deux enfants, et on va surtout en apprendre plus sur la relation qui unit Tarô à sa mère : celui-ci a en réalité était trouvé par Mitsuko dans une consigne automatique dans une gare, et ni lui ni la mère de Mitsuko ne savent que Mitsuko n’est pas sa mère biologique.

« Hôzuki, hôzuki, l’amour en cage.
Orange comme le lis tigré,
Éclatant comme le soleil.
Quelle joie ! Tu es ma lumière !
»

Comme d’habitude, vous le savez maintenant, Aki Shimazaki nous livre ici un très beau roman, que je trouve d’ailleurs mieux réussi qu’Azami, qui traite avec un certain talent de thèmes assez forts : le handicap, l’adoption, le lien mère-fils, mais aussi, et c’est là un thème récurrent chez cette auteure, le secret. Le lien qui unit Mitsuko à son fils est très fort. Elle trouve dans une gare un bébé métis, avec une fleur de hôzuki (fleur d’amour en cage, qui a d’ailleurs plusieurs significations bien particulières dans le roman), avant de découvrir qu’il est sourd-muet, et malgré tout, elle refuse de s’en séparer. Elle décide de garder le secret, mais avec Aki Shimazaki, ceux-ci finissent toujours pas être découverts d’une façon ou d’une autre…

« Hanako me répond correctement et poliment. Ses parents doivent être fiers que leur fille parle ainsi au téléphone. Mais cela m’agace, qu’on laisse décrocher les jeunes enfants »

Un joli petit livre tout en douceur qui explore les liens entre une mère et son fils, entre une grand-mère et son petit-fils, mais aussi entre deux enfants qui ne peuvent pas communiquer par la parole. Le tout est porté par la fine écriture d’Aki Shimazaki, qui joue aussi sur la langue japonaise, les kanjis, les significations des noms, les différentes lectures possibles… et tout ça en fait un excellent roman, en attendant le prochain qui sera, sans en douter une seule seconde, de qualité.

Ma note :
8

Samouraïs : 10 destins incroyables de Julien Peltier

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Partons au combat aujourd’hui avec les destins incroyables de 10 samouraïs, compilés par Julien Peltier, un historien spécialiste du Japon ! Mettez votre armure et on est parti !

samourais-10-destins-incroyables-julien-peltierEdition lue :
Éditeur : Editions Prisma
Publié le : 7 avril 2016
Nombre de pages : 240
Prix : 17,95€

Le but de ce livre est de nous présenter dix samouraïs, dont la plupart des noms nous sont familiers, et de ne pas s’arrêter aux mythes qui les entourent, mais de justement casser un peu cette coquille pour faire apparaître des éléments plus plausibles que ce que racontent certaines légendes… On a donc dix chapitres, tous construits de la même façon : un extrait d’un combat, une courte biographie et enfin des éléments plus contemporains sur ces samouraïs comme leur représentation dans des films ou des mangas… C’est malheureusement un peu court pour qu’on puisse apprendre beaucoup de choses, mais ça donne un très bon aperçu du profil de ces hommes (et de cette femme !) qui ont combattu jusqu’à la mort (ou qui du moins se la sont données).

« Entre chien et loup, dans la pénombre mauve du jour naissant, le jeune guerrier en armure étincelante guide prudemment sa monture sur un sentier de chèvres. »

J’ai noté quelques samouraïs qui m’ont marqué, dont les noms m’étaient familiers mais que je ne connaissais pas plus que ça. On croise donc dans ce livre Tomoe Gozen, une des seules femmes samouraïs dont on parle abondamment dans l’histoire japonaise, et qui valaient « mille hommes », mais aussi Kusunoki Masashige, dont les dernières paroles ont inspiré mon écrivain préféré, Yukio Mishima, qui les a inscrites sur son bandeau le jour de son suicide, Miyamoto Musashi, qui est connu pour avoir gagné pas moins de 60 duels sans jamais avoir perdu (alors que la réalité est différente) et qui a été plus récemment rendu populaire par Eiji Yoshikawa dans les années 1930, ou encore Saigô Takamori, le fameux dernier samouraï.

« Les grondements du tonnerre résonnent au fond de la combe d’Okehazama. Une goutte, puis deux, et voici qu’une pluie diluvienne martèle soudain le sol assoiffé par le chaud soleil de juin, douchant les guerriers Imagawa qui cuvent leur veillée passée à célébrer une victoire prochaine. »

C’est un livre qui permet d’en apprendre un peu plus sur des noms qu’on connait pour la plupart. Neuf hommes, une femme, et autant de destins fascinants qui m’ont donné envie d’approfondir le sujet ! 

Ma note :
7

Le Jour de la Gratitude au Travail d’Akiko Itoyama

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Parlons travail en ce vendredi, avec un recueil de deux nouvelles portées par une narratrice féminine sur ce sujet : j’ai nommé Le Jour de la Gratitude au Travail d’Akiko Itoyama !

le-jour-de-la-gratitude-au-travail-akiko-itoyamaEdition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Sorti en : 2010
Nombre de pages : 120
Prix : 5,60€

La première nouvelle est éponyme et notre narratrice est une femme sans emploi et célibataire de 36 ans. Au Japon, ce pays en retard sur la condition des femmes, ça coince un peu, et c’est pourquoi sa vieille voisine veut lui faire aller à une rencontre arrangée avec un homme un peu enrobé et amoureux de son entreprise. C’est une nouvelle plaisante, principalement grâce au caractère de la narratrice. En effet, on a accès à ses pensées directes, sans filtre, et elle a un grand sens de l’humour. On connaît ses pensées, amusantes le plus souvent, en réaction à ce que lui disent les différents personnages et on apprend à connaître la façon de pensée de cette femme qui s’est retrouvée au chômage après avoir frappé son patron qui avait les mains baladeuses. Suite au rendez-vous arrangé, assez hilarant grâce au portrait que dresse la narratrice de son prétendant, on suit également un échange de cette narratrice avec une de ses anciennes collègues. C’est intéressant sur le principe, puisqu’elles parlent notamment de la condition des femmes dans le monde du travail au Japon et de leur évolution, mais ça reste plutôt en surface, ce qui est un peu dommage…

« M. Nobeyama, s’il faut le décrire, faisait penser pour le visage à un pain rond fourré à la pâte de haricots qu’on aurait frappé du poing au beau milieu. »

La deuxième nouvelle de ce court recueil s’intitule « J’attendrai au large » et a été récompensée du Prix Akutagawa en 2005 (contrairement à ce que raconte la 4ème de couverture qui dit que c’est la nouvelle éponyme qui a obtenu le Prix, mais passons…). On suit deux collègues qui débutent leur carrière professionnelle en étant mutés à Fukuoka après des études à Tokyo : la narratrice, Oikawa, et son collègue masculin Futo. Ils vont s’apprécier et traverser différentes étapes ensemble. Ce qui est intéressant dans cette nouvelle est l’évolution de leur carrière, la place qu’ils vont avoir, comment va évoluer leur travail, notamment après l’éclatement de la bulle économique. Après que Futo soit muté, nos deux personnages vont se retrouver pour se faire une promesse, qui m’a un peu glissé dessus et dont on aurait à mon avis pu se passer.

Un petit recueil qui nous présente le monde du travail au Japon du côté des femmes, en restant plutôt en surface. On a donc affaire à deux histoires plutôt légères qui se lisent bien, même si un peu plus de profondeur n’aurait pas été de refus, puisqu’il y a énormément de choses à dire sur ce sujet !

Ma note :
7

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb

Publié le
Aujourd’hui un roman japonais par une auteure belge que vous devez certainement tous connaître : Amélie Nothomb ! Elle fait partie de ces écrivains que j’adore et j’admire – plus particulièrement pour ses romans sur le Japon. Si vous l’ignoriez, Amélie Nothomb est née au Japon et a passé sa petite enfance dans ce pays. Elle y retournera plus tard pour travailler et y rencontrera l’amour, en 1989-1991, puis elle rentra, pour y faire un autre voyage en 1996. En 2012, à l’occasion d’un documentaire elle y retournera – et relatera son voyage dans le roman dont je vais vous parler maintenant : La nostalgie heureuse.
nostalgie-heureuse-nothombEdition lue :
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013
Nombre de pages : 162
Prix : 16,50€

(existe aussi en Livre de poche à 6,10€)

Tout d’abord, je vous conseille fortement de regarder le reportage « Une vie entre deux eaux » (lien ici), qui raconte ce voyage et qui permet de rentrer plus profondément dans le roman. J’ai lu sur Internet des critiques de personnes étant passées à côté de ce roman, et c’est bien dommage. Sans le documentaire, il peut être difficile de voir le fil conducteur du roman et de comprendre la raison qui l’a poussée à l’écrire. Il dure moins d’une heure et c’est un très beau reportage.

On suit donc Amélie Nothomb et ses retrouvailles avec son pays, avec des éléments marquants : elle retourne là où se trouvait sa maison qui a depuis été détruite par le tremblement de terre de Kôbe en 1995, elle retrouve son école maternelle de laquelle elle s’échappait par la fenêtre des toilettes (et dont une photo de classe prouve que oui, comme elle peut en douter parfois, elle a bien fréquenté cette école maternelle japonaise où les autres enfants l’avaient déshabillée pour voir si elle était « blanche partout »), mais elle retrouve aussi deux personnes ayant une grande importance dans sa vie : sa nounou, Nishio-san, ayant aujourd’hui près de 80 ans et dont les retrouvailles s’avèrent être chargées en émotions (on peut s’en rendre compte dans le documentaire également, très touchant), ainsi que Rinri, son charmant petit-ami qu’elle évoquait dans son roman Ni d’Ève ni d’Adam, retrouvailles se passant hors caméra. Elle va aussi passer par un lieu dévasté à Fukushima, par les célèbres quartiers de Tokyo, Harajuku et Shibuya, ainsi que par le Pavillon d’or, magnifique temple de Kyoto dont l’incendie a été romancé par Yukio Mishima.

« Nous ne somme pas victimes du syndrome de Stendhal mais de ce que l’on pourrait appeler le syndrome de Mishima : si nous étions restés à Kyoto un jour de plus, nous aurions probablement incendié le Pavillon d’or. »

En bref, il s’agit d’un roman ultra personnel. Amélie Nothomb se dévoile comme rarement elle s’est dévoilée, et elle nous invite à la suivre dans ce voyage, aussi bien devant la caméra qu’hors caméra. La caméra est d’ailleurs une gêne pour Amélie Nothomb, on lui demande parfois de mettre des mots sur ce qu’elle ressent, alors que ce qu’elle ressent est simplement « indicible » (mot emprunté à Rinri, qui l’utilise avec justesse). J’ai beaucoup aimé le documentaire que j’ai trouvé très beau et très touchant, mais ce roman le complète et le rend encore meilleur. Un moment de lecture très agréable – on est touché, encore plus lorsqu’on a vu le documentaire et qu’on connaît Amélie Nothomb. Elle revient en effet sur ses premières années au Japon, sur ses déboires professionnels et son amour avec ce pays – et avec Rinri. Le tout en ressentant cette « nostalgie heureuse », terme typiquement japonais traduit de « natsukashii » (懐かしい), chez nous, la nostalgie nous rendant par nature triste.

Je finis avec un passage qui m’a beaucoup parlé et marqué, lorsqu’Amélie traverse le carrefour de Shibuya, connu comme le plus grand carrefour du monde que traversent une centaine de milliers de japonais chaque jour. Il s’agit d’une sensation que j’ai moi-même expérimentée, et que je pense, tous ceux qui ont traversé ce carrefour ont dû ressentir :

« Je plonge dans la foule. Tout ce qui la traverse me traverse. (…) Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo. »

Ma note :
9

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