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La vie du bon côté de Keisuke Hada

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Et oui, il y a aussi des romans japonais dans la rentrée littéraire ! Je vous propose aujourd’hui de voir La vie du bon côté grâce à Keisuke Hada !

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 24 août 2017
Traduction par : Myriam Dartois-Ako
Édition originale en japonais : 2015
Nombre de pages : 144
Prix : 16,50€

Tout au long des pages de ce roman, on vit avec Kento, sa mère et son grand-père de 87 ans. On rencontre Kento qui, malgré ses 28 ans, est dans un état proche de celui de son grand-père : il souffre du dos et ne peut pas faire de sport et il est en pleine allergie et ne peut donc pas faire grand chose… Son grand-père, quant à lui, aime embêter sa fille, la mère de Kento donc, et son petit-fils. Il aime avoir une vie facile et se faire dorloter, et pour cela il n’hésite pas à faire preuve de fainéantise. Mais la façon dont va le voir Kento, ainsi que sa relation avec lui et même sa vie tout entière, va profondément changer lorsque le grand-père lui dit qu’il veut mourir et que Kento va finir par vouloir l’aider à accomplir son souhait, pour qu’il puisse encore partir dignement.

« Cette plainte de l’aïeul qui souhaitait mourir, il n’avait pas eu la sincérité de la prendre au pied de la lettre. »

C’est un roman sur la famille, mais qui apporte également une réflexion sur les personnes âgées, qui sont de plus en plus nombreuses au Japon. En effet, Kento, en voulant aider son grand-père à partir, va lui simplifier la vie pour que son corps ne fasse plus rien. Cela ouvre notamment une réflexion sur l’aide aux personnes âgées dans les centres spécialisées, où on fait tout pour eux et ils ne font plus rien par eux-mêmes.

« Autant accéder rapidement à ce vœu qu’il ressasse quotidiennement, ce sera mieux pour tout le monde. »

Quant à l’histoire en elle-même, j’ai pris plaisir à voir la façon qu’a le grand-père de totalement transformer la vie de Kento, sans le vouloir (ou c’est ce qu’il voudrait nous faire croire), même si le grand-père est très souvent irritant. Il répète tout au long du roman qu’il veut mourir, qu’il n’en peut plus, qu’il est un boulet, et c’est franchement désagréable à lire. Mais j’imagine que c’est aussi ce que ressentent Kento et sa mère, et dans ce cas-là, on peut dire qu’on partage leur agacement.

« Même au fond du trou, quand on n’arrive plus à s’en sortir, la seule chose à faire est de continuer à se battre. »

Malgré les apparences, c’est un roman sur le goût de la vie et sur l’impact que peut avoir un grand-père qui semble avoir perdu sa raison de vivre sur son petit-fils qui est dans une étape difficile de sa vie.

Ma note :
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Megumi et le fantôme d’Eric Senabre

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Il est parfois bon de retomber en enfance, et c’est pourquoi je vous propose aujourd’hui un roman jeunesse bien sympathique qui vient de sortir : voici Megumi et le fantôme d’Eric Senabre.

Edition lue :
Éditeur : Didier Jeunesse
Publié le : 6 septembre 2017
Nombre de pages : 224
Prix : 12,00€

On rencontre Megumi qui quitte son Japon pour visiter l’Irlande avec ses parents. Elle va apprendre que son arrière-arrière-(…)-grand-père était irlandais. En partant un soir visiter une maison hantée toute seule, elle tombe nez à nez avec… un fantôme ! Et il se trouve que celui-ci est le père de l’ancêtre de Megumi ! Malheureusement, il est maudit et ne peut quitter « la terre » de sa maison… Megumi va tout de même réussir à le transporter dans une boîte remplie de cette fameuse terre, et va lui faire découvrir le Japon tout en tentant d’en apprendre plus sur cet esprit et son fils, afin de le libérer de cette malédiction…

 

« On pense que les fantômes n’ont pas de sentiments, mais c’est faux : nous éprouvons la même peine que les vivants, au centuple. Car, finalement, nous ne sommes que ça : des émotions, privées de corps. »

 

J’ai été agréablement surpris par ce petit roman ! C’est vraiment sympa de suivre Megumi qui ramène ce fantôme dans son pays, et ça prend la forme d’une enquête dans laquelle on prend plaisir à participer. Qui était vraiment l’ancêtre de Megumi et y a-t-il un moyen de libérer la malédiction qui plane sur ce fantôme ? On a droit à des situations bien cocasses, comme par exemple lorsqu’elle demande à Horatio, le fameux fantôme, de l’aider à tricher en classe… et à côté de cela, on découvre également un peu comment sont perçus les « yôkais », c’est-à-dire les esprits japonais, qui ne sont pas toujours malveillants.

 

« Horatio Hearn, quand à lui, avait toujours rêvé de visiter l’Asie. Mais jamais il n’aurait pensé le faire plus de cent ans après sa mort. Et encore moins dans une boite à biscuits. »

 

Un roman jeunesse à mettre en toutes les mains, petites ou grandes ! Megumi est une enfant pleine de surprises et de bienveillance, qui ne souhaite qu’une chose : faire le bonheur de son ancêtre et lui rendre sa liberté, sans jamais avoir peur de lui malgré la forme qu’il prend. 

 

Ma note :

Le Destin des Initiés (Tome 1) de Romane Taguchi

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Aujourd’hui, je vous présente un roman qui nous fait voyager entre le Japon et la France, mais surtout dans le monde de la magie… Voici le premier tome du Destin des Initiés de Romane Taguchi !

Edition lue :
Publié le : 21 juin 2017
Nombre de pages : 583
Prix numérique : 2,99€ (ici)
Prix version physique : 17,94€
Auto-édité

Dans ce roman, on suit Julie, une jeune femme française qui vit à Kyôto depuis toute petite. Elle est aujourd’hui professeure de français dans cette ville qu’elle aime tant, mais souffre de terribles cauchemars depuis la mort de sa mère quelques mois auparavant. Alors qu’elle fait visiter Kyôto à une touriste française, elle va faire une étonnante découverte : Julie est en fait une Initiée, c’est-à-dire qu’elle a un don qui doit lui servir à venir en aide aux gens. Elle va ainsi plonger dans le monde de la magie et les secrets de famille que sa mère a voulu lui épargner vont refaire surface.

« Julie, depuis des générations, ta famille fait partie des « Initiés ». D’après la légende, les Initiés auraient été choisis autrefois pour leur bravoure, leur honnêteté, leur fiabilité. »

Allons droit au but : j’ai adoré ce roman. L’intrigue se met rapidement en place, on comprend que deux femmes sont à la recherche de quelque chose qui a appartenu à la mère de Julie, et on se rend compte que Julie n’est peut-être pas une jeune femme ordinaire. On prend notamment plaisir à la suivre nous guider à travers Kyôto lorsqu’elle la fait visiter, et on écoute ses explications avec plaisir. La moitié du roman se passe au Japon, et on a envie de découvrir très vite les événements à suivre, les pages se tournent toute seule, jusqu’à ce qu’on s’envole pour la France…

« Elle n’était pas sure d’être prête à lâcher le monde tel qu’elle le connaissait pour entrer dans celui, inconnu, de la magie. »

La seconde moitié se déroule donc en France, où on tombe totalement dans le monde de la magie, on le découvre en même temps que Julie, et je dois dire que c’est à la fois excitant et intrigant. Je m’émerveillais aussi de ses découvertes, tout en étant aussi inquiet, puisque l’intrigue ne lâche rien, on veut absolument savoir si Julie va trouver ce qu’elle cherche en France, et on a hâte aussi de voir l’évolution de ses relations avec les différents personnages… Le tout étant très bien écrit, c’est vraiment une excellente découverte que je suis ravi d’avoir faite ! Sur la couverture, il est noté « Tome 1 », cela annonce donc une suite que je suis réellement impatient de lire !

Un premier roman d’une auteure française qui vit au Japon, et qui parvient à relier entre eux trois merveilleux univers : le Japon, la France, et surtout, le plus surprenant, celui de la magie. On prend un réel plaisir à suivre Julie dans ses aventures et on plonge sans réfléchir dans  ce monde qui nous réserve bien des surprises. 

Ma note :

Le 210e jour de Natsume Sôseki

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai pas encore parlé de Natsume Sôseki sur ce blog, alors que c’est l’un des auteurs japonais classiques les plus renommés. Voici Le 210e jour pour réparer cela !

Edition lue :
Éditeur : Rivages
Format poche publié en : 1999
Grand format publié en : 1990
Traduction par : René de Ceccatty, Ryôji Nakamura
Édition originale en japonais : 1906
Nombre de pages : 112
Prix : 5,60€

Ce roman nous fait partir à la rencontre de Kei et Roku, deux amis qui vont décider de faire l’ascension du mont Aso, l’un des volcans les plus actifs du Japon. La veille, ils vont prendre un bain chaud ensemble et discuter, de sujets légers et d’autres plus importants : de leur repas du lendemain, aux classes sociales, un sujet qui tient à cœur l’un des personnages, fils d’un marchand de tofu. Autant de discussions qui vont resserrer leur amitié et les accompagner dans leur périple qui s’avèrera dangereux, puisque le mont Aso semble être en colère…

« Quand ils sortent de la salle de bains, le vent piquant d’automne s’engouffre dans leurs manches et s’infiltre sur leur peau jusqu’à leur nombril. Kei, au nombril saillant, éternue sans retenue. Au pied des marches, cinq ou six hibiscus blancs emplissent de leur triste floraison le crépuscule d’automne. Dans les hauteurs, le mont Aso gronde au loin sourdement. »

Un roman qui se lit tout seul et qui est constitué majoritairement de dialogues. C’est plaisant de prendre part à leurs conversations, tantôt sérieuses tantôt drôles, et de les suivre ensuite partir grimper le mont Aso, malgré la fumée, la pluie et les cendres qui vont rendre leur aventure compliquée. On peut réellement ressentir le lien fort qui unit ses deux amis, que ce soit dans leur attitude ou dans leurs remarques qui sont parfois remplies de bonnes intentions.

« Kei s’avance vaillamment là où rampent les nuages et la fumée. Roku, le cœur serré, reste seul, debout au milieu des susuki, voyant s’éloigner de dos la silhouette du seul ami sur qui il puisse compter. »

Des moments partagés, des discussions passionnées, une ascension courageuse, en bref, un joli roman sur l’amitié et tout ce qu’on peut vivre avec quelqu’un qui compte pour nous !

Ma note :

Le ciel ne parle pas de Morgan Sportès

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La rentrée littéraire commence petit à petit, et aujourd’hui je vous présente donc un roman historique de Morgan Sportès qui se déroule à Nagasaki au XVIIème siècle. Voici Le ciel ne parle pas.

Edition lue :
Éditeur : Fayard
Publié le : 16 août 2017
Nombre de pages : 330
Prix : 20,00€

Le ciel ne parle pas aborde le même thème qu’un grand roman de la littérature japonaise, à savoir Silence de Shûsaku Endô. On est donc au XVIIème siècle, à Nagasaki, et le roman va tourner au tour de Cristóvão Ferreira, qui a réellement existé, un prêtre jésuite portugais, qui, au début du roman, va apostasier (renoncer publiquement à sa religion) après avoir été pendu la tête à l’envers jusqu’à ce qu’il renonce ou décède. En effet, après avoir été accueillis au Japon, les missionnaires chrétiens vont être traqués, et Ferreira a été arrêté après vingt ans de cavale. Il va donc devoir se convertir au bouddhisme, dénoncer des chrétiens et écrire des brochures contre la foi chrétienne, en attaquant la Bible et les fondements de sa religion…

« Mettre Ferreira la tête en bas, n’était-ce pas la meilleure façon, la plus subtile, de lui faire voir enfin le monde à l’endroit ? »

C’est une partie de l’histoire du Japon et de l’Occident que je ne connaissais que trop peu, et pour cela, je suis content d’avoir lu ce livre. Je n’avais aucune idée de la cruauté avec laquelle étaient torturés ces missionnaires pour qu’ils meurent ou trahissent les leurs, ni du nombre de chrétiens qui voulaient se rendre au Japon pour mourir en tant que martyres. Le narrateur intervient souvent dans le récit pour nous apporter du contexte, des précisions, et cela permet de mieux comprendre le récit et les enjeux.

« Le ciel est bas, lourd, noir. Un éclair fulgure. Et le ciel d’un coup se renverse comme une vasque trop pleine. Croule un déluge de pluie tiède : la mousson. »

Mais voilà, je ne suis pas particulièrement fan des romans historiques, et celui-ci n’a pas fait exception. Certes, comme je l’ai dit, j’étais content d’en apprendre plus sur cette partie importante de l’histoire, mais ma lecture n’était pas vraiment plaisante. Il y a beaucoup de passages que j’ai lus sans vraiment lire, oubliés dans la seconde à cause des noms des personnages que je n’avais pas retenus ou du peu d’intérêt que j’y trouvais. Tout cela n’enlève rien à la qualité de ce livre, ce n’est que mon avis personnel, mais je me dois de le préciser.

« Qu’est-ce que c’est qu’un pape, d’où tient-il tout son pouvoir, lui qui n’a quasi pas d’armées ? c’était une des questions auxquelles les Nippons n’avaient pas encore trouvé de réponse. »

Un roman historique très bien documenté qui nous éclaire sur une période sombre de l’histoire : la traque des chrétiens au Japon au XVIIème siècle. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez foncer sur ce livre, qui, je le pense, ne vous décevra pas.

Ma note :

La princesse qui aimait les chenilles : Contes japonais

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Aujourd’hui, je vous présente un livre plutôt génial. Il s’agit d’un recueil de contes tirés du folklore japonais, adaptés librement et joliment par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura. Voici La princesse qui aimait les chenilles.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Publié le : 5 janvier 2017
Sorti en grand format en : avril 1999
Nombre de pages : 144
Prix : 7,50€

Ce recueil contient six contes puisés dans l’imaginaire du Japon, dans lesquels on croise des thèmes chers au folklore japonais, ainsi que des personnages dont on a déjà entendu parler. On rencontre donc des fantômes, des kappas (ces mystérieux monstres réputés pour attirer leurs proies, animales comme humaines, dans l’eau, que l’on croise également dans Le Bureau des Jardins et des Etangs de Didier Decoin), la femme des neiges qui représente la mort, des bébés (comme le célèbre Momotarô) qui apparaissent de façon surnaturelle dans un village peuplé uniquement de vieillards, ou encore un spectre sans visage.

« Elle se redressa et tourna vers lui son visage. Il poussa un hurlement. Elle n’avait pas de visage. C’était une face lisse sans yeux, sans bouche, sans nez, une face lisse et blanche comme un œuf. »

Quel plaisir de découvrir ces contes ! Le folklore japonais me fascine, avec notamment le rôle des esprits et des fantômes, qui ne veulent d’ailleurs pas toujours du mal aux vivants. Je trouve ça fantastique (dans les deux sens du terme) de pouvoir découvrir ces contes et ces personnages qui font vraiment partie de la culture japonaise. Mention spéciale pour le conte Les Kappas, histoire dans laquelle cinq frères kappas vont décider de partir se faire de l’argent sur le dos des hommes, en finissant toujours par échouer : une histoire amusante et qui permet de passer un peu de temps en compagnie de ces mesquines créatures.


« Au monde que l’on ne voit pas et que l’on n’entend pas, est-il nécessaire de parler, quand on sait que seuls les fantômes comprennent le chant de la mort ?
»

Un recueil de contes parfait pour découvrir plusieurs facettes du folklore japonais, dans des histoires agréables à lire et qui nous font partir à la rencontre de personnages qui nous sont pour la plus grande partie inconnus. Un moment de lecture qui nous plonge dans un univers fantastique !
Ma note :

Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida

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Un livre particulier aujourd’hui, puisque ce n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais plutôt un témoignage d’un jeune autiste de 13 ans qui a voulu que les gens comprenne mieux ce qu’est vraiment l’autisme. Voici Sais-tu pourquoi je saute ? de Naoki Higashida. 


Edition lue :
Éditeur :
 J’ai lu
Publié le : 12 avril 2017
Grand format : Septembre 2014
Traduction (de l’anglais) : Daniel Roche
Publié au Japon en : 2007
Nombre de pages : 189
Prix : 6,00€

C’est un livre fait en questions-réponses, dans lequel Naoki Higashida va donc tenter de nous expliquer ce que cela signifie vraiment d’être autiste, ce qu’il vit tous les jours, pour que le regard que nous portons aux personnes atteintes d’autisme puisse changer, ne serait-ce qu’un peu. Les questions sont directes, sans détour : pourquoi les autistes parlent si fort et bizarrement ? Pourquoi répètent-ils la même question ? Aimerais-tu être normal ? Pourquoi sautes-tu ? Tant de questions que peuvent se poser les personnes se trouvant au contact d’autistes, auxquelles il répond simplement, pour tenter de nous faire comprendre tout ce qui se passe dans sa tête.

« La voix d’un autiste, c’est comme la respiration, je crois : elle sort de sa bouche qu’il le veuille ou non. »

J’ai déjà lu des romans avec des personnages autistes, mais c’est la première fois que je lis un livre entièrement consacré à ce sujet, et qui plus est écrit par un jeune garçon atteint d’autisme. Les questions posées franchement permettent d’aller droit au but, et m’ont permis de mieux comprendre tout ce que cela signifie vraiment d’être autiste. En plus, il a inséré dans ces questions-réponses des petites histoires qu’il a écrites lui-même, et une m’a particulièrement marqué : il s’agit de « Je suis ici », sur un petit garçon qui décède après avoir été renversé par une voiture, mais qui ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe. Il va donc rentrer chez lui, comme si de rien n’était, alors qu’il est devenu un esprit, et va tenter de communiquer avec sa mère qui ne le voit pas et qui ne l’entend pas. Et c’est en fait une histoire pour comprendre à quel point il est parfois difficile pour les autistes de communiquer avec leur entourage. C’est fort.

« L’autiste est prisonnier de lui-même et des gens qui l’entourent : tout ce qu’il peut faire, c’est piailler, agiter ses ailes et sautiller dans sa cage. »

Un petit livre que tout le monde devrait lire, pour pouvoir comprendre et changer le regard que l’on peut porter au premier abord aux personnes autistes.

Ma note :

Le Musée du silence de Yôko Ogawa

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Ah ! Cela faisait bien trop longtemps que je ne vous avais pas parlé de Yôko Ogawa ! Je répare cela aujourd’hui en vous présentant un autre très bon roman de cette formidable auteure, Le Musée du silence. Que la visite guidée commence !

Edition lue :
Éditeur : Actes Sud (Babel)
Publié en : Avril 2005
Grand format : Août 2003
Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Publié au Japon en : Septembre 2000
Nombre de pages : 320
Prix : 8,70€

Notre narrateur est un expert en musée qui se rend chez  sa nouvelle cliente, une femme très âgée qui vit avec sa fille adoptive. Cette vieille femme l’a choisi pour concevoir un musée très particulier sur sa propriété, puisqu’il contiendra uniquement des objets qu’elle a stockés depuis des années, des objets volés peu de temps après le décès de leur propriétaire. Grâce à l’aide du jardinier et de sa femme qui habitent sur la propriété, mais aussi de la vieille femme et de sa fille, le narrateur va tenter de créer ce musée du silence pour lequel il devra, à son tour, récolter des objets à chaque fois qu’une personne décède au village.

« Ce que je vise, c’est un musée qui transcende l’existence humaine. »

Dès les premières lignes, j’ai été très heureux de retrouver Yôko Ogawa. Son style, admirablement retranscrit par la traductrice, est vraiment unique, et elle arrive à nous plonger dans des atmosphères dont elle seule détient le secret. En plus de l’intrigue principale du musée, d’autres événements vont se produire qui vont rendre le roman riche : un meurtrier s’en prend à des jeunes femmes, le frère du narrateur qui va devenir père, le monastère près de la propriété où les prédicateurs ont fait voeux de silence… autant d’éléments qui vont, et on le sent, à un moment ou à un autre, tomber sur notre narrateur comme une épée de Damoclès.
 

 « Oui, presque tous les objets qui se trouvent ici ont été subtilisés. Ce sont des objets volés, voyez-vous. »



Et une scène m’a beaucoup marqué, puisqu’elle entre en résonance avec la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est dans la première moitié du roman, alors que le narrateur et la jeune fille se promènent devant les boutiques du village, une bombe va exploser. Un attentat décrit de façon terriblement réaliste, de l’incompréhension initiale jusqu’à ce que le narrateur comprenne petit à petit ce qu’il s’est passé et la blessure de la jeune fille. Un passage marquant et particulièrement dur, qui nous montre une fois encore tout le talent de cette auteur.

« Un après midi, il neigea. C’était la première neige que je voyais depuis mon arrivée au village. Entraînée par le vent, fondant dès qu’elle touchait le sol, elle n’allait sans doute pas tenir, mais c’était néanmoins de la neige. »



Un roman où Yôko Ogawa parvient une fois de plus à nous entraîner dans son univers si particulier. J’ai ressenti beaucoup de choses à la lecture, des émotions qui restent et des sensations qui m’ont rappelé celles éprouvées à la lecture d’autres de ses textes. Décidémment, une auteure qui ne déçoit jamais.
Ma note :

L’Anniversaire de la salade de Machi Tawara

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Un livre un peu particulier aujourd’hui, qui a beaucoup fait parler de lui à sa sortie il y a 30 ans, puisqu’il a révolutionné le tanka, la forme de poésie la plus ancienne du Japon. Fêtons ensemble L’Anniversaire de la salade par Machi Tawara.

Edition lue :
Éditeur : Philippe Picquier
Format poche publié en : 2010
Grand format publié en : 2008
Édition originale en japonais : 1987
Nombre de pages : 136
Prix : 5,60€

La première impression que j’ai ressentie en lisant ce recueil de plus de 400 tankas, c’est que c’était bien étrange. Je me suis dit que ce n’était peut-être pas une oeuvre faite pour être traduite. Mais au fur et à mesure de ma lecture, je me suis mis à apprécier la beauté de ces tankas et surtout leur originalité. L’auteure a écrit ces tankas de l’âge de 20 à 24 ans, et, alors que le tanka est une forme de poésie très traditionnelle, elle a écrit des tankas sur le quotidien d’une jeune fille de son âge, tout en respectant les règles de l’écriture si particulières de cet art (31 mores sur 5 lignes).

« Après le silence les mots que tu cherches
cette hésitation
je les trouve amusants
»

« Vers la pluie qui s’est mise à tomber
je lève la tête et soudain dans cette posture
je réclame des lèvres 
»

Elle nous parle de pleins de thèmes du quotidien, et c’est sûrement ce qui a fait son énorme succès au Japon et dans le monde (avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus !), comme les amours de jeunesse, la rupture, un match de baseball, un voyage en Chine ou encore son expérience de jeune professeure. C’est souvent très réussi, frais, et même s’il a été écrit il y a trois décennies, il n’en paraît rien. J’ai notamment beaucoup apprécié lorsqu’elle décrit les moments qu’elle passe avec son petit-ami et la façon dont elle décrit les petits gestes d’amour.

« Toi qui ne crois pas aux promesses
ce n’est pas là où il n’y a pas de vagues
que tu construis tes châteaux de sable 
»

« Les parents disent qu’ils ont élevé leurs enfants
mais c’est en toute liberté que rougissent
les tomates des champs 
»

Une lecture qui change et qui est tellement agréable ! C’est frais, c’est touchant, c’est mignon, et ça donne un coup de jeune au tanka, une forme de poésie trop peu connue par chez nous, sans pour autant la dénaturer. Un recueil à picorer sans modération.
Ma note :

Scènes d’été de Kafû Nagai

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Une nouvelle de saison aujourd’hui par un auteur connu pour ses écrits sur le monde des geishas : voici quelques Scènes d’été par Kafû Nagai.

Edition lue :
Éditeur : Editions du Rocher
Publié en : Mars 2007
Publié au Japon en : 1915
Nombre de pages : 102

Cette nouvelle nous présente Keizô, marié et père de famille, qui va racheter une geisha pour en faire sa concubine, pour en avoir l’exclusivité. Cette geisha, c’est Chiyoka, une geisha qu’il avait l’habitude d’aller voir par le passé. Durant cette centaine de pages, on les suit débuter leur relation exclusive, qui ne va pourtant peut-être pas le rester…

« S’il n’était pas nécessaire de dépenser de l’argent pour l’avoir entièrement à soi, il était en revanche exclu d’espérer la garder indéfiniment pour soi seul. »

Une nouvelle que j’ai beaucoup appréciée ! On découvre ce petit quartier de plaisir dans une ambiance estivale, où les habitants et les geishas laissent les fenêtres ouvertes la nuit… Le déroulement est plaisant : Keizô est toujours rempli de désir envers cette geisha dont il a la « jouissance exclusive », mais la jalousie va elle aussi jouer un rôle important dans cette nouvelle, en bouleversant un peu l’été passionnel que ce couple atypique était en train de passer.

« Bien qu’elle eût de notoriété publique un protecteur, c’était une femme de qui on pouvait obtenir tout ce qu’on voulait pour peu qu’on s’y prit discrètement. »

Un moment de lecture qui nous plonge en quelques pages dans la chaleur du milieu des geishas et de la passion entre un homme marié qui vient de se faire plaisir en s’appropriant la femme de ses désirs. Le tout avec une plume agréable, que demander de plus pour une scène d’été !

Ma note :

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